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Mini AAR 2017

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[Ultimate General : Civil War] - Douze heures sur l’Antietam

Eginhard 38

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Voici un petit AAR sur Ultimate General : Civil War, un des jeux récents les plus aboutis sur la guerre de Sécession. Développement d’Ultimate General : Gettysburg, il propose un mode « carrière » permettant au joueur de bâtir et commander une armée à travers les principaux affrontements du conflit, face à une IA certes imparfaite, mais plus que correcte. Ici, toutefois, c’est une bataille historique que j’ai choisi de livrer, en l’occurrence celle d’Antietam (ou Sharpsburg, pour les Sudistes).

 

Je joue le camp nordiste. Comme les effectifs sont très déséquilibrés (70.000 Nordistes contre 37.000 Sudistes), j’ai opté pour le niveau de jeu le plus difficile, qui donne 25% de « puissance » en plus à l’IA (les effectifs restent inchangés, il doit donc s’agir d’un bonus aux stats des unités). Dépassés en nombre, les Confédérés ont l’avantage de la qualité : la plupart des brigades sudistes sont de niveau 3 (élite, le maximum) alors que les brigades nordistes sont majoritairement à 1 (des troupes moyennes). J’y ajoute deux règles maison pour augmenter encore un peu la difficulté :

 

-          Le VI Corps sera utilisé comme réserve défensive uniquement (au cas où les choses tourneraient très mal pour l’aile droite nordiste) ;

-          Le V Corps et la division de cavalerie devront se limiter à des actions de reconnaissance/harcèlement (lignes de tirailleurs, cavaliers démontés).

 

Ce jeu vaut vraiment le coup d’œil. Il réussit à demeurer très simple d’utilisation tout en offrant une simulation assez réaliste des combats de la guerre de Sécession. Objet de pas moins de neuf patches depuis sa sortie il y a sept mois, il est à présent considéré comme terminé et le studio se consacre à de nouveaux titres sur cet excellent moteur de jeu.

 

Prologue

Révélation

 

Aucun feu. Les ordres étaient formels. Pour les soldats nordistes qui affrontaient cette nuit froide et humide, cela signifiait « pas de café », ce qui était pire encore que de se geler. Au moins avaient-ils du café : pour les Sudistes, qui n’avaient aucune nouvelle de leur intendance démunie depuis quinze jours, la question ne se posait même pas.

 

Le 4 septembre 1862, les hommes du général Lee s’étaient portés sur la rive nord du Potomac après leur triomphe lors de la seconde bataille de Bull Run. Le général McClellan s’était lancé à leur poursuite. Le 14 septembre, on s’était battu pour les cols de South Mountain. À présent, Lee avait cessé de se mouvoir. Il faisait front le long de la rivière Antietam, que les I et XII Corps nordistes avaient traversé au grand complet la veille au soir – 16 septembre.

 

Prélude à l’affrontement majeur à venir, la brigade de Truman Seymour avait alors livré un sérieux accrochage aux soldats texans du général Hood. Surprises par l’obscurité et contraintes de bivouaquer très près l’une de l’autre, les deux formations ont remis le couvert durant la nuit lorsque leurs piquets trop nerveux se sont mis à échanger des coups de feux.

 

Il était à présent cinq heures, le 17 septembre. La clarté grandissante éclairait les bancs de brume recouvrant ce coin de l’ouest du Maryland. L’ordre de se mettre en marche n’allait pas tarder à venir. Avec ou sans feux, les soldats nordistes avaient besoin de café. Sans cérémonie, ils se mirent à moudre les grains torréfiés comme si de rien n’était, puis à les mélanger à de la mélasse dans leurs timbales, avant de consommer à la cuillère le liquide sirupeux et caféiné.

 

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Chapitre I

Révélation

 

Les ordres de Joe Hooker, eux aussi, étaient clairs. Le chef du I Corps devait sécuriser les approches nord de Sharpsburg, le long de la route de Hagerstown. Le XII Corps du général Mansfield viendrait l’appuyer d’ici deux heures. Ensuite, lui avait indiqué le chef de l’armée du Potomac, George McClellan, les II et VI Corps exploiteraient la brèche ainsi créée pour tourner le flanc gauche des rebelles, couper l’armée de Lee de sa seule voie de retraite vers Harper’s Ferry, et la détruire.

 

Après la reconnaissance en force de la veille et l’accrochage nocturne, Hooker avait mis de l’ordre dans son corps d’armée. Il avait ramené en arrière la brigade Seymour, désormais placée en réserve avec le reste de la division Meade, et déployé les divisions Doubleday à droite et Ricketts à gauche. Il était cinq heures trente, la brume commençait à se dissiper et il y faisait assez clair désormais. Il était temps d’avancer.

 

Un quart d’heure à peine après avoir lancé leurs tirailleurs en avant, les Fédéraux tombent sur des rebelles présents en force : des fantassins face à Ricketts, la division de cavalerie de J.E.B. Stuart devant Doubleday. Si les seconds se dérobent rapidement en profitant de leur mobilité, les premiers poussent un tonitruant Rebel Yell et se ruent en avant. Gardant leur sang-froid, les trois brigades de Ricketts brisent la charge de leurs feux croisés. Mais l’audace des Confédérés témoigne d’une grande confiance, qui semble confirmer les craintes de McClellan quant à la supériorité numérique de l’ennemi.

 

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Il n’en reste pas moins que le retrait des cavaliers gris permet à Doubleday d’ancrer la droite de l’armée sur Nicodemus Hill. Laissant la brigade Hofmann en couverture, il y déploie son artillerie et lance le reste de sa division en soutien de celle de Ricketts. Leurs forces combinées ne tardent pas à repousser la première ligne confédérée, mais c’est pour en découvrir immédiatement une seconde, appuyée sur la ferme Miller et plus particulièrement sur la clôture nord de son champ de maïs.

 

Elle est immédiatement assaillie, mais les manœuvres audacieuses de Stuart obligent le flanc gauche du I Corps à reculer. La brigade Hartsuff perd pied, et Hooker n’a pas d’autre choix que de lancer dans la bataille la division Meade. Face à l’avancée de cette unité presque totalement composée de Pennsylvaniens, les cavaliers sudistes n’insistent pas et décrochent.

 

 

 

 

Chapitre II

Révélation

 

L’arrivée de la division Meade permet au I Corps de déborder la ligne confédérée par ses deux extrémités. Son aile gauche est la première à craquer, mais l’aile droite bénéficie d’un répit inopiné grâce au soutien des cavaliers de Stuart, que l’ennemi emploie comme réserve mobile. En obliquant pour soutenir l’attaque nordiste, la division Doubleday a présenté son flanc droit à une grosse concentration d’artillerie confédérée qui accable la brigade Phelps. Cette dernière craque, et il faut l’intervention personnelle de Hooker pour la rallier.

 

Ce dernier décide alors de s’occuper directement du cas des batteries sudistes. D’abord avec la brigade Phelps, mais les hommes sont démoralisés et hésitants sous la mitraille ; ils finissent par s’enfuir. Toutefois, Hooker a ordonné à la brigade Hoffmann de lui envoyer un détachement de tirailleurs pour abattre les servants des canons sudistes, tâche dont ils s’acquittent avec un zèle meurtrier. Enfin, le feu de contre-batterie des canons postés sur Nicodemus Hill a trouvé ses marques et commence à produire ses effets.

 

Directement visés et sans soutien, les canonniers confédérés ne menacent plus le flanc droit du I Corps, qui peut renouveler son assaut sur la ferme Miller. Témoins de l’intensité d’une bataille livrée sans retenue dès les premières minutes, certains régiments de la division Ricketts ont déjà perdu près de la moitié de leurs hommes, mais ils tiennent bon. La seconde ligne sudiste cède sous leurs assauts. Les Fédéraux pénètrent dans le champ de maïs… et sont accueillis par le feu d’une troisième ligne, le long de la clôture sud. Toutefois, celle-ci – comme la précédente – est flanquée aux deux extrémités et s’enfuit après une courte fusillade.

 

C’est alors qu’un nouveau cri retentit dans les bois situés à l’ouest de la route. Engagée la veille et durant la nuit, la division texane de John Bell Hood avait elle aussi été ramenée en arrière. Elle y avait touché ses premières rations dignes de ce nom depuis deux semaines et s’apprêtait à goûter un petit déjeuner bien mérité lorsque Lee l’avait envoyée au feu pour faire face à l’avancée de Hooker.

 

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Ce sont donc deux mille Texans affamés et fous de rage qui s’abattent sur le flanc droit de la division Doubleday. La brigade de Marsena Patrick reçoit le choc de plein fouet et ne tient qu’un quart d’heure avant de partir en déroute. La situation est d’autant plus critique pour Hooker qu’à l’autre extrémité de sa ligne, la division Meade, qui s’efforce derechef de flanquer une quatrième position sudiste, est contre-attaquée elle aussi par des renforts ennemis. Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, la brigade Magilton craque elle aussi, laissant une brèche béante dans les rangs nordistes.

 

 

Chapitre III

Révélation

 

À sept heures trente, Hooker n’a plus le choix : il doit ordonner un repli jusqu’à la ferme Miller. Le champ de maïs tant disputé et à présent jonché de cadavres est laissé aux mains des Sudistes. Hooker bénéficie alors d’un concours de circonstances : empruntée à Ricketts pour aider Doubleday à faire face à la contre-attaque de Hood, la brigade Duryee se retrouve fortuitement derrière les Texans et tire dans leur dos, brisant leur élan.

 

Les choses sont plus délicates pour Meade. La panique s’est transmise à la brigade Seymour, tandis que celle d’Anderson se retrouve isolée par la progression rapide des Confédérés. L’officier nordiste a bien de la peine à rallier ses hommes, mais il reçoit une aide inespérée lorsqu’un général à la barbe blanche se met à haranguer les fuyards avec des promesses de renforts. C’est Mansfield ! Le chef du XII Corps a galopé au son du canon, ses deux divisions ne sont plus très loin. Bientôt, la division pennsylvanienne retrouve un semblant d’ordre.

 

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Pour mieux résister à la contre-attaque sudiste sur ses nouvelles positions, Hooker a fait rapprocher toute son artillerie. En quelques minutes, un déluge de mitraille et d’obus s’abat sur les rebelles. Leurs brigades craquent et se replient les unes après les autres, entraînant même avec elles les défenseurs de la quatrième position confédérée.

 

Vers huit heures, un silence irréel s’abat sur le champ de bataille, qui était encore un véritable enfer quelques minutes plus tôt. Plus aucune unité rebelle n’est en vue lorsque les divisions Greene et Williams, du XII Corps, relèvent celle de Meade. Mansfield se dispose en effet à relayer le I Corps, durement étrillé après deux heures et demie de carnage, en lançant Greene contre la petite église située au carrefour des routes de Hagerstown et de Smoketown.

 

 

Chapitre IV

Révélation

 

Les Nordistes rétablissent le contact avec l’ennemi à huit heures trente, atteignant une cinquième position sudiste. Celle-ci est assaillie de flanc et aussitôt enlevée, mais les hommes de Greene ne vont guère plus loin. Soutenus par une bonne quarantaine de canons, les rebelles contre-attaquent et tentent même de déborder la droite de la division, dangereusement avancée. Ce mouvement oblige Hooker à intervenir avec le peu de moyens qu’il lui reste : la division Meade, renforcée par la brigade de John Gibbon, la fameuse « Brigade de Fer », dont le comportement a été irréprochable et souvent décisif depuis le début de la journée.

 

Prise entre les feux croisés de l’infanterie et de l’artillerie sudistes, la division Greene recule, mais elle est aussi relevée par celle de Williams, qui brise la contre-attaque des rebelles. Pendant qu’il réorganise ses forces, Mansfield voit venir à lui de nouveaux renforts. Le II Corps d’Edwin Sumner a traversé l’Antietam et, sur l’ordre de McClellan, est venu prêter main forte à l’aile droite de l’armée du Potomac. Ses trois divisions se déploient vers neuf heures : celle de Sedgwick à droite sur la ferme Roulette, celle de French à gauche, et celle de Richardson en réserve.

 

Lee, toutefois, n’entend pas laisser les Fédéraux menacer ses positions. Pendant qu’il organise une nouvelle ligne de défense le long d’un chemin creux qui court au nord de Sharpsburg, il lance deux attaques de diversion contre le II Corps pour gagner du temps : par des cavaliers d’abord, puis par une brigade d’infanterie isolée que les Nordistes, très supérieurs en nombre, repoussent sans difficulté. Cependant, tout effet de surprise qu’aurait pu apporter l’arrivée du II Corps est perdu.

 

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Ces développements incitent Mansfield à renouveler son effort en direction de l’église. La division Williams, couverte à droite par les restes du I Corps, ouvre la voie avant d’obliquer en direction des batteries rebelles pendant que Greene marche sur l’église. C’est un triomphe : en quelques minutes les Fédéraux s’emparent de la petite chapelle et chassent les rebelles des bois qui l’entourent.

 

Plus à l’est, en revanche, les choses s’avèrent plus délicates. Visée à coups redoublés de mitraille par les canons sudistes, la division Williams recule. Tentant vainement de ramener ses hommes en avant, Mansfield est grièvement blessé. Évacué, il meurt trois heures plus tard.

 

Sumner a fait avancer ses propres troupes pour couvrir la gauche de Mansfield, mais la division Sedgwick est violemment prise à partie dès qu’elle débouche de la ferme Roulette. Le déluge de feu qui s’abat sur elle est tel que ses trois brigades sont mises en déroute en quelques minutes.

 

 

Chapitre V

Révélation

 

Cueilli à froid, le II Corps se retrouve dans une situation critique. Encouragés par la fuite de la division Sedgwick, les rebelles ont lancé plusieurs brigades à sa poursuite. Si les hommes de French résistent, ils n’en sont pas moins menacés par une autre attaque sudiste qui vise leur gauche. Si cette dernière parvient à ses fins, le centre nordiste sera enfoncé et la bataille sera perdue.

 

Cette situation n’a pas échappé à McClellan, qui observe l’affrontement depuis les hauteurs de la rive orientale de l’Antietam. Le général en chef fait donner sa réserve d’artillerie, dont les canons rayés  prennent l’infanterie sudiste en enfilade et y tracent de sanglants sillons à l’aide de leurs projectiles pleins. Il y ajoute des tirailleurs pour harceler le flanc droit des Confédérés : fantassins détachés du V Corps, d’une part, et cavaliers démontés de la division Pleasonton, d’autre part.

 

Toutefois, il faut du temps avant que ces mesures ne fassent leur effet. Elles ne sont donc d’aucun secours pour la division French, qui est mise en fuite à son tour par la contre-offensive rebelle. Tout ce qui subsiste encore entre l’armée fédérale et la défaite, c’est la division Richardson.

 

Si l’une de ses brigades se débande assez rapidement, les deux autres tiennent bon. Il faut dire que le feu des soldats nordistes n’a rien à envier à celui de leurs ennemis, et les pertes confédérées sont considérables. De surcroît, Sumner est parvenu à rallier la division Sedgwick et à la ramener en ligne à la ferme Roulette. Il reçoit le soutien de Greene, qui a pris la suite de Mansfield à la tête du XII Corps et relancé en avant la division Williams.

 

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En peu de temps, la situation s’inverse. De longues lignes de tirailleurs commencent à accabler de leur feu épars, mais précis, le flanc des unités qui pressurent la division Richardson, et dont l’attaque ne tarde pas à faiblir en conséquence. Devant la ferme Roulette, les Confédérés à bout de souffle battent en retraite. Peu après dix heures, les hommes du général Lee se sont repliés à l’abri du chemin creux. La crise est passée.

 

En revanche, la bataille n’est pas encore gagnée. Williams et Sedgwick ont bien vite été coupés dans leur élan et refoulés par les feux denses du centre confédéré. Les rebelles tentent même de rejeter de l’autre côté de l’Antietam ces agaçants tirailleurs yankees, mais ces derniers profitent de la souplesse de leurs formations pour adopter une défense élastique qui fait merveille.

 

Une seconde période de calme – tout relatif, cette fois – intervient alors, pendant que Sumner réorganise son II Corps en vue d'une attaque renouvelée contre le chemin creux. Celle-ci sera appuyée par une énorme concentration d’artillerie, car Hooker a envoyé tous ses canons renforcer ceux des XII et II Corps.

 

 

Chapitre VI

Révélation

 

L’infanterie bleue repart à l’assaut, appuyée par une canonnade infernale, à dix heures et demie. Sumner a repris son dispositif initial : Sedgwick à droite, French à gauche, Richardson en réserve. Soutenus sur leur gauche par les cavaliers et les tirailleurs, les hommes du II Corps s’engagent dans une nouvelle fusillade meurtrière.

 

Simultanément, Greene a senti une opportunité le long de la route de Hagerstown. Remarquant que les batteries couvrant la gauche confédérée, installées dans la ferme Reel, n’avaient plus de soutien d’infanterie, il fait marcher sur elles sa propre division. Cette dernière finit par être repoussée, mais pas avant que de nombreux artilleurs et chevaux n’aient été abattus, obligeant les batteries sudistes à se retirer.

 

De son côté, Sumner maintient la pression sur le chemin creux, malgré les pertes. La division French recule, mais c’est pour être remplacée aussitôt par celle de Richardson. L’action de Greene lui facilite la tâche, car l’énergique général a réussi à rallier derechef l’intégralité du XII Corps pour une nouvelle attaque. Cette fois les Yankees restent maîtres du terrain : la division Greene s’empare de la ferme Reel tandis que celle de Williams commence à flanquer la ligne sudiste par la gauche.

 

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Pourtant, les espoirs de victoire des Nordistes doivent être reportés, car les Confédérés résistent. La division Sedgwick recule à son tour, et une nouvelle contre-attaque oblige Greene à céder un peu de terrain – tout en conservant, cette fois, la ferme Reel. Finalement, la division Richardson perd pied à son tour, et Sumner ne doit qu’à l’opiniâtreté de la brigade Brooke de pouvoir rallier ses troupes en vue d’un troisième assaut.

 

Cette fois, c’est la division French, seule, qui le mène. Le feu des défenseurs a suffisamment faibli pour que les Nordistes puissent conserver leur position. Voyant cela, les hommes de la division Sedgwick reprennent courage, se rallient et attaquent à leur tour. Vers onze heures trente, les défenseurs du chemin creux – qui sera bientôt connu sous le nom de Bloody Lane, le chemin sanglant – ne peuvent plus en supporter davantage et commencent à se retirer.

 

 

Chapitre VII

Révélation

 

Au même moment, le bruit de la canonnade se fait entendre tout au sud du champ de bataille, demeuré jusque-là silencieux. Le IX Corps de Burnside devait y lancer une attaque de diversion dès l’aube, mais il est resté inactif pendant de longues heures avant que son chef n’envoie enfin deux divisions franchir l’Antietam : celle de Sturgis par le pont situé au sud-est de Sharpsburg, et celle de Scammon via un gué que ses éclaireurs ont repéré plus en aval, vers le sud.

 

Le pont est enlevé rapidement. Une première charge de la brigade Nagle repousse les défenseurs, mais ceux-ci se regroupent et contre-attaquent, mettant les Nordistes en fuite. Les rebelles ne peuvent toutefois résister à une seconde charge, menée cette fois par la brigade Ferrero, et s’enfuient pour de bon. L’arrivée tardive d’une brigade de renforts ne permet pas aux rebelles de reprendre le contrôle de la tête de pont.

 

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Les choses sont plus difficiles au niveau du gué. Si les hommes de Scammon parviennent à prendre pied sur l’autre rive après, là aussi, une charge à la baïonnette, ils sont aussitôt cloués sur place par l’arrivée d’une brigade ennemie placée en réserve. Stoppés, les Nordistes sont ensuite chargés à leur tour et doivent se défendre avec l’énergie du désespoir, le dos à la rivière. Ils parviennent à repousser les assaillants, mais il faut attendre que le reste du IX Corps ait traversé le pont et vienne prêter main forte à Scammon pour que le gué soit considéré comme sécurisé, vers midi et demi.

 

De son côté, le II Corps s’est emparé de Bloody Lane, mais n’avance pas beaucoup plus loin. Sumner est inquiet : l’ennemi a déployé face à ses troupes de nouvelles réserves d’artillerie, et de petits détachements d’infanterie rebelle continuent à lancer régulièrement des coups de sonde contre ses lignes. Bien que ses commandants divisionnaires soient d’avis de poursuivre l’attaque, il préfère attendre l’avancée de ses propres canons et l’arrivée du VI Corps, qui vient de franchir l’Antietam.

 

 

Chapitre VIII

Révélation

 

Vers une heure moins le quart, une grande agitation gagne le XII Corps. Hooker, qui a passé plusieurs heures à réorganiser le I Corps, s’est enfin montré, cette fois pour prendre le commandement du XII. Loin de s’en contenter, il emmène personnellement la division Williams marcher sur les batteries confédérées qui accablent le II Corps depuis près d’une heure. À leur propre surprise, les Nordistes ne rencontrent qu’une faible résistance et obligent rapidement les artilleurs confédérés à décamper.

 

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Inspirés par leurs camarades, les soldats du II Corps commencent aussi à avancer, mais Sumner les reprend aussitôt en main et les faits stopper sur une bonne position défensive, le long d’un ruisseau. Il rencontre peu après le général Franklin, chef du VI Corps, qui vient de le rejoindre. Ce dernier dispose de deux divisions fraîches et souhaite les lancer à l’attaque, mais Sumner préfèrerait les garder en réserve pour contrer une éventuelle contre-offensive sudiste.

 

En fin de compte, les deux hommes demandent à McClellan de trancher leur différend. Le général en chef donne raison à Sumner. L’agressivité des rebelles lui laisse à penser que Lee dispose encore de réserves assez conséquentes. Le I Corps est pratiquement détruit, le XII n’a plus qu’une division très fatiguée encore en état de combattre, et le II a tellement souffert face à Bloody Lane qu’il ne pourra pas continuer à attaquer bien longtemps. Si Lee lance contre elles des troupes fraîches, aucune de ces unités ne pourra y résister. Le VI Corps restera donc en réserve défensive.

 

Le chef de l’armée du Potomac reporte alors tous ses espoirs sur Burnside, qui a franchi l’Antietam de vive force et semble en mesure de prendre les Sudistes à revers en marchant sur Sharpsburg. Chassés de la rive, les défenseurs confédérés se regroupent sur les hauteurs au sud du bourg. Le IX Corps les assaille : division Sturgis à droite, Willcox à gauche, Rodman en réserve. Scammon, pour sa part, a pour mission d’ancrer la gauche de l’armée sur l’Antietam.

 

 

Chapitre IX

Révélation

 

Très rapidement, l’avancée des troupes de Burnside ne tourne pas comme prévu. Fatiguée, la division Sturgis cale sous le feu ennemi. De surcroît, une brigade confédérée, peut-être perdue, réussit à contourner l’aile droite du IX Corps et marche sur le pont. Par chance, la brigade indépendante de Devin, qui se trouvait là en réserve générale, parvient à la mettre en fuite.

 

Après une demi-heure d’efforts, Burnside parvient à remotiver suffisamment ses troupes pour que le IX Corps reparte de l’avant, balayant devant lui les défenseurs sudistes. Les soldats bleus s’approchent de la route de Harper’s Ferry : s’ils parviennent à la couper, l’armée de Lee sera isolée. Le triomphe des forces de l’Union n’a jamais paru aussi proche.

 

Mais la voie n’est pas libre : une ligne de fantassins et d’artilleurs confédérés se déploie le long de la chaussée. C’est la « division légère » d’A.P. Hill. Le IX Corps l’engage, mais ne peut attaquer avec toute sa vigueur car dans le même temps, d’autres rebelles s’efforcent de flanquer sa droite.

 

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Cette fois Burnside doit faire intervenir la division Rodman, mais sa brigade de tête est cueillie à froid et part presque aussitôt en déroute. Il faut l’apparition d’un bataillon d’artillerie au plus près de la ligne de feu, et le renfort de la brigade Devin, pour que la menace soit écartée. Mais le contretemps s’est avéré fatal à l’élan du IX Corps : confrontées au feu dense des Sudistes, les divisions Willcox et Scammon reculent.

 

 

Chapitre X

Révélation

 

Burnside se contente de les rallier. Il est plus préoccupé par son aile droite, que les rebelles semblent à nouveau disposés à contourner. Face à ses demandes répétées de renforts, McClellan décide de faire intervenir le V Corps… mais toujours avec prudence. Les tirailleurs envoyés sur la rive occidentale de l’Antietam sont relayés par des détachements frais, qui reçoivent l’ordre d’établir une jonction avec le IX Corps, afin de présenter à l’ennemi un front continu.

 

Appuyés par les cavaliers de Pleasonton, les tirailleurs nordistes s’acquittent de leur tâche avec succès, mais ici comme ailleurs au centre et à droite de l’armée fédérale, ces combats demeurent de basse intensité depuis que Sumner a obtenu gain de cause. Hooker voudrait attaquer lui aussi, mais il ne peut le faire sans soutien et se borne donc à améliorer le déploiement du XII Corps.

 

Peu avant quinze heures, Burnside a commencé à reprendre sa marche en avant, lorsqu’il s’aperçoit que ses batteries ont cessé de soutenir sa progression. Les observant aux jumelles, il y voit ses artilleurs sans protection réorienter frénétiquement leurs pièces… en direction d’une ligne de fantassins gris dangereusement proche et qui marche droit sur eux ! Après leurs échecs contre sa droite, les rebelles ont décidé de frapper à gauche, où la division Scammon bien trop étirée n’a pu assurer l’étanchéité de ses lignes.

 

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Seule solution pour éviter la catastrophe : ramener tout le IX Corps en arrière au pas de course. La manœuvre réussit et les importuns sont mis en fuite, mais tout est à refaire. D’autant que les rebelles ont suivi de près les hommes de Burnside, et menacent à présent le périmètre restreint de sa tête de pont. La position nordiste, toutefois, s’avère solide, et après un premier échec, les Confédérés n’insistent pas.

 

 

Chapitre XI

Révélation

 

Cependant, le repli du IX Corps a laissé les rebelles en possession du gué, qui n’était pas gardé et leur permettrait de tourner toute la gauche de l’armée du Potomac. Il faut près d’une heure, et l’action conjointe de la division Willcox et d’une brigade du V Corps, sur l’autre rive, pour que le gué soit repris et mis sous bonne garde.

 

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Dans l’heure qui suit n’ont lieu que des accrochages dont l’intensité va décroissante. Vers cinq heures et demie du soir, la canonnade et la fusillade ont cessé complètement. Après douze heures de combats sans merci, la bataille d’Antietam est terminée.

 

 

Épilogue

Révélation

 

Les appels effectués dans la soirée au sein des unités de l’armée du Potomac montrent qu’environ 18.000 hommes sont manquants. Même si on peut raisonnablement penser qu’une part importante d’entre eux est constituée de traînards ou de fuyards égarés qui rejoindront leurs camarades dans les jours à venir, les pertes demeurent particulièrement lourdes. Les officiers supérieurs ont été très éprouvés : un commandant de corps a été tué, deux divisionnaires blessés, et parmi les brigadiers on compte deux tués et cinq blessés.

 

Le camp nordiste peut toutefois se consoler en estimant que les pertes rebelles sont sans doute plus élevées encore. Du reste, dès le surlendemain, l’armée de Lee commence à décrocher et rentre en Virginie. Resté maître du terrain, McClellan peut donc se déclarer victorieux… et le président Lincoln, pour sa part, peut récolter les fruits politiques de ce (demi-)succès chèrement acquis pour proclamer l’émancipation des esclaves du Sud.

 

 



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