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À la pointe des sAARisses, ou la gloire des AARgéades

Un AAR de pleutre sur Hegemony Gold !

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269 réponses à ce sujet

#1 Eginhard 38

Eginhard 38

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Posté 16 mars 2013 - 20:37

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Prologue
 
La première année de la cent-cinquième Olympiade. Pour la Macédoine, l’année maudite, l’année de la destruction, l’année de la catastrophe. La neuvième année du règne de Perdiccas III. La dernière.
 
Trente-cinq ans plus tôt, venues des montagnes, à l’Ouest, les hordes dardaniennes avaient déferlé sur la Macédoine. Leur roi, Bardyllis, était un guerrier redoutable dans la force de l’âge. Il avait unifié ce qui n’était jusque-là qu’une vague confédération de tribus pour en faire le plus puissant des royaumes illyriens. Équipés et entraînés à la manière des hoplites grecs, ses guerriers avaient écrasé les Macédoniens, et ceux-ci n’avaient dû qu’à l’aide des Thessaliens et de leur fameuse cavalerie de n’être pas complètement anéantis. Pour la Macédoine, ce fut le commencement du déclin.

 

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Pièce de monnaire dardanienne
 
Pour obtenir la paix avec les Illyriens, le roi Amyntas III dut épouser une princesse dardanienne, Eurydice, laissant du même coup Bardyllis traiter la Haute-Macédoine comme un pays conquis, la pillant à l’occasion. Le roi illyrien tourna son attention vers les Épirotes, dévastant le royaume des Molosses et les massacrant par milliers – Bardyllis avait l’habitude de ne pas faire de prisonniers. Seule une intervention militaire spartiate finit par l’obliger à rebrousser chemin, non sans avoir livré une dure bataille. Quant à Amyntas III et Eurydice, ils eurent trois fils : Alexandre, Perdiccas, et Philippe.
 
Cherchant des alliés pour reprendre le contrôle de la Haute-Macédoine, Amyntas III se tourna vers le royaume thrace des Odryses, et vers la puissance grandissante que constituait alors la cité d’Olynthe, fondatrice et maîtresse de la Ligue Chalcidique. En gage de cette alliance, il leur laissa exploiter toute la partie orientale du royaume… Mal lui en prit. Loin d’assurer leur fidélité, cette concession ne fit qu’exciter la convoitise de ses « alliés ». Une fois de plus, la Macédoine faillit disparaître. Ce coup-ci, c’est l’aide directe de Sparte qui sauva les meubles. Amyntas récupéra une partie de son royaume, mais les terres à l’est du fleuve Axios restèrent entre des mains étrangères. Pour ne rien arranger, loin d’avoir expulsé les Illyriens de Haute-Macédoine, Amyntas III fut réduit à verser un tribut à Bardyllis.

 

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Statère d'argent à l'effigie d'Amyntas III
 
Cette modeste victoire avait eu un prix : la Macédoine était à présent le jouet des Lacédémoniens. Elle en partagea les fortunes. Et celles-ci furent défavorables. Écrasés par les Thébains lors de la bataille de Leuctres, les Spartiates virent leur réputation d’invincibilité ébranlée. Amyntas III en profita pour se désolidariser d’eux et rejoindre le camp athénien, mais il mourut peu après – de vieillesse, chose rare pour un roi de Macédoine.

 

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La bataille de Leuctres, triomphe des Thébains sur les Spartiates.
 
Son fils, Alexandre II, lui succéda. Il cessa aussitôt de verser le tribut aux Illyriens, mais la sanction ne se fit pas attendre : Bardyllis marcha de nouveau sur la Macédoine. Alexandre II ne put que se soumettre, car sur ses arrières, le prétendant Pausanias tentait de le déposséder du trône. De nouveau, la dynastie des Argéades ne dut sa survie qu’à l’aide étrangère – en l’occurrence celle des Athéniens.
 
Pausanias vaincu, Alexandre II se consacra à sécuriser les frontières, désormais étriquées, de son royaume. Au cours d’une des rares actions militaires victorieuses des Macédoniens, le roi intervint avec succès dans une des guerres civiles qui ravageaient périodiquement la Thessalie. Lorsqu’il se montra trop gourmand dans la rémunération de son aide, Alexandre II déclencha la colère des Thébains. Vaincu, il dut renier ses alliances précédentes et se soumettre à leur bon vouloir. Humiliation supplémentaire, Alexandre II dut envoyer comme otage à Thèbes son plus jeune frère, Philippe.
 
Loin de rester apathique, le jeune garçon de treize ans allait mettre à profit ses cinq années de présence forcée dans la plus grande cité de Béotie pour parfaire son éducation. Et il allait à bonne école. Le légendaire Épaminondas, le vainqueur de Leuctres, lui enseigna la stratégie. Au contact de son gardien, Pammenès, il prit connaissance de ce qui faisait la force des armées thébaines : l’esprit de corps, symbolisé par la fameuse Bande Sacrée, troupe formée de binômes ayant juré de se protéger mutuellement jusqu’à la mort. La nature de ces binômes était aussi amoureuse, et Pélopidas, un autre général thébain, initia Philippe à la pédérastie – cette forme d’homosexualité unissant un adolescent (eromenos) et un homme mûr (erastes), qui était alors un des piliers du processus transformant un garçon grec en adulte libre. Philippe était aussi un lecteur avide, dont la curiosité envers toutes sortes de sujets philosophiques venait de son amitié avec le fils du médecin de son père, un jeune garçon à l’intellect prometteur nommé Aristote.

 

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Chat-bite !
 
Le séjour de Philippe à Thèbes lui épargna aussi les affres des intrigues de cour. Alexandre II fut bientôt assassiné à l’instigation de l’amant de sa femme, Ptolémée d’Aloros, qui se fit proclamer régent au nom du nouveau roi Perdiccas III – le second fils d’Amyntas III et d’Eurydice. Quatre ans plus tard, Ptolémée d’Aloros fut assassiné sur l’ordre de Perdiccas III, qui assuma seul le pouvoir. Dans la foulée, Philippe fut autorisé à quitter Thèbes et rentra au pays. Désireux de consolider sa position, son frère aîné le maria à une princesse épirote, Olympias de Molossie.
 
La Macédoine, toutefois, sortit affaiblie de ces révolutions de palais. En représailles de sa défection en faveur des Thébains, le royaume fut attaqué par Athènes, qui lui prit Pydna, au sud du fleuve Haliacmon. Son territoire se réduisait plus que jamais à une peau de chagrin. Malgré tout, Perdiccas III, comme son frère et son père avant lui, rêvait de reprendre le contrôle de la Haute-Macédoine…

 

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Pièce à l'effigie de Perdiccas III
 
 
(à suivre)



#2 Eginhard 38

Eginhard 38

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Posté 16 mars 2013 - 20:54

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L’année où débuta la cent-cinquième Olympiade, Perdiccas III estima qu’avec l’alliance entérinée par le mariage de Philippe et d’Olympias, et le soutien distant de Thèbes et de la Confédération Béotienne, il était prêt à en finir avec ce vieux décrépit de Bardyllis. Ne disait-on pas que le roi des Dardaniens avait vu s’écouler plus de vingt Olympiades depuis le jour de sa naissance ?

 

Les récoltes furent engrangées après le Nouvel An (en automne dans le calendrier macédonien), puis l’hiver vint, permettant aux Macédoniens de fourbir leurs armes. Lorsque vint le mois de la lune de Xanthos, Perdiccas III présida au festival de Xanthika. Conformément à la tradition, l’armée défila entre les deux moitiés d’un chien sacrifié à Xanthos, l’un des douze fils du dieu Pan, afin de se purifier et de sanctifier l’intégration des éphèbes – les jeunes gens ayant atteint leur dix-huitième année. Les fêtes achevées, Perdiccas III emmena son armée vers le nord-ouest.

 

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La flute du dieu Pan, traditionnellement appelé "El Gringo" par les autres dieux de l'Olympe.

 

Pour ne jamais revenir.

 

Malgré son âge avancé, Bardyllis était tout sauf sénile. Le monarque illyrien avait aussi ses partisans en Macédoine, et il eut tôt fait d’être prévenu des projets, par ailleurs faciles à anticiper, de Perdiccas III. Bardyllis avait également des alliés. Pendant que les hoplites illyriens se concentraient en Dardanie, les tribus péoniennes semèrent le chaos dans le nord de la Macédoine, accroissant les difficultés rencontrées par Perdiccas III et l’obligeant à divertir une partie de ses forces. Lorsque Bardyllis vint à sa rencontre, l’issue du combat paraissait jouée d’avance.

 

Face à l’infanterie lourde illyrienne, l’armée macédonienne n’avait pas fondamentalement évolué depuis qu’elle l’avait affrontée pour la première fois, trente-cinq ans plus tôt. Équipés trop légèrement, les fantassins macédoniens n’avaient guère l’habitude de combattre en formation serrée. Perdiccas III n’avait guère que deux atouts. Le premier résidait dans le noyau dur de son infanterie, les Hypaspistes, seule unité dont l’équipement et l’entraînement soutenaient la comparaison avec ceux des Illyriens. Recrutés parmi les classes aisées, les Hypaspistes n’étaient cependant pas assez nombreux pour espérer compenser à eux seuls la faiblesse de l’armée. L’autre atout était formé par la fine fleur de la noblesse macédonienne, qui servait à cheval aux côtés du roi. Cette garde rapprochée, les Compagnons, risquait cependant de ne pas servir à grand-chose si Bardyllis parvenait à engager le combat dans un des défilés montagneux qui parsemaient la Haute-Macédoine.

C’est ce qui se produisit. L’expérimenté Bardyllis réussit à livrer bataille là où il le voulait. Et ce qui devait arriver, arriva.

 

Bloqués entre deux pentes escarpées, les Compagnons ne purent jouer de leur mobilité pour prendre le dessus sur les hoplites illyriens. Perdiccas III périt dans le carnage, pendant que son infanterie se débandait. Seuls les Hypaspistes, en se sacrifiant, parvinrent à éviter l’anéantissement complet de l’armée macédonienne. C’était heureux, car fidèle à lui-même, Bardyllis n’avait pas pris de captifs. Plus de 4.000 Macédoniens gisaient morts dans le défilé. Les autres étaient éparpillés dans la campagne environnante. Ceux qui avaient conservé un semblant d’ordre dans leurs rangs se rassemblèrent en hâte à Aigéai, l’ancienne capitale, lieu de réunion traditionnel de l’assemblée des Macédoniens.

 

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"Nous partîmes trois mille et nous revînmes pas nombreux"

 

Transis de peur, les survivants de l’affrontement et les autres se dépêchèrent de signer avec Bardyllis une trêve qui, en substance, lui cédait définitivement toute la Haute-Macédoine. Une nouvelle fois vaincu, le royaume voyait sa souveraineté encore un peu plus entamée.

 

Se posait également le problème de la succession de Perdiccas III. Le roi défunt avait un fils, Amyntas IV, mais c’était un enfant de six ans. Archélaos, un fils puîné d’Amyntas III issu d’une autre union, fit valoir ses droits au trône, au mépris de la branche aînée des Argéades.

 

Intervint alors Philippe, qui n’avait échappé au carnage que parce qu’il guerroyait par ailleurs contre les Péoniens. L’oncle d’Amyntas IV dénonça Archélaos comme un usurpateur et un traître, et se fit fort de défendre les droits de son neveu en exerçant la régence en son nom. Personnifiant ainsi la légitimité du pouvoir en place, Philippe fit également la preuve de son éloquence et rallia à lui l’assemblée. Archélaos fut promptement condamné à mort et exécuté, tandis que l’assemblée des Macédoniens confiait la régence du royaume à Philippe.

 

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"OK Archélaos, on va jouer ça à lance-bouclier-tunique... un, deux, trois ! Ah ben c'est ballot, t'as perdu. En même temps c'est bien fait pour toi, t'avais qu'à amener ta lance et ton bouclier"

 

 

(à suivre)



#3 Eginhard 38

Eginhard 38

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Posté 16 mars 2013 - 21:23

Première année de la cent-cinquième Olympiade

 

La douceur du printemps, sur les rives de l’Haliacmon, était délicieuse. Pour un peu, on en aurait presque oublié que la Macédoine était à feu et à sang.

 

Assis au pied d’un arbre, seul, Philippe n’était sans doute pas en train de méditer sur les beautés de la nature. Il réfléchissait plus probablement à la meilleure façon de sauver les lambeaux de royaume dont il avait la charge.

 

Un cavalier s’approcha au galop. Il fut vite là. Sautant de sa selle, l’homme couvert de poussière salua Philippe sans cérémonial.

 

- Parménion ! Où est l’armée ? Il n’y a guère ici que des vieillards et des garçons trop jeunes pour être éphèbes…

- Les Compagnons sont à quelques lieues au nord, répondit l’ami de Philippe en reprenant son souffle. Ils n’ont plus de rations, leurs chevaux sont fourbus… Ce qui reste des Hypaspistes se traîne encore quelque part dans les montagnes. Quant aux autres… ils se sont dispersés. Pour essayer de protéger leurs fermes ou leurs troupeaux, probablement.

 

Philippe connaissait l’importance de la logistique. À Thèbes, il avait lu les classiques avec attention. Xénophon, surtout. Il savait que les Compagnons ne repartiraient pas au combat le ventre vide, leurs chevaux encore moins. Sans parler que la loyauté de certains d’entre eux était encore loin de lui être acquise.

 

- Les Compagnons, combien sont-ils ?

- Moins de 500… Philippe, certains se défient de toi. Ils disent que la lignée des Argéades est maudite, pervertie par le sang des Illyriens…

 

Philippe ne releva pas. Parménion était son ami d’enfance, et il savait que dans sa bouche, ces rumeurs étaient répétées sans malice. Oui, sa mère était une Illyrienne. Et après ? Il était un Argéade, un descendant de Karanus, le légendaire unificateur des tribus macédoniennes. Cela seul comptait. Du moins affectait-il de le croire et de le montrer… car au fond de lui, cette idée de pureté du sang l’obsédait.

 

- Philippe, les Illyriens sont partout ! poursuivit Parménion. Les habitants d’Emathia ont fui la ville pour leur échapper. Édessa est assiégée. On dit que les Illyriens campent à Almopia, et qu’ils ont commencé à incendier le blé sur pied autour de Pella…

 

Les récoltes ! Philippe comprit immédiatement. Si les Illyriens parvenaient à les détruire avant l’automne, le peuple macédonien pourrait ajouter les calamités de la famine à celles de la guerre. Il fallait agir, immédiatement. Le régent Philippe quitta l’ombre bienveillante de son arbre, enfourcha son cheval, et partit au galop vers le nord.

 

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***

Près des bouches de l’Haliacmon, les Compagnons goûtaient à une quiétude bucolique tout aussi surréaliste que la sérénité printanière des paysages d’Aigéai. Parmi des fermes épargnées par la guerre, aux greniers pleins, les cavaliers macédoniens avaient trouvé repos et nourriture pour eux et leurs chevaux.

 

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Cela ne dura pas – et du reste, Philippe n’avait aucune intention de s'éterniser. L’arrivée d’un jeune garçon aussi sale et terrifié qu’essoufflé lui fournit une occasion de faire lever le camp sans avoir à mécontenter ses hommes.

 

- Les Illyriens !

 

Après les questions d’usage, Philippe fit sonner le rassemblement. Il voyait bien qu’il n’y avait pas beaucoup de renseignements utiles à tirer de l’enfant terrorisé.

 

- En selle !

 

Dans cette vaste plaine agricole, l’ennemi ne tarda pas à se matérialiser sous la forme d’un nuage de poussière. Un Compagnon à la vue d’aigle grimpa sur un arbre pour avoir une meilleure idée des forces illyriennes. Le nuage pouvait mystifier le néophyte, mais pas son œil exercé.

 

- Des peltastes. Sans doute pas plus nombreux que nous.

 

De toute évidence, Bardyllis n’avait nulle intention d’aventurer ses hoplites en Macédoine centrale. Il s’était contenté d’envoyer son infanterie légère la dévaster. En maraude, les peltastes illyriens ne s’attendaient pas à rencontrer de résistance. Ils allaient d’un bon pas, comme on va au pillage, au viol et au meurtre, avec l’assurance de l’impunité.

 

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Combien d’entre eux réalisèrent vraiment ce qui leur arrivait lorsqu’ils virent fondre sur eux, telle une tornade surgie de l’Hadès, la masse hurlante des Compagnons de Philippe ?

 

Ceux qui ne furent pas piétinés par les montures en furie opposèrent un simulacre de résistance. Puis s’enfuirent. Ivres de sang, les Compagnons leur livrèrent une poursuite inégale. Dans cette plaine ouverte, il n’y avait ni cachette ni échappatoire. Rattrapés, les survivants s’agenouillèrent dans l’espoir d’avoir la vie sauve. L’un des cavaliers jeta sa lance, bondit à terre, dégaina son glaive et saisit un captif par les cheveux, s’apprêtant à l’offrir en sacrifice à Némésis, la déesse de la vengeance.

 

- Non !

 

Philippe n’eut même pas à esquisser un geste pour arrêter son bras. D’une voix qui n’admettait pas l’objection, il poursuivit.

 

- Les Illyriens ont détruit le royaume, les Illyriens le reconstruiront. Ils paieront leurs dettes, avec les dividendes. Comme esclaves !

 

Contrairement à ses deux frères et à son père, Philippe avait compris que la vengeance était un plat qui se mangeait froid. Némésis était éternelle.

 

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***

Emmenant leurs captifs, les Macédoniens marchèrent vers le nord-ouest. Ils réoccupèrent Emathia sans occuper de résistance. Une des premières préoccupations de Philippe fut de rétablir les communications internes du royaume. Du bon fonctionnement des routes dépendait la reconstruction de la Macédoine. Pendant que les habitants quittaient leurs cachettes pour reconstruire leur ville, les Compagnons poussèrent jusqu’à Édessa. En fait de siège, la ville n’était guère que bloquée par une poignée de peltastes, incapables de la prendre d’assaut malgré le mauvais état de ses remparts. Les Illyriens furent encore plus surpris de l’apparition des Compagnons que ne l’avaient été les maraudeurs de l’Haliacmon, et ne tardèrent pas à les rejoindre en captivité.

 

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La guerre en Grèce antique : des géants de dix mètres qui se battent pour des mini-villes contre des cavaliers de vingt-cinq mètres de haut.

 

***

L’air était sombre, âcre, épais. Le blé n’avait pas encore assez jauni pour brûler facilement, mais force était de constater que les Illyriens s’en étaient donnés à cœur joie. Tout ce qu’ils avaient pu détruire, ils l’avaient détruit. Philippe songea à sa propre maxime en contemplant les captifs misérables agenouillés à ses pieds – tout ce qui restait du millier de peltastes qui ravageait les abords de Pella en cette fin de printemps. L’affrontement avait été pour Philippe l’occasion de peaufiner ses tactiques. Il était désormais familier de l’emploi de la cavalerie. Dans des circonstances favorables, les Compagnons étaient en mesure de défaire un ennemi bien supérieur en nombre. Charger, asséner à l’ennemi un choc puissant, se retirer à bride abattue, faire volte-face, charger encore.

 

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À présent que les incendies étaient éteints et que de longues colonnes de réfugiés faméliques rentraient d’un pas encore hésitant à Pella, il n’était plus question pour les Compagnons de maniant la lance, mais la truelle. Pour ceinturer la capitale macédonienne d’une muraille digne de ce nom, tout le monde mit la main à la pâte. La restauration de Pella accrut considérablement le prestige de Philippe. Certes, le grain manquait encore, mais le rétablissement des communications avec le reste de la Macédoine centrale permit d’en faire venir des greniers épargnés par les destructions. De nombreux nobles, jusque-là hésitants, se rallièrent à Philippe, rejoignant les Compagnons et lui accordant leur confiance. Assurément, le frère de feu Perdiccas III avait de la poigne. C’était un gage de survie pour le royaume.

 

Philippe, cependant, savait pertinemment qu’il ne pourrait pas vaincre le vieil ennemi des Macédoniens, Bardyllis, s’il ne réformait pas en profondeur son armée. Or, le régent de Macédoine avait des idées bien arrêtées sur la question. Il se souvenait parfaitement de ce qu’il avait appris à Thèbes dans sa jeunesse.

 

Il savait ainsi que la cité béotienne avait réussi à passer du statut de vassale de Sparte à celui de dominatrice du monde grec grâce à deux hommes : Épaminondas bien sûr, mais aussi Iphicrate. Ce général athénien avait, le premier, expérimenté une réforme de l’équipement des hoplites, dans le but de contrebalancer l’entraînement et la cohésion pratiquement sans faille des guerriers spartiates. Il avait allégé l’armure, permettant à un plus grand nombre d’hommes de servir dans le rang. Iphicrate avait aussi rallongé leurs lances, afin de tenir l’infanterie lourde ennemie à distance et l’empêcher d’utiliser sa masse pour enfoncer ses propres lignes. Enfin, il avait réduit la taille du bouclier, désormais sanglé sur le bras gauche, de manière à libérer les deux mains du combattant et lui permettre de se servir plus aisément de sa désormais très encombrante lance. Lorsque les Athéniens envoyèrent un corps expéditionnaire aux Thébains pour les aider à se révolter contre Sparte, ils transmirent aux Béotiens leur nouveau modèle d’infanterie. Les Lacédémoniens furent vaincus et durent abandonner Thèbes.

 

Philippe alla encore plus loin dans l’application du modèle iphicratique. Il rallongea encore la lance, en portant la longueur à quinze pieds au minimum. La nouvelle arme, au manche en solide bois de cornouiller, fut baptisée sarisse. Aussitôt Pella sécurisée, Philippe ordonna à Parménion de trouver autant d’hommes que possible et de les entraîner à combattre en formation serrée avec leurs sarisses. Jusqu’au début de l’été, les recrues s’exercèrent avec fébrilité sous les murs de la capitale.

Le problème de ces réformes est qu’elles nécessitaient de l’argent, et Philippe en avait peu. La seule mine importante de Macédoine centrale, situées sur les pentes du mont Barnoüs, avait été détruite par les Illyriens, et ces derniers contrôlaient toujours la région d’Almopia, où elle se trouvait. Alors que l’été commençait, Philippe était justement en route pour la leur reprendre lorsqu’il reçut une inquiétante nouvelle.

 

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La nouvelle armée macédonienne.


Modifié par Eginhard 38, 16 mars 2013 - 21:26.


#4 Eginhard 38

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Posté 17 mars 2013 - 09:50

Bataille de l’Haliacmon

 

La mort de Perdiccas III avait excité les appétits des prétendants au trône, et l’habitude de rois de Macédoine de prendre plusieurs épouses pour sceller leurs alliances faisait qu’ils ne manquaient pas. L’un d’eux, Argéos, avait trouvé refuge à Athènes, où cette occasion de ramener la Macédoine dans la sphère d’influence athénienne était trop belle pour ne pas être employée. Argéos se vit octroyer de généreux subsides, avec lesquels il recruta une armée de mercenaires et se fit transporter par bateau jusqu’à Méthone, dans cette Macédoine méridionale que les Athéniens avaient pris à Perdiccas III quelques années plus tôt.

 

Philippe avait déjà eu vent de ce qui se tramait, mais il ne s’attendait pas à ce qu’Argéos se mette en route aussi rapidement. Après avoir aisément disposé d’un détachement de pillards illyriens, il dut interrompre sa campagne en cours et remettre à plus tard la libération d’Almopia. La population d’Aigéai fut mobilisée, dans la mesure où l’ancienne capitale était probablement la cible du prétendant, et les phalangites que Parménion formait à Pella furent envoyés vers Aigéai à marche forcée.

 

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L'armée d'Argéos marche sur Aigéai.

 

L’armée macédonienne arriva trop tard : elle était encore au nord de l’Haliacmon quand Argéos se présenta devant la ville. Toutefois, celle-ci était bien fortifiée, et le prétendant au trône en remit le siège à plus tard. Au lieu de cela, il chercha un point de passage sur le fleuve pour aller affronter directement Philippe dans une bataille décisive. C’était une erreur, car Aigéai était peu défendue et Argéos avait les moyens de l’assiéger tout en empêchant Philippe de traverser le fleuve pour lui porter secours.

 

Les Macédoniens exploitèrent au mieux ce mauvais choix. Lorsque Philippe, retardé par les Illyriens, arriva près d’Aigéai, Parménion venait tout juste de ranger son infanterie le long de l’Haliacmon, là où il était à peu près certain qu’Argéos l’attaquerait. Et de fait, l’armée ennemie approchait.

 

- Philippe ! Nous sommes arrivés à temps. Ils ne traverseront pas !

- Parménion, je veux que tu fasses reculer tes soldats.

- Quoi ?!

- Les Compagnons n’auront pas la place de manœuvrer si nous tenons les gués. Et Argéos peut très bien nous tromper par une attaque de diversion et franchir le fleuve ailleurs.

 

Parménion grimaça, mais ne dit rien de plus. Ordonner un repli tactique juste avant le début de l’engagement était extrêmement risqué. Ses soldats étaient à peine entraînés au maniement de la sarisse, leur moral était encore incertain. 3.000 fantassins et 700 Compagnons faisaient face à 4.000 hoplites aguerris venus de tout l’empire athénien. Même si la nouvelle position choisie par Philippe restait favorable car en hauteur, les Macédoniens ne bénéficiaient plus du goulot d’étranglement que leur fournissait le passage du cours d’eau.

 

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Philippe, quant à lui, voyait les choses autrement. En positionnant son infanterie en retrait, il espérait bien attirer l’intégralité de l’armée ennemie sur la rive septentrionale, ce qui impliquait qu’en cas de défaite, la seule voie de retraite d’Argéos passerait par le gué qu’il emprunterait à l’aller. Il serait alors facile à Philippe de couper cette retraite avec ses Compagnons, et de charger l’ennemi sur son flanc droit – la meilleure façon d’employer efficacement la cavalerie contre des hoplites.

En l’absence d’étriers, qui n’existaient pas encore, la puissance de choc de la cavalerie était pratiquement nulle contre des fantassins lourdement cuirassés. La phalange hoplitique, en revanche, était vulnérable sur ses flancs – particulièrement le flanc droit, puisque le lourd bouclier rond, le hoplon, se portait avec la main gauche. Philippe avait envoyé un messager ordonnant à la garnison d’Aigéai de sortir de la ville pour intercepter l’armée d’Argéos, au cas où elle réussirait malgré tout à repasser l’Haliacmon.

 

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Le plan de bataille de Philippe.

 

Pendant que Parménion exécutait son repli tactique, des bruits circulèrent dans les rangs : Philippe avait pris peur, il abandonnait Aigéai, les Compagnons avaient déserté… Parménion s’en aperçut. L’occupation de la nouvelle position, et l’apparition de Philippe, qui avait entretemps disposé les Compagnons de manière conforme à son plan, ne les fit pas complètement cesser.

 

- Les hommes sont inquiets, dit le chef de l’infanterie au régent de Macédoine. Tu dois leur dire quelque chose…

- Tu as raison.

 

Philippe chevaucha quelques instants devant les rangs, puis s’arrêta. Il regarda quelques instants autour de lui. Et ne dit rien. En lieu et place, il tendit le bras en direction du sud, montrant un point que la brume d’été ne suffisait pas à masquer. De leur hauteur, les Macédoniens pouvaient voir les tertres funéraires de la nécropole royale de Vergina. Les soldats comprirent, des cris retentirent, qui se muèrent en clameur. Celle-ci retomba pour laisser place à un son étrange, inédit. Un des soldats faisait vibrer sa sarisse en en secouant violemment le manche. Les autres l’imitèrent, et le bruit nouveau, ensorcelant, se propagea le long de la ligne.

C’est alors que les hoplites ennemis apparurent au pied de la colline.

 

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Non les gars, pas ce manche-là...

 

Philippe rejoignit les Compagnons au galop. Comme il l’espérait, les hommes d’Argéos s’étaient déployés en une masse profonde, compacte. Sûrs de leur force, les hoplites marchèrent droit sur les fantassins macédoniens sans se soucier de la pente.

 

Les sarisses furent pour eux une mauvaise surprise. Sans même pouvoir répliquer, ils devaient affronter les fers aiguisés des Macédoniens. Les piques de ces derniers étaient suffisamment longues pour que les cinq premiers rangs de leur phalange puissent interposer les leurs entre l’ennemi et le premier d’entre eux. Qu’un hoplite franchisse l’obstacle, et quatre autres sarisses attendaient de le transpercer derrière.

 

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Et vlan, une pénalité de flanquement dans ta face !

 

Dès qu’il fut certain qu’Argéos avait engagé la totalité de son armée, Philippe fit charger les Compagnons. La manœuvre réussit au-delà de toute espérance. Flanqués, les hoplites mercenaires du prétendant ne tardèrent pas à flancher. Au moment où les premiers d’entre eux commençaient à perdre pied, Argéos fut transpercé par une sarisse. La déroute fut rapidement consommée. Les survivants n’essayèrent même pas de repasser l’Haliacmon et capitulèrent, laissant 2.300 prisonniers aux mains de Philippe. C’était heureux, car la garnison d’Aigéai n’avait pas bougé d’un pouce : le messager de Philippe s’était noyé dans le fleuve en tentant de le traverser à la nage.

 

***

 

Cet afflux d’esclaves inopiné tombait à pic, car Philippe avait besoin de main d’œuvre. Le régent avait de grands projets à mener à bien. Le premier fut de restaurer la mine du mont Barnoüs. Ce fut fait sans difficulté, la région d’Almopia ayant été libérée sans coup férir. Les anciens soldats d’Argéos trimaient désormais dans les galeries surchauffées et insalubres. Un sort peu enviable… mais en se laissant vaincre et capturer, ils avaient perdu leur qualité d’hommes libres. Fussent-ils d’autres Grecs, ils n’avaient plus aucun droit. Le monde hellénique était impitoyable pour les battus et les faibles.

 

90935_barnous.jpg

La mine du mont Barnoüs : une fente chaude et humide dans la montagne...

 

Philippe avait bien d’autres choses à construire. Le régent de Macédoine comprenait que pour redresser le royaume et le rendre pérenne, il devait le réformer en profondeur. La Macédoine était une terre montagneuse, dont toutes les vallées n’étaient pas suffisamment fertiles pour permettre à tous de vivre de la culture des céréales. Une large part de la population macédonienne dépendait de la transhumance des ovins pour sa survie. Ces habitants, dispersés et semi-nomades, étaient particulièrement vulnérables aux raids incessants auxquels les soumettaient leurs voisins illyriens ou péoniens.

 

Philippe y remédia en favorisant la croissance des centres urbains. L’attention particulière accordée aux infrastructures routières n’était pas seulement un moyen de favoriser le commerce et la logistique de l’armée : elle permettait aussi d’assurer le ravitaillement en grain de ces agglomérations naissantes. Bientôt, des migrants ruraux commencèrent à affluer.

 

82311_migrants.jpg

"Ahahaaaaaahaaaah !" (Robert Plant, "Immigrant Song")

 

Une fois regroupée dans des villes, la population pouvait être plus facilement défendue. À cette fin, Philippe fit fortifier les bourgs et les frontières du royaume. Les murs d’Édessa furent réparés, Émathia et Almopia furent ceinturées d’un rempart. À l’ouest, les deux principaux accès à la Haute-Macédoine furent fortifiés. Par son emplacement même, la ville d’Édessa contrôlait la passe de Bora. Quant à celle de Bermion, elle fut verrouillée par la construction d’un fort à Berrhoée. Pour compléter ce dispositif, Philippe fit également élever des tours de guet le long de la côte. La Macédoine centrale, tout au fond du Golfe Thermaïque, était relativement à l’abri, mais il était peu probable que les Athéniens et leur puissante marine ne cherche pas vengeance après la mort de leur protégé Argéos et l’asservissement de leurs mercenaires.

 

31484_walls.jpg

"Je propose de faire pareil avec les chômeurs et les SDF." (Michel Sardouille)

 

La réforme de Philippe quant à l’implantation de la population macédonienne en entraîna une autre, militaire celle-là. Ayant toujours en mémoire sa jeunesse thébaine, le régent tenait à développer l’esprit de corps dans son armée. Pas question, toutefois, d’adopter une organisation basée similaire à la Bande Sacrée : si la noblesse macédonienne se piquait d’hellénisme, la majorité de la population restait constituée de montagnards, encore trop rustres pour apprécier les subtilités de l’éducation grecque à leur juste valeur. Les autres Grecs, d’ailleurs, les considéraient plus souvent comme des barbares que comme leurs semblables.

 

Philippe se contenta d’attacher chaque unité de son armée à un lieu précis. Les villes, anciennes et nouvelles, devaient chacune mettre en place un casernement, un dépôt, une infrastructure de recrutement, et fournir des soldats. Soudés par leur origine géographique, et non plus par leur tribu ou leur rang social, ces hommes formeraient la base de la nouvelle armée macédonienne.

 

L’unité formée à Pella par Parménion fut ainsi « déménagée » à Aigéai. Les Hypaspistes furent reformés, mais constituaient désormais une unité d’élite formée de soldats triés sur le volet. Ils furent basés à Pella sous les ordres d’Antipater, un officier en qui Philippe avait toute confiance. Seuls les Compagnons – basés eux aussi à Pella – conservaient leur mode de recrutement traditionnel parmi la noblesse, mais Philippe n’en était pas moins décidé à ouvrir plutôt libéralement les rangs de celles-ci, pourvu que les hommes concernés se fussent montrés valeureux. Les autres cités, encore insuffisamment peuplées, fournirent dans un premier temps des peltastes, et des garnisons pour défendre les fortifications nouvellement construites.

 

91660_hypaspistes.jpg

Les Hypaspistes.

 

***

 

Vers la fin de l’été, un nouveau raid illyrien – 2.500 fantassins légers et peltastes – tenta de pénétrer en Haute-Macédoine par la passe de Bora, mais Philippe était prêt à les recevoir. Il les écrasa après une bataille brève et à sens unique sous les murs d’Édessa. Les Compagnons poursuivirent les fuyards à travers la montagne, capturant la plupart d’entre eux.

 

63738_edessa2.jpg

 

Interrogés, plusieurs prisonniers indiquèrent aux Macédoniens que les succès de Philippe avaient été pris au sérieux en Dardanie : peu désireux de permettre à la Macédoine de se relever, Bardyllis se disposait à revenir « finir le travail » avec le gros de son armée dès le printemps suivant. Le danger était sérieux. Philippe ne pouvait plus se permettre de l’attendre en restant sur la défensive : il devait le prendre de vitesse pour frapper le premier.

 

 

(à suivre)



#5 captaintergal

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Posté 18 mars 2013 - 01:24

Excellent :) .



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Posté 18 mars 2013 - 05:41

pas mal, très intéressant ^^

 

pas la traduction française utilisée ? :)


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#7 Eginhard 38

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Posté 18 mars 2013 - 19:53

Non (ce qui est un comble, je l'admets). Le jeu s'est remis en anglais lors d'une mise à jour, et je l'ai laissé comme tel. J'ai tellement l'habitude de l'anglais que ça ne me gêne absolument plus.



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Posté 18 mars 2013 - 20:15

je rigole bien sur ^^


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#9 Eginhard 38

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Posté 20 mars 2013 - 20:36

Deuxième année de la cent-cinquième Olympiade

Avant de marcher contre Bardyllis, Philippe devait toutefois assurer plus complètement ses arrières. La Macédoine centrale n’était pas complètement libérée : Édomène, au nord de Pella, restait occupée par les Péoniens. Arrhidée, un autre demi-frère de Philippe, avait lui aussi fait valoir ses prétentions au trône de Macédoine. Avec la complicité des Péoniens, il comptait bien utiliser Édomène comme base pour une expédition future contre Pella. Cette menace devait être impérativement éliminée.

18618_vallee_noire.jpg
Philippe dans la Vallée Noire.

Juste après le Nouvel An, Philippe emmena les Compagnons pour une reconnaissance en force dans la Vallée Noire, celle qui menait à Édomène depuis Almopia. Ne rencontrant aucune résistance, le régent fit venir les Hypaspistes et leurs soutiens depuis Pella. La ville fut prise avec une facilité déconcertante. En l’absence des Péoniens, les partisans d’Arrhidée privés de soutien durent se débrouiller seuls. Leur moral était bas, et leur petite armée se débanda rapidement. Quant au prétendant, il fut « cueilli » par les Hypaspistes alors qu’il se terrait dans une maison de la ville. Ses velléités – et son existence – s’arrêtèrent là.

42641_edomene.jpg
Extension de l'Édomène de la lutte.

Ce problème réglé, Philippe put se concentrer sur la préparation de sa campagne contre Bardyllis. En premier lieu, il avait besoin de renseignements sur la disposition des forces ennemies. À cette fin, il créa un détachement de cavalerie légère distinct des Compagnons, de 300 hommes, qu’il confia à Cléitus, dit « le Noir », le frère d’une des dames de compagnie d’Olympias.

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Cléitus le Noir.

La chevauchée de Cléitus le Noir atteignit ses objectifs. Les Illyriens n’étaient pas présents en force à Éliméa. Le clan macédonien des Éliméotes jouait une partie ambiguë depuis l’invasion illyrienne, qu’il ne tenait pas nécessairement pour malvenue dans la mesure où elle affaiblissait les Argéades. Éliméa n’était pas occupée directement mais en échange, les Éliméotes s’étaient engagés à fournir des troupes auxiliaires aux Illyriens. Toutefois, dans l’immédiat, celles-ci n’étaient pas assez nombreuses pour menacer sérieusement le flanc sud des Macédoniens.

52183_raid.jpg
Massacre de chars à boeufs innocents : les horreurs de la guerre en Grèce antique.

Cette constatation permit à Philippe de concentrer son attention sur Éordéa, plus au nord. La ville, passage obligé vers le reste de la Haute-Macédoine, était davantage défendue : un détachement avancé de 2.000 hoplites illyriens y stationnait. En revanche, le petit fortin de Bora, qui contrôlait la passe du même nom, n’était pas défendu. Philippe choisit de s’en servir comme d’une base avancée.

Retardée par les indispensables travaux de fortification d’Édomène, la campagne fut lancée alors que l’automne était déjà bien avancé. L’armée macédonienne campa autour de Bora tandis que des esclaves en réparaient et agrandissaient le fort, une entreprise face à laquelle les Illyriens restèrent sans réaction. Erreur fatale : lorsque Philippe se présenta devant Éordéa au début de l’hiver, il s’en empara sans difficulté.

80808_dde.jpg
La DDE macédonienne en action : 2.000 qui bossent, 7.000 qui regardent.

Le régent de Macédoine consacra les semaines suivantes au renforcement de sa nouvelle base. Comme les autres cités macédoniennes, Éordéa fut ceinturée d’un rempart, et on y entreposa autant de grain que possible. Les troupeaux, à présent redescendus des montagnes, furent rassemblés pour servir de réserve vivante de nourriture à l’armée. Philippe savait que chaque jour comptait : en permettant à Bardyllis de se renforcer, le temps jouait contre les Macédoniens. Arpentant les camps où ses soldats essayaient de se réchauffer, Philippe s’impatientait.

96483_popote.jpg
Philippe taille le bout de gras avec ses Compagnons.

Ses préparatifs faillirent être perturbés par un raid péonien : comme ils en avaient l’habitude, les cavaliers tribaux venus du nord tentèrent de faire main basse sur les moutons de la Vallée Noire. Ils auraient pu y parvenir, car en prévision de l’offensive en Haute-Macédoine, Philippe n’avait laissé à Édomène que de l’infanterie légère. Les remparts d’Édomène, toutefois, s’avérèrent dissuasifs, cette fois. Les Péoniens auraient sans doute pu balayer facilement les troupes qui leur faisaient face mais, apparemment impressionnés, ils firent demi-tour et rentrèrent chez eux.

98829_pleutre.jpg
L'avantage de jouer en mode pleutre, c'est que l'ennemi a aussi peur de vous que vous avez peur de lui.


***


Modifié par Eginhard 38, 20 mars 2013 - 20:40.


#10 Eginhard 38

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Posté 20 mars 2013 - 21:52

Bataille de la Grande Tour

 

Malgré l’alerte que représentait le raid péonien, Philippe racla encore les fonds de tiroir pour renforcer ses troupes en Haute-Macédoine. Son armée comptait à présent 8.000 hommes : un noyau dur de 5.000 fantassins – dont 2.000 Hypaspistes – renforcés par 2.000 peltastes, et 1.000 cavaliers dont 700 Compagnons. N’y tenant plus, il n’attendit même pas la fin de l’hiver pour ordonner de marcher en direction du nord.

 

54727_offensive.jpg

L'armée macédonienne se met en marche.

 

Les Macédoniens pénétrèrent sans rencontrer de résistance dans la plaine du Lyncus, où l’armée de Bardyllis était en train de se concentrer. Sur le plan purement logistique, le choix du roi des Dardaniens était parfaitement justifié. La plaine du Lyncus était fertile et passait pour être le grenier à blé de la Macédoine. Il y était donc facile de concentrer les vivres nécessaires à la future campagne des Illyriens. Néanmoins, elle offrait également de vastes espaces dégagés, idéaux pour permettre à la cavalerie macédonienne, dont les Illyriens n’avaient pas l’équivalent, de profiter pleinement de leur supériorité manœuvrière.

 

Ce facteur allait s’avérer déterminant. Toute la stratégie de Bardyllis reposait, comme l’année précédente, sur la capacité des Illyriens à contrôler les premiers les passes montagneuses permettant d’accéder à la plaine du Lyncus. Et toute la stratégie de Philippe visait à franchir ces passes avant que les Illyriens ne soient en mesure de les bloquer. En frappant le premier avant les beaux jours, Philippe prit Bardyllis par surprise, l’obligeant à une confrontation en plaine.

 

Le monarque illyrien avait un autre problème : son armée n’était tout simplement pas encore prête. Certes, elle était immensément puissante, puisqu’elle comptait 12.000 hoplites constituant l’élite des tribus de Dardanie. Sur le papier, c’était suffisant pour espérer raisonnablement l’emporter. Dans les faits, ce n’était pas si simple. Déjà déficiente en cavalerie, l’armée illyrienne n’avait pratiquement aucune troupe de soutien. D’importants contingents d’infanterie légère étaient en route, mais rien n’indiquait qu’ils arriveraient à temps pour la bataille. Bien que plus modeste en effectifs, l’armée macédonienne était indubitablement plus équilibrée de ce point de vue.

 

Bardyllis était trop intelligent, malgré sa vingtaine d’Olympiades, pour ne pas réaliser que sa situation était délicate. Peu désireux de risquer de tout perdre dans un affrontement prématuré, il offrit à Philippe une trêve – ne serait-ce que pour gagner du temps. En substance, Bardyllis proposait de conserver la situation actuelle. Philippe refusa avec aplomb. D’une part, il n’avait aucune intention de se priver de son avantage stratégique sans rien y gagner, et d’autre part, sa légitimité était encore trop fragile pour qu’il puisse se permettre de transiger avec l’ennemi mortel de la Macédoine.

 

***

Peu après avoir éconduit les émissaires de Bardyllis, Philippe ordonna à Cléitus le Noir de s’emparer de la Grande Tour, nom pompeusement attribué à un petit avant-poste situé sur la route menant à Héraclée Lyncestis – misérable bourg servant de chef-lieu à la plaine du Lyncus. Ce fut fait sans difficulté particulière, mais les éclaireurs montés macédoniens repérèrent à cette occasion un détachement d’hoplites illyriens en train de lever le camp.

 

23598_grande_tour.jpg

Celui qui a baptisé cette tour devait avoir quelque chose à compenser...

 

Bientôt, il fallut se rendre à l’évidence : l’armée de Bardyllis était en train de se concentrer, et se disposait probablement à marcher à la rencontre des Macédoniens. Le moment de vérité approchait.

 

Ordonnant à Cléitus le Noir de tenir sa position, Philippe fit avancer le reste de l’armée à marche forcée pour le rejoindre. Son idée était d’ancrer son aile droite, formée par les Hypaspistes d’Antipater, sur les montagnes au pied desquelles la Grande Tour était bâtie. La phalange d’Aigéai, toujours sous les ordres de Parménion, se placerait sur sa gauche, les peltastes se tenant immédiatement en soutien de cette ligne principale.

 

Le gros défaut de ce dispositif était que sa gauche était en « l’air », sans ancrage naturel, et qu’elle était donc exposée à être flanquée. Pour y parer, Philippe disposa sa cavalerie sur ce flanc de son armée, légèrement en retrait. Ainsi, toute tentative des Illyriens contre la gauche macédonienne était exposée à être elle-même flanquée par une charge des Compagnons. Encore plus à gauche, les éclaireurs montés devaient éventuellement les soutenir ou, en cas de succès, procéder à une manœuvre d’enveloppement.

 

49637_plan_gt.jpg

Le plan de bataille macédonien.

 

***

À la vue de l’armée macédonienne, Bardyllis avait apparemment repris confiance. Ses troupes étaient supérieures en nombre, aguerries, bien encadrées ; leur ligne de bataille était plus longue que celle de leurs ennemis, indiquant qu’elle pourrait être enveloppée et détruite. Le roi illyrien conserva un tiers de ses hommes en réserve sous son commandement direct, afin de disposer d’une masse de manœuvre destinée à exploiter toute percée, et à transformer un succès en triomphe. Philippe serait vaincu, comme son père et ses frères avant lui.

 

Le reste de l’armée illyrienne monta à l’assaut en deux vagues successives sous le commandement des trois principaux généraux de Bardyllis : Kanathos, Idmon et Herméos. Ce dernier, qui commandait l’aile gauche, la lança de front contre les Hypaspistes, comptant essentiellement sur la force du nombre – deux contre un – pour les enfoncer, puisque toute manœuvre était impossible à cet endroit du champ de bataille. La droite illyrienne n’avait pas cette contrainte, et elle en profita : pendant qu’Idmon chargeait de front les hommes de Parménion, Kanathos manœuvrait pour les flanquer. Ce faisant, il s’exposait à l’attaque des Compagnons de Philippe, mais cette perspective ne l’arrêta pas. Peut-être les généraux illyriens comptaient-ils sur une déroute rapide de l’adversaire, comme l’an passé ?

 

87083_att_ill.jpg

L'attaque illyrienne.

 

Mais les choses ne se déroulèrent pas comme ils l’avaient espéré. L’armée macédonienne avait changé.

 

***

Les sarisses de la phalange d’Aigéai se montrèrent d’une terrifiante efficacité. Peut-être plus surpris encore que les mercenaires athéniens d’Argéos durant l’été précédent, les hoplites illyriens vinrent s’y empaler avec entrain. Stupéfaits, les hommes d’Idmon craquèrent avec une rapidité qui étonna tout le monde, à commencer par Parménion, qui ne s’attendait pas à ce que la lutte soit si facile.

 

Lorsque les soldats de Kanathos attaquèrent le flanc gauche de la phalange d’Aigéai, la lutte sur le front de celle-ci était pratiquement terminée. Les Macédoniens purent tourner leurs sarisses pour accueillir comme il se devait les nouveaux arrivants. Idmon rejoignit la seconde ligne illyrienne avec quelques braves, tandis que le reste de sa phalange recula en désordre.

 

De sa position, Philippe avait du combat une tout autre vision. Ignorant la situation réelle de Parménion, le régent de Macédoine craignait de voir sa phalange s’effondrer à tout moment face à l’attaque de flanc menée par Kanathos. Il chargea dès que possible avec les Compagnons, non sans avoir ordonné à Cléitus le Noir de passer dans le dos des Illyriens et d’exploiter toute opportunité qui se présenterait à lui.

 

85706_cav_mac.jpg

Philippe charge le flanc des Illyriens tandis que Cléitus le Noir s'infiltre derrière eux.

 

Le chef des éclaireurs montés fut très surpris de déboucher au milieu des hoplites d’Idmon en pleine retraite. Il réalisa bientôt qu’il se trouvait dans la très inconfortable situation d’être avancé entre les deux lignes de l’armée illyrienne. Mais il fut encore plus stupéfait lorsqu’il constata que la réserve, commandée par Bardyllis en personne, ne bougeait pas d’un iota.

 

Le repli d’Idmon avait ouvert une brèche dans le centre de la ligne illyrienne, que Bardyllis aurait dû normalement chercher à combler. Toutefois, l’infanterie macédonienne était trop occupée par les autres unités illyriennes pour exploiter cette faille, ce qui masqua à Bardyllis la gravité de la situation.

 

Peu après, un des éléments avancés de Cléitus le Noir rapporta d’importants mouvements de troupes, de l’infanterie légère, en direction d’Héraclée Lyncestis. Ces renforts allaient-ils venir épauler Bardyllis ? Pourtant, la réserve illyrienne n’avançait toujours pas. L’âge avait-il finalement eu raison de la perspicacité du roi des Dardaniens ? Ce dernier attendait-il le soutien de son infanterie légère avant de lancer une contre-attaque fulgurante ? Nul ne le sut jamais. Toujours était-il que fort des renseignements glanés, Cléitus les fit transmettre à Philippe.

 

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Les troupes légères illyriennes font mouvement autour d'Héraclée Lyncestis, tandis que la réserve ne bouge pas. (photo C. le Noir, tous droits réservés)

 

***



#11 Eginhard 38

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Posté 20 mars 2013 - 21:53

Le régent de Macédoine, de son côté, était toujours engagé dans un corps-à-corps sans merci avec la phalange de Kanathos. Les Illyriens vendaient chèrement leur peau. L’un d’entre eux tua le cheval de Philippe, qui se brisa la clavicule gauche dans la chute qui s’ensuivit. Seule la prompte réaction des Compagnons lui évita d’être capturé ou tué. Bien qu’étant eux-mêmes flanqués par l’attaque de la cavalerie macédonienne, les hoplites illyriens tenaient bon.

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Prise dans un étau, la phalange de Kanathos résiste. (photo Philippe2@macedoine.gouv.ma, tous droits réservés)

Toutefois, ils finirent par accuser le poids des pertes. Le soutien des peltastes macédoniens fut déterminant, une pluie de javelots accablant les Illyriens. Sur la gauche de l’armée illyrienne, Herméos continuait à presser les hommes d’Antipater. Les Hypaspistes, qui n’avaient pas de sarisses, devaient subir tout le poids des Illyriens, mais leur armure lourde, leur entraînement supérieur et l’aide des peltastes leur permirent de résister.

Les deux ailes illyriennes finirent par craquer à peu près au même moment – une délivrance pour Philippe. La victoire, cependant, n’était pas encore acquise. Informé des renseignements obtenus par Cléitus le Noir, Philippe fit le nécessaire pour maintenir la cohésion de son armée et éviter qu’elle ne se disloque dans une poursuite prématurée. Tout en serrant de près les Illyriens en retraite, les Macédoniens s’attaquèrent en bon ordre aux réserves de Bardyllis.

99631_avance_mac.jpg
La première ligne illyrienne s'est effondrée, les Macédoniens passent à l'offensive.

Pendant que l’infanterie engageait l’adversaire, Philippe resta à gauche avec la cavalerie afin de tenir à distance les troupes légères que Cléitus le Noir avait mentionnées. Lorsqu’il devint évident qu’elles ne viendraient pas, Philippe envoya les Compagnons prendre à revers la droite de la seconde ligne illyrienne, laissant les éclaireurs montés en couverture. Pris à revers, les hommes qui résistaient encore autour d’Idmon furent massacrés et se rendirent.

70667_flank_mac.jpg
Tandis que les Compagnons flanquent les Illyriens, Cléitus se déploie en couverture face à Héraclée Lyncestis.

Restait Bardyllis, au milieu du dernier carré d’hoplites illyriens. Le courage ne fit jamais défaut au vieux roi des Dardaniens – ni à sa garde personnelle, qui se fit vaillamment tailler en pièces pour le défendre, pratiquement jusqu’au dernier homme. Mais les Hypaspistes finirent par avoir raison d’eux. Alors que les Compagnons étaient en train de passer dans le dos des Illyriens pour en finir, le dernier acte fut consommé, et Bardyllis périt comme il avait vécu : par le fer.

40912_bardyllis.jpg
Les derniers instants de Bardyllis (photo antipater@hypaspistes.org, tous droits réservés).

La bataille de la Grande Tour était un triomphe macédonien. La fine fleur des hoplites illyriens avait péri dans le carnage, et 3.600 autres étaient maintenant esclaves de leurs vainqueurs. Comparativement, les pertes macédoniennes étaient étonnamment faibles. La phalange d’Aigéai n’avait guère qu’une centaine de tués à déplorer – les Hypaspistes ayant souffert davantage, mais sans commune mesure avec leurs ennemis. Les réformes militaires entreprises par Philippe s’en trouvaient validées.

Quelques jours plus tard, Philippe paracheva son succès en attaquant les restes de l’armée ennemie, qu’il dispersa aisément. Ayant libéré Héraclée Lyncestis, l’armée macédonienne poussa jusqu’à Pélagonia, vers le nord, qu’elle délivra également du joug illyrien. Puis, après avoir sécurisé les frontières et installé des avant-postes, elle se mit sur la défensive.

68579_heracleel.jpg
Héraclée Lyncestis est libérée.

 

***


Les répercussions politiques de la bataille de la Grande Tour furent immenses, et décisives. En vainquant Bardyllis et en expulsant les Illyriens de Haute-Macédoine, Philippe avait réussi là où son père et ses frères avaient échoué, et avait effacé trente-cinq années d’humiliation pour le royaume. Ce dernier était comme un fruit mûr que le régent n’avait plus qu’à ramasser.

Ayant démontré sa légitimité, Philippe cimenta la noblesse autour de lui. Alors que les premières pousses bourgeonnaient, annonçant l’arrivée du printemps, Philippe se fit acclamer roi par les Macédoniens. Celui qui était désormais Philippe II laissa vivre Amyntas IV, trop jeune pour constituer une menace, à l’ombre d’un palais de Pella.

Quelques jours plus tard, un courrier arriva à Héraclée Lyncestis, porteur d’une heureuse nouvelle : Olympias avait donné naissance à leur premier enfant, un garçon. Philippe le prénomma comme son frère aîné : Alexandre.

42269_alexandre.jpg
Olympias et Alexandre (avec l'aimable autorisation de la cour royale de Macédoine).

(à suivre)


Modifié par Eginhard 38, 20 mars 2013 - 21:57.


#12 Socros

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Posté 21 mars 2013 - 08:30

Intéressant j'ai toujours profité du col pour le combat, laissant Bardylis venir vers moi en l'attirant dans le passage étroit pour l'écraser assez facilement.


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#13 Eginhard 38

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Posté 21 mars 2013 - 08:50

C'est ce que je faisais au départ, et puis un jour j'ai tenté le coup de rester sur l'offensive. Cela a marché, mais j'avais une phalange de plus, ayant attaqué plus tard. L'avantage est que ça permet d'utiliser les Compagnons pour infliger des pénalités de flanquement : les Illyriens déroutent plus vite, et ça fait plus d'esclaves ensuite. :diable: En plus, la poursuite est plus efficace.

 

Là j'ai attaqué tôt, essentiellement pour des raisons de roleplay ; j'avais donc une seule phalange et les Hypaspistes. Pour compenser, j'ai augmenté la proportion de peltastes dans l'armée, ce qui a donné des résultats intéressants. Mais je ne pensais pas que ça se passerait aussi facilement. L'IA m'a fait une fleur... Dans ma partie précédente, elle avait attaqué beaucoup plus franchement.


Modifié par Eginhard 38, 21 mars 2013 - 08:51.


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Posté 21 mars 2013 - 10:07

au faite tu es en quel niveau de difficulté?


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#15 Endwars

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Posté 21 mars 2013 - 13:13

au faite tu es en quel niveau de difficulté?

Il le dit plus haut "L'avantage de jouer en mode pleutre, c'est que l'ennemi a aussi peur de vous que vous avez peur de lui."

Je pense donc qu'il joue en Facile



#16 Socros

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Posté 21 mars 2013 - 13:58

^^ après avoir lu cette phrase, je voulais une confirmation...le mode expert n'est pas si dur ^^


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#17 Eginhard 38

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Posté 21 mars 2013 - 15:16

Oui, mais je suis un pleutre. :P Et je voulais me concentrer sur l'AAR, donc ne pas avoir de raid toutes les cinq minutes sur les bras. Si j'ai bien compris, le mode de difficulté n'influe que sur la fréquence et la taille des raids ennemis, c'est ça ?



#18 Socros

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Posté 21 mars 2013 - 15:45

je ne sais pas j'ai testé que le mode expert moi ^^


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#19 Eginhard 38

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Posté 21 mars 2013 - 17:15

Si j'ai bien compris, c'était le seul disponible quand le jeu est sorti, c'est ça ? À part ça, la suite...

 

*************************

 

Le hasard voulu que, dès son premier souffle, le nouveau-né fût plongé dans une atmosphère guerrière. Alors que Philippe triomphait en Haute-Macédoine, Pella fut menacée par les entreprises d’un vieil ennemi soudainement réveillé : la Ligue Chalcidique. 3.500 soldats traversèrent l’Axios et se mirent à semer la destruction sur le territoire macédonien.

 

84787_raid_chal.jpg

Les Chalcidiens approchent de l'Axios.

 

La capitale, solidement fortifiée et tenue par une milice professionnelle spécialement formée et entretenue à cet effet, n’avait pas grand-chose à craindre. En revanche, l’impact sur les récoltes pouvait être dramatique. Philippe, qui était en train de se préparer à de nouvelles opérations militaires, dut changer ses plans pour envoyer une armée de secours vers l’est.

 

Tirant les conclusions de la bataille de la Grande Tour, le nouveau roi de Macédoine avait décidé que toute phalange serait désormais soutenue par un important contingent de peltastes, cette combinaison – 3.000 phalangites et 1.000 peltastes – formant désormais l’unité tactique de base de l’armée macédonienne. En sus des Hypaspistes et de la phalange d’Aigéai, Philippe en créa deux supplémentaires, à Émathia et Édessa, confiées respectivement à Cratère – un tout jeune officier très prometteur – et Cléitus le Noir.

 

La phalange d’Émathia était à peine arrivée à Éordéa, dans l’optique des futures opérations, que la nouvelle de l’incursion des Chalcidiens parvint à Philippe. Ce dernier envoya l’unité nouvellement créée faire face aux envahisseurs à marche forcée.

 

En dépit de son jeune âge, Cratère manœuvra avec intelligence. Il attendit que ses forces soient regroupées avant de lancer la contre-attaque, pour laquelle il sollicita et obtint l’aide de la milice de Pella. Pendant que sa phalange affrontait les hoplites chalcidiens, les miliciens débouchèrent par surprise sur les arrières de l’armée ennemie, dispersant aisément les peltastes qui la constituaient. Les intrus furent anéantis, les récoltes étaient sauvées.

 

11531_pella.jpg

La bataille de Pella : Cratère affronte les hoplites ennemis tandis que la milice de Pella prend les peltastes à revers.

 

L’incident convainquit Philippe de la nécessité de laisser en Macédoine centrale des forces suffisantes pour en assurer la défense. La phalange d’Émathia fut donc laissée à Pella, avec pour mission d’intervenir contre tout incursion étrangère entre l’Axios et l’Haliacmon. En prévision de futurs raids thraces et péoniens, qui étaient à redouter, le cours moyen de l’Axios fut considérablement renforcé, avec l’établissement de forts sur les Portes de Fer – les gorges qui menaient en Péonie – et à Idoménée, ce dernier contrôlant à la fois les passes provenant de Thrace et les points de passage sur l’Axios. Les garnisons qui y furent établies furent placées sous l’autorité opérationnelle de Cratère, tout comme celles qui contrôlaient la vallée de l’Haliacmon. Ce garçon, à peine sorti de l’adolescence, se retrouva ainsi nanti d’une immense responsabilité, mais il avait fait ses preuves au combat.

 

46236_place_edomene.jpg

La place fortifiée d'Édomène.

 

***

Pendant ce temps, Philippe reprit ses préparatifs en vue de soumettre le dernier secteur significatif de Haute-Macédoine qui échappait encore à son contrôle – la région d’Éliméa. L’objectif de la campagne à venir était hautement politique : il s’agissait avant tout de mettre au pas les Éliméotes, histoire de montrer à leur noblesse que la dissidence, à plus forte raison au profit des Illyriens ou de toute autre puissance étrangère, ne serait pas tolérée.

 

Au début de l’été, alors que Philippe était sur le point de se mettre en marche vers le sud, les avant-postes installés dans la passe du Loup, au nord-ouest d’Héraclée Lyncestis, signalèrent l’approche d’une importante force illyrienne. Philippe dut abandonner – cette fois en personne – sa base d’Éordéa pour aller renforcer la phalange d’Aigéai, qui attendait elle-même d’être relevée par celle d’Édessa. Cette dernière arriva juste à temps pour renforcer le dispositif que les Macédoniens avaient déployé sous les murs récemment construits d’Héraclée Lyncestis.

 

58648_wolf_pass.jpg

Philippe criera-t-il "au loup" ? Mouarf, des barres de lol cet AAR.

 

Les 5.000 soldats illyriens comptaient dans leurs rangs une forte proportion de peltastes – environ 3.000. Pour cette raison, Philippe avait renoncé à bloquer la passe du Loup, car il craignait que les javelots ennemis ne causent des pertes sensibles à son infanterie, sur un terrain où sa cavalerie ne pourrait pas manœuvrer. Il préféra donc laisser les Illyriens déboucher dans la plaine du Lyncus, où Compagnons et éclaireurs montés pourraient les déborder et les charger à leur guise. La phalange d’Aigéai tenait la gauche, celle d’Édessa le centre, et la cavalerie était disposée en avant et à droite, de manière à disposer d’autant d’élan que possible lors de leur charge.

 

Ne laissant que deux bataillons de peltastes couvrir leur gauche, les Illyriens se concentrèrent contre la phalange d’Aigéai. Ce faisant, ils se plaçaient d’eux-mêmes dans la pire situation possible, car ils s’attaquaient à la meilleure unité macédonienne tout en laissant dégarni le secteur où Philippe avait précisément l’intention de les frapper.

 

La cavalerie macédonienne chargea la maigre aile gauche des Illyriens, tandis que Cléitus le Noir emmenait la phalange d’Édessa au secours de Parménion. En dépit du caractère encombrant de leurs sarisses et de leur manque d’entraînement, les nouvelles recrues effectuèrent cette manœuvre dans un ordre impeccable qui arracha un cri d’admiration à Philippe. Leur intervention scella le sort des hoplites ennemis, déjà malmenés par les soldats, supérieurs en nombre comme en qualité, de la phalange d’Aigéai. La cavalerie, dès lors, était libre d’écraser ce qui restait de l’armée illyrienne, qui fut longuement poursuivie à travers la passe du Loup.

 

55259_heracl_bat.jpg

La bataille d'Héraclée Lyncestis. On ne voit pas parce que c'est loin, mais Philippe a vraiment crié son admiration ("wesh, trop la classe, représente la West Coast nigga !" ou quelque chose dans ce goût-là).

 

(à suivre)



#20 Socros

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Posté 21 mars 2013 - 17:21

Oui il y avait que expert au début du jeu.

 

Cette bataille à Héraclée je me suis prit une fessée la première fois puisque j'ai attaqué dans la passe du loup ^^


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