Aller au contenu
Eginhard 38

À la pointe des sAARisses, ou la gloire des AARgéades

Messages recommandés

Troisième année de la cent-huitième Olympiade

 

Après la victoire de Serdica et la chute de la ville, Langaros et Philippe emmenèrent chacun leurs cavaliers respectifs aux marges du territoire agrianien pour y établir des avant-postes, le premier dans les monts de l’Aimos, le second dans la passe reliant l’Agrianie à la large vallée du fleuve Hébros – la Porte des Lions. C’est d’ailleurs là, près des sources de l’Hébros, que les deux rois se rejoignirent une fois leurs missions respectives accomplies.

 

82195_rencontre.jpg

Philippe et Langaros taillent la bavette aux sources de l'Hébros.

 

 

Le faste de la tente de Philippe – le produit d’années de pillage, au fil de ses campagnes – contrastait avec la frugalité du repas que les deux monarques y partageaient : galettes de froment, fromage et oignons. En dépit de son aspect informel, l’entrevue était d’une grande importance stratégique, et Philippe avait insisté pour qu’ils ne fussent pas dérangés. L’avenir de la présence macédonienne en Agrianie devait se décider sous cette tente.

 

- Le royaume central des Odryses se tient tranquille, commença Philippe. Amadocos n’a montré aucune réaction hostile à mon incursion dans la plaine de l’Hébros.

- Même chose de mon côté. La tribu des Besses était liée aux Serdoïens par un traité d’alliance, mais leur roi, Philoxène, n’a pas levé le petit doigt. Nos reconnaissances ont montré que les Besses ne sont absolument pas sur le pied de guerre.

- Et d’après les garnisons que j’y ai installées, les autres frontières de l’Agrianie sont calmes.

- Nous allons pouvoir parler de l’avenir avec sérénité, conclut Langaros avec le sourire.

 

Le roi de Macédoine sourit également – aussi gracieusement que lui permettait son visage défiguré. Toutefois, il ne laissa pas la conversation se tarir.

 

- Il semble bien, reprit Philippe. Tu auras sans doute compris, Langaros, que ma stratégie consiste, après avoir rendu à la Macédoine ses frontières naturelles, à l’entourer d’un glacis protecteur.

- Un glacis fait d’alliés et de vassaux. La Thessalie au sud, l’Épire à l’ouest, la Dardanie au nord-ouest. Et maintenant, l’Agrianie au nord-est. Je l’ai bien compris, en effet.

 

En dépit de sa médiocre stature et de sa mise modeste, Langaros était un politicien et un diplomate habile. Il savait pertinemment ce qu’il faisait en appelant Philippe à l’aide, et il s’apprêtait maintenant à en recueillir les fruits.

 

- Comme tu le sais également, poursuivit le Macédonien, ce glacis protecteur comporte plusieurs territoires qui demeurent sous mon contrôle direct. Ces territoires ne m’intéressent pas en tant que tels. Je n’ai pas l’intention de les coloniser. Seules les ressources qu’ils produisent m’importent.

- Je vois, répondit Langaros sur un ton plus neutre.

- Le territoire des Taulantins, par exemple : la quasi-totalité des garnisons qui s’y trouvent ont déjà été remplacées par des soldats dardaniens. Il passera prochainement sous administration dardanienne… Tout en restant sous la tutelle de la Macédoine, et en lui payant un tribut en grain.

- Où veux-tu en venir, Philippe ?

- Ces territoires, disais-je, ne m’intéressent guère pour ce qu’ils sont. La Péonie est dans le même cas. Il me paraît normal que, dans l’avenir, elle devienne associée à l’Agrianie…

- En somme, résuma Langaros, tu m’offres la couronne de Lykkeïos, si je comprends bien.

- Disons plutôt que je t’offre une sorte de co-régence. À toi le royaume de Péonie et une partie de ses revenus, mais toujours sous la tutelle de la Macédoine. Je continuerai à en exploiter les mines. J’en ai besoin, comme tu le sais.

 

Langaros acquiesça en veillant à garder une composition impassible. Un autre de ses talents était de ne jamais trahir ses émotions. C’était une force dans toute négociation, particulièrement celle-ci. Car ce n’était pas sans une pointe d’amertume qu’il devait accepter de n’être que le fantoche de Philippe sur un royaume de Péonie dont les richesses iraient en quasi-totalité dans les coffres macédoniens.

 

- Ta générosité est décidément grande, Philippe. Je t’appelle au secours et, en retour, tu me couvres de tes largesses.

- C’est bien normal, Langaros. Nous avons combattu ensemble à Serdica et ce n’était pas une petite affaire. Seuls les Thessaliens peuvent se vanter d’avoir été de meilleurs alliés de la Macédoine.

 

Diplomatie rimait souvent avec hypocrisie. Les deux hommes le savaient, tout comme ils n’ignoraient pas que c’était en pareille situation un mal nécessaire pour parvenir à ses fins. Philippe et Langaros trinquèrent aux noces renouvelées entre leurs deux royaumes – à l’eau, le roi de Macédoine n’ayant pas fait emmener de vin pour une expédition aussi courte.

 

66176_moignon.jpg

Au nord d'Amphipolis et du Pangée, les restes du royaume occidental des Odryses.

 

 

- Ceci, reprit Philippe après avoir posé sa coupe, ne résout pas tous les problèmes. Les différents alliés de la Macédoine ne couvrent pas ses frontières orientales. Amphipolis et Philippes demeurent sous la menace des Odryses. Que leurs trois royaumes viennent à se liguer contre nous, et la Macédoine courra un grave danger.

- Négocie une trêve avec eux. Il ne reste à Bérisadès qu’un moignon de ses terres.

- Oui, mais ses deux frères n’ont pas encore donné de la voix. Et je n’ai aucune intention de négocier avec les Thraces. Ils ont fait subir trop de souffrances à mon peuple pour que je les pardonne. Ce que j’exige d’eux, je leur prendrai. Sans leur demander.

- Alors ce sera la guerre. Je n’ai pas de griefs à l’égard des Odryses, mais je t’aiderai sans réserve.

- Je te remercie. Dans l’immédiat, j’ai besoin de ton conseil. Écraser ce qu’il reste du royaume occidental des Odryses ne sera pas difficile, j’ai assez de troupes pour cela. Mais une fois que ce sera fait, il me faudra une base de l’autre côté des monts du Rhodope. Une cité assez grande pour y déployer une forte garnison et protéger la nouvelle frontière. Ainsi que l’Agrianie, si les tribus de l’Aimos se réveillent.

- Eumolpia, répondit immédiatement Langaros. Sans l’ombre d’un doute.

- La capitale d’Amadocos ?

- Oui. C’est une grande cité, puissamment fortifiée. Elle est sur la rive sud de l’Hébros, de sorte qu’il est facile de la défendre contre des attaques venues du nord. Elle contrôle la route de montagne qui traverse le Rhodope et mène vers le sud, jusqu’à la vallée de l’Angitis et au mont Pangée. Avec Eumolpia entre tes mains, tes possessions orientales seront en sécurité.

- La prendre ne sera pas facile, mais les avantages que tu énonces me paraissent décisifs. Dès que nous seront revenus à Serdica, nous regrouperons nos forces pour marcher sur Eumolpia. Merci, Langaros.

 

Il restait encore trois bonnes lunes avant l’hiver. Philippe pouvait raisonnablement espérer conquérir la capitale odryse avant les premiers frimas. Le roi de Macédoine était satisfait d’avoir ainsi arrêté sa stratégie. Mais il lui restait encore un point à aborder.

 

76126_eumolpia.jpg

Le plan de campagne contre Eumolpia. Ouais, je sais, j'arrive jamais à écrire Aimos (les monts Balkans, en fait) correctement.

 

 

- Ma petite armée t’accompagnera, fit l’Agrianien.

- J’en serai honoré. J’ai pu en observer la valeur à Serdica. Rien n’est plus précieux que la fraternité d’armes. Néanmoins, je pense qu’il est temps de donner à notre alliance un tour plus… permanent.

- À quoi penses-tu ?

- À une ambassade. Une délégation agrianienne majeure à Pella. Composée, par exemple, de certains de tes proches conseillers, voire de certains membres de ta famille, qui seraient mes invités. Ainsi, nos deux royaumes seraient beaucoup plus proches.

 

Cette fois, Langaros dut employer toute sa science de la dissimulation pour rester de marbre. En fait d’ambassade, Philippe lui demandait ni plus ni moins de lui envoyer des otages afin de s’assurer de sa loyauté à long terme. Le roi d’Agrianie, toutefois, avait anticipé une telle demande. Il avait déjà sa propre botte secrète pour retourner la situation à son avantage.

 

- Cela me paraît raisonnable, répondit Langaros. À vrai dire, j’avais déjà ma propre idée sur la question…

- Je t’écoute.

- Cette ambassade n’ira pas seule à Pella. Elle aura une escorte.

- Bien évidemment ! dit Philippe en faisant presque mine de s’offusquer. Il s’agira d’une ambassade, pas de vulgaires otages…

- Je ne parlais pas d’une escorte symbolique. Mais d’un corps d’infanterie légère agrianienne que j’aurai recruté pour l’occasion, et qui se placera en permanence à ta disposition.

 

Philippe fut réellement pris par surprise. Ses espions d’Agrianes étaient de toute évidence passés à côté. Langaros cultivait à merveille l’art du secret. Le roi de Macédoine, qui s’était quelque peu laissé aller à le considérer en vassal, se dit qu’à l’avenir, il vaudrait mieux prendre soin de le traiter en égal.

 

- C’est… c’est un cadeau de roi, dit Philippe. Infiniment plus précieux qu’une épouse ou un tribut.

- Je pense qu’il devrait y avoir assez de volontaires en Agrianie pour former un corps de, disons, 1.500 peltastes. Ils prêteront un serment de fidélité personnelle, à toi et à ta lignée.

- Du fond du cœur, je te remercie, Langaros. Les peltastes macédoniens ne manquent pas de bravoure, mais ils ne sont jamais assez nombreux et n’ont pas l’aisance naturelle des tiens avec le javelot.

 

Langaros avait réussi son coup. En faisant en sorte qu’une unité militaire agrianienne entre au complet à Pella en même temps que son ambassade, il s’assurait de montrer à la Macédoine qu’il était son allié, pas son vassal.

 

21093_agrianiens.jpg

L'infanterie légère agrianienne folâtre dans la campagne bucolique des environs de Pella.

 

 

*****

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Assaut sur le royaume occidental des Odryses

 

 

Avant que Philippe et Langaros ne fussent prêts à marcher sur Eumolpia, Cratère reçut l’ordre de conquérir ce qu’il restait du royaume de Bérisadès et lança l’invasion sans attendre. Philippe lui avait envoyé la phalange d’Aigéai, en chargeant Parménion de coordonner l’ensemble des opérations dans le sud, mais il était encore à Maidoï. De surcroît, Cratère était trop désireux de faire ses preuves dans une opération offensive, après de longues années passées à garder les frontières de la Macédoine, pour attendre docilement que Parménion vînt lui ôter son commandement.

 

L’invasion fut précédée d’une reconnaissance hardie des éclaireurs montés, dont Nicanor revint en informant Cratère de l’impréparation des Odryses. L’essentiel de l’armée ennemie, un peu plus de 10.000 hommes très mal équipés, était concentrée à Odomante sous les ordres de Phlogidas, où elle se remettait peu à peu de la défaite qu’elle avait subie près de deux ans auparavant. Cratère ordonna donc à Perdiccas et Cœnus de faire converger leurs forces – les phalanges d’Amphaxis et de Therma – sur la cité et d’y mettre le siège.

 

25623_gohome.jpg

Retour à l'envoyeur pour les postiers odryses.

 

 

Peu après, l’avant-poste macédonien installé sur l’Angitis repéra une troupe de 3.000 miliciens odryses, levés à la hâte par Mégarios à Édone, et en route pour renforcer Odomante. Cratère décida immédiatement de les intercepter avec la phalange d’Émathia, avec succès. Sa victoire paracheva l’investissement d’Odomante, forçant ses défenseurs à l’action.

 

 

*****

 

Dans la cité assiégée, Phlogidas demeurait en contact avec Mégarios par le biais de coureurs traversant les montagnes pour échapper aux Macédoniens. Il savait que son collègue d’Édone s’était vite remis de sa défaite initiale, et allait bientôt tenter à nouveau de renforcer Odomante. Il opta donc pour une sortie massive.

 

Celle-ci, de l’aveu même de ses ennemis, fut intelligemment conçue et brillamment exécutée. Phlogidas lança de violentes attaques contre la gauche et le centre macédoniens. Ses soldats étaient trop mal armés pour espérer vaincre l’infanterie macédonienne, même si celle-ci était relativement peu expérimentée. Ils furent contenus, puis repoussés, subissant de lourdes pertes.

 

Phlogidas savait que ses adversaires n’avaient pas suffisamment de troupes pour encercler complètement Odomante, la phalange d’Émathia étant postée plus loin à l’est pour prévénir, justement, l’arrivée de renforts odryses. L’aile droite des Macédoniens n’était couverte que par les éclaireurs montés. Pendant que le gros de ses troupes occupait les pézétaires, Phlogidas lança 3.000 soldats dans cette direction. Réalisant ce qui se passait, Nicanor chargea sans hésitation, mais à un contre dix, il fut blessé et ses hommes repoussés sans ménagements. L’arrivée précipitée de Cœnus permit de refermer la brèche, mais au moins la moitié des Odryses était parvenue à passer. Ces hommes étaient désormais libres de tomber sur les arrières de la phalange d’Émathia.

 

40600_odomante.jpg

L'investissement incomplet d'Odomante permet à une partie de l'armée odryse de s'échapper en culbutant les éclaireurs montés.

 

 

*****

 

La phalange d’Émathia, justement, était sur le point de recevoir une nouvelle attaque, de force sensiblement équivalente à la précédente, en provenance d’Édone. Encore ignorant de l’affrontement qui se déroulait devant Odomante, à quelques stades de là, Cratère conférait avec ses officiers avant le début de la bataille. Un peltaste tout essoufflé l’interrompit brusquement.

 

- Cratère ! Les Odryses sont sortis… en masse d’Odomante… Certains sont passés… Ils approchent de nous !

- Combien en as-tu vu ?

- Plusieurs centaines… Certainement plus de mille…

- Et il y a trois mille hommes qui arrivent droit sur nous, fit un des chiliarques. Nous allons être pris en tenailles !

- Du calme, l’interrompit le général. Ne cédons pas à la panique. Visiblement, les nouveaux arrivants ne sont pas trop nombreux. Nous devrions pouvoir en venir à bout.

- Dans des conditions normales oui, fit observer un autre officier. Mais pas si nous combattons sur deux fronts à la fois ! Nous n’avons pas le choix, Cratère. Nous devons nous replier de l’autre côté de l’Angitis.

- Ce n’est pas une option, rétorqua aussitôt Cratère. Si nous faisions cela, nous laisserions l’ennemi libre de tourner la droite de Perdiccas et de faire lever le siège.

- Mais alors, que faire ?

- Résister sur place… Formation en cercle ! s’époumona enfin le général, de manière à ce que tous puissent l’entendre.

 

Durant ses longues années de garnison, Cratère avait eu le loisir d’entraîner sa phalange encore et encore, à défaut de lui faire sentir souvent le goût de la bataille. Si les armées macédoniennes combattaient généralement en ligne, ou sur un front étroit lorsque le terrain le nécessitait, elles demeuraient vulnérables aux manœuvres de l’ennemi si leurs flancs n’étaient pas convenablement protégés. Pour y remédier, Cratère avait développé un autre type de déploiement, dans lequel la phalange formait un large cercle. L’avantage était de pouvoir faire front dans toutes les directions à la fois, au prix toutefois d’une ligne plus mince donc davantage susceptible d’être enfoncée.

 

27585_cercle.jpg

Formation connue plus tard des Romains sous le nom, demeuré énigmatique, d' "anus horribilis".

 

 

Cette formation était plutôt bien maîtrisée à l’entraînement par la phalange d’Émathia, mais rien ne garantissait qu’elle allait être correctement mise en œuvre en conditions de combat. De surcroît, Cratère avait constaté que faire rentrer les peltastes à l’intérieur du cercle désorganisait la formation, en raison du passage des tirailleurs à travers les rangs. Aussi ordonna-t-il à ses pentacosiarques de tenir leurs hommes en dehors du cercle, à l’écart, prêts à intervenir partout où leur soutien serait nécessaire.

 

La tactique de Cratère réussit au-delà de toute espérance. Les Odryses attaquèrent depuis deux directions différentes, mais même en coordonnant leurs efforts, ils ne parvinrent pas à trouver la moindre faille dans la ligne macédonienne. Les choses auraient sans doute été différentes s’ils avaient disposé d’une infanterie lourde, mais ce n’était pas le cas. Perdant foi en la victoire, les Thraces finirent par s’effondrer. Ceux qui tentèrent de retourner à Odomante furent capturés par les hommes de Cœnus. Constatant cela, Perdiccas ordonna à la phalange d’Amphaxis, une fois la sortie ennemie repoussée, de donner l’assaut à Odomante, et la ville tomba.

 

 

*****

Modifié par Eginhard 38

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

L’orgueil de Parménion

 

 

Cela faisant plusieurs lunes, à présent, que la phalange d’Aigéaï se morfondait à Maidoï. Même Parménion, d’ordinaire calme et posé, se laissait gagner par la morosité qui découlait de son inaction. Presque continuellement en campagne depuis douze ans, la plus ancienne phalange de l’armée macédonienne, avec ses soldats venus du cœur historique du royaume, était peu habituée aux périodes prolongées de garnison qui étaient le lot d’autres unités moins prestigieuses – mais aussi moins exposées au danger. Aussi l’ordre de Philippe de prendre part à l’invasion du royaume occidental des Odryses fut-il accueilli avec soulagement et même entrain.

 

Il n’y avait toutefois pas d’affrontement anticipé à court terme : les moyens de siège, indispensables pour soumettre les cités ennemies, étaient déployés devant Odomante. Pas question donc de marcher directement sur Odrysie, la capitale de Bérisadès. Parménion devait marcher vers le sud, rejoindre Cratère, et prendre le commandement de l’invasion. Ayant appris que Perdiccas assiégeait déjà Odomante en force, l’ami de Philippe décida de prendre quelques jours pour rassembler les troupeaux de la haute vallée du Strymon, pendant que ses hommes la traversaient.

 

59549_ovins.jpg

La phalange d'Aigéai marche sus à l'ennemi ovin.

 

Les Macédoniens s’aperçurent bientôt qu’un détachement odryse – mille tirailleurs, peut-être plus – les avait devancés dans cette tâche. Les Thraces se hâtèrent de déguerpir en emmenant leur butin mais, poursuivis de près par les Macédoniens, ils durent livrer bataille et furent défaits. Parménion jugea opportun de continuer la poursuite afin de cueillir les troupeaux, étirés le long des routes de montagnes, que les Odryses tentaient malgré tout d’emmener jusqu’à leur capitale. Lui aussi avait été informé des découvertes de Nicanor, et le chef de la phalange d’Aigéaï ne s’attendait pas à rencontrer d’opposition. Les 4.000 Macédoniens s’enfoncèrent dans les montagnes.

 

 

*****

 

Après plusieurs jours de poursuite, les Macédoniens n’avaient pas gagné beaucoup de terrain sur leurs adversaires. Plus lourdement chargés, ils ne pouvaient guère rivaliser, sur ce terrain, avec les Thraces équipés à la légère et ce, même en tenant compte de la lenteur des moutons et des chèvres.

 

Parménion était particulièrement mécontent du chef de sa chiliarchie de tête, un jeune officier arrogant et belliqueux nommé Aristogyton, dont le prédécesseur avait été tué durant la bataille contre les Célégériens. Désireux de s’attribuer tout le mérite de la capture des troupeaux, le chiliarque avait emmené ses hommes en avant à marche forcée, sans rendre compte de sa progression à son supérieur. Dangereusement étirée, en territoire hostile, la phalange d’Aigéaï était devenue vulnérable.

 

98140_odrysie.jpg

Les Thraces évacuent les troupeaux vers Odrysie, à travers les montagnes.

 

C’est alors que la tragédie frappa. Un des soldats d’Aristogyton, épuisé et paniqué, vint à la rencontre de Parménion en courant.

 

- Embuscade ! Nous sommes tombés dans une embuscade ! L’ennemi nous attaque en nombre !

- Maudit soit ton chiliarque ! rétorqua le général, furieux. Ne pouvait-il donc pas attendre ?!

 

Parménion arrêta là les reproches, et fit précipitamment ordonner au reste de la colonne de foncer vers l’avant. Dans la confusion qui s’ensuivit, un des bataillons de peltastes ne reçut l’instruction que très tardivement et resta en arrière.

 

 

*****

 

Arrivé sur les lieux de l’affrontement, Parménion réalisa qu’il était désormais dangereusement proche d’Odrysie. Le roi Bérisadès avait mobilisé ses meilleurs guerriers pour défendre sa capitale : 5 à 6.000 hommes, dont une majorité de tirailleurs. Ils accablaient les soldats macédoniens de projectiles, leur causant des pertes sensibles.

 

L’arrivée du reste de la phalange d’Aigéaï infléchit momentanément le cours de la bataille, rejetant les Odryses en arrière. Toutefois, leur résistance ne fit que s’accroître, et le nombre grandissant de projectiles reçus par les Macédoniens fit grimper leurs pertes encore davantage. Les tirailleurs thraces évitaient autant que possible l’affrontement direct, une tactique facilitée par leur supériorité numérique. Parménion ordonna alors un repli limité, dans l’espoir de voir les Odryses se lancer dans une poursuite désordonnée qui annulerait leur avantage. En vain.

 

11672_parmenion.jpg

La phalange d'Aigéai engage le combat en ordre dispersé.

 

Les Thraces demeuraient à distance pendant qu’une de leurs unités engageait frontalement les Macédoniens, toujours criblés de javelots. Débordée, l’unique pentacosiarchie de peltastes dont Parménion disposait ne pouvait pas fournir assez de soutien. Les fantassins d’Aigéaï dispersèrent bien le détachement qui leur faisait face, mais un autre prit immédiatement sa place pendant que le harcèlement se poursuivait.

 

Les pertes augmentaient rapidement. Les blessés qui nécessitaient d’être emmenés vers l’arrière servaient de prétexte aux valides ne supportant plus la pluie de traits pour quitter le champ de bataille. L’éclaircissement des rangs qui en résultait commença à paniquer ceux qui, jusque-là, avaient été assez braves pour tenir leur rang, et la phalange d’Aigéaï, cette unité d’élite entre toutes, commença à se désagréger.

 

57247_retraite.jpg

Parménion bat en retraite. NB : ce revers est surtout le résultat d'un défaut d'attention de ma part, étant déjà engagé dans une autre bataille simultanément. Mais ça pimente le récit.

 

Parménion comprit alors que la bataille, dont il n’avait pas voulu, était perdue. L’arrivée du deuxième bataillon de peltastes lui permit d’ordonner une retraite. Les tirailleurs macédoniens, toutefois, n’étaient pas de taille à rivaliser avec leurs homologues odryses. Effrayés par la débâcle qui se profilait, ils prirent bientôt leurs jambes à leur cou, et la retraite se mua en fuite pure et simple. On abandonna des frères d’armes, et le chacun pour soi guida les survivants macédoniens vers l’espoir d’un salut que ceux qui tombaient entre les mains des Thraces ne verraient pas.

 

 

*****

 

Parménion réchappa du désastre. Le surlendemain soir, il ramena les lambeaux de sa phalange – moins de 1.500 hommes, dont une majorité de peltastes – à l’abri des murailles d’Héraclée du Sintique. D’autres survivants y parvinrent les jours suivants, mais en petit nombre. La phalange d’Aigéaï était virtuellement détruite. Lorsque la nouvelle fut connue au pays, pleurs et cris s’élevèrent de l’ancienne capitale macédonienne.

 

Le premier soir, Parménion resta devant la porte d’Héraclée du Sintique jusqu’à ce que la fatigue le terrasse et qu’il s’écroule sur place. Fou de honte et de rage, il attendait Aristogyton, bien décidé à l’occire de ses propres mains pour être à l’origine de la catastrophe. Mais Aristogyton ne vint jamais : il avait été tué durant la bataille, avant même la retraite des Macédoniens.

 

81583_deroute.jpg

Les restes de la phalange d'Aigéai approchent du Strymon.

 

*****

Modifié par Eginhard 38

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Oui, je t'avoue que j'étais un peu dégoûté. Heureusement que ce n'était que temporaire.

 

J'ai environ un (dans le jeu) d'avance au niveau de l'écriture, et deux dans la partie proprement dite. Mais je manque de temps, ces derniers mois, pour simplement écrire le récit. D'autant que Hegemony Rome commence à maturer, rendant alléchante l'idée d'un AAR avec César...

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Tiens, ca me fait penser que je n'ai pas fini ma partie moi... Je me rappellerai toujours de la grosse bataille contre les béotiens d'ailleurs... (vive les temples d'héroisme d'ailleurs)

Modifié par Xilot

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

 D'autant que Hegemony Rome commence à maturer, rendant alléchante l'idée d'un AAR avec César...

Peux-tu préciser?

Les principales critiques portaient sur le coté trop scripté de la campagne, avec trop peu d'objectifs en même temps et aussi une simplification, qualifiée de simpliste, pour le ravitaillement.

Ca en est où?

 

Merci d'avance.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Au niveau de la campagne scriptée, les choses ont peu changé. Il y a quelques missions secondaires en plus, mais elles ne sont pas activées automatiquement, il faut régulièrement consulter le menu des objectifs.

 

On a accès plus tôt à une plus grande variété de troupes, et les batailles deviennent vite plus intéressantes (il faut beaucoup manoeuvrer, face aux Helvètes par exemple). La gestion de la nourriture et du bois est plus équilibrée et demande davantage de prudence. Et je trouve vraiment intéressant l'apport des ponts, des camps, et les possibilités offertes pas les réquisitions de sites de production, voire de cités entières. S'y ajoute l'impression diffuse d'un jeu plus abouti. Mais j'ai eu peu de temps pour l'explorer en profondeur, très honnêtement.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

La chute de Bérisadès

 

 

Lorsqu’il apprit la défaite de Parménion, Cratère ne manifesta aucun regret. Celui qui aurait dû prendre la direction des opérations lui indiqua qu’il resterait à Héraclée du Sintique pour reconstituer sa phalange, lui laissant les coudées franches pour en finir avec les Odryses de l’ouest. Cratère estimait de toute manière qu’il n’avait pas besoin de la phalange d’Aigéaï, aussi ne la tint-il pas pour une grosse perte. Sans plus attendre, il ordonna à Perdiccas de se porter vers Odrysie, tandis que lui-même rejoignait la phalange de Mygdonia devant Édone.

 

L’énergique Mégarios y réagit agressivement, mais ses soldats n’étaient ni suffisamment nombreux, ni assez équipés pour espérer vaincre les Macédoniens en rase campagne. Ils durent se réfugier derrière les murs d’Édone, laissant Cratère entamer le siège et attendre que la faim fasse son œuvre, alors que l’hiver approchait à grands pas.

 

 

*****

 

Le réseau de guetteurs installés autour de sa capitale fonctionnait à merveille, et Bérisadès fut bien vite informé de l’approche d’une autre armée macédonienne – celle de Perdiccas. Conscient que sa meilleure chance était de barrer les défilés montagneux qui menaient à la petite plaine d’Odrysie, il partit à sa rencontre avec toute son armée, certes meurtrie par la bataille qu’elle venait de livrer contre Parménion, mais encore auréolée de sa victoire.

 

Le roi thrace s’avéra une fois de plus un maître de l’embuscade. Ses guerriers, cette fois dépassés en nombre, tombèrent sur l’avant-garde macédonienne alors que celle-ci ne s’y attendait pas le moins du monde. Les peltastes d’Amphaxis, qui marchaient en tête de la colonne, en firent les frais. Durement étrillés, ils furent dispersés. Derrière eux, Perdiccas et Cœnus tentèrent tant bien que mal d’emmener au combat des formations qui ressemblassent autant que possible à une armée organisée, mais l’espace étroit dans lequel ils essayaient de manœuvrer leur compliquait singulièrement la tâche. Se gênant mutuellement, les phalanges d’Amphaxis et de Therma encaissèrent de lourdes pertes, toujours à cause des javelots odryses. Pendant un moment, le spectre d’une nouvelle défaite plana au-dessus de l’armée macédonienne.

 

24289_embuscade.jpg

Comme vous le voyez, c'était effectivement le bazar dans l'armée de Perdiccas. Si on était dans Darkest Hour, on aurait eu le message "Bérisadès gagne le trait RENARD".

 

Ce fut Cœnus qui sortit les Macédoniens du marasme. Emmenant avec lui une partie de sa phalange, il réussit à contourner la gauche odryse et attaqua la deuxième ligne adverse, l’empêchant de faire peser tout le poids de ses traits contre les hommes de Perdiccas. La première ligne odryse, privée de soutien, s’effondra bientôt, permettant aux Macédoniens de se déployer convenablement. Cette fois, la machine était en marche et sa progression, irrésistible, emporta la décision. Une action retardatrice permit au roi Bérisadès de s’enfuir, mais cette fois, le monarque odryse avait subi une défaite décisive.

 

59731_manoeuvre.jpg

Coenus charge à la tête de ses troupes et déborde l'aile gauche odryse. La rumeur publique prétend que Perdiccas aurait alors fait un commentaire sur la taille de ses testicules, mais les historiens considèrent cet épisode avec suspicion.

 

Le triomphe de Perdiccas et Cœnus n’en avait pas moins un coût : environ la moitié de l’armée macédonienne était hors de combat. Malgré tout, les deux généraux décidèrent de poursuivre. Ils savaient que Bérisadès n’avait probablement plus de réserves, Édone étant assiégée, et que la campagne que devait mener simultanément Philippe contre Amadocos empêcherait ce dernier d’envoyer de l’aide à son frère cadet.

 

 

*****

 

L’hiver avait déjà commencé lorsque Mégarios ouvrit les portes d’Édone à Cratère – non sans avoir, fidèle à lui-même, tenté une dernière sortie en forme de baroud d’honneur. Alors que Cratère faisait démolir les murs de la ville, Perdiccas, de son côté, entama le siège d’Odrysie. Là aussi, les derniers défenseurs – moins de 2.000 soldats – lancèrent une attaque contre les assiégeants. Elle atteignit son but : permettre à Bérisadès de s’échapper. Le roi thrace et son fils Cétriporis réussirent à traverser le Rhodope en catimini, par un froid glacial, avant de se réfugier auprès d’Amadocos. Lorsqu’il l’apprit, Perdiccas fit donner l’assaut à sa capitale, qui tomba comme un fruit mûr. Le royaume occidental des Odryses avait cessé d’exister. Bérisadès ne lui survécut pas longtemps : il tomba malade et mourut à Eumolpia, peu de temps après.

 

 

*****

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Je me permets de polluer l'AAR pour signaler que Hegemony Rome est en promo à 8 teuros environ jusqu'au 2 décembre sur Steam.

Je l'ai pris du coup et j'ai même commencé à tester le beta patch 2.2.

Le nouveau système des embuscades est très bon.

Modifié par rominet

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Première campagne d’Eumolpia

 

 

Antipater était exaspéré. Depuis qu’il avait quitté Agrianes avec ses Hypaspistes, la phalange d’Édessa, et les troupeaux qui devaient ravitailler l’armée durant la campagne contre Eumolpia, son armée progressait à une allure d’escargot. Philippe, excédé par tant de lenteur, avait décidé de partir en avant sans attendre son train de ravitaillement, emmenant avec lui les Compagnons, la phalange d’Éordéa et la petite armée agrianienne. Il ne pouvait espérer prendre la cité – le train de siège était encore plus loin en arrière, bloqué dans l’étroit défilé de la Porte des Lions par les troupeaux – mais comptait pousser Amadocos à lui livrer bataille en rase campagne, où la plaine de l’Hébros lui permettrait de bénéficier de la supériorité de sa cavalerie.

 

Sur ce point, il se ravisa très vite. Ayant moins de 10.000 hommes avec lui, le roi de Macédoine réalisa qu’il allait se trouver en infériorité numérique face aux 13.000 peltastes thraces – de redoutables guerriers, bien plus dangereux que les soldats de Bérisadès – qu’Amadocos avait concentré dans sa capitale. L’infanterie légère agrianienne n’était pas de taille, et la présence de plus de 3.000 cavaliers ne suffirait pas à compenser le manque d’infanterie lourde. Sagement, Philippe décida de rebrousser chemin pour diminuer la distance entre lui et Antipater, qui arrivait avec près de 8.000 hommes supplémentaires. La force avancée de Philippe s’établit à Néda, un ancien poste-frontière odryse.

 

33398_amadocos.jpg

Note technique : contrairement aux peltastes ordinaires, les peltastes thraces (unités des royaumes central et oriental des Odryses) vont par 30 plutôt que par 10, et sont bien meilleurs au contact (en plus de vous arroser de javelots).

 

Antipater chevauchait en tête de colonne. Il était consterné : le rythme était tellement lent qu’il aurait pu tout aussi bien faire le trajet sur un âne sans être distancé. L’armée approchait des sources de l’Hébros, là où la Porte des Lions a son point le plus étroit avant de déboucher sur la plaine formée par les alluvions du fleuve. La route se divise alors en deux : l’une part vers l’est et mène directement à Eumolpia ; l’autre file en direction du nord-est, à travers une vaste forêt, vers les monts de l’Aimos.

 

Des cavaliers ne tardèrent pas à apparaître, moins d’un stade en avant de la colonne. Antipater comprit immédiatement que quelque chose clochait avec eux. Ils n’étaient pas Macédoniens. Mais ce n’était pas non plus des Agrianiens. Le chef des Hypaspistes en déduisit qu’il devait s’agir de Besses, la tribu la plus proche. Les Besses étaient des Thraces indépendants que les différents royaumes odryses n’étaient jamais parvenus à soumettre. Aussi redoutables à cheval que leurs cousins odryses l’étaient dans le rôle de peltastes, ils s’étaient alliés aux autres tribus de l’Aimos. Ces pillards invétérés attaquaient périodiquement les caravanes marchandes qui transitaient par la Porte des Lions, d’où leur présence, parfaitement fortuite, à cet endroit.

 

- Des cavaliers ennemis ! s’écria immédiatement Antipater. Préparez-vous au combat !

 

Pendant que le général mettait pied à terre, les esclaves des Hypaspistes se dépêchaient de les affubler de leur lourde armure. Un vent de panique souffla sur l’unité macédonienne. Toutefois, les cavaliers, trop peu nombreux pour charger, tournèrent bride et disparurent dans les bois.

 

Antipater savait que ce n’était qu’un répit de courte durée. Il permit toutefois aux Hypaspistes de se préparer à recevoir l’attaque imminente des Besses. Abrités au mieux derrière leurs boucliers ronds, lances en avant, les fantassins macédoniens attendaient, crispés, la charge de l’ennemi. Puis, sans crier gare, 3.000 cavaliers besses surgirent de la forêt et galopèrent droit vers les Macédoniens.

 

48179_portedeslions.jpg

Chaos. Confusion. Savon.

 

Il n’y eut pas réellement de choc : face aux fantassins lourds, les cavaliers ne pouvaient espérer jouer de leur masse. Mais les rangs suivants continuèrent à pousser vers l’avant, obligeant ceux qui étaient au contact des Hypaspistes à essayer de les transpercer de leur lance ou de les faire tomber. Faute d’espace pour manœuvrer, la bataille dégénéra en une sorte de combat classique entre hoplites, avec deux forces poussant l’une contre l’autre pour essayer d’emporter la décision. À ceci près que les Besses étaient à cheval, et que ces derniers n’étaient pas cuirassés.

 

Dès lors, l’issue de l’affrontement était prévisible. Les assaillants finirent par céder, remettant à plus tard leurs rêves de butin – ou à jamais, car beaucoup périrent. Les pertes macédoniennes, quoique bien moindres, n’étaient pas négligeables. Mais surtout, s’il avait la satisfaction d’avoir maintenue ouverte la route d’Eumolpia, Antipater n’en avait pas moins perdu une journée de plus. L’automne touchait à sa fin, et il était maintenant peu probable que le siège d’Eumolpia puisse être entrepris avant l’hiver.

 

 

*****

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Salut !

 

Il se passe deux choses.

 

D'une part, les fermes cessent presque complètement de produire de la nourriture. Tu ne peux donc plus compter que sur tes stocks. Toutefois, c'est en hiver que les troupeaux apparaissent (mais c'est aléatoire, sur des emplacements prédéterminés).

 

D'autre part, la navigation est interrompue, ce qui veut dire que le ravitaillement ne sera plus transporté par voie maritime. Comme la capacité du transport maritime est bien meilleure que celle du transport terrestre, cela peut poser des problèmes dans les régions côtières (et plus encore sur une île, cela va sans dire). En revanche, je ne crois pas qu'il y ait d'effet sur le transport terrestre. En tout cas, le manuel n'en mentionne pas.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Ok, merci, donc c'est exactement pareil à Hegemony Rome sauf que personne ne fait Beêe!!

Le jeu serait vraiment bien mais il est trop facile, l'IA étant trop passive; c'est vite ennuyeux en sandbox. Hegemony Gold est peut être mieux sur ce point.

Modifié par rominet

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

La bataille de Néda

 

 

Avec ou sans le concours involontaire des Besses, Amadocos et son général Gylippe n’étaient pas disposés à attendre qu’Antipater vînt renforcer Philippe. Lorsque les Agriano-Macédoniens reculèrent jusqu’à Néda, les Thraces en déduisirent – correctement – qu’ils cherchaient à temporiser en attendant les renforts. Les Odryses quittèrent Eumolpia, talonnant l’armée ennemie.

 

Le premier à s’en apercevoir fut Antigone, dont la phalange d’Éordéa fermait la marche. Le général remarqua qu’un détachement de peltastes thraces le suivait de près et sans aucune crainte, indiquant qu’il était sans doute bien soutenu. Les Thraces se firent à peine moins audacieux une fois qu’il eût rejoint Philippe. Informé, ce dernier grimpa en personne sur l’éperon rocheux qui surplombait Néda. Il y vit l’armée d’Amadocos, toute proche. La retraite n’était plus une option, car les peltastes ennemis auraient tôt fait de rattraper la phalange d’Éordéa. Antipater l’avait informé de l’attaque des Besses, et ne serait pas là à temps. Philippe allait devoir livrer bataille avec ce qu’il avait sous la main. Le lendemain à l’aube, l’armée macédonienne abandonna Néda et recula encore de quelques stades, avant de se ranger en ordre de bataille.

 

33701_neda1.jpg

"Ce coup-ci les gars, je crois qu'on peut pas test" (Antigone)

 

 

*****

 

Près de Néda, une chaîne de petites collines séparait les montagnes du Rhodope du cours de l’Hébros. Philippe choisit de s’appuyer sur la plus haute d’entre elles. Son armée était déployée en une sorte de chevron. Sur la colline proprement dite, sa gauche plus élevée que sa droite, se trouvait la phalange d’Éordéa en formation classique, ses peltastes en soutien immédiatement derrière. Plus en retrait, au pied de la hauteur, se trouvait l’infanterie agrianienne : archers à droite, tirailleurs à gauche. Enfin, la cavalerie se trouvait tout à l’extérieur du chevron, les Compagnons tenant l’aile droite et les cavaliers agrianiens l’aile gauche.

 

L’idée de Philippe était de contrer les manœuvres des Thraces, qui tenteraient probablement de déborder les flancs de la phalange d’Éordéa, avec les fantassins agrianiens, puis de lancer des contre-charges à l’aide de ses unités montés. Compte tenu de la composition de l’armée ennemie, il était hors de question de livrer une bataille défensive statique, et chacun des trois chefs de corps – Langaros pour la gauche, Antigone pour le centre, et Philippe pour la droite – avait toute latitude pour faire avancer ses forces.

 

30791_neda2.jpg

Dire que je devrais être en train de modder l'arbre tech de Darkest Hour...

 

 

Amadocos et Gylippe, eux, ne s’étaient pas embarrassés d’une stratégie aussi élaborée : bénéficiant d’une large supériorité numérique, ils comptaient tout simplement noyer leurs adversaires sous leurs javelots avant de les faire ployer sous le nombre.

 

 

*****

 

Une autre série de collines, orientée nord-sud, s’étendait devant celle qu’occupaient les hommes d’Antigone. Elle les empêchait de voir approcher les Thraces – ce qui n’était pas forcément une mauvaise chose pour leur moral, tant ceux-ci étaient nombreux – mais l’inverse était également vrai. L’avant-garde ennemie, qui avait momentanément perdu le contact, aboutit sur la droite de la phalange d’Éordéa.

 

Cette fois, au lieu de rester à distance, elle se redéploya et commença à avancer dans le vallon séparant les deux hauteurs. Les fantassins agrianiens s’interposèrent immédiatement avec leurs arcs courts et leurs javelots. Nullement dissuadés, les Thraces pressèrent simplement le pas avant de charger la phalange macédonienne. C’est alors que, derrière elle, toute l’armée d’Amadocos, comme sortie de terre, apparut sur les collines. Tel un essaim vrombissant, les peltastes odryses se ruaient en avant, prêts à en découdre.

 

Les Thraces agirent exactement comme Philippe l’avait anticipé : en fixant les Macédoniens par une attaque frontale pendant que le reste des Odryses en pilonnaient les flancs à coups de projectiles. La première unité odryse arrivée en soutien de l’avant-garde n’eut pas ce loisir : trouvant les tirailleurs agrianiens sur son chemin, elle fut ensuite flanquée par les cavaliers de Langaros. Sur l’autre aile, les Thraces eurent une mortelle surprise une fois descendus de la colline : dépassant les archers agrianiens, Philippe et ses Compagnons s’étaient lancés dans une charge meurtrière, que la formation clairsemée des peltastes, eux-mêmes dépourvus d’armures lourdes, n’était guère en mesure d’absorber.

 

Faute de recevoir l’aide qui leur aurait permis de tenir tête aux piquiers macédoniens, les hommes de l’avant-garde odryse ne résistèrent pas longtemps face aux sarisses, et battirent en retraite. Philippe avait bloqué pour un temps la stratégie des Thraces… mais la bataille ne faisait que commencer.

 

54122_neda3.jpg

Privée de soutien par les charges de cavalerie sur ses flancs, l'avant-garde thrace recule.

 

 

De sa position au sommet de la colline, Antigone ne tarda pas à remarquer que Langaros était sur le point d’être lui-même flanqué par de nouveaux renforts odryses. Voyant simultanément Philippe avancé sur sa droite, et libéré de l’avant-garde ennemie, il se porta au secours du roi d’Agrianie pour lui permettre de se dégager.

 

De l’autre côté du champ de bataille, les Odryses n’eurent pas le loisir de flanquer Philippe, car la droite des Compagnons étaient ancrés sur la montagne. Quelques Thraces tentèrent bien d’escalader le promontoire de Néda pour s’emparer du poste-frontière, mais les Macédoniens qui le défendaient les accueillirent à coups de pierres, et les assaillants en restèrent là.

 

Les cavaliers macédoniens finirent par prendre le dessus et restèrent maîtres du vallon, mais ce fut pour se retrouver entourés par 3.000 Thraces lançant leurs javelots depuis les hauteurs. La position était intenable, et Philippe fit reculer ses hommes derrière les archers agrianiens.

 

Lentement, mais inexorablement, la phalange d’Éordéa descendit de sa colline, gravit la pente opposée, et attaqua les Odryses. Elle infléchit légèrement l’axe de sa progression vers la gauche, où elle rencontrait davantage de résistance. Langaros put se désengager, mais ce fut pour lancer aussitôt une nouvelle charge afin de contrer une manœuvre de l’ennemi pour déborder ses tirailleurs.

 

42569_neda4.jpg

Le centre thrace reste étrangement passif pendant que la gauche fait reculer Philippe et que la droite est prise en étau par Antigone et Langaros.

 

 

Une fois les Compagnons sur une position plus sûre, Philippe s’efforça autant que possible d’appréhender la situation d’ensemble sur le champ de bataille. Il réalisa bientôt que l’avancée d’Antigone avait laissé le flanc droit des fantassins macédoniens à découvert. De surcroît, les Thraces s’étaient hâtés de s’engouffrer dans la brèche ouverte par son repli, percutant les archers agrianiens qui n’étaient guère taillés pour le corps-à-corps. Ne pouvant voir quelles forces l’ennemi dissimulait encore derrière les hauteurs, le roi de Macédoine décida de relancer ses cavaliers en avant.

 

Heureusement pour Antigone, son flanc vulnérable ne fut pas attaqué. L’aile droite thrace s’effondra brusquement, presque sans crier gare, devant la poussée de ses piquiers et la charge de Langaros. Derrière la hauteur qu’il venait de conquérir, une unité de réserve odryse restait sans réagir, semblant attendre quelque ordre. La raison en était qu’Amadocos, confronté à la progression de ses ennemis et aux pertes grandissantes dans ses rangs, commençait à douter de la victoire. Peu désireux de risquer l’intégralité de son armée dans une affaire à présent mal engagée, il rechignait à ordonner de nouvelles attaques.

 

Son hésitation permit à Antigone de changer complètement de direction. Redéployant sa phalange vers le sud, il la fit marcher sur la dernière colline que les Thraces tenaient encore, et d’où ils soutenaient leurs camarades aux prises avec les Compagnons et les archers agrianiens dans le vallon. Remarquant une brèche sur sa droite, il y fit attaquer un de ses bataillons de peltastes. Quant à sa gauche, Langaros se chargea de la couvrir par une nouvelle charge.

 

Les Thraces commirent alors une erreur fatale. Voyant que les archers agrianiens commençaient à vaciller, et ignorant des événements survenus sur leur droite, ils s’élancèrent fougueusement à leur poursuite, culbutant au passage les peltastes d’Éordéa. Mais ce faisant, ils abandonnèrent la colline… la laissant aux mains des Macédoniens. Pris entre les piquiers d’Antigone et les cavaliers de Philippe, sans espoir de retraite ni de secours, ils furent écrasés.

 

34054_neda5.jpg

"Bon ben cette fois c'est cuit" (Gylippe à Amadocos)

 

 

Lorsqu’il vit les Macédoniens occuper la colline, puis descendre dans le vallon pour y prendre ses hommes à revers, Amadocos comprit que son aile gauche ne pourrait pas être sauvée. Renonçant à engager ses dernières réserves dans une tentative futile, il laissa un détachement livrer une action retardatrice et ramena ce qui restait de ses forces à Eumolpia. Le monarque odryse se résigna à compter sur l’hiver pour empêcher Philippe de s’emparer de sa capitale.

 

Langaros finit par avoir raison de l’arrière-garde odryse, mais il jugea plus prudent de ne pas prolonger la poursuite. Philippe lui donna raison. Certes, les Agriano-Macédoniens étaient restés maîtres du terrain et ils avaient infligé de lourdes pertes aux Thraces : Amadocos avait perdu près de 7.000 hommes, dont de nombreux prisonniers. Mais eux aussi avait souffert, la petite armée de Philippe et Langaros ayant perdu pas loin de 3.000 soldats. L’arrivée d’Antipater était plus que jamais indispensable avant de marcher sur Eumolpia.

 

 

*****

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !

Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.

Connectez-vous maintenant

  • En ligne récemment   0 membre est en ligne

    Aucun utilisateur enregistré regarde cette page.

×