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Eginhard 38

À la pointe des sAARisses, ou la gloire des AARgéades

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Lorsqu’il revint de son intervention contre les Thessaliens, le roi fut atterré par l’ampleur des pertes, qui compromettaient sérieusement la suite de sa campagne. Il se garda pourtant de sanctionner ses généraux : s’ils avaient été pris par surprise, leur courage personnel n’avait jamais été pris en défaut, et au final le siège avait été maintenu. Philippe, du reste, était trop intelligent pour ne pas rendre compte qu’il avait commis lui-même des erreurs stratégiques, dispersant ses forces jusqu’au point où elles n’avaient plus été en mesure de faire face aux manœuvres ennemies.

 

Philippe retint aussi de la bataille de Pélion des enseignements tactiques importants pour l’avenir. Il réalisa ainsi que, si elle était pratiquement invincible de front, la phalange macédonienne était peu mobile une fois engagée en combat et de ce fait, se trouvait vulnérable si ses flancs n’étaient pas correctement couverts. Vulnérable, la phalange l’était aussi contre les javelots ennemis, et Philippe entraîna ses peltastes à engager plus activement le combat face aux lanceurs ennemis.

Les travaux d’approche contre Pélion reprirent bientôt, et se firent rapidement assez menaçants pour que les défenseurs tentent une nouvelle sortie. Toutefois, les Orestes avaient eux aussi terriblement souffert lors de la bataille précédente, et les quelques centaines de peltastes qui se hasardèrent hors des murs de la cité furent aisément repoussés.

 

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En raison d'un mouvement social, nos équipes n'ont pu assurer à temps le nettoyage du champ de bataille. Nous nous excusons pour les scènes d'horreur infligées à vos enfants. (ceci est un message du Ministère des Servitudes involontaires - www.esclavage.gouv.ma)

 

Cet échec ne suffit pas pour convaincre les Illyriens de se rendre. Les Diabolites, malgré les pertes subies lors de leur tentative précédente, parvinrent à mettre sur pied une nouvelle expédition de secours, réunissant tant bien que mal environ 2.000 hoplites. Antipater s’interposa avec les Hypaspistes, bloquant le col qui permettait d’accéder à Pélion. Il repoussa les assaillants, qui ne purent, cette fois, compter sur une sortie des défenseurs de la cité, désormais trop affaiblis. Alors, mais seulement alors, Pélion capitula.

 

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"You want to know my name ? You want to see my face ? I'm the devil ! HAHAHAHAHAHAHA !" (Super Résistant)

 

 

*****

 

L’automne touchait à sa fin et l’armée macédonienne sortait décimée d’un siège victorieux, mais difficile. Philippe pouvait dire adieu à son rêve optimiste de camper sur les rives du lac Lychnide avant l’hiver. Laissant l’armée panser ses blessures à Pélion, il emmena les Compagnons pour une chevauchée en direction de la passe du Loup via les forêts de l’Orestide.

 

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Cléitus le Noir règle le compte des intrus : sa phalange fait reculer leur centre tandis que ses peltastes sécurisent ses flancs.

 

La résistance de Pélion semblait avoir galvanisé la résistance illyrienne. Peu après la chute de la ville, 2.000 peltastes de la tribu des Pénestes lancèrent un raid contre Pélagonia. Ils furent interceptés et défaits par la phalange d’Édessa. Quelques jours plus tard, alors que Philippe approchait de la passe du Loup par le sud après avoir pacifié l’Orestide, une autre colonne illyrienne – 1.500 peltastes en provenance de Lychnide – fut repérée en train de se diriger vers Héraclée Lyncestis. Cette fois, les Compagnons l’interceptèrent près de Pylon et la dispersèrent.

 

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Non, je ne ferai pas de blague naze à base de loup, cette fois.

 

Philippe constata à cette occasion que le fort de Pylon n’était plus tenu en force. Il était apparent que les Illyriens avaient particulièrement souffert des derniers combats et s’étaient vu contraints de racler les fonds de tiroir. Le roi de Macédoine choisit de donner l’assaut au fort, transformant pour l’occasion ses Compagnons en fantassins. L’attaque réussit, donnant à Philippe la satisfaction de disposer d’une bonne base de départ en vue de la reprise des opérations au printemps suivant.

 

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Ce serait dommage que cet AAR finisse au pilon, lol.

 

Le roi passa le reste de l’hiver dans cette modeste forteresse. Loin des palais de Pella, les Compagnons vécurent « à la dure » pendant plus de deux lunes, mais ces difficultés, si elles mirent leur moral à l’épreuve, renforça aussi leur esprit de corps. De Pylon, Philippe ordonna à Antipater de marcher sur Diabolis. Les rapports des espions et éclaireurs macédoniens concordaient tous sur un point : les Diabolites s’étaient saignés à blanc pour venir en aide aux Orestes. Leur cité fortifiée n’était plus tenue que par une garnison minimale, faite de bric et de broc.

 

Antipater mit sur pied un prudent siège hivernal, se contenant essentiellement de couper Diabolis de ses sources d’approvisionnement en nourriture. En dépit de ses précautions, il faillit se faire surprendre lorsque les Illyriens tentèrent de renforcer Diabolis avec 1.000 peltastes venus de Lychnide. Attaqués sur leur droite, les peltastes macédoniens durent se replier précipitamment en subissant des pertes, obligeant les Hypaspistes à intervenir pour repousser la menace. Diabolis tomba peu après.

 

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Pauvre Antipater : se faire OWNED par deux pauvres bataillons de peltastes, ça craint.

 

 

*****

Modifié par Eginhard 38

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^^ j'adore les commentaires des images 

 

par contre la couleur du texte sur celle ci est parfois pas très lisible.

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Bataille du Pinde

 

 

L’hiver, décidément, ne fut pas de tout repos pour les Macédoniens. La recrudescence des raids contre la Macédoine avait convaincu Philippe de la nécessité de recruter davantage d’unités montées pour étoffer la défense des secteurs les plus menacés. Deux escadrons de cavalerie légère furent ainsi formés, respectivement à Tymphaïa et Héraclée Lyncestis. L’idée allait vite s’avérer des plus heureuses.

 

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"A'gad' la télévision, épirote !"

 

Alors que l’hiver battait son plein, une armée hostile fut détectée au sud-ouest de Tymphaïa, traversant les monts du Pinde. Cette fois, c’était une force de 3.000 peltastes épirotes. Même en appelant tous les hommes valides aux armes, la garnison de Tymphaïa ne pouvait leur opposer que 1.500 fantassins légers et miliciens et 300 cavaliers. La phalange d’Éliméa se porta à leur secours à marche forcée, son commandant, Attale, réussissant au passage à obtenir le concours des éclaireurs montés – fraîchement reformés à Pella et en route pour Diabolis.

 

Rejointes par ces derniers, les troupes de Tymphaïa réussirent in extremis à faire leur jonction avec les forces d’Attale. L’infanterie légère macédonienne chargea sans attendre avec les cavaliers sur leurs flancs. L’extrémité gauche de la ligne épirote céda rapidement, mais Attale n’était pas tout à fait prêt à engager le combat. Il permit ainsi à la droite ennemie de contre-attaquer, plaçant les éclaireurs montés en mauvaise posture et obligeant les cavaliers de Tymphaïa à interrompre leur manœuvre de flanquement pour venir les dégager. Ce faisant, les Épirotes avaient toutefois imprudemment tourné le dos à la phalange d’Éliméa. Lorsque cette dernière attaqua, elle scella le sort de la bataille en faveur des Macédoniens.

 

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La bataille du Pinde.

 

Lorsque Philippe fut informé de la bataille du Pinde et de son issue, il entra dans une rage folle. La cible en était, naturellement, la reine Olympias. La femme qu’Alexandre II l’avait obligé à épouser était originaire de Molossie, région d’Épire où se trouvait Dodone, cité d’origine des soldats ayant attaqué Tymphaïa. Cette union n’était-elle pas supposée faire en sorte que de telles attaques n’arrivent pas ? Si même les alliés de la Macédoine se mettaient à la poignarder dans le dos, Philippe ne donnait pas cher de sa survie.

 

Les choses s’éclaircirent rapidement, grâce à une série de courriers en provenance de Pella. Le roi Néoptolème, père d’Olympias et donc beau-père de Philippe, venait de mourir. Néoptolème régnait jusque-là conjointement sur l’Épire avec son frère Arybbas. Lorsqu’il mourut, son fils Alexandre de Molossie fit valoir ses droits sur le trône, mais Arybbas ne l’entendit pas de cette oreille. Il était désormais seul roi et comptait bien le rester. Au cours de la brève lutte qui s’ensuivit, l’oncle prit le dessus sur le neveu, et Alexandre de Molossie dût s’exiler. C’est tout naturellement qu’il se réfugia auprès de sa sœur, à Pella.

 

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Alexandre de Molossie se réfugie à Pella... Les plus grands réalisateurs utilisent des stockshots (Godfrey Ho, par exemple). Pourquoi pas moi ?

 

Le raid épirote revêtait donc le caractère d’une action de représailles, puisque la Macédoine avait accueilli le fugitif. Philippe se radoucit quelque peu lorsqu’il apprit que la reine était de nouveau enceinte : même si le petit Alexandre paraissait plein de vie, deux héritiers valaient toujours mieux qu’un. Il n’en donna pas moins à son épouse et à son beau-frère de sévères instructions, leur intimant l’ordre de se tenir tranquilles pour ne pas envenimer la situation avec Arybbas. Restaurer Alexandre de Molossie sur le trône d’Épire était pour Philippe une nécessité stratégique, mais il n’avait pas les moyens de la mener à bien dans l’immédiat.

 

Les Épirotes restèrent menaçants durant tout l’hiver, mais n’entreprirent aucune autre action d’envergure contre la Macédoine cette année-là. La tension ne se concrétisa que par une guerre d’escarmouches et d’avant-postes au cœur du massif du Pinde, notamment pour le contrôle des principaux cols qui le traversaient, la passe de Pandore et la passe des Chèvres.

 

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La frontière épiro-macédonienne. En violet, la frontière théorique approximative. En orange, la ligne de contrôle réel.

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Bataille du Lyncus

 

 

L’hiver n’était pas terminé pour les Macédoniens. Les Pénestes ne tardèrent pas à lancer une nouvelle incursion en Pélagonie. Leurs 2.000 peltastes furent de nouveau repoussés par la phalange d’Édessa, mais Philippe commençait à s’inquiéter sérieusement de l’agressivité de la tribu illyrienne. L’invasion de leur territoire, un peu trop proche de la Haute-Macédoine à son goût, lui parut soudainement de la plus urgente nécessité. Il faudrait toutefois attendre la chute de Lychnide pour cela.

 

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Les déprédations causées par les pillards illyriens auront encore coûté 1.200 drachmes athéniennes au contribuable macédonien. Retrouvez notre site de sensibilisation à la menace estrangère, en partenariat avec le ministère de la Guerre, sur www.interieur.gouv.ma/sauvageons_illyriens_que_faire?.php.

 

À peine les hommes de Cléitus le Noir avaient-ils repris leur souffle après avoir triomphé des Pénestes, qu’ils durent faire face à une nouvelle menace plus sérieuse encore : 3.000 cavaliers et 2.500 archers péoniens faisaient route vers Héraclée Lyncestis. Pour les Macédoniens, ce fut une nouvelle marche forcée vers le sud. Alerté, Philippe prit la menace très au sérieux. Seule, la phalange d’Édessa courait le risque d’être flanquée par les cavaliers ennemis plus mobiles. Il quitta Pylon avec ses Compagnons pour faire face aux envahisseurs, appelant également à la rescousse Antigone, fraîchement promu à la tête d’une phalange nouvellement créée à Éordéa.

 

Arrivé le premier sur le champ de bataille, Cléitus le Noir se signala une nouvelle fois par son habileté manœuvrière. Ancrant sa gauche sur un avant-poste fortifié établi à l’extrémité d’un piton rocheux, il fit pivoter sa phalange de manière à attaquer les cavaliers péoniens tout en exposant aussi peu que possible son flanc. L’opération les surprit, et ceux-ci se retrouvèrent bientôt empêtrés par leurs archers, qui avaient avancé trop vite.

 

Les Péoniens n’eurent pas le temps de se redéployer, car Antigone arriva dans leur dos aussitôt après. Leur liberté de mouvement annulée par l’obligation de combattre sur deux fronts, les Péoniens furent écrasés entre le marteau et l’enclume. Ce ne fut pas pour autant une promenade de santé pour les Macédoniens : la phalange d’Édessa laissa plus de 500 hommes sur le carreau. Mais Philippe paracheva la victoire macédonienne par un large mouvement qui permit aux Compagnons de contourner les Péoniens pour s’abattre sur leurs archers. Les prisonniers furent nombreux.

 

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"Wesh Cléitus da Nigga, tu leur as encore mis la hchouma à ces rataï !" (Philippe II de Macédoine, poussant un nouveau cri d'admiration)

 

 

*****

 

Le retour du printemps permit à Philippe de relancer sa campagne contre Lychnide. La cité illyrienne avait elle aussi beaucoup souffert des combats précédents, et son armée en était sortie pratiquement exsangue. Renforcée et reconstituée, la phalange d’Aigéai porterait l’attaque principale depuis le sud, tandis que Philippe isolerait Lychnide avec les Compagnons. Si nécessaire, la phalange d’Éordéa, maintenue en réserve autour d’Héraclée Lyncestis, pourrait être appelée en renfort.

 

Avant de quitter Pélion, Parménion et ses hommes se firent un devoir d’en abattre méthodiquement les murailles. La tribu des Orestes était définitivement trop combattive pour que Philippe prenne le risque de leur laisser une cité fortifiée, même avec une garnison macédonienne.

 

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Parménion, le fidèle compagnon de Philippe et commandant de la phalange d'Aigéai.

"Les généraux macédoniens, c'est un petit peu comme les pièces d'Eschyle. Quand on en a vu un, on les a tous vus." (Sophocle)

 

La prise de Lychnide ne fut pas très difficile : la ville n’était plus défendue que par une poignée de peltastes et ne reçut aucun secours extérieur. Sa capture revêtait une importance particulière pour Philippe, et pas seulement dans l’optique d’assurer la sécurité de la Haute-Macédoine. Lychnide était la cité natale de sa mère, Eurydice. Elle avait donc un rôle à jouer dans l’affirmation de sa légitimité.

 

Le roi de Macédoine joua habilement de sa parenté avec les Lychnidiens pour obtenir leur adhésion. Il leur laissa les murailles de leur cité, mais en contrepartie, il installa à Lychnide une colonie militaire : des soldats de diverses unités de son armée s’implanteraient dans la région avec leurs famille. Amalgamés aux locaux, ils formeraient une nouvelle phalange, placée sous les ordres d’Oreste. À terme, cette politique devait permettre l’intégration des Lychnidiens à la Macédoine, et leur cité fut annexée au royaume. Lychnide fut ainsi la première d’une longue série de cités gagnées « à la pointe des sarisses » par le peuple macédonien.

 

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Grand feu de joie donné par les Macédoniens pour célébrer l'annexion de Lychnide.

 

L’objectif poursuivi par Philippe était double. D’une part, il s’assurait d’une solide base militaire, clé de voûte du glacis protecteur qu’il entendait mettre en place face aux Illyriens. Et d’autre part, il « macédonifiait » artificiellement sa lignée. Avec Lychnide proclamée macédonienne, Eurydice l’Illyrienne se voyait devenir rétroactivement macédonienne elle aussi. La dynastie des Argéades retrouvait sa pureté… et Philippe justifiait aux yeux de tous son droit à régner.

 

 

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Siège de Péneste

 

 

Philippe n’attendit pas longtemps avant de poursuivre sa campagne contre les Illyriens. Compagnons et éclaireurs montés livrèrent quelques escarmouches aux Scirtariens, dont le territoire se situait loin au nord-ouest de Lychnide, mais la véritable cible des Macédoniens était la tribu des Pénestes. Avant de se mettre – enfin – sur la défensive face aux Illyriens, Philippe tenait à se débarrasser de la menace constante qu’ils faisaient peser sur la Pélagonie. Accessoirement, leur territoire comportait de riches filons miniers, dont la conquête arriverait à point nommé pour financer la colonisation de Lychnide.

 

La cité fortifiée des Pénestes – très originalement nommée Péneste – se trouvait au détour d’une étroite vallée de montagne qui en facilitait grandement la défense. Pour s’assurer d’en contrôler tous les accès, Philippe élabora un plan extrêmement complexe. La phalange d’Aigéai devait marcher depuis Lychnide en direction du nord, et faire sa jonction avec celle d’Éordéa qui, elle, viendrait d’Héraclée Lyncestis. Philippe, quant à lui ferait un grand détour par les montagnes pour déboucher de l’autre côté de la vallée avec les Compagnons, coupant ainsi les communications entre Péneste et le reste de l’Illyrie. Quant aux Hypaspistes, ils formeraient essentiellement une force de couverture basée à Lychnide.

 

L’opération, pourvue d’un soutien logistique adéquat, se déroula presque à la perfection – hormis le retard du train de siège, dont les encombrantes catapultes étaient peu à leur aise sur les étroites routes de montagne. Péneste, cependant, était solidement défendue par 2.000 hoplites et 3.500 peltastes. Dès qu’ils réalisèrent qu’ils étaient complètement isolés, les Pénestes tentèrent une sortie.

 

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Pas d'inspiration pour une légende d'image originale et drôle, désolé.

 

Leur infanterie lourde commit l’erreur de charger droit sur la phalange d’Aigéai au lieu de s’en prendre à celle d’Éordéa, moins expérimentée. Les hoplites illyriens furent facilement repoussés, mais leurs peltastes continuèrent à harceler les soldats macédoniens, sous le couvert des tireurs postés sur les remparts de la ville. Philippe décida alors de les charger avec les Compagnons, mais les choses faillirent mal tourner. La cavalerie macédonienne faucha un grand nombre d’Illyriens mais, coincée sous les remparts de Péneste et accablée de traits, elle perdit la moitié de ses effectifs. Les Compagnons ne purent se dégager qu’avec peine, se réfugiant de justesse derrière leur infanterie.

 

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Les fantômes translucides des hoplites illyriens en déroute tentent de se réfugier dans les mini-murs de Péneste.

 

Les Compagnons étaient à ce point diminués que Philippe les ramena à Pélagonia pour reconstitution, laissant à Parménion le soin d’en terminer avec Péneste. Les combats précédents avaient coûté cher aux assiégés, si bien que la chute de la cité eut lieu peu après. Les Compagnons avaient supporté le gros des combats, mais les familles nobles de Macédoine n’eurent guère le temps de pleurer leurs morts. Philippe avait besoin d’hommes pour sa prochaine campagne, et d’autres fils de bonne famille partirent bientôt servir le roi et la Macédoine.

 

 

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Bataille de Pialéia

 

 

Pour le reste de l’année, l’activité des Illyriens contre la Macédoine se limita à quelques incursions sans envergure, facilement tenues à distance par les forces confiées à Oreste. La stratégie de Philippe semblait porter ses fruits. Il n’en fut pas de même sur la frontière méridionale, où les Thessaliens semblèrent déterminés à revenir en force.

 

La petite armée qui approcha de l’avant-poste de Pialéia à la fin du printemps comprenait cette fois 2.000 hoplites, en plus des 1.000 cavaliers et des 500 peltastes que Philippe avait déjà affrontés au moment de la bataille de Pélion – avec les conséquences que l’on sait. Cette incursion rendait nécessaire l’intervention de la phalange d’Éliméa, qu’Attale mena donc une nouvelle fois vers l’ouest.

 

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La bataille de Pialéia.

 

Après avoir incendié le poste-frontière macédonien, les intrus se dirigèrent sans se presser vers le nord – la présence des hoplites dans leurs rangs diminuait sensiblement leur mobilité. Les hommes d’Attale purent ainsi leur barrer la route, achevant leur déploiement juste à temps pour accueillir les cavaliers thessaliens comme il se devait avec leurs sarisses. Les assaillants en furent à ce point surpris qu’ils refluèrent rapidement. Leurs hoplites, qui tentaient de débarder l’aile droite macédonienne, furent ralentis par les peltastes d’Éliméa assez longtemps pour qu’Attale puisse réorienter sa phalange. Dès lors, la bataille était jouée.

 

Pendant ce temps, Philippe assemblait dans la plaine du Lyncus la plus puissante armée que la Macédoine avait vue jusqu’ici. Son objectif : la Péonie. Pour son offensive, le roi avait vu les choses en grand. Philippe avait résolu de ne pas se contenter d’une simple expédition punitive ou de la conquête d’un glacis protecteur pour la Haute-Macédoine. Ce qu’il voulait, c’était soumettre les Péoniens pour de bon. Pour les punir de leur insolence, d’abord, et de s’être alliés aux Illyriens.

 

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L'armée macédonienne se concentre à Sion.

 

Mais surtout, il convoitait leurs mines. La Péonie, qui correspondait approximativement au bassin du Haut-Axios, en était bardée. De nombreux gisements argentifères affleuraient à la surface des montagnes entourant le bassin ; rien que dans la région de Stobi, quatre filons majeurs existaient. Ces mines seraient essentielles pour financer les campagnes futures de Philippe, que ce soit pour libérer le reste de la Macédoine ou pour châtier les ennemis du royaume.

 

À cette fin, Philippe joignit aux Hypaspistes et aux Compagnons les phalanges d’Aigéai et d’Édessa, cette dernière étant désormais libérée de son rôle défensif. En tout, son armée avoisinait les 13.000 hommes, auxquels 4.000 autres – la phalange d’Éordéa, pour le moment laissée en couverture en Pélagonie – se joindraient ensuite pour marcher contre la capitale péonienne, Bylazora. La première cible de Philippe, pour l’heure, était le territoire des Stobiens, la plus méridionale des tribus péoniennes.

 

 

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Mouais... les mercenaires coûtent quand même assez cher et son peu fiables, à mon goût. J'en ai fait usage dans mes parties précédentes, mais j'ai fini par les licencier quand j'ai eu accès aux alliés agrianiens et gètes. Je ne pense pas en employer ce coup-ci, vu le nombre plus élevé de peltastes que j'utilise dans cette partie.

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Ok dans ma partie, j'ai fais le chois de les utiliser car bien plus efficace que les cavaliers macédoniens et peltastes

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Campagne de Péonie

 

 

Le mois de la lune de Gorpiaios, l’armée macédonienne se déploya majestueusement dans la plaine de Stobi. Philippe était parti du principe que pour faire face à la très mobile cavalerie péonienne, contre laquelle ses Compagnons ne seraient pas assez nombreux, il lui fallait présenter un front aussi étendu que possible – trois phalanges au minimum. À Stobi, cette stratégie réussit parfaitement, mais les Péoniens étaient largement dépassés en nombre avec moins de 7.000 hommes à leur disposition.

 

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C'est moi qui ai la plus grande ! (armée, bien entendu)

 

Les défenseurs pouvaient largement se permettre d’attendre des renforts, car les communications avec la capitale n’avaient pas été coupées. Néanmoins, lorsque les Macédoniens firent avancer leurs catapultes, il devint évident que Philippe n’était pas disposé à attendre tranquillement que le roi Agis de Péonie vienne délivrer Stobi à la tête de sa puissante armée. Face à l’assaut imminent, les chefs stobiens décidèrent de tenter quelque chose.

 

Les Péoniens tentèrent d’abord de désorganiser les phalanges macédoniennes avec leurs archers, mais les peltastes macédoniens s’interposèrent, les obligeant à se réfugier à l’abri de leurs murs. Les assiégés ripostèrent par une attaque d’infanterie légère qui contraignit les peltastes à reculer, mais elle fut rapidement refoulée ensuite à la pointe des sarisses. Le même manège se répéta encore une fois : sortie des archers péoniens, contre-attaque victorieuse des peltastes macédoniens.

 

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Les Péoniens écrivent à l'Arc...

 

Ayant épuisé leurs options, les Stobiens attaquèrent en force avec la cavalerie, mais les fantassins de Philippe avaient gardé leur cohésion et le mur des sarisses resta infranchissable. En outre, les cavaliers s’étaient concentrés sur les phalanges d’Édessa et d’Aigéai, laissant les Hypaspistes libres de leurs mouvements. Antipater les fit s’abattre sur le flanc gauche des Péoniens, les faisant se réfugier en désordre dans leur cité. Pour la première fois depuis longtemps, les Compagnons n’avaient même pas eu à intervenir.

 

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Les Hypaspistes se rabattent sur la gauche péonienne.

 

Ayant sévèrement rossé la garnison de Stobi, Philippe décida brusquement de changer de stratégie. Laissant la phalange d’Aigéai réduire la cité à sa merci, il emmena le reste de l’armée vers le nord-ouest. Parallèlement, il ordonna à Antigone de le rejoindre à quelques lieues au sud de Bylazora. C’était particulièrement audacieux, car tant que Stobi résisterait, les Macédoniens ne pourraient compter que sur le ravitaillement qu’ils avaient avec eux, et le début de la campagne avait déjà bien entamé les réserves. Philippe, cependant, ne s’inquiétait pas, puisqu’une fois devant la capitale péonienne, il pourrait ouvrir un nouvel axe de ravitaillement depuis Pélagonia, sans transiter par Stobi.

 

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Greek Blitzkrieg !

 

 

Lorsqu’ils réalisèrent ce qui était en train de se passer, les Stobiens lancèrent quelques centaines de cavaliers dans un raid contre l’arrière-garde macédonienne. L’attaque manqua de prendre les Compagnons à revers, ceux-ci devant principalement à une manœuvre inspirée des éclaireurs montés de s’en tirer sans trop de mal. Philippe rejoignit Antigone comme prévu et aux environs de la nouvelle lune, l’armée macédonienne apparut devant Bylazora.

 

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À ce stade, je pense que vous devriez commencer à reconnaître les Compagnons quand vous les voyez.

 

 

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Bataille de Bylazora

 

 

Cette irruption soudaine de l’ennemi sous les murs de sa capitale fut une très mauvaise surprise pour Agis de Péonie. Ce dernier comptait sur la résistance de Stobi pour concentrer son armée à l’abri, et celle-ci était déjà imposante : 7.500 cavaliers tribaux et 1.200 archers, sans compter la milice de la ville. Et voici qu’à présent, les Macédoniens étaient déjà là alors que Stobi tenait encore ? Quels dieux puissants leur roi s’était-il concilié pour accomplir ce prodige ?

 

Pour ce qui était des choses de la guerre, Philippe se vouait volontiers à Arès, dont la protection n’était pas de trop lorsqu’il plongeait au cœur de la mêlée à la tête des Compagnons. Mais cette fois, il avait manifestement choisi de sacrifier à Athéna, la déesse surgie toute armée du crâne de son père Zeus, patronne des stratèges et inspiratrice de l’intelligence guerrière.

 

Sa manœuvre, pour autant, n’était pas exempte de failles. Le temps, en premier lieu, jouait contre lui. Chaque jour qui passait voyait l’armée macédonienne épuiser un peu plus ses rations. L’arrivée de troupeaux en provenance de Pélagonia permit de pallier à ce problème, mais ils avaient été sérieusement entamés par les campagnes précédentes et ne permettraient pas de tenir indéfiniment. La chute de Stobi arriva en fin de compte assez rapidement, ce qui ouvrit une route supplémentaire pour faire passer du ravitaillement, mais allait falloir un peu de temps avant qu’elle ne fonctionne efficacement.

 

En outre, si les opérations devant Bylazora se prolongeaient trop, les défenseurs pourraient recevoir des renforts en provenance du reste de la Péonie, voire contraindre l’armée macédonienne à combattre sur plusieurs fronts à la fois – et on avait vu ce que cela avait de difficile à Pélion. Athéna, toutefois, était avec Philippe. Seule une petite troupe de 1.500 cavaliers venus de l’est sonda les arrières de l’armée macédonienne, mais ce fut pour tomber nez à nez avec la phalange d’Aigéai en provenance de Stobi. Les Péoniens furent aisément dispersés par les fantassins aguerris de Parménion et n’y revinrent pas.

 

http://www.heberger-image.fr'>32611_aigeai.jpg

Parménion intercepte les renforts péoniens. Notez l'action des sournois éclaireurs montés, toujours à vouloir passer par la porte de derrière...

 

Mais de tous les soutiens de Philippe II de Macédoine, le plus puissant lui fut sans doute fourni par… son propre ennemi, Agis de Péonie. En acceptant de livrer la bataille rangée que Philippe attendait, le roi des Péoniens fit son jeu. Il allait devoir affronter son ennemi dans les pires conditions possibles : le dos au mur, sur un terrain et à un moment choisi par Philippe. Mais avait-il vraiment le choix ? Comme Bardyllis l’année précédente, Agis avait été battu stratégiquement avant même que le fracas des armes ne se fasse entendre. Le Péonien, toutefois, avait sa fierté. Contrairement à Bardyllis, il ne demanda pas la paix.

 

Lorsqu’Agis vint à sa rencontre, Philippe faillit être pris par surprise. Il menait un raid sur la route reliant Bylazora à Stropsko, plus au nord, essentiellement dans l’optique d’y piller quelques chariots de grain. Lorsqu’un messager l’avertit que les Péoniens se disposaient à livrer bataille, il préféra interrompre son escapade et se replacer derrière son armée, plutôt que de profiter de sa position pour flanquer l’ennemi. En fait, Philippe ne tenait pas à se trouver là dans l’hypothèse où des renforts péoniens arriveraient de Stropsko : il préféra maintenir les Compagnons en réserve pour faire face à cette éventualité.

 

Les archers péoniens ne tinrent pas longtemps face aux peltastes de Philippe, qui commençaient à être aguerris. Les cavaliers d’Agis furent donc contraints d’attaquer avec un soutien d’infanterie limité et inefficace. La gauche macédonienne était bien ancrée sur des reliefs, et l’aile droite, solidement tenue par les Hypaspistes, para efficacement une tentative de débordement. Les Péoniens chargèrent donc de front, avec une folle témérité et une indéniable bravoure. Pour venir s’empaler sur une forêt de sarisses.

 

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"Eh ben, j'avais encore jamais vu crever autant de gens." (Clint Eastwood)

 

Ils vendirent chèrement leur peau, les phalanges d’Éordéa et d’Édessa accusant des pertes non négligeables. Mais sans soutien, rien ne pouvait défaire le front d’une phalange macédonienne. Au bout d’une après-midi aussi brève que brutale, les restes de l’armée péonienne étaient complètement dispersés, les uns cherchant à se réfugier dans Bylazora, les autres errant dans la campagne avoisinante en essayant d’échapper à la captivité et à l’esclavage qui les attendaient s’ils se laissaient prendre. Philippe poursuivit les fuyards, cherchant à mettre la main sur Agis en personne, mais le roi péonien ne lui fit pas ce plaisir.

 

N’étant pas parvenu à se faire tuer au milieu de ses guerriers alors qu’il voyait la défaite approcher, Agis de Péonie s’était replié dans sa capitale. Autour de lui, les habitants paniqués cherchaient un moyen de s’enfuir avant l’arrivée inéluctable des Macédoniens et rassemblaient leurs maigres possessions. D’autres profitaient plutôt de la situation – et de la destruction de l’armée – pour s’adonner au pillage. Dans cette ambiance de fin du monde, alors que son royaume semblait prêt à s’effondrer, Agis se donna la mort en avalant du poison.

 

Bylazora tomba peu après. Toutefois, la Péonie n’était pas encore vaincue. Au nord, Lykkeios prit la succession d’Agis et n’était pas du tout disposé à transiger avec les envahisseurs – ce qui tombait plutôt bien, puisque Philippe ne l’était pas non plus. La victoire de ce dernier n’était pas complète. L’approvisionnement de l’armée macédonienne restait précaire. Philippe comptait sur la récolte d’automne et l’arrivée du bétail de Macédoine centrale, désormais possible grâce au contrôle de Stobi, pour l’améliorer, mais la situation resterait vraisemblablement tendue jusqu’au bout.

 

De surcroît, le Nouvel An approchait, et avec lui l’automne. La campagne devait impérativement s’achever avant l’hiver, faute de quoi le problème du ravitaillement deviendrait plus critique encore. Or, la Péonie était vaste. Face au facteur temps, Philippe choisit de diviser ses forces. Emmenant avec lui les Hypaspistes, il rejoignit la phalange d’Aigéai pour marcher vers l’est. La prise de Bargala, cité péonienne situées aux frontières de la Thrace, était en effet indispensable pour assurer le flanc droit de la future offensive contre Stropsko.

 

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Les Macédoniens se préparent à marcher sur Bargala.

 

Pour sa victoire à Bylazora, Philippe devait à coup sûr un somptueux sacrifice à Athéna. Mais pour la suite de sa campagne, il devait veiller à ne pas mécontenter Chronos, le serpent à trois têtes – homme, taureau et lion – qui personnifiait le temps.

 

 

(à suivre)

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Quatrième année de la cent-cinquième Olympiade

 

 

Pendant que les phalanges d’Édessa et d’Éordéa pansaient leurs blessures à l’abri des murs de Bylazora, le reste de l’armée se concentra à l’est de la ville dans l’optique de l’expédition contre Bargala. Parménion était inquiet : la région n’avait pas été correctement explorée, et la force réelle des gens de Bargala était inconnue. De surcroît, le prudent ami de Philippe remarqua très rapidement qu’en attaquant Bargala, l’armée macédonienne courait le risque d’être attaquée dans le dos par une expédition de secours venue de Stropsko. Philippe en convint, mais il n’eut guère le temps de réfléchir aux mesures à prendre.

 

À peine l’armée s’était mise en route que les gens de Bargala vinrent à elle – sous la forme de 4 à 5.000 cavaliers. Les Macédoniens eurent tout juste le temps de se déployer en ancrant (incomplètement) leur droite sur les montagnes au sud. Deux groupes de cavaliers chargèrent chacune des deux phalanges macédoniennes, tandis qu’un troisième chercha à s’infiltrer entre la montagne et les hommes de Parménion, mais cette manœuvre échoua. Engagés par les fantassins macédoniens et flanqués par les Compagnons, les Péoniens refluèrent. Philippe ne laissa pas échapper pareille occasion et, au terme d’une vigoureuse poursuite, en captura un grand nombre.

 

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Non, pas de flèches colorées, ce coup-ci.

 

La défaite de leurs cavaliers avait laissé les habitants de Bargala pratiquement sans défenses, en dehors d’une milice assemblée à la hâte. La prise de la ville n’allait présenter aucune difficulté particulière pour les Macédoniens. Ce fait soulagea autant Parménion que Philippe, et ce dernier emmena Compagnons et éclaireurs montés en direction de Stropsko pour assurer les arrières de l’armée, laissant à ses généraux le soin de réduire Bargala. La ville étant désormais isolée par rapport au reste de la Péonie, la situation était moins équivoque, pour les assiégeants, que lors de la bataille de Pélion.

 

Les gens de Stropsko ne tardèrent pas à se manifester. Alors que les éclaireurs montés assaillaient le petit avant-poste péonien de Messapion, un détachement de cavalerie survint. Avec les Compagnons, Philippe essaya de manœuvrer de manière à prendre les Péoniens dans un étau, mais sa manœuvre échoua lorsque les éclaireurs montés partirent en déroute. Les Macédoniens finirent malgré tout par avoir le dessus, mais lorsqu’ils se lancèrent à la poursuite de l’ennemi, ils tombèrent sur des renforts : d’autres cavaliers et des archers. Philippe, qui avait perdu presque la moitié de sa cavalerie dans l’engagement,  n’eut d’autre choix que de battre en retraite, laissant l’avant-poste aux mains des Péoniens.

 

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Les Compagnons, avant de se faire humilier.

 

D’échelle limitée, la défaite de Messapion n’eut guère d’impact sur l’ensemble de la campagne. Elle n’en constitua pas moins une blessure d’orgueil pour Philippe, jusque-là invaincu. Le roi de Macédoine prit aussitôt ses dispositions pour marcher en force sur Stropsko et mettre un point final à la campagne de Péonie. Bargala se trouvant assez isolée aux confins de la Péonie et de la Thrace, la phalange d’Aigéai y fut laissée pour parer à toute éventualité. Le reste de l’armée macédonienne convergea vers le nord. Pendant qu’il s’emparait des avant-postes ennemis sans rencontrer de résistance, les éclaireurs montés, ralliés et reformés, effectuèrent un large crochet dans l’optique de sécuriser les frontières occidentales de la Péonie et de déboucher sur Stropsko par l’ouest.

 

 

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Bataille et prise de Stropsko

 

 

La cité péonienne était défendue par une force conséquente : 8 à 9.000 hommes dont 6.000 cavaliers, aux ordres d’un certain Polynice. D’après les espions de Philippe, Lykkeios s’était réfugié auprès des Agrianiens, une tribu péonienne isolée située loin au nord-est. Stropsko étant située dans une plaine ouverte, Philippe ne put ancrer aucun de ses flancs sur un obstacle naturel. Il déploya son armée en demi-lune, comme une gigantesque mâchoire prête à dévorer la cité, et laissa les Compagnons en arrière pour parer à toute tentative de flanquement.

 

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"Rond comme un ballon/Et plus jaune qu'un citron/C'est Pacman !" (William Leymergie)

 

La bataille débuta par une sortie en force de 3.000 cavaliers péoniens contre l’aile droite macédonienne. Les Hypaspistes s’y trouvaient : il était de tradition dans toutes les armées du monde grec, de placer les meilleures troupes à droite de l’armée. En effet, c’était là que se trouvait la place la plus exposée. Dans la mesure où un fantassin lourd grec portait sa lance de la main droite et son bouclier de la main gauche, celui qui était placé tout à droite de la ligne de bataille couvrait son voisin de gauche avec son bouclier, mais n’avait personne pour lui offrir de protection sur sa droite.

 

Toujours est-il que les Hypaspistes résistèrent victorieusement à la charge des Péoniens. La petite expédition des éclaireurs montés s’avéra heureuse car, placés en couverture sur la gauche de l’armée, ils attirèrent sur eux un bon quart de la cavalerie ennemie. Obligés de se replier à bride abattue, ils furent indisponibles pour le reste de la bataille, mais leurs ennemis les ayant poursuivis sur une longue distance, ils se retrouvèrent isolés avec des chevaux fourbus.

 

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Les cavaliers péoniens chargent l'aile droite macédonienne tandis que d'autres poursuivent les éclaireurs montés.

 

Le succès des Hypaspistes permit à Philippe de replacer les Compagnons sur la gauche, où l’infanterie péonienne était en train de lancer son attaque. Le duel entre leurs archers et les peltastes macédoniens tourna à l’avantage des seconds, et les Compagnons scellèrent le sort de l’infanterie légère ennemie par une charge bien coordonnée. Ayant échoué à enfoncer les deux ailes de l’adversaire, Polynice lança sa dernière réserve de cavalerie dans une charge courageuse, mais vaine, contre le centre macédonien. Les sarisses de la phalange d’Éordéa lui firent un chaleureux et mortel accueil.

 

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La dernière charge des Péoniens...

 

Anticipant le retour des cavaliers péoniens partis aux trousses des éclaireurs montés, Philippe n’attendit même pas que les hommes d’Antigone en eussent fini avec ceux de Polynice. Lorsque les Péoniens revinrent de leur épuisante et inutile escapade, ce fut pour trouver une haie de sarisses barrant la route de leur cité. Leurs chevaux épuisés ne leur permirent pas de contourner l’obstacle, et ils furent aisément dispersés. La bataille de Stropsko était terminée, mais il restait encore à prendre la ville d’assaut. Ce fut fait après un bref et sanglant affrontement, les survivants de la bataille rangée n’ayant nulle part où aller et se défendant avec l’énergie du désespoir. La Péonie était vaincue !

 

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... enfin presque.

 

 

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Toutefois, la campagne septentrionale de Philippe n’était pas encore tout à fait terminée. Le roi de Macédoine s’était rajouté un objectif de dernière minute. Au cours de leurs opérations à l’ouest de Stropsko, les éclaireurs montés avaient transité par le territoire des Dardaniens. Ils avaient pu constater qu’un fort, établi par les Illyriens à Palémon, couvrait les approches méridionales de la Dardanie. Dans la mesure où il pouvait aussi leur servir de base pour menacer la Péonie, Philippe jugea opportun de s’en emparer.

 

Le fort de Palémon était tenu par une petite garnison d’environ 500 peltastes. Il ne résista pas longtemps face à toute l’armée macédonienne, et tomba le jour du solstice d’hiver. On pouvait difficilement faire mieux en matière de respect du calendrier : Philippe avait atteint tous ses objectifs dans les temps. Chronos aurait lui aussi droit à un généreux sacrifice.

 

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Le royaume de Macédoine à la fin de la cent-cinquième Olympiade. Provinces macédoniennes en violet, territoires illyriens occupés en vert, Péonie occupée en gris. La passe de Pandore, en orange, est administrée par la Haute-Macédoine sans en faire partie. On s'amuse comme on peut et j'aime bien les cartes.

 

 

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Aux portes de la Grèce

 

 

Philippe se tournait vers la Thessalie à un moment où celle-ci se trouvait dans une situation extrêmement troublée. La guerre civile dans laquelle Alexandre II de Macédoine était intervenu durant son règne avait repris. Elle mettait aux prises les deux plus puissantes familles thessaliennes : d’une part les Aleuades de Larissa, et d’autre part les tyrans de Phères. Cette rivalité devait beaucoup à la situation géopolitique générale de la Grèce. Pour la comprendre, il fallait remonter quelques années en arrière.

 

À l’issue des guerres médiques, Athènes et son empire – la Ligue de Délos – s’était imposée comme la première puissance du monde grec, avant d’être défaite par Sparte et sa Ligue du Péloponnèse au cours de la guerre du même nom. Les Lacédémoniens avaient alors connu une période de domination avant d’être défaits à leur tour par leurs anciens alliés et vassaux, les Thébains. Ce fut la fameuse bataille de Leuctres, qui vit le triomphe d’Épaminondas et de la Confédération Béotienne. La domination de Thèbes, cependant, venait de recevoir une série de rudes coups.

 

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C'est l'heure du CM d'histoire ancienne grecque de première année de licence d'histoire, les gars.

 

Soucieux d’asseoir leur puissance en affaiblissant leurs rivaux et en mettant au pas ceux qui ne les avaient pas soutenus, les Thébains s’en prirent notamment à Phères, une des rares cités de Thessalie à ne pas avoir choisi leur camp dans leur lutte contre Sparte. Au cours d’une des batailles contre le tyran Alexandre de Phères, Pélopidas, l’ancien erastes de Philippe, avait remporté la victoire, mais également trouvé la mort. Phères fut néanmoins mise au pas et devint vassale de Thèbes. Deux ans plus tard, Épaminondas connut un destin similaire à celui de Pélopidas : écrasant à Mantinée l’alliance improbable entre Spartiates et Athéniens, il y fut mortellement blessé. Les Béotiens avaient ainsi perdu leurs deux plus brillants généraux, et Philippe deux de ses mentors.

 

Le troisième, Pamménès, restait l’un des principaux béotarques – chefs militaires de la Confédération Béotienne – et continua à exercer son influence sur Thèbes, mais cette dernière n’était pas au bout de ses peines. Peu après le triomphe de Mantinée, les Thébains furent confrontés à un nouveau défi à leur suprématie. Celui-ci avait pour cadre la célèbre cité de Delphes.

 

 

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Le sanctuaire de Delphes

 

 

En tant que telle, Delphes était une petite cité de Phocide, une région de Grèce centrale, pour ainsi dire insignifiante. Elle le serait sans doute restée si elle n’avait abrité un des plus importants centres religieux du monde grec. Son temple, dédié à Apollon, avait été construit sur le lieu où, selon la légende, le dieu aurait tué le monstrueux serpent géant Python. Il abritait une prêtresse – la Pythie – qui délivrait des oracles, dont la renommée devint bientôt considérable. La Pythie ne s’exprimait jamais de manière intelligible au cours de ses transes prophétiques, où elle ne faisait que servir de vecteur à la parole d’Apollon : c’était aux prêtres du temple de les traduire, ce qu’ils faisaient généralement de manière à ce que les oracles qui en résultaient ne puissent pas être pris en défaut. Leur formulation léonine, sujette à toutes les interprétations, en firent le succès.

 

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Pythie pythie pythie !

 

En théorie, n’importe qui pouvait solliciter un oracle auprès de la Pythie, y compris le plus humble des pèlerins. Dans la pratique, un oracle en bonne et due forme nécessitait un minimum d’offrandes, excluant les plus modestes. Ces derniers devaient se contenter de poser directement des questions simples aux prêtres. Ceux qui avaient la chance et les moyens d’accéder à la Pythie formaient une liste d’attente, où leur position était déterminée par le montant de leur offrande. En raison de son coût autant que de sa célébrité, l’oracle de Delphes devint une étape privilégiée et obligée pour les entités politiques de tout le monde grec et de sa périphérie, qui le consultaient avant toute décision importante.

 

Ceci eut deux conséquences. D’une part, le sanctuaire qui s’était bâti autour du temple d’Apollon devint immensément riche. Les plus puissantes cités, comme Sparte, Athènes ou Thèbes, avaient offert au dieu de telles quantités de métaux précieux qu’elles avaient fini par construire à Delphes (à leurs frais, naturellement) des chapelles, baptisées « trésors », pour les abriter. On estimait que la richesse du sanctuaire dépassait les 10.000 talents. À titre de comparaison, l’entretien annuel d’une trière athénienne, charge très onéreuse dévolue aux citoyens les plus riches (les triérarques), coûtait environ un talent.

 

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Le Trésor des Athéniens, à Delphes.

 

D’autre part, le sanctuaire, et en particulier les prêtres qui le dirigeaient, retiraient de la consultation de la Pythie un grand pouvoir politique. Les conseils, suggestions ou avertissements qu’ils distillaient sous couvert d’oracles avaient eu une grande influence sur certains événements cruciaux. Les « prédictions » délivrées durant les guerres médiques, probablement plus que motivées par les larges offrandes athéniennes, orientèrent ainsi les Grecs vers une stratégie navale qui finit par triompher des Perses : une fois leur flotte détruite à Salamine, les envahisseurs s’étaient retrouvés tout au bout d’une fragile ligne de ravitaillement, situation qui finit par entraîner la défaite de leur armée à Platées l’année suivante. Ainsi, celui qui contrôlait le sanctuaire s’assurait d’un avantage politique certain sur ses adversaires.

 

Ces raisons firent qu’il n’était plus raisonnable de laisser le contrôle du temple à la seule cité de Delphes. Cette dernière fut déchargée de cette lourde mais lucrative responsabilité, et le temple fut érigé en sanctuaire panhellénique : il appartiendrait dorénavant en commun à tous les Grecs. Pour l’administrer, une assemblée représentative des principales entités politiques de Grèce propre, l’Amphictyonie Delphique ou Conseil Amphictyonique, fut créé.

 

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Tout en haut du sanctuaire : l'amphithéâtre.

 

Son organisation, qui reflétait celle en usage en Grèce centrale, était tribale. Plus au sud, dans le Péloponnèse, ou dans les îles de la mer Égée, les tribus étaient peu nombreuses et dispersées sur un territoire étendu et très morcelé. Par conséquent, l’unité politique de base y était la cité (polis), le plus souvent limitée à une ville et aux terres arables environnantes. Les plus puissantes – Sparte, Athènes, Thèbes, Argos ou Corinthe, pour ne citer que celles-là – assumaient un rôle de figure de proue, regroupant autour d’elles des alliances dont les cités membres restaient par ailleurs indépendantes. La majorité des colonies grecques fondées sur le pourtour de la mer Égée, de la Méditerranée et de la mer Noire avait repris ce modèle.

 

Dans le centre de la Grèce, les structures politiques étaient différentes. Il y avait davantage de tribus, réparties sur un territoire tout aussi morcelé, mais plus restreint. La tribu (ethnos) y était un facteur d’identification plus important que la cité, si bien que les cités tendaient à s’y associer avec celles de leur tribu plutôt qu’à se comporter de manière indépendante. Plus au nord, les tribus avaient même tendance à se grouper entre elles, formant des confédérations – comme en Thessalie – voire des royaumes (Épire, Macédoine). Ces derniers, d’ailleurs, n’étaient que partiellement hellénisés.

 

Le Conseil Amphictyonique se composait ainsi de douze membres ayant chacun deux voix. On y trouvait :

  • Les Doriens. Leurs voix se partageaient entre la Doride proprement dite, minuscule vallée de Grèce centrale, et Sparte, la puissante cité du Péloponnèse, dont les habitants étaient doriens eux aussi.
  • Les Ioniens. Une de leurs voix allait à Athènes, l’autre aux riches cités ioniennes de l’île d’Eubée.
  • Les Béotiens, parmi lesquels Thèbes était naturellement prépondérante.
  • Les Locriens. La Locride elle-même ne formait pas une entité géographique continue, se divisant en trois régions : la Locride ozolienne, à l’ouest de Delphes, avec la cité d’Amphissa ; la Locride épicnémidienne, sur la rive sud du Golfe Maliaque, où se trouvait le fameux défilé des Thermopyles ; et la Locride opontienne, près de la Béotie, devant son nom à la cité d’Oponte.
  • Les Phocidiens, dont la capitale se situait à Élatée. Le sanctuaire formait une enclave dans leur territoire.
  • Les Maliens. La Malide occupait une position géographique clé, au fond du Golfe Maliaque, avec les importantes cités de Lamia et Héraclée de Trachis.
  • Les Énidiens et les Étéens. Ces deux tribus mineures, établies de part et d’autre de la vallée du Sperchios, à l’ouest de Lamia, se partageaient deux voix.
  • Les Magnésiens, habitant la côte orientale de la Thessalie.
  • Les Dolopiens et les Perrhœbiens, se partageant deux voix. Les premiers vivaient au sud-ouest de la Thessalie, dans les montagnes entourant le lac Xynios. Les seconds étaient plus au nord, aux limites de la Macédoine et de l’Éliméotide. Leur cité principale était Olooson. Les Perrhœbiens, en outre, appartenaient à la Ligue Thessalienne.
  • Les Phthiens. Leur région, la Phthiotide, était située sur la rive nord du Golfe Maliaque. Eux aussi étaient membres de la Ligue Thessalienne, ce qui donnait à cette dernière un poids prépondérant au sein de l’Amphictyonie.
  • Les Thessaliens proprement dits. Ces derniers étant de fidèles alliés de Thèbes, cette dernière n’en contrôlait que plus facilement le Conseil Amphictyonique.
  • Enfin, les gens de Delphes n’en continuant pas moins à abriter le sanctuaire, ils gardaient par conséquent voix au chapitre.

 

Le rôle du Conseil Amphictyonique consistait à administrer le sanctuaire, et surtout à régler les litiges relatifs à celui-ci. Il pouvait notamment imposer des amendes aux cités ou aux tribus contrevenantes. En cas de transgression vraiment grave ou de refus d’obtempérer, il pouvait même déclarer sacrilèges les contrevenants. Concrètement, cela signifiait que ceux qui étaient visés par cette mesure étaient mis au ban du monde grec. Toute cité ou tribu avait le droit et le devoir de leur livrer une guerre sacrée. Cette possibilité donnait au Conseil Amphictyonique un immense pouvoir… que Thèbes ne tarda pas à vouloir utiliser pour se venger de ses ennemis.

 

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Le sacrilège des Phocidiens

 

 

Les bonnes terres arables étaient rares en Grèce centrale, et la Phocide ne faisait pas exception à la règle. Il y en avait pourtant d’assez fertiles autour du sanctuaire panhellénique de Delphes. Celles-ci provenaient notamment de l’ancienne cité de Crissa. Cette dernière avait été détruite au cours d’une précédente guerre sacrée, pour avoir tenté de s’approprier le temple. Sa population avait été entièrement passée au fil de l’épée, et son territoire annexé au sanctuaire.

 

Le problème était qu’à ce titre, les anciennes terres de Crissa étaient devenues elles-mêmes sacrées, et ne pouvaient plus être cultivées par les Phocidiens. Malgré tout, dans une région ingrate où l’essentiel des terres arables étaient concentrées autour d’Élatée, la pression finit par être trop forte pour les habitants des cités plus excentrées. Certains d’entre eux se mirent à cultiver illégalement des terres appartenant au sanctuaire. L’affaire resta secondaire tant que Thèbes fut aux prises avec Sparte, mais une fois leur victoire assurée après Mantinée, les Thébains purent se pencher – avec un intérêt bien compris – sur le problème.

 

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Après le CM, place au TD !

 

Bien qu’ils fussent théoriquement leurs alliés, les Phocidiens avaient refusé de leur envoyer des troupes durant leur affrontement avec les Spartiates. Désireux d’écraser vigoureusement toute velléité de divergence de ce genre, les Thébains se servirent du Conseil Amphictyonique pour se fabriquer une raison valable d’aller guerroyer en Phocide. Les Phocidiens se virent condamnés pour avoir cultivé les terres sacrées du sanctuaire. L’amende qui leur fut infligée était à ce point disproportionnée qu’il était certain que les Phocidiens ne seraient jamais en mesure de la payer. Les Thébains pourraient alors déclarer contre eux une guerre sacrée, ce qui leur éviterait de passer pour des agresseurs. Ils firent également infliger une amende du même ordre à Sparte, leur vieille ennemie, sous un prétexte mineur.

 

Les Phocidiens ne niaient pas leur faute, mais la somme exorbitante qu’ils devaient payer les mettait dos au mur. Lorsqu’ils s’assemblèrent pour décider de la marche à suivre, l’un d’entre eux, Philomélos, proposa la solution la plus radicale qui fût : s’emparer de Delphes par la force, pour s’adjuger la présidence du Conseil Amphictyonique et faire annuler l’amende. Son point de vue finit par prévaloir, et Philomélos fut élu stratège autocrate des Phocidiens. Son projet obtint le soutien financier des Spartiates, qui comptaient sur lui pour annuler aussi leur amende, et la neutralité bienveillante des Athéniens, trop heureux de pouvoir causer des ennuis à Thèbes.

 

Philomélos reçut de Sparte 15 talents, une somme suffisante pour recruter plusieurs milliers d’hoplites mercenaires, puis marcha sur Delphes. La cité, traditionnellement neutre, fut prise sans difficulté. Les Locriens lancèrent depuis Amphissa une contre-attaque qui échoua complètement. Les Phocidiens s’estimant désormais les représentants légitimes de l’Amphictyonie, ils donnèrent à leurs prisonniers le sort réservé aux blasphémateurs, en les précipitant du haut des falaises qui surplombaient le sanctuaire. La guerre sacrée commençait sous le signe de la brutalité la plus extrême. Quelle que fût leur attitude vis-à-vis de la religion, les Grecs ne plaisantaient pas lorsqu’il était question de sacrilège. Jamais.

 

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J'aurais pu vous mettre à la place une image d'un barbu poussant un type dans un puits à coups de pied en hurlant THIS IS SPARTA, mais c'était tellement classique...

 

 

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La guerre sacrée

 

 

Lorsque Philomélos tenta de faire légitimer ses actions par la Pythie elle-même, cette dernière lui répondit par un « fais ce que tu veux ! » méprisant, que le Phocidien présenta habilement comme un authentique oracle – bien que le rituel requis n’ait pas été suivi. S’il ne toucha pas au patrimoine du sanctuaire, Philomélos utilisa les richesses de la cité de Delphes elle-même pour financer de nouveaux recrutements de mercenaires.

 

Dans l’intervalle, le reste de l’Amphictyonie Delphique avait mobilisé ses forces pour libérer le sanctuaire et châtier les Phocidiens. Ces derniers décidèrent de frapper les premiers pour vaincre leurs ennemis un par un. Philomélos conduisit son armée en Locride épicnémidienne, où en prenant le contrôle des Thermopyles, il espérait empêcher les Thessaliens, venus du nord, de faire leur jonction avec les Béotiens de Pamménès, qui arrivaient par l’est. La résistance des cités locriennes et une série d’erreurs l’empêchèrent de mener son plan à exécution. Rattrapé par ses ennemis, Philomélos fut écrasé lors de la bataille de Néon. Préférant la mort à la capture et au châtiment inévitable qui s’ensuivrait, le stratège phocidien, blessé au combat, se jeta du haut d’une barre rocheuse.

 

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Les Thermopyles, aujourd'hui. L'autoroute marque à peu près l'endroit où se trouvait la côte à l'époque classique.

 

Son second, Onomarchos, ramena à Delphes les restes de son armée. Pamménès commit l’erreur de croire que sa victoire à Néon avait été décisive, et que les Phocidiens n’allaient pas tarder à demander la paix. Il ne poussa pas son avantage, et les Amphictyoniques rentrèrent chez eux. Si nombre de Phocidiens étaient effectivement désireux de mettre un terme à la guerre, Onomarchos sut les convaincre de changer d’avis – de gré ou de force. Les mercenaires jouèrent à cet égard un rôle prépondérant. L’immense trésor du sanctuaire de Delphes les attirait comme un aimant, et Onomarchos, bientôt élu pour remplacer Philomélos, y puisa sans vergogne. L’or et l’argent apaisaient les scrupules à servir une cause que la majorité du monde grec tenait pour sacrilège. Beaucoup de ces mercenaires venaient de l’empire athénien ou de l’ouest de la Grèce, où Étoliens, Acarnaniens et Épirotes avaient été tenus à l’écart de la gestion du sanctuaire.

 

L’immense armée réunie par Onomarchos dictait désormais ses choix aux Phocidiens, et son stratège occupait de fait la position de tyran de Phocide. Il se lança dans une série de campagnes victorieuses, en profitant de l’inaction des Thessaliens et des Thébains. Doride et Locride furent occupées, Oponte ne devant qu’à la protection béotienne d’échapper à l’invasion. Les Thébains eux-mêmes furent acculés à la défensive, ne parvenant à faire reculer les Phocidiens qu’à grand peine et sans pouvoir les empêcher de se retourner contre les Thessaliens.

 

Assuré de la passivité momentanée des Thébains sur ses arrières, Onomarchos s’attaqua aux Thessaliens. Ses succès précédents lui assurèrent le concours d’Alexandre de Phères qui, trop heureux de pouvoir secouer le joug thébain, s’allia aux Magnésiens et raviva la guerre civile thessalienne. Pendant que les gens de Phères occupaient la Phthiotide, les Phocidiens conquirent la Malide, puis la plaine du Sperchios, avant de soumettre les Dolopiens. Pris entre deux feux, les Thessaliens acceptèrent de quitter l’alliance thébaine et de laisser Delphes aux mains des Phocidiens. En contrepartie, ces derniers les laissèrent se débrouiller avec les gens de Phères, qui n’en continuèrent pas moins à gagner du terrain, cité après cité.

 

Face à cette situation, les Thessaliens restaient divisés. Les Aleuades de Larissa considéraient que le seul espoir de victoire, à ce stade, résidait dans un soutien extérieur, et que celui-ci ne pouvait venir que de la Macédoine. Les victoires spectaculaires de Philippe, remportées alors que son royaume était aux abois encore quelques années auparavant, prouvaient à leurs yeux qu’il était un chef militaire capable de renverser la situation.

 

http://www.heberger-image.fr'>27152_Ancient_Regions_Central_Greece.jpg

Parce que tout est toujours plus clair avec une carte.

 

Toutefois, ce point de vue ne faisait pas l’unanimité. Les autres cités thessaliennes étaient peu désireuses de voir ces Macédoniens à demi barbares, et dont le passage précédent avait laissé un souvenir mitigé, faire à nouveau irruption sur leurs terres. De plus, les Aleuades perdirent une large part de leur prestige quand leur cité, Larissa, fut conquise par les gens de Phères. Tant et si bien que la Ligue Thessalienne continua à tenir les Macédoniens pour des intrus et des ennemis. Qu’à cela ne tienne : les Aleuades envoyèrent en secret un message à Philippe, demandant son aide. Une fois ses arrières assurés, le roi de Macédoine n’allait pas se faire prier longtemps.

 

 

*****

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J'étais en train de me dire: où qu'elles sont les Thermopyles? et autres "les perses ont eu la politesse d'attaquer à 300 de fronts en rase campagne?" mais je me suis rendu compte que 300 personnes ca doit bien rentrer dans cette espace entre la côte et et la pente. Je suis intoxiqué par 300 et son canyon super pratique xDD

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En fait, les Grecs étaient beaucoup plus nombreux que 300 - au moins 4.000 les deux premiers jours, si on se base sur les estimations les plus basses (celles d'Hérodote). Le troisième, l'arrière-garde restée avec Léonidas devait comprendre 1.500 hommes environ : les 300 Spartiates, mais aussi des périèques (habitants de Laconie mais n'ayant pas le statut de citoyen) et peut-être des hilotes (sorte de serfs pour les Spartiates). Les gens de Thespies et de Thèbes sont également restés. La défense était boostée par un mur construit par les Phocidiens.

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Vu le culte du prestige qu'entretenaient les grecs, le poids des périèques et des hilotes (des fois ils ne sont même pas comptés dans les combats, on te dit qu'il y a mille spartiates "et leurs hilotes" ce qui peut quadrupler l'armée mais bon) ca n'a rien d'étonnant^^

 

De nos jours, à Pôle Emploi:

"Bonjour monsieur quel est donc votre nationalité?"

"Spartiate!"

"Et spartiate, quel est votre métier?"

"Ahou! Ahou!"

"Ah, mon logiciel ne reconnaît pas, vous pourriez épeler?"

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