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Eginhard 38

À la pointe des sAARisses, ou la gloire des AARgéades

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Bataille de Lamia

 

 

Vers la fin du printemps, les deux pièges destinés à attirer Onomarchos furent déployés : les Macédoniens atteignirent Makra Komé, aux confins de la Dolopie et de l’Énianide, et les Thessaliens se postèrent sur les pentes du mont Othrys. Ce plan fut un échec. Philippe avait compté sur la coopération d’Onomarchos, mais celui-ci était trop malin pour accepter de combattre selon des règles qui n’étaient pas les siennes. Ses troupes restèrent tranquillement à Lamia, le seul acte d’Onomarchos étant d’y amener les 4.000 hommes gardant les Thermopyles – qui ne seraient de toute manière pas menacées tant que Lamia resteraient entre des mains phocidiennes.

 

Peithon tenta bien de provoquer le général phocidien en se rapprochant de Lamia et en multipliant les feintes avec sa cavalerie, rien n’y fit. Bientôt, les Thessaliens, se retrouvèrent à court de nourriture sur les terres ingrates qui s’étendaient entre la Malide et la Phthiotide. Peithon dut ramener l’armée à Pharsale sans avoir livré bataille, laissant les Macédoniens seuls contre Onomarchos.

 

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Peithon : OWNED.

 

Philippe n’avait pas eu davantage de succès dans la haute vallée du Sperchios, les Phocidiens n’ayant pas réagi à la prise de Makra Komé. Au moment où le roi de Macédoine décida de provoquer lui aussi son adversaire, les Thessaliens s’étaient déjà retirés. Pour ne rien arranger, Onomarchos continuait à recevoir des renforts : 2.500 hommes d’Héraclée de Trachis, puis 2.000 autres prélevés sur les défenses de Locride ozolienne.

 

Le problème majeur du stratège phocidien était la logistique. Disposant maintenant de plus de 16.000 hommes, il ne pouvait guère les éloigner de Lamia sans risquer la famine, car la région était peu prodigue en grain. Il savait néanmoins que Philippe avait le même souci, mais que le souverain macédonien était pour sa part loin de ses bases, ce qui ne rendait que plus cruciale la question du ravitaillement pour son armée. Onomarchos chercha donc à gagner du temps, ce qu’il fit à merveille par une attaque feinte qui obligea les Macédoniens à se mettre sur la défensive.

 

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La feinte d'Onomarchos. Philippe : OWNED.

 

Lorsque l’armée macédonienne se présenta devant Lamia, ses réserves de nourriture étaient basses. Philippe était pris au piège : persuadé qu’Onomarchos lui offrirait une bataille décisive selon ses termes, il n’avait pas pris suffisamment de précautions logistiques. Les troupeaux – du moins ce qu’il en restait depuis l’année précédente – étaient restés à Pharsale. Le roi de Macédoine n’avait tenu compte ni de la pauvreté du sol dans cette région, ni des talents militaires d’Onomarchos.

 

Ce dernier avait maintenant son ennemi à portée d’action. C’est seulement alors qu’il déclencha son attaque. Limité par l’exiguïté du terrain, Philippe avait déployé son armée en deux lignes, un dispositif en profondeur qui rendait pratiquement impossible toute manœuvre de sa cavalerie. Le principal avantage des Macédoniens sur les hoplites phocidiens s’en trouvait annulé. Onomarchos allait pouvoir se battre sur un terrain qu’il avait choisi : stratégiquement, Philippe était battu sur toute la ligne avant même que le combat ne commence.

 

La première ligne macédonienne était constituée des Hypaspistes, à gauche, et de la phalange d’Éordéa à droite, les phalanges d’Aigéai et d’Éliméa se trouvant respectivement derrière. Dans le choc frontal auquel se réduisit la bataille, la force brute des hoplites phocidiens causa beaucoup de difficultés aux Macédoniens, même s’ils avaient l’avantage d’être soutenus par des peltastes dont les Phocidiens n’avaient pas l’équivalent.

 

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"Hahahahahaha ! Je vous ownz tous !" (Onomarchos).

 

Les attaques successives des Phocidiens firent reculer leurs ennemis, l’aile gauche macédonienne étant particulièrement visée. Les Hypaspistes perdirent plus d’un millier des leurs et durent être secourus par la phalange d’Aigéai. L’arrivée de 4.000 hoplites frais en provenance de Locris, en menaçant cette fois l’aile droite déjà fatiguée de Philippe, emporta la décision. Plutôt que de risquer une déroute avec son armée presque à court de vivres, le roi décida de battre en retraite.

 

Celle-ci s’effectua en bon ordre jusqu’en Dolopie. Onomarchos ne le poursuivit pas, car lui aussi manquait de vivres – l’arrivée des renforts de Locride avait rétabli in extremis les communications avec Lamia, alors que la cité était au bord de la disette. De surcroît, son armée avait terriblement souffert en dépit d’une bravoure hors du commun. Certaines de ses unités avaient été presque entièrement détruites. Dans les jours qui suivirent, Onomarchos fit renvoyer chez eux plus de 4.000 blessés.

 

Il n’en restait pas moins que la bataille de Lamia eut un profond retentissement : pour la première fois, Philippe II de Macédoine, la puissance montante du monde grec, avait été vaincu sur le champ de bataille. La mine sombre, désormais enlaidie par son œil mutilé, le roi allait passer les semaines suivantes à méditer sur son échec dans son quartier général d’Ortha… et à trouver le moyen de l’effacer.

 

 

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La Macédoine plongée dans la guerre sacrée

 

 

La défaite du tyran de Phères et la reconquête de la Piérie par les Macédoniens avaient grandement alarmé les alliés des Phocidiens, Chalcidiens et Athéniens en tête. Les premiers étaient longtemps restés sans agir, mais le redéploiement de la phalange d’Émathia de Pella à Aigéai, autant que le départ de l’armée macédonienne pour la Malide, les poussèrent à se montrer plus entreprenants.

Dès le printemps, une force de près d’un millier de cavaliers chalcidiens s’approcha de l’Axios dans l’optique de dévaster les fermes de Macédoine centrale. Cratère était trop loin pour intervenir efficacement, si bien que la défense des berges du fleuve reposa sur la seule milice de Pella – près de 3.000 hommes, mais équipés à la légère et manquant cruellement d’expérience.

 

Les miliciens parvinrent à bloquer les gués sur l’Axios, que les Chalcidiens tentèrent de forcer. Incapables de se déployer, leurs cavaliers ne purent parvenir à leurs fins, mais ils n’en infligèrent pas moins de lourdes pertes aux défenseurs – vite comblées cependant, Pella étant en pleine expansion démographique grâce à la politique urbaine de Philippe. À la nouvelle de l’incursion, Cratère jugea plus prudent de renvoyer à Pella la cavalerie légère d’Édomène et une partie de ses peltastes.

 

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Les cavaliers chalcidiens tentent de franchir l'Axios.

 

Sa décision fut avisée, car le printemps n’était pas encore achevé que les Chalcidiens tentèrent à nouveau leur chance avec 1.000 peltastes et 600 cavaliers. Cette fois, les défenseurs laissèrent l’ennemi franchir l’Axios… pour mieux lui tendre un piège. Alors que la milice de Pella recevait le choc de l’avant-garde montée ennemie avec le soutien des peltastes, la cavalerie macédonienne crocheta par la droite et s’abattit sur le flanc de l’armée ennemie encore incomplètement déployée. Pris au dépourvu, les Chalcidiens ne tardèrent pas à s’enfuir.

 

Au cours de l’été, les Athéniens prirent le relais depuis leur base de Potidée, située en Chalcidique. Cette ancienne colonie corinthienne, qui avait échappé à sa métropole, était l’objet de disputes sans fin entre Athènes et la Ligue Chalcidique, la première l’ayant conquise sur la seconde quelques années plus tôt. Il n’était toutefois plus question de guerre entre les deux factions, la chute de Pydna et Méthone ayant convaincu les uns comme les autres du danger que représentait Philippe. Un danger qui menacerait tôt ou tard les territoires de Macédoine orientale qu’occupaient les Chalcidiens.

 

L’étoile montante de la politique athénienne, Démosthène, avait convaincu ses concitoyens de la nécessité de s’allier aux Chalcidiens pour affronter la menace macédonienne. Ce jeune homme, qui n’avait que quelques années de moins que Philippe, allait devenir peu à peu son ennemi le plus acharné. Démosthène exerçait la profession d’avocat, ce qui lui permettait de faire étalage de son incroyable éloquence. On racontait partout à Athènes qu’il passait des heures à entraîner sa diction, pour fortifier sa voix et corriger un défaut d’élocution qu’il traînait depuis l’enfance.

 

Traversant le golfe Thermaïque, les trières de Potidée accostèrent entre Dion et Pydna. 1.200 cavaliers en débarquèrent. Leur apparition força les cités macédoniennes de la côte à mobiliser à la hâte leur milice. Toutefois, Cratère avait anticipé autant que possible l’arrivée de l’ennemi, si bien que la phalange d’Émathia n’était pas très loin. Surpris par sa réaction, les Athéniens n’eurent guère le temps de causer du tort aux cultures ou aux voies de communication. Attaqués et battus, ils rembarquèrent précipitamment sur leurs navires et rentrèrent à Potidée.

 

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Après la défaite de leurs troupes, les trières athéniennes s'éloignent de Pydna et retournent à Potidée.

 

 

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Les Athéniens sollicitèrent aussi leurs alliées eubéens. Dès le retour des beaux jours, une dizaine de trières de la cité d’Oréos, à l’extrémité nord de l’île d’Eubée, commencèrent à harceler les communications maritimes fraîchement établies entre Pydna et Pagases, à l’entrée du Golfe Pagassitique. Elles s’en prirent ensuite au port de Phthia, qu’elles soumirent à un blocus.

 

Au début de l’été, une flotte de 20 trières appartenant à la Confédération Béotienne fut repérée à proximité du cap Artémision, là où la flotte des Perses avait été tenue en échec plus d’un siècle auparavant. Les Béotiens n’étaient pas de grands marins, la cité d’Anthédon, sur le golfe Euboïque, étant leur principal port. Ils n’y maintenaient pas moins une petite flotte.

 

Pendant quelques jours, les Thessaliens déployés en Phthiotide crurent que les navires béotiens étaient venus lever le blocus de Phthia. Lorsque les trières passèrent au large sans attaquer les trières eubéennes, pénétrant dans le Golfe Pagassitique, la déception fut grande. Elle céda vite sa place à l’inquiétude : de toute évidence, les Béotiens venaient là pour mener un raid amphibie. La brigade d’Olooson quitta Phthia pour Halos, les garnisons thessaliennes de la région furent mises en alerte, et des renforts furent réclamés d’urgence à Peithon.

 

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La flotte béotienne entre dans le Golfe Pagassitique.

 

 

La flotte béotienne accosta finalement à proximité d’Halos, débarquant 900 cavaliers et 500 peltastes qui commencèrent aussitôt à incendier les champs en pleine maturation. Fort heureusement, les dégâts furent limités : bientôt assaillis par 3.000 fantassins perrhèbes rejoints par 1.000 cavaliers thessaliens, les Béotiens furent enfoncés et refluèrent en désordre jusqu’à leurs bateaux. Ceux-ci ne purent pas tous appareiller à temps, et les trois quarts d’entre eux furent incendiés sur le rivage.

 

Malgré son échec, le raid contre Halos estomaqua Philippe, ajoutant encore à sa mauvaise humeur après la défaite de Lamia. Sa signification réelle, sur le plan géopolitique, lui échappait : les Béotiens étaient, comme lui, en guerre contre les Phocidiens. « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis », prétend la sagesse populaire : l’attaque béotienne n’avait donc aucun sens, a priori. Avaient-ils voulu châtier les Phthiens d’avoir accepté un peu trop facilement la domination du tyran de Phères ? Ils n’ignoraient pourtant pas que la région était occupée par les Thessaliens. Même chose s’ils avaient voulu faire payer aux Thessaliens le fait d’avoir précédemment abandonné leur alliance – on savait les Béotiens rancuniers en la matière. Philippe était à présent archonte de la Ligue Thessalienne, et s’attaquer à la Thessalie revenait à s’attaquer à la Macédoine.

 

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La bataille contre la tête de pont béotienne.

 

 

D’autres facteurs, toutefois, expliquaient cette soudaine tension. Philippe avait perdu peu de temps auparavant celui qui aurait pu être son dernier soutien à Thèbes. Pamménès, car c’est de lui dont il était question, avait été envoyé par la Confédération Béotienne en Phrygie, à la tête d’une armée de 5.000 hommes. Contre une forte somme d’argent, dont ils avaient besoin pour financer leur guerre contre les Phocidiens, les Béotiens avaient accepté de venir en aide à Artabaze, le satrape local.

 

Le toujours puissant Empire perse était divisé en provinces appelées satrapies, les satrapes en étant les gouverneurs. Celles d’Asie mineure, les plus proches de la mer Égée et du monde grec (elles comptaient d’ailleurs nombre de cités grecques soumises par les Perses), présentaient la double particularité d’être extrêmement riches et très éloignées de la capitale impériale, Persépolis. De ce fait, leurs satrapes y étaient pratiquement autonomes, et très tentés de garder pouvoir et richesse pour eux seuls.

 

Artabaze n’y faisait pas exception. Il était devenu satrape de Phrygie après avoir, ironie du sort, contribué à mater la rébellion de son frère et prédécesseur. Au bout de quelques années seulement, Artabaze céda à son tour à la tentation et cessa d’obéir aux ordres du Grand Roi. Afin de repousser l’armée qui allait inévitablement tenter de le soumettre, Artabaze demanda l’aide des Thébains. Le contingent de Pamménès contribua grandement aux deux victoires qu’il remporta, assurant pour un temps son indépendance. Mais comme tous les comploteurs, Artabaze était lui-même convaincu que le monde entier conspirait contre lui. Pamménès n’échappait pas à cette suspicion : craignant qu’il ne cherche à le renverser, Artabaze le fit mettre à mort.

 

Avec lui, Thèbes perdait le dernier artisan de ses triomphes passés, mais également le dernier béotarque encore à même de faire le lien avec Philippe II de Macédoine. Pamménès disparu, la méfiance vis-à-vis du roi de Macédoine s’installa. Bien plus qu’un allié, il était désormais une menace. Il en allait de même de ces Macédoniens, ces semi-barbares dont on racontait qu’ils n’étaient considérés comme adultes qu’après avoir tué un sanglier, et qui buvaient leur vin pur – au mépris de tous les usages des Grecs civilisés, qui coupaient le leur avec de l’eau, ne serait-ce que parce qu’il était épais et très alcoolisé.

 

 

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La bataille de Makra Komé

 

 

Pendant que la Macédoine faisait face à ces attaques, Philippe repensait sa stratégie pour vaincre Onomarchos. Le roi comprit que pour prendre Lamia, il lui serait nécessaire de l’isoler pour l’empêcher de recevoir des renforts. Dans cette optique, une approche par l’ouest, comme celle qu’il avait tentée au printemps, était exclue. Il lui faudrait donc arriver soit par l’est, comme l’avait tenté les Thessaliens, soit par le nord. C’est cette dernière solution, encore inexploitée, qu’il choisit.

 

La difficulté d’une telle manœuvre était double. D’une part, le terrain ne lui laissait pas beaucoup de marge : il faudrait faire passer son armée entre Lamia et le golfe Maliaque, ce qui l’obligerait à exposer son flanc droit à son ennemi. D’autre part, il devrait diviser son armée, une partie devant bloquer l’arrivée de renforts en provenance d’Héraclée de Trachis ou de Locride épicnémidienne, l’autre devant assiéger Lamia. Philippe ne faisant guère confiance aux Thessaliens pour l’une ou l’autre de ces tâches, toutes deux devraient reposer sur la seule armée macédonienne.

 

Une fois ce plan acté, un changement de base d’opérations devenait nécessaire. Campée autour de Pharsale devrait s’installer à Ortha, les Macédoniens devant en retour effectuer le trajet inverse. Philippe n’entendant pas confier de rôle spécifique à l’armée thessalienne durant cette nouvelle offensive, celle-ci resterait en Dolopie comme une « réserve stratégique » disponible au cas où les choses tourneraient mal.

 

À peine les Thessaliens avaient-ils mis le camp autour de leur nouvelle base qu’une force de 4.000 hoplites et 300 cavaliers phocidiens fut détectée en train de marcher sur Makra Komé, avant-poste d’Énianide resté sous contrôle macédonien après la bataille de Lamia. Avec 9.000 fantassins sous ses ordres et les cavaliers de Pharcadon sur le point de revenir d’Halos, Peithon estima qu’il pouvait raisonnablement espérer l’emporter. Face à une telle occasion d’affaiblir l’armée d’Onomarchos, il n’hésita pas longtemps.

 

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Déployés en colonne, les Amphictyoniques s'engouffrent dans la brèche, tandis que la cavalerie thessalienne enveloppe la droite phocidienne.

 

Les Phocidiens ne détectèrent les Thessaliens qu’au dernier moment, alors que ceux-ci étaient déjà déployés en ordre de bataille et prêts à s’abattre sur leur flanc. La brigade de Larissa tenait la droite, celle de Tricca la gauche, Peithon demeurant en réserve avec les Amphictyoniques – les cavaliers n’étaient pas encore là. La cavalerie phocidienne se sacrifia pour permettre au reste de l’armée de se mettre en ligne. Avec succès : les gens de Larissa se retrouvèrent bientôt aux prises avec les redoutables hoplites ennemis.

 

L’affrontement demeura indécis malgré l’infériorité numérique des Phocidiens. Ces derniers, toutefois, pâtirent à nouveau de l’absence de peltastes dans leurs rangs. Qui plus est, leur déploiement hâtif avait laissé un décalage entre leurs deux ailes, dans lequel s’engouffra la brigade de Tricca. La brèche ainsi ouverte était cependant trop étroite pour qu’une ligne d’infanterie classique puisse s’y engouffrer, mais Peithon n’était pas à court de d’idées. Il fit redéployer ses Amphictyoniques en colonne pour qu’ils attaquent l’aile gauche adverse.

 

Prise entre deux feux, celle-ci s’écroula. Parallèlement, les gens de Tricca étaient toujours aux prises avec la droite phocidienne, mais cela ne dura pas : les cavaliers thessaliens firent irruption sur le champ de bataille et purent se positionner idéalement pour la flanquer. Réalisant subitement que leur retraite était coupée, les Phocidiens tentèrent de s’enfuir, mais la nasse s’était déjà refermée sur eux.

 

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Le piège se referme : la cavalerie thessalienne s'abat sur le flanc des Phocidiens, dont la retraite est coupée.

 

La bataille de Makra Komé s’acheva sur ce triomphe thessalien. Même s’il avait laissé près de 1.500 hommes dans l’affaire, Peithon avait fait plus de 1.000 prisonniers, sérieusement affaibli les Phocidiens et redoré le blason de la Thessalie et de la Macédoine après leurs échecs du printemps. Son succès, obtenu avec des troupes uniquement thessaliennes, en était même embarrassant pour Philippe, dont l’armée macédonienne n’avait toujours pas effacé le goût amer de la défaite de Lamia.

 

L’avantage stratégique obtenu compensait largement cette blessure d’amour-propre. Onomarchos avait commis une terrible erreur, en divisant son armée face à un ennemi plus nombreux pour attaquer un objectif sans intérêt stratégique majeur. Un raid de la cavalerie thessalienne apprit à Philippe que le stratège phocidien restait à Lamia avec tout juste 4.000 hommes. Le roi de Macédoine n’attendit pas : dès qu’il fut informé, son armée quitta Pharsale en direction du sud.

 

 

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La bataille du Champ des Crocus

 

 

Juste avant de franchir la passe qui permettait d’accéder à Lamia, Philippe laissa ses instructions à l’armée. Précédé par les éclaireurs montés, dont la mission consistait à déterminer la force de l’ennemi au niveau des Thermopyles, Antipater devait bloquer la route d’Héraclée de Trachis avec ses Hypaspistes. Parallèlement, Parménion devrait mettre le siège devant Lamia avec le reste de l’armée, prenant ainsi Onomarchos et ses troupes au piège. Satisfait, Philippe emmena alors les Compagnons vers l’ouest, au grand étonnement de tous.

 

Des rumeurs désagréables commencèrent à courir dans les rangs macédoniens. Que signifiait l’apparente désertion du roi à quelques jours d’une bataille décisive ? Parmi la troupe, les plus mécontents se hasardaient à prétendre que Philippe commençait à craindre Onomarchos. D’autres, se refusant à le croire, préféraient supposer que le souverain s’était lancé dans quelque subtile manœuvre stratégique.

 

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L'armée macédonienne commence à investir Lamia pendant que Philippe part vers l'ouest.

 

Hormis une brève escarmouche qui coûta une centaine d’hommes à la phalange d’Éliméa, l’avancée des Macédoniens ne fut pas contestée. Parménion établit un dispositif bien pensé qui lui permit de couvrir le flanc droit de l’armée à mesure de sa progression, jusqu’à ce que le siège de Lamia soit effectivement établi. Toutefois, il n’y parvint pas avant qu’Onomarchos ait reçu des renforts : 2.000 hoplites supplémentaires et 1.000 peltastes phocidiens. Lorsqu’Antipater poursuivit sa route pour accomplir la mission que lui avait confiée Philippe, Parménion resta avec 12.000 Macédoniens face à 7.000 soldats ennemis.

 

Antipater et ses hommes ne furent pas attaqués. Les combats précédents avaient laissé des traces dans le camp phocidien, qui ne disposait pratiquement d’aucune autre réserve à portée de Lamia. Onomarchos le savait parfaitement, et n’eut plus d’autre choix que d’attaquer. Son plan était le meilleur possible en pareilles circonstances : enfoncer la gauche macédonienne pour marcher vers le sud et tomber sur les arrières des Hypaspistes. Pour y parer, Parménion avait choisi un déploiement classique de son armée, avec Attale à gauche, lui au centre et Antigone à droite.

 

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Le déploiement des Macédoniens et le plan de bataille d'Onomarchos. Les peltastes couvrent les flancs de l'armée phocidienne.

 

La plaine située entre Lamia et Héraclée de Trachis, relativement vaste pour les standards de la Grèce centrale, portait le surnom de « Champ des Crocus » en raison de l’abondance de ces fleurs dans cette région. Un tiers des espèces de crocus fleurissent à la fin de l’été et effectivement, le terrain sur lequel allaient s’affronter les deux armées en était constellé. La bataille en garderait le nom.

 

L’attaque exécutée par Onomarchos fut menée à la perfection. Une diversion frappa la phalange d’Aigéai au centre, empêchant Parménion de venir en aide à son aile gauche – contre laquelle les Phocidiens lancèrent tout le reste de leur armée. Mais malgré leurs efforts, les hoplites d’Onomarchos ne parvenaient pas à obtenir la percée tant recherchée. Au sein de la phalange d’Éliméa, les survivants de la bataille de Krannon se mêlaient aux vétérans des campagnes de Thessalie et de Piérie, formant une redoutable unité d’élite.

 

Attale était en train d’affronter les Phocidiens au milieu de l’herbe jaunie et des crocus en fleurs lorsqu’il aperçut, s’élevant par-dessus la compacte phalange ennemie, des volutes de poussière. Plus de 2.000 cavaliers étaient en train de s’abattre sur les arrières d’Onomarchos. C’était là l’explication du départ de Philippe, quelques jours plus tôt. Le roi avait emmené les Compagnons faire un crochet par Ortha, où il avait récupéré la cavalerie thessalienne, et s’était ensuite dirigé vers la plaine du Sperchios. De là, il pensait pouvoir arriver à temps pour la bataille décisive.

 

Ce fut le cas. Libre de manœuvrer à sa guise, la cavalerie alliée dispersa aisément les troupes légères qui tentèrent de lui faire face. Les Thessaliens ne furent même pas engagés – Philippe tenait à ce que la victoire qu’il allait remporter soit purement macédonienne. Une fois ceci fait, rien n’empêcha plus les Compagnons de prendre les Phocidiens à revers. Pris dans un étau, les hoplites ennemis furent massacrés. Beaucoup furent faits prisonniers.

 

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Onomarchos : OWNED !!!

 

Onomarchos lui-même périt dans l’engagement. Lorsque son cadavre fut retrouvé, Philippe lui fit infliger post mortem le châtiment qu’on réservait d’ordinaire aux esclaves et aux barbares : la crucifixion. Après que les Macédoniens eussent occupé Lamia, les mercenaires capturés sur le Champ des Crocus furent regroupés avec ceux pris à Makra Komé, et les 3.000 prisonniers furent emmenés vers l’est et les falaises de la côte nord du golfe Maliaque.

 

En acceptant l’argent du sanctuaire de Delphes pour porter les armes, ils avaient eux aussi commis un sacrilège, car cet argent n’appartenait qu’à Apollon. Ils furent impitoyablement mis à mort : précipités dans la mer, leurs âmes ne trouveraient jamais le repos puisque les rites funéraires n’avaient pas été observés. Quant à l’âme d’Onomarchos, elle était assurée d’être torturée pour l’éternité dans la fournaise aride du Tartare – la partie de l’Hadès, l’au-delà grec, qui était réservée aux individus les plus ignobles.

 

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Affiche de propagande phocidienne réalisée peu après la bataille du Champ des Crocus.

 

 

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Chers lecteurs,

 

Maintenant qu'Onomarchos est OWNED et que Philippe est tout proche du sanctuaire de Delphes, cet AAR va marquer une pause dans les semaines à venir, le temps pour son auteur de faire avancer d'autres projets. Je vous remercie pour votre intérêt pour cet AAR de pleutre et vous dit à très vite ! D'ici-là, faites attention où vous marchez, en particulier à proximité de falaises ou de puits et en présence de Grecs.

 

 

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Sérieusement, les Grecs devaient avoir un sérieux problème avec le fait de jeter les gens dans le vide.

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Troisième année de la cent-sixième Olympiade

 

Après la chute de Lamia, la première préoccupation de Philippe fut de s’emparer des Thermopyles avant que les Phocidiens ne puissent rameuter des renforts et bloquer le stratégique défilé. Il envoya les éclaireurs montés s’acquitter de cette mission à bride abattue. Les cavaliers d’Antigène purent atteindre sans mal le Mur des Phocidiens, un élément de fortification construit à l’époque de l’invasion perse, plus d’un siècle auparavant, et qu’Onomarchos avait fait remettre en état. 500 peltastes tentèrent d’en reprendre le contrôle quelques jours plus tard, mais les éclaireurs montés les repoussèrent.

 

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Le combat des éclaireurs montés macédoniens devant les Thermopyles.


Parallèlement, Philippe ordonna à Antipater de s’emparer d’Héraclée de Trachis, tandis que la phalange d’Éliméa devait occuper et consolider le Mur des Phocidiens. À peine les Hypaspistes avaient-ils entamé leur marche qu’ils tombèrent nez à nez avec une petite force ennemie venue d’Élatée : 2.000 hoplites et 300 cavaliers venus renforcer Héraclée de Trachis, que la défaite d’Onomarchos avait laissée vide de troupes. Après un rude combat qui leur coûta 300 hommes, les Hypaspistes prévalurent et s’emparèrent de la cité.

 

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"Viendez vous battre, les Phocidiens !" (Antipater)


La Malide était à présent délivrée entièrement, mais la route était encore longue jusqu’à Delphes, et l’hiver approchait à grands pas. Il était peu probable que son armée soit en mesure de libérer le sanctuaire d’ici-là, aussi Philippe se contenta-t-il de préparer les jalons de sa future offensive de printemps. En premier lieu, il envoya les éclaireurs montés dans un raid au long cours comme ils n’en avaient pas accompli depuis longtemps – précisément depuis l’époque où, six ans auparavant, Cléitus le Noir les avait menés en Haute-Macédoine occupée par les Illyriens.


Antigène et ses hommes traversèrent toute la Locride épicnémidienne sans être inquiétés, les garnisons phocidiennes y étant minimales. Arrivés aux portes de la Locride opontienne, en revanche, les éclaireurs montés furent sujets à une vive réaction de la part des Locriens et se dépêchèrent de passer en Phocide. Dans la mesure où Oponte était sous la protection de la Confédération Béotienne, son attitude confirma ses craintes à Philippe : de toute évidence, les Macédoniens n’étaient pas les bienvenus en Grèce centrale, fût-ce sous la bannière de l’Amphictyonie Delphique.


La suite du raid apprit à Philippe que l’armée phocidienne était en train de se concentrer à proximité de Delphes, vraisemblablement à Amphissa, pour contrer une offensive directe des Macédoniens. Le reste de la Phocide était globalement peu défendu, mais le roi ne chercha pas à l’envahir, étant peu désireux de donner aux Thébains un prétexte pour l’attaquer.


En vue de sa future attaque contre Amphissa, Philippe avait besoin de contrôler la Doride, qui en commandait l’accès le plus direct par le nord. À cette fin, il envoya la phalange d’Éordéa. Les hommes d’Antigone prirent facilement le contrôle de la petite vallée, et se retranchèrent dans la principale citadelle dorienne, Boïon. Peu après, 2.000 hoplites ennemis tentèrent d’en reprendre le contrôle. À cette occasion, Antigone expérimenta pour sa phalange une nouvelle formation, spécifiquement conçue pour tenir un front étroit. Sa manœuvre fut couronnée de succès, et les Macédoniens repoussèrent aisément leurs adversaires en leur causant des pertes sévères.

 

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La première bataille de Boïon.


Les opérations s’achevèrent avec l’occupation de Pyra par les Hypaspistes. Située sur les contreforts méridionaux du mont Œta, où la mythologie plaçait traditionnellement la mort d’Héraclès, Pyra commandait l’accès à la vallée du fleuve Daphnos – une région traditionnellement située en Étolie, mais régulièrement disputée entre les Étoliens et les Locriens, et que les Phocidiens avaient occupée à leur tour. Hormis quelques accrochages en Locride épicnémidienne entre éclaireurs montés macédoniens et peltastes phocidiens, les opérations cessèrent.


Les armées macédonienne et thessalienne prirent alors leurs quartiers d’hiver. Ne craignant pas d’offensive ennemie, et jouissant de voies de communication courtes autant que d’un terrain favorable à la défense, Philippe dispersa son armée de manière à couvrir ses flancs et ses arrières tout en limitant le fardeau qu’elle représentait pour les ressources limitées de la région. Les Hypaspistes hivernèrent ainsi à Pyra, la phalange d’Éordéa à Boïon, et celle d’Éliméa aux Thermopyles, avec les éclaireurs montés. Philippe et les Compagnons passèrent l’hiver à Héraclée de Trachis, la phalange d’Aigéai campant pour sa part à quelques stades à l’est de la cité. Quant aux Thessaliens, ils se concentrèrent autour de Lamia, hormis la cavalerie qui demeura en Dolopie.

 

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Parce que rien ne remplace une bonne carte, saison 2.


C’est alors que les Phocidiens tentèrent de surprendre leurs adversaires, par une nouvelle attaque contre Boïon. Antigone, toutefois, était resté vigilant et ne se laissa pas prendre au piège. Le général macédonien opposa aux assaillants une résistance certes quelque peu désorganisée, mais néanmoins efficace, et l’attaque fut repoussée. D’autres renforts parvinrent peu après à Amphissa, mais ils restèrent dans la cité. En tout, les Phocidiens disposaient d’environ 5.000 hoplites et 1.200 cavaliers.

 

 

*****

 


L’hiver venu, des troupeaux bien fournis descendirent des montagnes – au soulagement de Philippe, qui craignait que le bétail vint à manquer pour ses futures campagnes. Comme chaque année, ils suscitèrent des convoitises, mais moins qu’à l’accoutumée. Une fois n’est pas coutume, les Épirotes restèrent sur la défensive. Ce ne fut pas le cas des Illyriens, un raid mineur étant repoussé près de Bryga par les peltastes de Lychnide.


Un autre, plus conséquent, fut déjoué par les manœuvres de la cavalerie légère d’Héraclée Lyncestis, qu’Oreste envoya harceler avec succès les arrières des 2.000 hoplites ennemis. Ces derniers firent demi-tour, tandis que les cavaliers macédoniens, continuant sur leur lancée, menèrent une reconnaissance en profondeur dans le territoire des Taulantins. Ils n’y causèrent que peu de dégâts, mais la manière dont ils s’échappèrent en toute impunité produisit une impression durable.


Depuis sa base de Palémon, Cléitus le Noir s’en inspira pour ordonner aux cavaliers de Pélagonia de mener un raid au long cours similaire. C’est à cette occasion qu’il fut averti de l’arrivée d’une armée dardanienne de 5.000 hoplites. Le général macédonien en fut fort surpris : hormis une action audacieuse de quelques peltastes contre le camp de la phalange d’Édessa, les Dardaniens n’avaient rien entrepris depuis plus d’un an. Il fut très étonné qu’ils fussent en mesure de lancer une attaque après la destruction de leurs champs, mais n’en appela pas moins en renforts la phalange de Pydna, jusque-là restée inactive à Bylazora.

 

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La cavalerie légère macédonienne détecte l'avance dardanienne.


Fort des renseignements transmis par ses cavaliers, Cléitus le Noir surprit le gros de l’armée ennemie en attaquant le premier, et l’écrasa. Polyperchon et les fantassins de Pydna arrivèrent juste à temps pour prendre le relais de la phalange d’Édessa et défaire l’arrière-garde ennemie, largement dépassée en nombre. Après la bataille, Cléitus le Noir décida de poursuivre sa politique de rotation des unités placées sous son commandement, et laissa donc la phalange de Pydna à Palémon pendant qu’il ramenait celle d’Édessa à Bylazora.

 

*****
 

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Concernant la bataille de Boïon, tu insistes sur le fait que tu as utilisé une formation en colonne. C'est vraiment plus efficace? Perso, j'ai l'habitude de voir de lourdes pertes chez une phalange lorsqu'elle est en duel contre un hoplite sans soutien particulier (genre peltaste ou cavalerie)... Ok, je vaincs les hoplites, mais en perdant les 2/3 des hommes. C'est moins quand tu mets en colonne?

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Bah j'ai essayé comme ça, et ça a marché. C'était surtout parce que j'avais envie d'utiliser d'autres formations que la ligne, histoire de rendre l'AAR moins monotone. Je pense que ça ne fait pas de réelle différence dans un défilé montagneux, où une phalange ne peu pas, de toute manière, se déployer normalement en ligne. Je ne me hasarderais pas à faire ça en plaine, par contre : je pense que la phalange se ferait envelopper et détruire. Par contre, j'ai eu il y a peu une petite idée que j'aimerais bien tester, à base de formation en colonne. Une sorte de revival de l'ordre oblique d'Épaminondas...

Modifié par Eginhard 38

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Victoire sacrée

 

Dès le retour du printemps, Philippe se disposa à donner le coup de grâce aux Phocidiens en libérant Delphes et les Locrides. À présent que la principale armée phocidienne était détruite, il pouvait se permettre de disperser ses forces, d’autant qu’une telle stratégie serait plus adaptée au terrain accidenté et aux maigres ressources offertes par la Grèce centrale.

 

Antigone devrait former l’avant-garde, en menant directement la phalange d’Éordéa vers le sud depuis la Doride. Il ne s’agissait toutefois que d’une feinte destinée à attirer l’ennemi dans une bataille frontale en haut de la vallée du fleuve Hylaithos, qui séparait Delphes, à l’est, d’Amphissa, à l’ouest. Pendant ce temps, Philippe fournirait l’effort principal par la vallée du Daphnos, qui offrait une approche plus aisée d’Amphissa par l’ouest. Le roi de Macédoine n’emmènerait avec lui que des unités d’élite : Compagnons, Hypaspistes et Amphictyoniques – ces derniers lui étant indispensables pour justifier symboliquement son entrée à Delphes. En tout, ce furent environ 5.000 Macédoniens et 3.000 Thessaliens qui entrèrent en Locride ozolienne après avoir occupé l’avant-poste de Korax.

 

Parménion et la phalange d’Aigéai ne devaient jouer dans l’entreprise qu’un rôle purement statique, en défendant les lignes de ravitaillement alliées autour d’Héraclée de Trachis contre d’éventuelles entreprises phocidiennes. Il se vit adjoindre les éclaireurs montés. Quant à l’armée thessalienne, elle fut confiée à Attale, puisque Peithon avait été appelé auprès de Philippe avec les Amphictyoniques. Étant renforcée par les 4.000 Macédoniens de la phalange d’Éliméa, elle aurait pour mission de conquérir la Locride épicnémidienne avec 6.000 Thessaliens. Les cavaliers de Pharcadon, pour leur part, ne seraient pas engagés : le terrain leur était trop peu favorable. Ils furent simplement laissés en réserve stratégique à Lamia.

 

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"Tout est vraiment plus clair avec une carte !" (Éginhardès le Radoteur, fils d'Éginhardès le Pinailleur)

 

 

*****

 

Les Thessaliens furent les premiers à combattre. Alors qu’ils étaient à peine engagés dans le défilé des Thermopyles, un millier de peltastes phocidiens leur barrèrent la route. L’avant-garde thessalienne, également formée de peltastes, eut du mal à se déployer convenablement, bien que le défilé fût moins étroit à cet endroit qu’au niveau du Mur des Phocidiens. Attale était resté en arrière, si bien que les Macédoniens ne purent intervenir.

 

La supériorité numérique – deux contre un – des Thessaliens finit par prévaloir : une partie de leurs peltastes chargea l’ennemi pendant que l’autre l’accablait de javelots. La route de la Locride épicnémidienne était à présent ouverte, et les Thessaliens s’en emparèrent sans autre difficulté majeure. Attale commanda plutôt mollement l’opération : ayant rapidement compris que son offensive ne remplirait pas son rôle secondaire, à savoir attirer les troupes phocidiennes loin de Delphes, il se contenta de rester en réserve sur le Mur des Phocidiens, laissant aux Thessaliens la charge d’occuper la région.

 

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La bataille du mont Cnémis : les peltastes macédoniens chargent les Phocidiens tandis que les Thessaliens les soutiennent.

 

 

De son côté, Philippe savait déjà qu’Attale n’avait en réalité aucune chance de faire diversion, et pour cause : l’armée phocidienne semblait s’être évanouie dans les airs. Après l’échec de leurs tentatives pour reprendre Boïon et la Doride, les mercenaires au service de la Phocide avaient compris que la Locride ozolienne était pratiquement indéfendable. Delphes allait inévitablement tomber, et avec elle, la source de leur solde. De surcroît, ils ne tenaient pas à finir comme leurs camarades pris en Malide et exécutés par les Macédoniens pour sacrilège : ils désertèrent en masse. À l’approche du printemps, l’armée stationnée à Amphissa était réduite à une garnison minimale.

 

Philippe s’empara de la cité sans difficulté, et y fit sa jonction avec Antigone. Ce dernier lui indiqua que Delphes, bien que fortifiée par les Phocidiens lorsqu’ils s’étaient emparés de la ville, était vide de troupes. Le roi de Macédoine eut la finesse politique de ne pas y entrer en personne : pour bien montrer qu’il n’était que le serviteur d’Apollon, il se contenta d’y envoyer la Brigade Amphictyonique. Par une belle journée printanière, Peithon et ses soldats délivrèrent le sanctuaire sans combattre. Philippe attendit ensuite qu’un envoyé du Conseil Amphictyonique, Palémon, vînt constater par lui-même que Delphes était à nouveau libre. Alors seulement, il fit à Delphes une entrée triomphale, coiffé d’une couronne de lauriers – symbole du dieu dont il était le champion.

 

Le vainqueur alla faire à la divinité une offrande somptueuse, avant de se retirer dans le saint des saints du temple d’Apollon, l’adyton, pour y recevoir l’oracle de la Pythie. Le prêtre qui accompagnait le roi de Macédoine traduisit ainsi la courte phrase de celle-ci :

 

« Avec des lances d’argent, tu pourras conquérir le monde. »

 

Le profane aurait sans doute trouvé cette phrase énigmatique, mais Philippe était trop intelligent pour en laisser échapper le sens réel. Il aurait besoin d’argent pour financer la suite de ses campagnes militaires, et les mines qui le produisaient se trouvaient vers le nord, pas vers le sud. C’était là une invitation évidente à ne pas s’attarder à Delphes – autant un conseil avisé de ne pas provoquer les Thébains, qu’une manière pour le prêtre de se débarrasser finement de la désormais encombrante présence macédonienne.

 

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"On s'fume un p'tit stick ?"

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Panique à Athènes

 

 

Sur la colline de la Pnyx, au-dessus de l’agora d’Athènes, le superbe temps printanier tranche avec les visages tendus des milliers de citoyens qui se sont assemblés, comme à l’accoutumée, pour gérer les affaires de la cité. Lorsque retentit la sempiternelle formule « Quelqu’un désire-t-il prendre la parole ? », une voix qui commence à être connue de bien des Athéniens s’élève. Au bout de quelques instants, dans un silence à peine brisé par quelques conversations à voix basse, Démosthène fils de Démosthène gravit sans cérémonial les marches qui mènent à la bêma, l’estrade de pierre qui accueille les orateurs.

 

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Démosthène fils de Démosthène (je le remets pour les mauvais esprits qui auraient cru à une erreur de ma part, bien fait pour vous).

 

 

- Si la question qui se pose à nous était nouvelle, hommes d’Athènes…

 

Les citoyens écoutaient avec attention. Démosthène, dont les toutes premières interventions devant l’assemblée avaient davantage suscité l’agacement et la moquerie que l’admiration, tant elles avaient été alourdies d’une rhétorique pompeuse, avait fait d’immenses progrès depuis. C’était un orateur qu’on prenait au sérieux.

 

- … Athéniens, il n’est nul besoin de désespérer de notre position présente, quelque désespérée qu’elle puisse paraître.

 

Barbe et cheveux bruns et courts, l’orateur semblait habité par son propos. Son raisonnement était d’une clarté limpide. Ses auditeurs prenaient peu à peu conscience d’assister à un grand moment de politique.

 

- Mais si quiconque ici, Athéniens, incline à croire que Philippe est trop formidable, en regard de l’étendue de ses ressources existantes et à la perte de nos forteresses, il a effectivement raison…

 

Démosthène faisait évidemment référence à la chute de Pydna et de Méthone, qui avait stupéfié Athènes à peine un an et demi auparavant.

 

- Quand, Athéniens, prendrez-vous les mesures nécessaires ? Qu’attendez-vous ?

 

Le message était clair. Philippe II de Macédoine représentait une menace mortelle pour l’équilibre politique de la Grèce, et pour la puissance d’Athènes. Il fallait le stopper avant qu’il ne soit trop tard.

 

- Premièrement, hommes d’Athènes, je propose d’équiper cinquante trières…

 

À la bonne heure ! Et où donc allait-on trouver les cinquante talents nécessaires à une telle entreprise ? La « guerre sociale », autrement dit la révolte de Byzance, Chios, Rhodes et de plusieurs autres alliés, avait vidé le trésor. Les révoltés n’avaient été que partiellement ramenés dans le giron de la thalassocratie athénienne, et les Perses en avaient profité pour mettre la main sur Rhodes et une partie du Dodécanèse. Eubule, le chef du parti de la paix, tenait désormais les cordons de la bourse. Assis sous la stoa qui abritait les dignitaires athéniens du soleil, il ne prit même pas la peine de dissimuler son mépris pour la proposition belliqueuse de Démosthène.

 

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La Pnyx.

 

 

- Tout ceci est une mesure nécessaire contre l’irruption soudaine de Philippe de Macédoine aux Thermopyles…

 

L’objectif était tout aussi clair : reprendre aux Macédoniens le contrôle du stratégique défilé, par lequel ils menaçaient tout le reste de la Grèce. Pour Démosthène, il fallait à tout prix les refouler au nord du Golfe Maliaque.

 

- Je propose que vous prépariez une armée pour mener une guerre de harcèlement continue contre Philippe.

 

Une guerre ouverte, ni plus ni moins. Combien de ses concitoyens le suivraient ? Du résultat du vote de cette proposition dépendrait le contenu du décret qui serait gravé dans la pierre, en commençant toujours par la même formule : « Il a plu au peuple et à l’assemblée… »

 

Mais quelle que soit l’issue du scrutin, les citoyens présents se rappelleraient, beaucoup plus tard, avoir entendu, ce jour-là, Démosthène prononcer sa première Philippique.

 

 

*****

 

Démosthène n’eut pas son offensive directe contre les Thermopyles. Eubule convainquit la majorité de ses concitoyens de refuser sa demande de financement. Celle-ci réclamait la possibilité de puiser, pour financer la guerre, dans le theorikon, un fonds destiné à verser aux plus nécessiteux l’argent nécessaire pour qu’ils puissent prendre part aux festivals religieux. Athènes se contenta de s’appuyer, encore une fois, sur une stratégie indirecte menée par ses alliées : les cités eubéennes, les îles de l’Égée, et depuis peu, la Ligue Chalcidique.

 

Ce furent les Eubéens qui agirent les premiers. Filant à travers le Golfe Pagassitique, leurs trières accostèrent entre Phères et Pagases. La brigade thessalienne de Krannon, basée à proximité, était déjà prête à intervenir. Toutefois, il ne s’agissait pas d’un simple raid, mais d’une offensive en bonne et due forme. Les gens d’Oréos débarquèrent 2.000 hoplites, 500 peltastes et 300 cavaliers. L’affrontement fut longtemps incertain, et les Thessaliens durent faire appel à leurs garnisons de Phères et de Pagases pour réduire au silence les peltastes ennemis qui menaçaient librement leur flanc gauche.

 

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La bataille de Pagases.

 

 

Leur défaite permit à la cavalerie thessalienne, ramenée de Lamia à bride abattue dès que les navires ennemis avaient été repérés à l’entrée du golfe, d’asséner le coup de grâce en prenant à revers les hoplites d’Oréos. Laissées sans défense sur le rivage, les trières eubéennes furent incendiées, complétant le triomphe des alliés de Philippe. Les Thessaliens, toutefois, payaient le prix fort, puisque plus d’un millier d’entre eux avaient été tués ou blessés dans l’affrontement.

 

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De quoi calmer les gens d'Oréos pendant quelques temps.

 

 

Quelques jours plus tard, d’autres navires pénétrèrent dans le Golfe Pagassitique. Cette fois, il s’agissait de trières d’Anthédon. Les Béotiens étaient eux aussi effrayés par la facilité avec laquelle Philippe avait enfoncé les lignes phocidiennes. Tout en se préparant à repousser une éventuelle invasion macédonienne, ils continuaient à lancer leur petite flotte dans des actions de harcèlement.

 

Comme l’année précédente, les Béotiens débarquèrent leur petite force – cette fois constituée principalement de peltastes – à proximité d’Halos. La brigade d’Olooson avait été appelée pour contrer le débarquement des Eubéens près de Pagases, où elle était arrivée trop tard pour prendre part au combat, mais elle était à présent de retour à Halos. Les Béotiens étaient donc attendus de pied ferme. Lorsqu’ils s’en rendirent compte, ils rembarquèrent précipitamment, laissant une partie de leurs troupes se faire massacrer sur le rivage. Comble de malchance, une tempête coula plusieurs trières béotiennes sur le chemin du retour, alourdissant encore le bilan du raid.

 

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La fuite de la flottte béotienne.

 

 

Les attaques navales printanières se poursuivirent. Une dizaine de trières, venues de la cité insulaire d’Ikos, remontèrent lentement le Golfe Maliaque pour accoster tout au fond de celui-ci, non loin de Lamia. Toutefois, la manœuvre était quelque peu prévisible, les points d’accostage étant rares dans cette région. La brigade de Tricca attendait déjà les intrus de pied ferme. Après une brève escarmouche, les gens d’Ikos rembarquèrent sans être inquiétés. Sans la présence des troupes thessaliennes, l’issue aurait pu être bien différente, car l’ennemi aurait pu s’emparer des Thermopyles et placer les Macédoniens et leurs alliés dans une position délicate.

 

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Les trières d'Ikos quittent le golfe Maliaque après l'intervention des Thessaliens.

 

 

Comme celle menée par les gens d’Oréos, l’expédition venue d’Ikos n’était pas un simple raid. Les navires transportaient 2.000 hoplites et un petit détachement de cavalerie. D’ailleurs, ces forces n’allaient pas se contenter de rentrer bredouille sur leur île. Les trières d’Ikos remontèrent toute la côte en direction du nord pour finalement débarquer leurs troupes entre Dion et Pydna. La phalange d’Émathia, rameutée à marche forcée par Cratère, défit cependant la petite armée athénienne.

 

Les Athéniens furent également actifs sur terre, mais à une échelle bien moindre que ce qu’aurait souhaité Démosthène. Durant l’été, un détachement de 300 cavaliers eubéens traversa la Locride opontienne, avec la bienveillance surprenante des Béotiens, pour aller mener une incursion en Locride épicnémidienne – d’où il fut repoussé par les Thessaliens. De toute évidence, Athéniens et Thébains craignaient désormais suffisamment la Macédoine pour mettre en parenthèses leur traditionnelle rivalité, et pour agir de concert contre leur ennemi commun : Philippe.

 

 

*****

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Changement de direction

 

 

Pendant que les incursions se multipliaient sur les côtes macédoniennes et thessaliennes, le plus sérieux problème auquel Philippe faisait face était la logistique. Déjà critique durant l’hiver pour les Phocidiens, elle ne s’était pas arrangée lorsque les Macédoniens les avaient refoulés. La famine ne tarda pas à éclater en Locride ozolienne, et les rations de l’armée alliée diminuaient à vue d’œil. Les troupes de Philippe n’allaient probablement pas pouvoir rester présentes en force très longtemps dans la région.

 

Si l’année avait été très bonne pour les troupeaux, il fallait du temps pour les rassembler et leur faire traverser la Thessalie pour rejoindre l’armée. L’allongement de leurs lignes de ravitaillement commençait à poser de sérieux problèmes aux Macédoniens, et la Grèce centrale n’avait pas grand-chose à leur offrir. Les céréales devenaient introuvables, et même les oignons et le fromage, base du régime alimentaire du soldat en campagne dans le monde grec, commençaient à se faire rares. À Amphissa, on dépensait des fortunes pour acquérir une farine infecte à base de glands.

 

Du grain, il y en avait toutefois au cœur de la Phocide, dans la région d’Élatée. Philippe y envoya la phalange d’Éliméa, dans le double but de rassembler un peu de nourriture et d’en priver encore un peu plus les Phocidiens. Dans la capitale phocidienne, Phyllos, le frère d’Onomarchos, avait pris la succession du défunt stratège autocrate et se démenait pour remettre la Phocide en état de se défendre. Il tenta de protéger les champs autour d’Élatée avec quelques centaines d’hoplites, mais ceux-ci furent aisément repoussés par les vétérans macédoniens. Les hommes d'Attale emportèrent tout ce qu’ils purent et brûlèrent le reste, réglant ainsi temporairement les problèmes de ravitaillement des Macédoniens.

 

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Attale et ses troupes pillent les environs d'Élatée.

 

 

Philippe savait toutefois qu’il devait prendre une décision stratégique de première importance : ou bien espérer soumettre le reste de la Phocide dans une campagne éclair, avec le risque de se retrouver dans une situation logistique à nouveau précaire avant la fin de l’année ; ou bien retourner en Macédoine en se contentant d’avoir libéré le sanctuaire de Delphes, but avoué de sa campagne.

 

Le roi choisit la deuxième option. Malgré les efforts de Phyllos, les Phocidiens avaient été durablement affaiblis et ne se relèveraient probablement jamais des coups qu’ils avaient reçus. Certes, ils devaient être châtiés pour leur sacrilège, mais rien n’interdisait à Philippe de remettre ce châtiment à plus tard. En effet, le Conseil Amphictyonique avait décidé de retirer aux Phocidiens leurs deux voix pour les conférer aux Macédoniens. Le reste du Conseil demeurait inchangé, mais dans les faits, il était aux ordres de Philippe.

 

L’archonte à vie de la Ligue Thessalienne avait en effet profité de sa victoire pour installer dans les territoires conquis ou libérés des administrations qui lui étaient favorables. Perrhèbes et Dolopes, Énianes et Étéens, Phthiens, Maliens reprirent leur ancien statut de périèques de la Thessalie – des tribus autonomes, mais dépendantes des Thessaliens. Les Magnètes conservaient une indépendance plus théorique que réelle, dans la mesure où ils versaient un tribut à Philippe et se voyaient contraints, dans les faits, à accomplir sa volonté. Et comme les soldats du roi de Macédoine contrôlaient les deux tiers de la Locride, la Doride et la cité de Delphes, Philippe pouvait compter en tout sur dix-huit des vingt-quatre voix de l’Amphictyonie Delphique.

 

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La Ligue Thessalienne après la libération de Delphes. En rose : la Thessalie et ses périèques. En jaune : les protectorats de la Ligue.

 

 

D’autres raisons, plus stratégiques et militaires, faisaient que Philippe n’était pas enclin à envahir la Phocide proprement dite. Il craignait notamment de donner aux Thébains un bon prétexte pour intervenir directement contre lui s’il arrivait jusqu’aux frontières de la Béotie avec son armée, et n’était pas très enthousiaste à l’idée d’affronter aussi prématurément la puissante Confédération Béotienne. En outre, occuper les cités phocidiennes l’obligerait fatalement à disperser encore davantage ses forces, lui laissant peu de marge de manœuvre.

 

Ainsi, dès la fin du printemps, les Macédoniens commencèrent à préparer leur retour dans leur patrie. C’est l’armée thessalienne qui se chargerait d’occuper Delphes, la Doride et les Locrides, officiellement pour continuer à les « protéger » des Phocidiens. Ces derniers formeraient, du reste, un tampon commode entre Philippe et les Béotiens. La phalange d’Éliméa, campée à Héraclée de Trachis, fut détachée auprès des Thessaliens. Les Amphictyoniques furent naturellement laissés à Delphes et en Locride ozolienne, la brigade de Larissa servit de garnison à la Locride épicnémidienne, et celle de Tricca, renforcée par les cavaliers de Pharcadon, forma une réserve stratégique à Lamia.

 

L’ensemble des forces thessaliennes fut placé sous le commandement d’Attale. Le héros de la bataille de Krannon poursuivait là son ascension. Philippe avait appris à apprécier cet homme réservé, mais d’une grande intelligence – et non dénué d’ambition. Il s’était encore montré décisif au Champ des Crocus, et le roi lui vouait manifestement une grande confiance, en dépit de sa médiocre prestation lors de l’invasion de la Locride épicnémidienne. Peithon demeurait à la tête des Amphictyoniques, avec comme rôle principal d’assurer la liaison avec le Conseil.

 

 

*****

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Le reste de l’armée macédonienne fit route vers le nord et se regroupa à Larissa. Il n’était toutefois pas question pour les soldats macédoniens d’aller retrouver leurs foyers, car leur roi avait d’autres projets pour eux.

 

La libération de Delphes ne signifiait en rien la fin de la guerre sacrée. Non seulement les Phocidiens n’étaient pas totalement vaincus, mais leurs alliés poursuivaient leur lutte contre Philippe – et ils étaient à présent beaucoup plus dangereux que la Phocide, même si Phyllos se signalait déjà par son agressivité, avec une démonstration sans lendemain contre Delphes. C’est contre eux que le roi de Macédoine allait, sans plus attendre, porter le prochain coup.

 

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La mini-démonstration de la mini-armée de Phyllos contre Delphes. Un petit tour et puis s'en va...

 

 

Malgré toutes les victoires qu’il avait remportées et l’immense territoire sur lequel il régnait, Philippe restait insatisfait, et pour cause. À l’est de l’Axios, tout un pan de la Macédoine restait sous l’occupation de plusieurs puissances étrangères. En outre, la cité macédonienne de Parorbélia avait profité d’une situation chaotique pour jouir d’une indépendance de fait, et ne reconnaissait pas l’autorité de Philippe.

 

Une partie de cette Macédoine orientale était ainsi occupée par les Thraces – plus précisément par leur plus puissante tribu, les Odryses. Ceux-ci avaient, sous le règne avisé du roi Cotys, considérablement agrandi leur territoire, y compris au détriment de la Macédoine. Mais Cotys, qui était monté sur le trône en assassinant son prédécesseur, périt de la même manière à peu près au moment où Philippe accédait au pouvoir en Macédoine. Ses trois fils se partagèrent le royaume : Cersobleptès reçut la partie la plus puissante, à l’est ; Amadocos II obtint le centre ; et l’ouest, de loin le plus défavorisé, échut au cadet, Bérisadès.

 

Toutefois, les Odryses n’étaient pas la cible prioritaire de Philippe. Ce dernier voulait, en récupérant la Macédoine orientale, châtier la Ligue Chalcidique d’avoir pris le parti d’Athènes. Le roi de Macédoine comptait bien en profiter pour asséner un coup décisif à l’orgueilleuse Olynthe, et éliminer du même coup la menace qu’elle faisait peser sur son royaume.

 

Accessoirement, Philippe comptait bien utiliser la Macédoine orientale comme tremplin pour frapper les principales bases athéniennes de la région : Potidée, en Chalcidique, et surtout Amphipolis. Cette colonie athénienne, objet d’âpres combats durant les guerres du Péloponnèse (auxquels prit part le célèbre historien Thucydide), était située à l’embouchure du fleuve Strymon. Sa perte compliquerait singulièrement la tâche des Athéniens dans leur guerre contre la Macédoine. En outre, Amphipolis ouvrait un accès direct aux flancs du mont Pangée, riches en filons argentifères. Les « lances d’argents » de l’oracle de Delphes, que Philippe avait longuement méditées, n’allaient pas se forger toutes seules.

 

 

*****

 

Philippe n’avait pas l’intention d’attendre le printemps suivant pour entrer en campagne. Au contraire, il comptait bien profiter du temps restant avant l’hiver pour conquérir sur la rive gauche de l’Axios une tête de pont suffisamment étendue pour lui permettre, les beaux jours revenus, de menacer directement Olynthe. Toutefois, ramener son armée en Macédoine centrale et y concentrer les énormes moyens logistiques qu’il comptait mettre en œuvre allait prendre du temps.

 

En attendant que son armée soit prête, Philippe envoya les éclaireurs montés dans une mission de reconnaissance à grande échelle. La chevauchée que menèrent Antigène et ses hommes durant les semaines qui suivirent fut digne des plus grands exploits. Les cavaliers macédoniens firent preuve d’audace, s’aventurant même sur la rive orientale du Strymon, et faillirent plusieurs fois être isolés et anéantis par leurs adversaires, mais ils ramenèrent à Philippe des informations détaillées et cruciales sur la configuration de la région qu’il s’apprêtait à envahir.

 

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Le territoire hachuré correspond à la province revendiquée par Philippe, les couleurs en dénotant le contrôle réel (jaune = Odryses, noir = Parorbéliens, bleu = Chalcidiens). Le premier qui dit que mes hachures ne sont pas droites gagne un stage commando avec les Hypaspistes dans les monts du Pinde sous la direction du sergent Ramiros. Et puis je vous mets pas les flèches du plan d'offensive de Philippe, na.

 

 

La phalange d’Éliméa ayant été laissée en Malide, Philippe s’appliqua à compenser son absence pour garder intacte la puissance de l’armée en campagne. Il fit créer une nouvelle phalange à Almopia, qu’il confia à Antiochos. Le départ de ce dernier entraîna du même coup un remaniement au sein des troupes chargées de garder la frontière épirote. Ces dernières se virent désormais commandées par Cléitus le Blanc, l’infanterie qu’il dirigeait jusque-là passant sous les ordres d’un officier natif de Macédoine orientale, Nicanor de Stageire.

 

Emmenant la phalange d’Almopia vers le nord, Antiochos releva Cléitus le Noir à la tête des troupes de Péonie, le second ramenant la phalange d’Édessa à Pella. Ce mouvement était initialement destiné à renforcer les défenses un peu faibles de la vallée de l’Axios et permettre à Cratère de se concentrer sur la défense des côtes contre les attaques athéniennes. Néanmoins, une fois de retour à Pella, Philippe incorpora la phalange d’Édessa à son armée.

 

Pour frapper plus vite et plus fort, Philippe opta pour un plan audacieux. Il divisa son armée en deux. Au nord, Parménion devait marcher sur Amphaxis avec les phalanges d’Aigéai et d’Éordéa. La ville n’était pas fortifiée, elle tomberait rapidement. La gauche macédonienne ainsi sécurisée, l’adjonction d’un petit train de siège permettrait alors à Parménion d’attaquer Parorbélia. Une fois la cité rebelle ramenée dans le giron du royaume, Parménion serait alors libre de soutenir Philippe dans ses propres opérations avec tout ou partie de ses forces.

 

Le roi, pour sa part, attaquerait la ville côtière de Borboros, elle aussi dépourvue de murailles, avec les Compagnons, les Hypaspistes et la phalange d’Édessa. De là, il assaillirait Crestonia, cité macédonienne fortifiée sous le contrôle de la Ligue Chalcidique. Si le temps le permettait, les deux armées macédoniennes combinées marcheraient ensuite sur Therma, plus au sud.

 

 

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Miam, la ligue Chalcidique... elle tape fort celle-là, mais une fois brisée, on se rend compte que ses cités sont très pauvres, il y a moins de fermes que de villes >.< Je me souviens d'avoir chouiné jusqu'à prendre Olynthe avec ses hoplites improbables et avoir encore plus chouiné lorsque j'ai perdu les 2/3 des cités par la suite par manque de nourriture... Je les ai laissés toutes seules sur leurs péninsules: sans nourriture, elles ne peuvent pas produire de troupes et donc ne peuvent pas m'embêter :P

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les trois pointes je leur ai laissé après ma guerre contre eux dans ma série vidéo, très très pauvre donc sans intérêt, j'ai signé un traité de paix

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Les hachures sont droites et même parallèles.

 

Bon, je gagne quoi? :noange:

 

Un stage commando avec les Compagnons. Au moins tu seras à cheval. :D

 

 

 

"Je les ai laissés toutes seules sur leurs péninsules: sans nourriture, elles ne peuvent pas produire de troupes et donc ne peuvent pas m'embêter"

 

"les trois pointes je leur ai laissé après ma guerre contre eux dans ma série vidéo, très très pauvre donc sans intérêt, j'ai signé un traité de paix"

 

Pas mieux. Tenir les "doigts" de la Chalcidique nécessiterait huit garnisons pratiquement incapables de se soutenir les unes les autres, et un gaspillage de nourriture autant que de voies de communications maritimes. Systématiquement, je signe la trêve une fois que j'ai rempli les objectifs de campagne.

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Comment tu fais pour réussir à tenir un territoire aussi grand avec ton armée ? Aurais-tu un secret à me révéler ? Parce que rien que pour tenir la macédoine centrale, l'Illyrie (jusqu'à la Dardanie) et la Péonie je manque d'hommes aux frontières. On est vraiment obligés de laisser des troupes en garnison dans les villes non-macédoniennes ? Parce que environ la moitié de mon armée ne sert qu'à garder des villes. Et mobiliser une phalange mercenaire pour tenir une cité au milieu de la carte qui ne sera jamais attaquée, ça coûte cher.

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logiquement avec les mines tu as de quoi recruter, arriver un certain stade tu ne manques plus trop de sous. si tu sais que tu va pas te faire attaquer détruit les murs et recrute juste une unité de lanciers, ils suffisent généralement à garde une cité

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N'utilise que des lanciers pour tes garnisons ! Pour ma part, je les recrute dans les cités macédoniennes ne pouvant supporter le recrutement d'une phalange (population égale ou inférieure à 5) ou, encore mieux, dans les cités alliées dont les autres troupes ne sont pas souvent mises à contribution (dans mon cas les Thessaliens, par exemple). Ainsi, je peux renforcer ou reformer rapidement une phalange affaiblie ou détruite. Si tu le peux, garde les cités étrangères "frontalières" fortifiées, ça nécessite généralement deux garnisons de lanciers au lieu d'une mais ça boostera la défense et l'ennemi ne pourra pas la prendre d'un seul coup de main. Ainsi, tu peux te contenter de positionner une ou deux phalanges à des endroits clés ou près des villes les plus menacées, et les faire intervenir en cas d'incursion. Je ne les laisse pas à l'intérieur des villes, mais les fais camper à l'extérieur : elles consomment un peu moins de nourriture et ne videront pas les greniers en partant.

 

Par exemple, pour me défendre contre les Dardaniens je ne laisse qu'une phalange près du fort de Palémon. En cas d'attaque d'envergure, la seconde phalange que je laisse plus en arrière, à Bylazora, peut aller l'aider à marche forcée (cliquer sur le bouton courir). Mais si c'est, par exemple, Péneste qui est menacée, elle peut aussi partir dans cette direction si nécessaire (bien qu'une seule phalange suffise généralement à bloquer l'ennemi dans cette région montagneuse). Avec un dispositif en profondeur qui permet d'intervenir sur plusieurs points différents, on couvre davantage de terrain avec moins de troupes. Le risque c'est d'être attaqué partout à la fois, mais c'est plutôt rare.

 

Précision non dénuée d'intérêt : je joue en mode facile (la narration m'importe plus que le challenge dans cet AAR et je n'ai pas la prétention d'être un bon joueur). Les raids ennemis sont donc moins fréquents et moins importants. Si tu es en mode expert, tu auras certainement plus de mal...

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