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Rhysaxiel

[CMANO] Sous une mer de flammes

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[CMANO] Sous une mer de flammes

 

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Victor Vasnetsov, Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse/Чотири вершники Апокаліпсиса, 1887

 

Jeu : Command Modern Air Naval Operations Wargame of the year edition.

Scénario : The Second day of World War III, 1987 : the Four Horsemen

Camp : URSS

 

Contexte : Troisième Guerre Mondiale, 1987- ?

Date : 22 août 1987

 

Introduction

Le 20 juillet 1987 vers 03h40 du matin, le HMS Amazon est coulé alors qu’il suivait à la trace un sous-marin soviétique près de Gibraltar en Méditerranée. Les circonstances de l’accident sont obscures, mais le pouvoir britannique, tout particulièrement Margaret Thatcher, a immédiatement accusé l’URSS d’avoir délibérément attaqué la frégate britannique et demandé réparations et excuses officielles.

 

Le Politburo a de son côté rejeté toute responsabilité et blâmé le comportement irresponsable du navire britannique dans une période plutôt propice à la détente. Radio Moscou affirme par ailleurs que le sous-marin qui a prétendument coulé l’Amazon est lui aussi perdu, laissant entendre qu’il s’agirait d’une collision involontaire et non d'un torpillage. Cette version est immédiatement rejetée par la Première Ministre britannique qui maintient une ligne dure face aux soviétiques. A Moscou, Gorbatchev ne peut résister face aux membres les plus conservateurs du Politburo qui voient dans cet événement une provocation de l’occident qui cherche déjà à profiter de la faiblesse de plus en plus patente de l’Union. Alors qu’officiellement, les diplomates américains et russes doivent se réunir à Reykjavik, une réponse militaire est décidée.

 

Les négociations autour de la perte de l’Amazon sont parasitées par la question d’un nouveau traité sur le désarmement nucléaire et d'une désescalade militaire conventionnelle en Europe, opportunément avancé par les diplomates soviétiques. Les discussions sur ce sujet annexe avancent étonnamment vite. L’Union soviétique joint le geste à la parole en ordonnant le départ de plusieurs unités stationnées en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Au sein de l’OTAN, ce signe d’apaisement est perçu comme la preuve supplémentaire de la fébrilité croissance de l’URSS et raffermit Thatcher dans sa position. Samedi 20 août, la délégation soviétique demande un jour de pause dans les négociations pour contacter Moscou et formuler une réponse concrète sur ce traité. Les semaines passées, plusieurs Spetnaz sont arrivés en Islande, prétendant être des touristes ou du personnel diplomatique.

 

Dimanche 21 août, peu après minuit, grâce à leur réseau d’informateurs dans le pays et une cache d’armes dans les sous-sols de l’ambassade d’URSS à Reykjavik, le commando spetnaz lance une attaque surprise contre le centre de contrôle SOSUS islandais. La station est détruite mais le commando ne peut prolonger son attaque contre la base de Keflavik elle-même, et parvient à se replier sans pertes. Au même moment, un violent incendie se déclare à l’ambassade soviétique et consume tout le bâtiment. Il n’y a pas de victimes, mais le lendemain, le personnel diplomatique est introuvable. La pause demandée le 20 était une ultime feinte, qui a mieux réussi que prévu.

 

Dans la même nuit, quatre bombardiers Tu-16, profitant du calme induit par les négociations à Reykjavik, de la négligence britannique et d’un plan de vol atrocement rallongé pour éviter la couverture radar, rasent intégralement la station de contrôle SOSUS écossaise, tuant l’ensemble du personnel militaire. De fait, la ligne de bouées sous-marines SOSUS, conçue pour détecter tout sous-marin souhaitant soviétique entrer dans l’océan atlantique et donc élément majeur de la défense de l’OTAN dans la région, est totalement inutilisable faute de stations actives. Les bouées émettent dans le vide. La porte de l’Atlantique est grande ouverte. Quant aux unités soviétiques en RDA, l’annonce de leur départ offre une superbe justification pour leur mise en mouvement. Au lieu d’aller vers Varsovie, comme elles en donnent l'impression les premiers jours, elles filent droit vers l’ouest.

 

En accord avec la doctrine de la « stratégie maritime », la marine américaine dépêche immédiatement en mer de Norvège un groupe aéronaval complet formé autour de trois porte-avions, le CV 43 Coral Sea, le CV 62 Independence et le CVN 71 Theodore Roosevelt, dans le but de mettre la pression sur les forces navales soviétiques et menacer leurs sous-marins lanceurs d’engins protégés dans le bastion de la Mer de Barents pour les y confiner. Comme attendu, ce groupe aéronaval est attaqué dès les premières heures du conflit par des moyens aériens, maritimes et sous-marins soviétiques. Pour l’heure, cette bataille pour l’Arctique n’a pas de vainqueur.

 

De plus, pour combler le trou béant causé par la perte du SOSUS, l’OTAN regroupe la quasi-totalité de ses forces non encore engagées dans la région, incluant le STANAVFORLANT (Standing Naval Force in the Atlantic), pour former un groupe anti-sous-marin mobile tel que le monde n’en a jamais connu. La Task Force Horton, nommée ainsi en l’honneur de l’architecte de la Seconde Bataille de l’Atlantique Admiral Sir Max Kennedy Horton, est composée de deux porte-hélicoptères –en fait, deux porte-avions convertis en porte-hélicoptères anti-sous-marin- et une de dizaines de navires, sous-marins et avions dernier cri, soutenus par des avions de patrouille maritime basés au sol en Islande et en Ecosse. Cette task force est une véritable machine à broyer des sous-marins.

 

Le haut commandement soviétique ne peut ignorer cette task force, mais il ne peut pas non plus grand-chose contre elle. Tant que la bataille de la mer de Norvège ne désigne pas de vainqueur, ou plutôt, de survivant, il est impossible de rediriger la moindre force contre cette menace inédite. Tout ce que les soviétiques peuvent envoyer consiste en quatre sous-marins nucléaires de première ligne, déployés avant même le début des hostilités autour de Jan Mayen.

 

Pour permettre aux sous-marins soviétiques d’entrer dans l’Atlantique, ce quartet doit neutraliser la TF Horton en trois jours.

 

 

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Ah, toujours ! Bon, ça ne se concrétise pas (encore) en poste universitaire, mais il y a des pistes très sérieuses pour les prochains mois. On croise les doigts :D
Et entre deux dossiers de demande de bourses et de post-doc, on joue à Command :)

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A bord du K-148 Krasnodar, 22 août 1987, 17h10

« Nouvelles instructions, capitaine !

- Faites-les suivre. »

Le capitaine de premier rang Sergueï Vassilievitch Golovko regarde fébrilement la fine feuille de papier que lui tend le jeune lieutenant Yuri Pawlik. Enfin des nouvelles du haut commandement. A côté de lui, le commissaire Nikolaj Sverdlov affiche une impatience indue. Golovko retient sous souffle et lit.

 

« De : Flotte du Nord - Ordre du Drapeau Rouge
: Commandant, groupe sous-marin 24

 

Situation :
La majorité des forces disponibles au sein de la Flotte du Nord est toujours engagée contre le groupe aéronaval (GAN) américain entré en mer de Norvège hier. Les pertes de notre aviation navale, de notre flotte de surface et de nos sous-marins sont effroyables, mais il semble que le GAN américain ait aussi subi de lourds dégâts.

La majeure partie de notre flotte sous-marine sort actuellement de nos bases de la péninsule de Kola. Les forces anti-sous-marines (ASM) de l’OTAN ont été mobilisées plus vite que nous ne l’escomptions. Il nous est impossible de simplement forcer le blocus américain en espérant que nos sous-marins survivent. Pour réaliser notre poussée dans l’Atlantique, il faut briser la force ASM de l’OTAN.

 

Forces ennemies :
Le groupe OTAN contient deux porte-hélicoptères configurés pour la lutte ASM et au moins un croiseur Aegis. Le reste de l’escorte est principalement composée de vaisseaux ASM dernier cri, équipés de nombreux hélicoptères et de sonars tractés. Grâce à notre effort du premier jour, l’ennemi ne dispose pas du SOSUS dans cette zone.

Forces alliées :
En tant que commandant du groupe sous-marin 24, vous avez sous vos ordres les sous-marins suivants :
                - K-148 Krasnodar (Pr. 949A)

Révélation

PLARK-949A Antey (OTAN : Oscar-II) 

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Navire de commandement et principale force de frappe du groupe. C'est un immense sous-marin, parmi les plus volumineux du monde. Il joue le rôle de capital ship au sein de la flotte soviétique grâce à sa capacité à frapper loin et fort. Le perdre serait un désastre.

 

L'Antey transporte 24 missiles P-700 Granit (OTAN : SS-N-Shipwreck), sans doute l'arme la plus dangereuse, et de loin, pour la TF Horton. Avec une portée de 300 nautiques, une charge utile de 750kg, une vitesse d'approche de 1600 noeuds (3000 km/h) et un système de guidage mixte satellite-inertie particulièrement robuste face aux contre-mesures, il a de quoi donner des sueurs froides à tout navire ennemi, sauf peut-être les AEGIS spécifiquement conçus pour les contrer.

 

Il dispose aussi de roquettes anti-sousmarines RPK-6 Vodopad et RPK-7 Vodopeï. Le concept est simple : une torpille n'a qu'une portée limitée, mais si on la monte sur un missile, elle peut aller beaucoup plus loin. La RPK-6 porte à 22 nm, la RPK-7 à 54. Ainsi, à distance, l'Antey est une menace très sérieuse contre les sous-marins censés le traquer. A courte portée, le sous-marin dispose de l'USET-80, torpille filoguidée qui n'a rien à envier à ses équivalents américains, et la 65-76 KIT, conçue contre les navires lourds, susceptibles de couler un porte avions en un seul coup. Il peut aussi riposter à l'aide de la terrifiante VA-111 Shkval : une torpille à super cavitation et à charge nucléaire atteignant les 200 nœuds. Dans cette mission, la doctrine interdit leur emploi.

 

Histoire de compléter l'arsenal, l'Antey est un des rares sous-marins à disposer... D'une batterie de missiles anti-aérien. Il s'agit de bien faibles 9K34 Strela-3 (OTAN : SA-N-8 Gremlin) portant à 3nm à peine, mais cela peut toujours constituer une surprise contre un ennemi trop ambitieux.

 

Fiche technique complète :

Révélation

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                - K-278 Komsomolets (Pr. 685)

Révélation

PLA-685 Plavnik (OTAN : Mike)

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Sous-marin d'attaque soviétique de conception un peu dépassée : sans TASS (sonar tracté), il ne peut surveiller les deux côtés de la thermocline (voir plus bas). Son équipement inclus les roquettes RPK-6, les torpilles filoguidées USET-80 et la Shkval. Il peut atteindre 31 nœuds, mais reste in fine peu maniable.

 

Fiche technique complète :

Révélation

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                - K-360 (Pr. 671RTM)

Révélation

PLA-671RTM Shchuka (OTAN : Victor III)

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On change de crèmerie avec le Shchuka. Plus maniable et à peine moins rapide (30 noeuds) que le Plavnik, il dispose d'un TASS portant à 70nm et des dernières torpilles soviétiques, l'USET, la KIT et la RPK-7. Comme l'Antey, il dispose d'une batterie de missiles 9K34. Sa signature sonar est très réduite comparée aux deux sous-marins précédents, ce qui en fait un vrai sous-marin d'attaque.

 

Fiche technique complète :

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                - K-463 (Pr. 705)

Révélation

PLA-705K Lira (OTAN : Alfa)

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Ce navire est connu pour sa vitesse hallucinante : 42 noeuds ! Sa coque est en titane, donc démagnétisée. Il est un peu le pendant sous-marin des MiG-25 et 31, un vaisseau d'interception capable d'arriver rapidement sur une zone pour frapper un grand coup avant de semer ses poursuivants. Sa taille est réduite grâce à l'utilisation d'un réacteur rapide à caloporteur plomb, extrêmement compact, ce qui lui donne une excellente maniabilité. L'armement embarqué déçoit un peu plus : des 53-65WH non guidées, et des SET-65M à portée réduite contre les sous-marins, des RPK-6 et la Shkval, non aidées par l'absence de TASS.

 

Révélation

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Vous avez également l’accès, en priorité absolue, aux informations fournies par notre constellation de satellites EORSAT et SIGINT, ainsi que nos satellites d’imageries en temps réel. Nous n’avons pas de RORSAT à radar actif en orbite pour le moment.

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Mission :
L’OTAN semble avoir concentré toute sa flotte ASM en une seule et unique formation surpuissante, soutenue massivement par des appareils basés au sol, des hélicoptères et des sous-marins. Ce groupe vogue actuellement entre l’Islande et l’Ecosse.

Votre mission est d’infliger des dommages irréparables à cette force, idéalement en coulant les deux porte-hélicoptères et un maximum de navires d’escorte. Vos cibles prioritaires sont les deux porte-hélicoptères. L’usage de l’arme nucléaire n’est pas, je répète, PAS autorisé. Vous avez trois jours pour remplir cet objectif.

 

Exécution :
Vous avez carte blanche. La doctrine demande normalement un effort naval, aérien et sous-marin conjoint pour une telle attaque, mais nous avons jeté le manuel au feu dès le premier jour. Le haut commandement estime que vous utiliserez au mieux les forces à votre disposition.

Bonne chance.

 

Commandement et signaux :
Commandement : K-148 Krasnodar
Signaux : EMCON B, émissions moyennes. »

 

La situation est bien pire qu’espérée. Il s’attendait à une mission d’infiltration, à une traversée du GIUK*, à l’attaque d’un convoi ou d’un groupe de navires isolé, mais pas à une telle mission. Golovko respire bruyamment ce qui ne manque pas d’attirer l’attention des officiers sur le pont. Il se ressaisit immédiatement.

« Capitaine Iashvili et commissaire Sverdlov, dans ma cabine, immédiatement. Le reste de l’équipage est ordonné aux postes de combat.

- Aux postes de combat !

L’ordre se répercute immédiatement dans tous les compartiments du sous-marin et ouvre la voie à une étrange symphonie de pas de course sur le métal.

- Profondeur 112 pieds, vitesse nulle. Lieutenant Pawlik, attendez des informations supplémentaires sur la fréquence prioritaire, restez en VLF*. Quand je sors je veux toutes les informations que vous aurez reçues entre temps.

- Bien capitaine ! »

 

Quelques minutes plus tard, les appelés se retrouvent dans la cabine du capitaine. Golovko expose la situation et les ordres. Le premier à prendre la parole est le capitaine de second rang et officier en second Guennadi Iashvili.

« Demande autorisation de parler franchement.

- Accordée.

- Le haut commandement demande à un groupe de sous-marin de s’attaquer à une flotte entièrement conçue pour chasser les sous-marins. Autant demander à une mouche de chasser une araignée.

- Cette mission n’a rien d’une promenade de santé, capitaine Iashvili, mais elle n’a rien d’une mission suicide non plus.

Iashvili ne semble pas convaincu.

- Nous disposons de toute l’information fournie par nos satellites. Nous partons avec un avantage immense : nous savons exactement où voguent nos cibles et leur nature, alors qu’ils ne savent ni combien nous sommes, ni où nous sommes, ni même si nous recevront un appui aérien depuis Kola. 

- C’est vrai capitaine, mais nous n’avons jamais été entraînés pour faire face à une telle situation. Nous allons devoir improviser…

Golovko l'interrompt.

- Vous ne savez sans doute pas quoi faire effectivement. C’est normal, et c’est pour cela que je suis commandant de ce groupe sous-marin.

 

Il faut couper court à tout semblant de défaitisme. Iashvili est jeune, inexpérimenté quoique talentueux, mais le commissaire Sverdlov est un homme un peu trop zélé, qui cadre mieux dans le paysage de la bataille pour l’usine de tracteurs Dzerjinski que dans ce sous-marin. Face à lui, il se fera manger tout cru.

- Vous avez un plan, capitaine ? Demande Sverdlov.

- Dès que Pawlik me fera parvenir les premiers résultats satellites, j’aurai les informations nécessaires pour en dresser un. Iashvili, que vous ayez des doutes est compréhensible, mais je ne veux pas les voir sur le pont. L’équipage ne doit pas sentir votre inquiétude.

Le regard d’Iashvili se raffermit à cette injonction.

- Bien capitaine !

- Fin de la discussion. Retournons sur le pont.

Iashvili quitte la pièce le premier. Sverdlov interpelle alors Golovko.

- Capitaine. J’espère que vous saurez tenir Iashvili. Le combat n’a pas encore commencé que je vois déjà poindre du défaitisme en lui. Dans ces moments un tel sentiment est à proscrire.

- Il est jeune, commissaire, mais je le sais bourré de talent. Il sera rassuré quand nous obtiendrons les premiers résultats face à cette flotte ennemie.

- Il vaut mieux pour lui. Et pour vous.

Sans rien ajouter, il quitte à son tour la cabine.

 

----

* GIUK : Greenland - Iceland - United Kingdom, soit la zone comprise entre le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni, zone stratégique pour l'OTAN car elle conditionne l'accès à l'océan atlantique pour l'Union soviétique.
* VLF : Very Low Frequency, Très Basse Fréquence (3-30Hz) utilisée pour les communications avec les sous-marins.

 

Notes sur la guerre sous-marine :

Révélation

Comprendre la guerre sous-marine nécessite de s'intéresser à plusieurs phénomènes physiques, et notamment la thermocline. La température de l'eau dépend de la profondeur et de la température ambiante. Près de la surface, la température est élevée, alors qu'elle est d'environ 4° passé 80-200m (la profondeur exacte dépend de nombreux facteurs). Loin de baisser de manière linéaire, la température subit en fait une chute très brutale passé une profondeur donnée, plusieurs dizaines de mètres. La température influe grandement sur la capacité des sonars à capter quelque chose, selon leur fréquence.

 

La thermocline est donc une bande, qui correspond à la zone où la température chute brutalement. Être d'un côté ou de l'autre de la thermocline réduit considérablement votre capacité à capter ce qui se passe de l'autre côté. Être DANS la thermocline vous isole, dans une certaine mesure, des deux côtés de la thermocline, mais dans une certaine mesure seulement. Il vaut mieux avoir toute la thermocline entre l'ennemi et vous qu'une partie seulement. De plus, dans la thermocline, vous êtes globalement aveugles, y compris face aux autres sous marins dans la thermocline. Le TASS est la réponse partielle à ce problème. Le sonar, tracté au bout d'un câble, peut être placé sous la thermocline tandis que le sous-marin reste au dessus. Le sonar de coque du sous-marin écoute donc au-dessus de la thermocline, tandis que son TASS écoute en dessous. Sans TASS, vous êtes condamnés à ne saisir qu'une partie de la situation.

 

Face au risque de bouées sonores, des TASS ennemis puis, si j'arrive à m'approcher de la TF, des sonars de coque (qui, logiquement, ne peuvent écouter qu'au dessus de la thermocline), une approche consiste à voguer dans la thermocline pour s'isoler à la fois des bouées larguées au-dessus que de celles larguées en dessous. 

 

Par extension, si un sonar en surface, ou au-dessus de la thermocline, éprouve des difficultés à repérer quelque chose en dessous, il en va de même pour les communications. Passé quelques mètres de profondeur, un sous-marin ne capte quasiment plus rien, à moins d'avoir recours aux fréquences VLF ou ELF. Le problème est alors double. De telles fréquences rendent l'envoi de longs messages terriblement lents (400-700 mots par minutes pour le VLF à quelques lettres pour l'ELF) en plus de ne fonctionner qu'à sens unique. En effet, pour émettre à de telles fréquences, il faut des antennes immenses, impensables pour les sous-marins. Pour des communications ELF, cette antenne antenne aurait un diamètre de plusieurs milliers de kilomètres. La station ZEVS utilise un ingénieux système de dipôles terrestres et génère une puissance qui nécessiterait une antenne dont le diamètre ferait le quart de la Terre pour être transmise si elle l'était par des moyens classiques. Command ne gère pas cela mais, par RP, je garde autant que faire se peut un sous-marin à bonne profondeur pour une communication VLF au moins.

 

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Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou, 17h00

« Vous devrez vous installer ici avec votre équipe, capitaine.

Le capitaine Markov, du Sixième Bureau du GRU, prend place autour de la table désignée et laisse à son équipe le temps de s’installer. Il se tourne vers son hôte, Aleksander Bortchak.

- Cela ira. Nous avons besoin de toutes les informations en temps réel pour l’ensemble des satellites indiqués ici et d’une ligne directe avec le ZEVS*.

Disant cela, il tend une courte liste.

- J’ai besoin des prédictions de passage de ces satellites sur cette position, approximative, pour les trois prochains jours.

Bortchak la parcours rapidement.

- Je peux vous avoir ces informations d’ici cinq minutes, la ligne est déjà établie, nous avons reçu les ordres en avance.

Markov sourit.

- Excellent. Au travail, messieurs ! »

 

Sans dire un mot, son équipe ouvre quantité de dossiers et allume le gros ordinateur qui est mis à leur disposition. Quelques minutes plus tard, les premiers rapports SIGINT lui parviennent. La task-force ennemie est massive.

« J’ai une première identification, capitaine. Il y a un AEGIS au cœur de la flotte, l’USS Vincennes, class Ticonderoga.

- Vous en êtes certain ?

- Oui, le satellite a clairement repéré les émissions d’un AN/SPS-49(V) 7 AEGIS*. Impossible de se tromper avec un appareil comme celui-là… »

 

A 17h15, un premier rapport, assez basique, est transmis en urgence à Mourmansk.

---

*ZEVS : Station soviétique de communication en ondes ELF (3-30Hz), capables de se diffuser en profondeur, contrairement aux fréquences plus élevées, et donc d’envoyer des messages aux sous-marins même en profondeur. La lenteur de communication fait qu’ils se limitent à quelques mots ou un ordre de remonter près de la surface pour recevoir plus d’instructions.

* Les soviétiques ne nommaient sans doute pas l’appareil ainsi, avec sa dénomination américaine. Vous me pardonnerez cet écart !

 

17h25 – sur le pont du K-148 Krasnodar

Golovko retourne sur le pont.

« Pawlik ?

- Nous avons reçu les premiers rapports de nos satellites. Le haut commandement n’a pas menti, nous recevons les données. Ces Tselina zr EORSAT sont de petites merveilles, capitaine, et quand on vous a parlé de temps réel, on ne vous a pas menti. Golitsyno-2 nous envoie toutes les informations aussi vite qu’ils le peuvent, et ne sont ralentis que par les limites de nos systèmes de communications à cette profondeur.

- Et que nous envoient-ils ?

- Vous n’allez pas être déçus. L’ennemi doit s’attendre à une ou plusieurs attaques aériennes car il navigue tous feux allumés. Du coup, plusieurs navires sont déjà identifiés et on a une idée très approximative de leur formation.

- Identifiés ?

- Oui capitaine. On dirait qu’une équipe du GRU est mobilisée rien que pour nous. Elle a repéré deux sous-marins et dix-sept navires de surface à partir de leurs émissions, et a même pu en identifier quelques uns. Le premier porte-hélicoptères est le Garibaldi, le second l’Illustrious, et les deux sont couverts par un Aegis identifié comme l’USS Vincennes. Une fois leur position définie, je pourrai vous donner plus de détails sur leur escorte. Golitsyno-2 devrait nous fournir tout cela dans les minutes qui viennent.

- Bien. Dites-le moi quand vous en savez plus.

- Reçu, capitaine. »

 

Golovko balaie la salle du regard. Il sait que l’équipage attend quelques mots sur la mission à venir.

« Messieurs. Le haut commandement nous a confié une mission capitale. Entre Kola et l’Atlantique, notre objectif ultime, il n’y a qu’une escadre, dédiée à la chasse sous-marine.

Premiers remous sur le pont.

- Si nous l’éliminons, notre flotte sous-marine pourra semer la terreur dans les convois de l’ennemi et empêcher tout renfort en Europe. Si nous l’éliminons, nos camarades qui se battent en Allemagne obtiendront la victoire à moindre coût, et nous sauverons la vie de nombre d’entre eux.

Les regards semblent s’éclairer quelque peu.

- Camarades ! La victoire ne saurait être acquise sans éliminer cette « task force ». Nos forces ont déjà fait extrêmement mal à leur dispositif de détection sous-marine. Cette task force est leur dernière chance de nous empêcher de triompher. Il nous faut faire payer à l’ennemi son arrogance, et remporter la guerre qu’il nous a imposée.

- Hourra !

- C’est pour cela que la mission qui nous est confiée est difficile. Une mission aussi décisive ne saurait être simple. On ne saurait gagner une guerre facilement. Camarades ! Je veux vous voir à vos postes avec toute la ferveur dont vous êtes capables, car de votre engagement dépend la victoire de la Mère Patrie ! Les quatre sous-marins de notre groupe couleront cette flotte. Pour les Américains, nous serons les quatre cavaliers, annonciateurs de l’Apocalypse !

- Hourra ! Hourra ! Hourra !

 

Les craintes du capitaine Iashvili semblent s’estomper, pour le moment. Ses hourras se joignent à ceux de ses camarades, mais un bref regard vers Sverdlov confirme à Golovko que le procès pour défaitisme n’est pas très loin pour le jeune Géorgien. Patience Sverdlov, patience ! Pour le moment, son numéro de patriotisme a convaincu. L’injonction de son officier en second est toutefois juste, cette mission est suicidaire. Les données satellites ont intérêt à être précises, sans quoi les missiles seront inutiles. Reprenant son poste, le jeune Géorgien lui glisse discrètement :

- Référence sympathique, capitaine. Vous avez l’intention de renommer votre sous-marin ?

- Et pourquoi pas. Smiert’*, vu ce que l’on va infliger à l’ennemi, ne serait pas volé. »

Il n’allait tout de même pas dire qu’il était amateur de ce groupe de Thrash metal américain dont il a obtenu illégalement les disques au marché noir il y a deux ans !

---

* Smiert' = Mort.

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17h36

« Capitaine, j’ai les informations que vous demandiez. Golitsyno-2 nous indique que le GRU a identifié la quasi-totalité de l’escorte. Ils nous envoient les informations pertinentes sur les navires identifiés et potentiels. Le groupe est entre l’Islande et les Féroé. Vu le volume de données attendu, il serait judicieux de passer en HF. Capitaine.

- Bien. Remonter à 66 pieds.

- 66 pieds ! »

Au fur et à mesure que Pawlik lit les informations, le capitaine Iashvili les reproduit sur une carte.

 

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Golovko prend connaissance du résultat final. Les positions sont très approximatives mais cela suffira pour définir un plan d’action. Le GRU a mis les moyens. Dans les minutes qui suivent, Pawlik fait suivre les fiches techniques de tous les navires identifiés. Une mine d’or.

 

« Voici comment ça se présente, capitaine. Deux sous-marins, de classe Sturgeon, encadrent la TF à 90-100 nm de distance. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils naviguent radars allumés.

 

Sous-marin nucléaire d'attaque SSN 637 Sturgeon

Révélation

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- Je crois, dit Golovko, qu’ils cherchent à repérer tout tir de missile depuis les profondeurs, et jouent le rôle de postes avancés avec leurs TASS et leurs radars.

- C’est une bien mauvaise utilisation d’un sous-marin.

- Je suis d’accord. Laissons-les gâcher leur potentiel, ça nous arrange. Cependant, il y a un problème dans la formation ennemie. Deux sous-marins couvrent la TF à l’est et à l’ouest, mais le nord et le sud semblent vulnérables. C’est inconcevable, il doit forcément y avoir au moins un sous-marin en embuscade de chaque côté. Et ceux-là voguent tous feux éteints on dirait. J’en avertirai les K-360 et K-278. Poursuivez.

- Il y a ensuite six navires aux quatre coins de la force ennemie, qui semble former un premier anneau défensif à 25-30 nm. A l’ouest, deux destroyers de classe Spruance, mais dont on ne sait la configuration exacte.

- Destroyers anti-sous-marins, ils ont des ASROC* et des TASS efficaces. On ne s’en approche pas.

 

Destroyers DD-963 Spruance [Baseline]

Révélation

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Destroyers DD-963 Spruance [VLS]

Révélation

 

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- A l’est, les navires sont groupés par paires, un F-40 Sirius avec une frégate qui est soit un F-85 Cornwall, soit un F-88 Broardsword, soit un F-92 Boxer.

 

Frégate anti-sous-marine F-40 Sirius [Type 12I Leander Batch 2TA]

Révélation

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Frégate F-88 Broadsword [Type 22 Batch 1]

Révélation

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Frégate F-92 Boxer [Type 22 Batch 2]

Révélation

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Frégate F-85 Cornwall [Type 22 Batch 3]

Révélation

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- Des frégates anti-sous-marines.

- Et de bonne, capitaine. Leurs TASS portent très loin, il est inconcevable de les approcher sous la thermocline.

 

Cela fait beaucoup de "cibles prioritaires" pour ses missiles. A courte distance, les TASS entendent aussi dans et au-dessus de la thermocline, tout comme un sonar de coque peut entendre sous la thermocline une cible toute proche. Cela complique une attaque à la torpille tant que l’ennemi dispose d’hélicoptères en grand nombre pour riposter. Et les ASROC des Spruance… Il vaut mieux ne pas s’y frotter.

- Je suis d’accord. Poursuivez.

- La disposition du reste de la flotte apparaît un peu plus confuse. Il semblerait qu’au cœur du dispositif se trouve le Vincennes, ce qui serait logique, et que les deux porte-avions soient rangés à ses côtés pour bénéficier de la couverture de l’AEGIS. Il faut ajouter à cela un F-85 Cornwall et un second navire, un F-88, ou un F-85 ou un F-92. On ne sait pas s’ils sont aux côtés du Vincennes, d’un des porte-avions, ou s’ils occupent une autre position au cœur de la flotte.

- Attendez, le premier F-85 dont vous me parlez, là, a été identifié avec certitude ?

- Oui capitaine.

- Alors dans les autres cas, il s’agit seulement de F-88 ou F-92.

- Vous ne croyez pas à une ruse de guerre américaine ?

- En plus de celle qui consiste à utiliser le radar des sous-marins, vous voulez dire ?

Un grand sourire illumine le visage d’Iashvili.

- Vous marquez un point.

 

Croiseur AEGIS CG-49 Vincennes [Ticonderoga Baseline 1, Mk26]

Révélation

La Némésis des missiles de l'Antey. Le Vincennes est la principale raison pour laquelle cette mission est si difficile. L'AEGIS qu'il embarque permet de repérer et de tailler en pièces un nombre impressionnant de missiles ennemis en approche, même les formidables Granit dont je dispose. Loin de se limiter à ce rôle, il possède d'un puissant sonar de coque et d'ASROC, ce qui fait que même une approche à la torpille est difficile, avant même de prendre en compte les TASS des frégates qui l'accompagnent.

 

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Révélation

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Porte-avions léger R-06 Illustrious [Invincible class]

Révélation

Première cible.
Ce navire est le petit frère de l'Invincible, envoyé avec succès dans les Malouines. Dans ce scénario, il est configuré en tenant compte de l'expérience de l'Invincible contre l'Argentine : 12 hélicoptères et 9 avions. Etant un porte-avions, ses défenses sont limitées hormis contre les missiles, l'escorte est là pour le protéger.

 

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Révélation

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Porte-avions léger C-551 Giuseppe Garibaldi

Révélation

Deuxième cible
Premier navire italien repéré dans la TF Horton, le Garibaldi est un drôle de zèbre. Comme un porte-avions soviétique, il dispose d'un armement qui est rarement vu sur ce genre de vaisseaux : des missiles anti-navires, en l'occurence des Otomat mk. 2. Contrairement aux PA soviétiques, ces missiles sont globalement mauvais et surtout surpassés par les capacités de son escorte. Hormis cela, il dispose, comme l'Illustrious, d'une défense anti-missile légère. Les configurations possibles sont 16 Harriers ou 18 hélicoptères, ou une combinaison des deux. Il me semble qu'il ne contient que des hélicoptères dans ce scénario.

 

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Révélation

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- Ce groupe semble entouré de six autres navires. Deux d’entre eux, au nord, sont très certainement des D-95 Manchester, deux autres, à l’est et à l’ouest, seraient des D-570 Maestrale, et les deux derniers, au sud, sont des D-550 Audace. Si j’en crois les données fournies, ce sont des navires plutôt médiocres dans la lutte anti-sous-marine, mais capable de fournir une protection contre les missiles en approche, en soutien du Vincennes, et surtout de déployer leurs hélicoptères.

 

Destroyer D-95 Manchester [Type 42 Batch 3]

Révélation

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Destroyer D-570 Maestrale

Révélation

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Destroyer D-550 Audace

Révélation

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Voyant Iashvili rester silencieux, Golovko en conclut que l’exposé est terminé. En comptant un à deux hélicoptères par navire en plus des deux porte-avions, on est au delà de 40 hélicoptères dont la seule mission est de chercher et détruire son groupe sous-marin. Comment rester optimiste dans ces conditions ?

- Bien. Cela nous ouvre des pistes. Pawlik ! Envoyez les ordres suivants au groupe.

K-463, nom de code Pokorenie*, approchez la TF par le sud. Forte probabilité qu’un sous-marin soit présent dans la zone. Trouvez-le et coulez-le.

K-278, nom de code Mor*, approchez la TF par le sud-est. Engagez tout sous-marin détecté si nécessaire.

K-360, nom de code Golod*, approchez par le nord. Engagez tout sous-marin détecté si nécessaire.

A tous les sous-marins, sur tout le théâtre, vous êtes susceptibles d’être repérés par les moyens aériens ennemis. A 100nm de la TF, vous opérerez dans la zone de détection des TASS. A 40-50nm, vous serez à portée des sonars de coque du Vincennes. Vous avez carte blanche contre toute cible d’opportunité. Agissez en conséquence. Nous vous ferons parvenir toute information indispensable à votre mission.

- Ordres transmis capitaine. »

Bien. Maintenant il faut déterminer exactement comment attaquer cette taskforce.

« Cap 2-4-5, 13 nœuds, profondeur 112 pieds.

- Cap 2-4-5 ! 13 nœuds ! 112 pieds ! 

L’ordre se répercute sans accroc.

- Capitaine Iashvili, commissaire Sverdlov, dans ma cabine.

- Bien capitaine ! »

---

*ASROC : version américaine de la roquette anti-sous-marine. L’ASROC en question, le RUR-5A-Mod 4, projette une torpille Mk. 46 mod 5 (torpille US standard) à 10 nm. Le retard américain est clairement visible quand on la compare aux RPK-6 et surtout 7 dont dispose mes sous-marins.

* Pokorenie = Conquête, Mor = Peste/Pestilence, Golod = Famine

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17h40 – dans la cabine du capitaine Golovko

 

Sans surprise, c’est Sverdlov qui ouvre la discussion.

« Quel est votre plan d’action, capitaine ?

- Je n’ai pas encore décidé, camarade Sverdlov. La mission est délicate, il nous faut analyser la composition de la flotte en détails avant d’arrêter un plan. Pour le moment, j’estime qu’une approche par l’est-sud-est laisse un ensemble large de cibles à notre portée. Ce qui est certain, c’est qu’il nous faut avant tout couler les frégates anti-sous-marines autour de la TF, et idéalement les sous-marins qui nous séparent de la TF elle-même, c’est l’ordre que j’ai donné au groupe. J’ai des idées assez précises, mais je veux vos avis. »

Sverdlov renifle fortement. Iashvili, qui termine de lire les fiches techniques de l’escorte, prend la parole.

- A en croire les clichés, l’ennemi a formé plusieurs anneaux défensifs autour des deux porte-hélicoptères. Chaque anneau dispose de capacités de détection sous-marine avancées. Nous n’atteindrons jamais le cœur de la force ennemi si on n’élimine pas d’abord les anneaux ext... 

Sverdlov ne lui laisse pas le temps de terminer.

- Les cibles prioritaires ne sont pas l’escorte capitaine Iashvili, mais les porte-hélicoptères.

Golovko coupe court.

- Il faut réduire les capacités ennemies si l’on veut frapper au cœur de leur flotte. Un porte-aéronef sans escorte ne vaut plus rien. Reprenez.

Iashvili continue.

- Cependant, il faudrait agir vite alors que nous ne disposons que de trois jours. Et plus on se rapproche du cœur de la flotte, plus l’ennemi disposera de moyens de nous détecter et de nous détruire. Je ne sais pas si nous avons la puissance de feu nécessaire pour cela.

 

Le regard de Sverdlov se noircit. Il fixe Iashvili. Encore un mot de trop qui pourrait être mal interprété par le commissaire.

- Capitaine Iashvili, votre manque d’enthousiasme est nuisible au bon déroulement de cette mission.

- Je ne fais que soulever des questions techniques et donner mon avis comme le capitaine Golovko nous a invité à le faire.

- Et je trouve votre avis bien trop négatif. J’en arrive presque à croire que vous ne voulez même pas tenter d’accomplir cette mission.

- Camarades, cela suffit, interrompt Golovko. Nous mènerons cette mission à bien dans les temps exigés, capitain Iashvili, ceci est indiscutable. Ce n’est pas pour autant qu’il nous faut ignorer les contraintes qui se présentent à nous.

- Quelles contraintes ? Vous devez couler ces deux porte-hélicoptères, répliqua Sverdlov.

- J’ai lu et relu notre ordre de mission et je suis au courant.

- Alors pourquoi n’ordonnez-vous pas d’ouvrir le feu contre lesdits porte-hélicoptères? Le GRU a identifié et localisé le premier et estime, avec une forte certitude, la position du second.

L’impatience de cet homme. Il lui manque clairement des notions de tactique.

- La TF ne se limite pas à ses porte-hélicoptères.

- Vous disposez de 24 missiles pour les couler, cela devrait suffire !

- Et ensuite quoi ? Les sous-marins partis de Kola pourront toujours être repérés par la douzaine de navires restants et coulés à loisir par l’aviation américaine.

- Avez-vous besoin de 24 missiles pour couler DEUX porte-hélicoptères ?

Golovko soupire bruyamment. Ce commissaire trop zélé va lui causer des problèmes.

- Sverdlov, vous êtes un commissaire politique et non un stratège ou même un homme de guerre. Vous n’avez pas la moindre idée des capacités de défense anti-missile de la TF. Au cœur de celle-ci, il y a le Vincennes, un croiseur soi-disant conçu pour intercepter les missiles en approche. Il se pourrait bien que les 24 missiles suffisent juste à couler deux ou trois navires s’ils sont couverts par l’Aegis, et il se pourrait même que les deux porte-hélicoptères soient en fait intouchables.

- Cette histoire d’Aegis c’est de la propagande ennemie. Vous ne pouvez pas vous laisser berner comme cela. On n’arrête pas une balle avec une autre balle ! Ils devraient tirer des dizaines de missiles pour intercepter les nôtres.

- Il suffit que ce croiseur ait la moitié des capacités estimées pour faire échouer une attaque directe contre les deux porte-aéronefs. Il y a toute une myriade d’autres navires autour susceptibles de l’appuyer et ruiner ce plan. Propagande ou pas.

- Serait-ce du défaitisme que j’ent…

Golovko tape du poing sur la table.

- Où vous croyez-vous Sverdlov ? A Stalingrad en 1942 ? Vous voyez du défaitisme alors que vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’est la vie sous-marine. La guerre, vous l’avez apprise dans les livres. C’est très bien, mais cela ne fait pas de vous un tacticien. Vous n’avez pas la moindre idée de des forces face auxquelles nous sommes envoyés. Vous êtes à bord de ce navire depuis moins de six mois et…

- Si ce n’est pas du défaitisme, c’est de l’insubordination. Vous avez l’ordre de couler ces deux porte-hélicoptères, vous en avez les moyens et vous ne le faites pas.

- Je dispose surtout des moyens de mettre à l’épreuve les capacités anti-missiles du CG 49. Le GRU serait sans doute ravi d’en apprendre plus ses capacités d’interceptions, mais ce que vous exigez, Sverdlov, c’est que l’on fonce droit dans le piège tendu par l’OTAN. La TF est une véritable invitation à tirer nos Granit, que le Vincennes se fera un plaisir d’intercepter. C’est ce qu’ils veulent. Une fois l’arsenal vidé, nous n’aurons plus aucun moyen de les couler sans approcher la flotte, donc son escorte. C’est ce qu’ils veulent ! Ne vous en déplaise, je suis l’officier commandant de ce navire, je ne veux plus vous entendre suggérer ou exiger un tir immédiat contre le Garibaldi et l’Illustrious.

Sverdlov fusille du regard Iashvili, puis Golovko.

- Vous avez intérêt à savoir ce que vous faîtes. Si dans trois jours ces porte-hélicoptères sont toujours debout, je ferai en sorte que vous soyez affectés dans un bureau mal chauffé dans un lointain oblast en Sibérie. Et vous Iashvili, vous êtes au bord de la trahison, alors ressaisissez-vous.

C’en était trop.

- Sverdlov, quittez immédiatement ma cabine.

 

Le commissaire s’exécute sans un mot, la rage dans le regard. L’équipage n’a pas besoin de ça, pas en ces instants critiques. Il va falloir régler le problème, et vite. Iashvili a complètement ignoré l’échange entre les deux hommes et griffonne quelque chose sur un bout de papier.

- Capitaine Iashvili ?

- Oh, pardon capitaine. Je me suis permis d’utiliser votre stylo.

- Ca je le vois. Êtes-vous sur une piste ?

- Et bien, peut-être. Pendant que Sverdlov se remémorait les glorieuses heures de la grande guerre patriotique, j’ai réfléchi un peu. Mais je vais avoir besoin d’une feuille supplémentaire.

- Prenez, et expliquez-moi le tout.

- Bien. Comme vous l’avez si bien dit, une attaque de front contre le cœur de la flotte me paraît contre-productif. Mais je me demande si une attaque séquentielle contre chaque anneau défensif ne serait pas elle aussi sous-optimisée. Je dois affiner un peu mes calculs, mais voici approximativement les capacités de la flotte ennemie, divisée par secteurs, en fonction de leur position estimée autour du Vincennes. Au sein d’un secteur, j’ai noté les capacités des différents navires.

- En étant défaitiste quant aux navires inconnus, je suppose ?

Iashvili comprend le bon mot et sourit en coin.

- Effectivement capitaine. Les sous-marins sont clairement une menace immédiate, c’est aussi la plus proche et il faudrait donc l’éliminer en premier. D’un autre côté, il faudrait les approcher de près pour une attaque à la torpille, ou tirer nos roquettes et risquer d’être immédiatement repérés. C’est risqué. Je crois en revanche que l’on peut cibler certains vaisseaux de l’escorte, les plus efficaces contre les sous-marins, avec nos missiles, pour ensuite achever les navires les plus vulnérables à la torpille.

 

Iashvili tend un petit tableau improvisé à son capitaine.
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- Si j’en crois les données fournies par le GRU, il y a par exemple deux Spruance dans l’escorte, qui peuvent repérer et engager nos sous-marins de loin et qui possèdent un puissant sonar de coque. Ceux-là doivent être éliminés au Granit. A l’opposé, nous avons au moins deux Manchester qui ne disposent pas de sonars tractés et sont donc dans l’impossibilité de contrer une menace venant d’en dessous de la thermocline.

 

Golovko est agréablement surpris. Derrière le pessimisme d’Iashvili se cache visiblement un esprit vif.

- Vous tenez quelque chose. Terminez vos calculs et revenez vers moi quand vous aurez fini, je crois qu’ils seront indispensables pour déterminer notre action.

Golovko se prépare à quitter sa cabine, mais Iashvili l’interrompt.

- A vrai dire, je peux déjà vous suggérer six cibles. Regardez.

Iashvil tourne son schéma du côté de Golovko.

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- Regardez l’anneau défensif extérieur. A en croire les informations du GRU, nous avons à l’est deux groupes de deux navires, à chaque fois un F-40 Sirius et, au choix, un F-85 Cornwall, un F-92 Boxer ou un F-88 Broadsword. Soyons pessimistes et admettons qu’il s’agit à chaque fois d’un F-85 qui dispose des meilleurs sonars.

- C’est peu probable, un F-85 a été formellement identifié.

- Pessimisme, capitaine, pessimisme. Et de toute façon, mon argument est aussi valide avec un F-92. Les deux navires ont des sonars tractés portant à 100 nm et le Cornwall a un radar de coque portant à 40 nm. Ils sont cependant assez loin du cœur de la flotte et semblent remplir un rôle analogue à celui des deux destroyers Spruance à l’ouest de la flotte : ceux d’observateurs avancés.

 

Golovko prend quelques secondes pour réfléchir à la situation et vérifier les données fournies par le GRU.

- Poursuivez.

- Les Spruance sont à l’opposé de la flotte par rapport à nous, donc les cibler ne conduira à rien de très concluant. Les quatre frégates sont en revanche entre le cœur de la flotte et nous. Je crois que le Vincennes plus à l’ouest ne pourra rien pour eux. Nous pourrions faire sauter la moitié de l’anneau défensif extérieur en éliminant des navires spécialisés dans la détection anti-sous-marine.

 

Iashvili est arrivé, seul, à la même conclusion que lui. Il a vraiment du potentiel.

- Combien de navires estimez-vous devoir détruire obligatoirement avec nos missiles ?

- Huit. Les six navires que je vous ai indiqué ainsi que le F-85 Cornwall et un dernier navire qui pourrait là encore être un F-85, un F-88 ou un F-92, identifiés au cœur de la flotte et protégés par le Vincennes. Les autres navires de surface ne disposent pas de bonnes capacités de détection sous la thermocline. Une fois ces navires équipés d’un TASS éliminés, nous aurons les coudées franches.

- Je reste sceptique quand à une attaque contre les deux frégates autour du Vincennes mais je valide complètement votre suggestion de première frappe. Retournez à votre poste. Et faîtes attention avec Sverdlov. Il ne vous a pas à la bonne.

- Bien capitaine »

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Sur le pont du K-148 Krasnodar « Smiert’ »

Pawlik accueille encore une fois le capitaine à son retour sur le pont.

« Capitaine, Kosmos 1834 a repéré deux autres sous-marin, au nord et au sud de la flotte ennemie, à environ 90 nm.

- J’aurais été surpris s’ils avaient laissé une telle faille dans leur dispositif. Envoyez ces informations au reste du groupe. Restez en VLF, nous sommes de toutes façon encore loin d’eux et nous avons tout le temps de transmettre l’information.

- Bien capitaine. Il y a également un hélicoptère de surveillance électronique déployé au nord-est de la flotte, et deux Sea Harrier en vol. »

Cet hélicoptère est à éviter comme la peste. Il sera susceptible de repérer tout missile tiré depuis la mer.

 

18h18

Les dernières informations reçues par satellites sont suffisamment précises pour ordonner un tir.

« Préparer six P-700. Quatre contre la cible identifiée en tant que FFG#5 et deux contre le F-40 Sirius #15.

- Missiles armés et cibles enregistrées capitaine. Nous sommes prêts à tirer.

Les sous-marins ennemis sont loin, l’hélicoptère de surveillance hors de portée. Aucun contact de bouées sonores qui pourraient trahir un avion volant au-dessus n’a été repéré.

- Feu.

Les tubes lance-missiles du Krasnodar crachent les six Granit en quelques secondes.

- P-700 en vol, capitaine.

 

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- SATCOM établie pour les dix missiles.

Grâce au système de guidage perfectionné du P-700 Granit, Golovko peut suivre en temps quasi-réel la trajectoire des missiles. Les missiles se rapprochent progressivement de la position estimée des cibles.

- SATCOM perdue. Les missiles passent en guidage autonome.

Mauvais calcul. Les Granit, en autonome, sont obligés voler un peu plus haut pour acquérir leur cible, ce qui les rend plus vulnérables.

 

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- Les missiles ont acquis leurs cibles capitaine. Fort brouillage électronique. Premier missile détruit. Deuxième missile détruit. Troisième missile détruit.

Il imagine sans peine les missiles tirés en défense par les navires ennemis, mais ils n’apparaissent nulle part sur les écrans.

- ECM contre le quatrième missile échoue. Leurres contre le quatrième missile sans effet. Impact ! Cinquième missile détruit. Sixième missile… Impact ! Les deux cibles ont été détruites, capitaine.

C’était juste.

- Excellent. Nous attendrons une ultime confirmation des satellites. C’est un bon début. »

Si le Vincennes est plus performant encore, il faudra revoir l’attaque au missile contre les frégates qui l’entourent. Il est 18h27.

 

Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou, 18h24

Markov reçoit le dernier rapport. Ce Golovko est malin. Son tir de missiles a manqué de peu d’être intégralement guidé par satellite. La flotte a réagi en déployant ses contre-mesures électroniques, ça pourrait bien permettre d’identifier certains navires.

« Klinksi, j’ai un Spruance qui a activé des contre-mesures électroniques, le second n’a rien fait. Tu as quelque chose là-dessus ?

Quelque secondes plus tard, il a sa réponse.

- Baseline n’a pas de contre-mesures installées, VLS oui, on peut conjecturer qu’on a les deux variantes dans la flotte.

- Excellent. D’autres différences entre les deux navires ?

- Eh bien… Oui, en effet. Et ça intéressera nos sous-marins. La version VLS ne dispose pas d’ASROC.

- Pardon ?

- Vous m’avez bien entendu, capitaine. La version équipée de VLS ne peut lancer de roquettes sous-marines. Il n’est équipé que de torpilles classiques.

 

Markov éclate de rire.

- Sacrés américains. Ils mettent au point un lanceur plus efficace mais dégradent les capacités de leurs navires faute de missiles susceptibles d’être lancés depuis leur nouvelle plateforme. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Transmettez immédiatement ces informations au Krasnodar, il n’y a pas de raison que je sois le seul à rire aujourd’hui. »

 

- - - 

 

 

Navires coulés : 

1x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)
1x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
2-4x hélicoptères embarqués.

 

Total : 6900-7800t, 472-523 membres d'équipage)

Modifié par Rhysaxiel

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18h32 – sur le pont du Smiert’

« Capitaine, Golistyno-2 a identifié l’un des deux destroyers américains.

- Ce sont des Spruance, nous le savons déjà.

- Eh bien, à en croire le GRU, le Spruance le plus au nord est un modèle VLS, à lanceur de missiles vertical, et celui du sud très certainement un modèle d'origine. Ils ajoutent que le VLS ne dispose pas de la capacité de tirer des ASROC.

- Seulement des torpilles ?

- C'est ce qu'ils semblent nous indiquer.

 

Excellent, se dit Golovko. Cela fait une cible prioritaire en moins et évite donc de devoir tourner tout autour de la flotte ennemie. Iashvili reprend immédiatement son stylo et se remet à griffonner ses tableaux et son schéma.

- J’ai également un message du K-278. Le capitaine Timoschenko rapport de nombreuses bouées actives, certaines à très courte distance. Il pense ne pas être repéré mais se lance dans des manœuvres d’évasion.

- Merci Pawlik. »

 

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Le calvaire commence. Contre les bouées, il n’y a pas grande chose à faire, si ce n’est jouer avec la thermocline et la vitesse, espérer que l’ennemi lance au moins deux bouées actives pour déterminer la ligne formée par les bouées passives les accompagnant, et qu’aucune ne tombe pile sur le sous-marin. Après ça, il faut traverser ces lignes. Si Timoschenko a bien retenu la leçon, il traversera là où figuraient les bouées actives une fois celles-ci hors service, généralement après une à trois heures.

 

Le capitaine Iashvili sort la tête de ses fiches et reprend la parole.

« Cela simplifie la situation, capitaine.

Disant cela, il tend à Golovko son schéma, à peine modifié. Les calculs sont limpides et ses conclusions similaires : il préconise toujours de cibler le groupe de frégates sud-est, mais a retiré de sa liste le Spruance VLS, qui peut être approché et coulé à la torpille sans qu’il ne puisse riposter.

- Messieurs, nous allons laisser le Spruance VLS au K-360. Quant à nous, nous allons dans un premier temps détruire ce groupe (il pointe le groupe sud-est) puis manœuvrer par le sud pour obtenir une solution de tir contre le Spruance VLS

- Et après, capitaine ? S’enquit Sverdlov.

- Nous réévaluerons la situation. J’ai deux idées pour le moment. D’une part un pari, sous la forme d’un dernier barrage de missiles contre la TF, avec comme cibles principales le Vincennes, puis le Cornwall et le Boxer. Si le Vincennes coule, l’ennemi ne disposera plus de sonar portant à plus de 16 nm. Si nous nous débarrassons des trois, il n’aura plus que de faibles VDS portant à 5 nm comme moyens de détection sous la thermocline. A partir de là, déterminer un angle d’attaque devrait être aisé, mais je pense qu’avec douze missiles, c’est peine perdue.

- Et votre deuxième idée ?

- Après la manoeuvre visant à éliminer le groupe sud-est et le Spruance Baseline, éliminer les deux D550 au sud de la TF.

Iashvili tourne soudainement la tête vers Golovko, visiblement surpris.

- Ces cibles ne représentent aucun danger, capitaine.

- Je sais, mais les éliminer nous ouvriraient la voie aux deux porte-avions par le sud.

- Vous ne pensez pas qu’un autre sous-marin pourrait le couler à la torpille et vous donner l’opportunité de frapper une cible plus prioritaire ?

- Pour être tout-à-fait honnête, votre suggestion est la meilleure. Mais elle présuppose que nous aurons deux sous-marins en position pour attaquer le groupe à la torpille et nous offrir une solution de tir contre de nouvelles cibles. Vu notre disposition, ce serait le K-360 au nord et le K-268 ou le K-463 au sud. Autant le K-360, selon les derniers rapports, me parait dans une bonne situation, autant les deux autres me semblent loin ou en difficulté face à de nombreuses bouées. Il va falloir fracturer le sud de l'anneau défensif nous-même.

- Vous n’envisagez toujours pas de frapper les porte-hélicoptères ? Sverdlov. Evidemment.

- Si, mais uniquement quand la TF aura perdu les moyens de nous repérer efficacement par elle-même. Sans l’appui de ses sonars, les hélicoptères de l’Illustrious et du Garibaldi sont presque aveugles. Il reste évidemment les Orion et Nimrod partant d’Ecosse et d’Islande, mais nous ne pouvons rien contre eux, si ce n’est tenter de naviguer le plus discrètement possible.

- J’en prends note, capitaine. »

Impossible de lire le sentiment de Sverdlov sur son visage. Approbation ? Résignation ? Est-ce un masque pour camoufler un sentiment plus négatif ?

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19h47 - Sur le pont du K-360 « Golod’ »

Si on en croit les informations transmises par le ZEVS, le reste du groupe rapporte la présence d’hélicoptères usant de leurs sonars tractés à environ 40nm autour de la flotte ennemie. Le capitaine Algirdas Kastals regarde sur sa carte la position estimée du sous-marin ennemi le plus proche, identifié comme un classe Los Angeles, et sa position calculée pour dans deux heures.

 

« Nouveau cap, 2-3-4, maintenez les 5 nœuds et la profondeur à 200 pieds.

- Cap 2-3-4 capitaine ! »

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Passer au sud de sa position, poursuivre vers la flotte ennemie tout en gardant une solution de tir contre le Los Angeles au cas où les informations satellites le trianguleraient avec précision. Puis passer l’anneau défensif des hélicoptères. Rien de plus simple !

 

23 août 1987, 01h36 – sur le pont du Smiert’

Golovko regarde dépité les dernières données reçues. Le passage de trois satellites combinés offre une image très précise de la zone, mais les roquettes anti-sous-marines ne sont pas des Granit, elles ont besoin d’une cible assez précise*, et la tête chercheuse de l’USET qui y est attachée ne permet pas de prendre le risque d’un tir au jugé sauf à sacrifier les deux roquettes. Le Sturgeon est largement à portée, mais il faudra attendre pour le cibler. Le prochain passage de satellites sera peut-être le bon.

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01h47 - Sur le pont du Golod’

« Capitaine ! Selon les dernières données satellites, nous sommes trop au sud pour engager le Los Angeles.

Kastals tape du poing sur la table.

- Eh #####. Les satellites, ça ne sert à rien s’ils ne sont précis que toutes les six heures. On oublie le sous-marin. Envoyez un message au ZEVS. Sous-marin hors de portée. Entamons l’infiltration de la flotte ennemie.

- Le message est en cours de transmission capitaine. Il sera envoyé d’ici 30 minutes.

- Bien. Maintenez le cap. »

Le commissaire Hodorovski se tourne vers lui, un demi-sourire sur le visage.

« Pas de sous-marin pour vous cette fois, capitaine.

- Si l’océan entier et les airs n’étaient pas en train de nous chercher inlassablement, il servirait de refuge aux poissons depuis bien longtemps.

- Message aux américains : vous avez énervé le capitaine Kastals. Planquez-vous.

Depuis le poste de communications, la voix du lieutenant Rosenberg demande, en retenant un rire :

- Vous souhaitez transmettre ce message, commissaire ?

- Ne vous dissipez pas, Rosenberg ! Et c’est moi qui donne les instructions ici, pas ce vieux débris d’Hodorovski !

- Bien capitaine ! »

 

Ils gardent le moral. Ce n’est pas de trop avec cette mission suicide. Il faut absolument maintenir l’illusion que tout est sous contrôle. Les hélicoptères ennemis décrivent un cercle autour de la flotte. Il faut passer au travers de ce cercle sans être repéré ni par les sonars tractés ni par les MAD*, ni par le sous-marin ennemi juste au nord. Ça promet.

 

---

* Les RPK-6 et 7 ont besoin d’une zone d’incertitude maximale de 1.2nm  pour pouvoir être tirés, sauf à vouloir faire un tir au jugé. Avec le passage des derniers satellites, l’incertitude est de 1.4nm.

* MAD : détecteur d’anomalie magnétique (Magnetic Anomaly Detector). C’est le système le plus bête qui soit pour repérer un sous-marin. Une fois le champ magnétique local connu, par les recherches ou l’exploration scientifique, il est aisé de détecter des variations. Or, l’une des plus grosses sources d’anomalies sont les grandes masses de métaux magnétiques, c’est-à-dire les sous-marins. La contre-mesure à ce moyen de détection est de démagnétiser la coque, en envoyant un courant générant un champ magnétique contraire. C’est généralement utile contre les petits MAD héliportés, mais ceux embarqués par les P-3 Orion restent efficaces à moindre portée. Le principal défaut des MAD est leur portée qui va rarement au-delà du mile nautique : il faut vraiment tomber sur le sous-marin ennemi pour le trouver. En trois jours, et avec une demi-douzaine d’avions en vol, il est probable que ça se produise.

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