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Rhysaxiel

[CMANO] Sous une mer de flammes

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[CMANO] Sous une mer de flammes

 

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Victor Vasnetsov, Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse/Чотири вершники Апокаліпсиса, 1887

 

Jeu : Command Modern Air Naval Operations Wargame of the year edition.

Scénario : The Second day of World War III, 1987 : the Four Horsemen

Camp : URSS

 

Contexte : Troisième Guerre Mondiale, 1987- ?

Date : 22 août 1987

 

Introduction

Le 20 juillet 1987 vers 03h40 du matin, le HMS Amazon est coulé alors qu’il suivait à la trace un sous-marin soviétique près de Gibraltar en Méditerranée. Les circonstances de l’accident sont obscures, mais le pouvoir britannique, tout particulièrement Margaret Thatcher, a immédiatement accusé l’URSS d’avoir délibérément attaqué la frégate britannique et demandé réparations et excuses officielles.

 

Le Politburo a de son côté rejeté toute responsabilité et blâmé le comportement irresponsable du navire britannique dans une période plutôt propice à la détente. Radio Moscou affirme par ailleurs que le sous-marin qui a prétendument coulé l’Amazon est lui aussi perdu, laissant entendre qu’il s’agirait d’une collision involontaire et non d'un torpillage. Cette version est immédiatement rejetée par la Première Ministre britannique qui maintient une ligne dure face aux soviétiques. A Moscou, Gorbatchev ne peut résister face aux membres les plus conservateurs du Politburo qui voient dans cet événement une provocation de l’occident qui cherche déjà à profiter de la faiblesse de plus en plus patente de l’Union. Alors qu’officiellement, les diplomates américains et russes doivent se réunir à Reykjavik, une réponse militaire est décidée.

 

Les négociations autour de la perte de l’Amazon sont parasitées par la question d’un nouveau traité sur le désarmement nucléaire et d'une désescalade militaire conventionnelle en Europe, opportunément avancé par les diplomates soviétiques. Les discussions sur ce sujet annexe avancent étonnamment vite. L’Union soviétique joint le geste à la parole en ordonnant le départ de plusieurs unités stationnées en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie. Au sein de l’OTAN, ce signe d’apaisement est perçu comme la preuve supplémentaire de la fébrilité croissance de l’URSS et raffermit Thatcher dans sa position. Samedi 20 août, la délégation soviétique demande un jour de pause dans les négociations pour contacter Moscou et formuler une réponse concrète sur ce traité. Les semaines passées, plusieurs Spetnaz sont arrivés en Islande, prétendant être des touristes ou du personnel diplomatique.

 

Dimanche 21 août, peu après minuit, grâce à leur réseau d’informateurs dans le pays et une cache d’armes dans les sous-sols de l’ambassade d’URSS à Reykjavik, le commando spetnaz lance une attaque surprise contre le centre de contrôle SOSUS islandais. La station est détruite mais le commando ne peut prolonger son attaque contre la base de Keflavik elle-même, et parvient à se replier sans pertes. Au même moment, un violent incendie se déclare à l’ambassade soviétique et consume tout le bâtiment. Il n’y a pas de victimes, mais le lendemain, le personnel diplomatique est introuvable. La pause demandée le 20 était une ultime feinte, qui a mieux réussi que prévu.

 

Dans la même nuit, quatre bombardiers Tu-16, profitant du calme induit par les négociations à Reykjavik, de la négligence britannique et d’un plan de vol atrocement rallongé pour éviter la couverture radar, rasent intégralement la station de contrôle SOSUS écossaise, tuant l’ensemble du personnel militaire. De fait, la ligne de bouées sous-marines SOSUS, conçue pour détecter tout sous-marin souhaitant soviétique entrer dans l’océan atlantique et donc élément majeur de la défense de l’OTAN dans la région, est totalement inutilisable faute de stations actives. Les bouées émettent dans le vide. La porte de l’Atlantique est grande ouverte. Quant aux unités soviétiques en RDA, l’annonce de leur départ offre une superbe justification pour leur mise en mouvement. Au lieu d’aller vers Varsovie, comme elles en donnent l'impression les premiers jours, elles filent droit vers l’ouest.

 

En accord avec la doctrine de la « stratégie maritime », la marine américaine dépêche immédiatement en mer de Norvège un groupe aéronaval complet formé autour de trois porte-avions, le CV 43 Coral Sea, le CV 62 Independence et le CVN 71 Theodore Roosevelt, dans le but de mettre la pression sur les forces navales soviétiques et menacer leurs sous-marins lanceurs d’engins protégés dans le bastion de la Mer de Barents pour les y confiner. Comme attendu, ce groupe aéronaval est attaqué dès les premières heures du conflit par des moyens aériens, maritimes et sous-marins soviétiques. Pour l’heure, cette bataille pour l’Arctique n’a pas de vainqueur.

 

De plus, pour combler le trou béant causé par la perte du SOSUS, l’OTAN regroupe la quasi-totalité de ses forces non encore engagées dans la région, incluant le STANAVFORLANT (Standing Naval Force in the Atlantic), pour former un groupe anti-sous-marin mobile tel que le monde n’en a jamais connu. La Task Force Horton, nommée ainsi en l’honneur de l’architecte de la Seconde Bataille de l’Atlantique Admiral Sir Max Kennedy Horton, est composée de deux porte-hélicoptères –en fait, deux porte-avions convertis en porte-hélicoptères anti-sous-marin- et une de dizaines de navires, sous-marins et avions dernier cri, soutenus par des avions de patrouille maritime basés au sol en Islande et en Ecosse. Cette task force est une véritable machine à broyer des sous-marins.

 

Le haut commandement soviétique ne peut ignorer cette task force, mais il ne peut pas non plus grand-chose contre elle. Tant que la bataille de la mer de Norvège ne désigne pas de vainqueur, ou plutôt, de survivant, il est impossible de rediriger la moindre force contre cette menace inédite. Tout ce que les soviétiques peuvent envoyer consiste en quatre sous-marins nucléaires de première ligne, déployés avant même le début des hostilités autour de Jan Mayen.

 

Pour permettre aux sous-marins soviétiques d’entrer dans l’Atlantique, ce quartet doit neutraliser la TF Horton en trois jours.

 

 

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Ah, toujours ! Bon, ça ne se concrétise pas (encore) en poste universitaire, mais il y a des pistes très sérieuses pour les prochains mois. On croise les doigts :D
Et entre deux dossiers de demande de bourses et de post-doc, on joue à Command :)

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A bord du K-148 Krasnodar, 22 août 1987, 17h10

« Nouvelles instructions, capitaine !

- Faites-les suivre. »

Le capitaine de premier rang Sergueï Vassilievitch Golovko regarde fébrilement la fine feuille de papier que lui tend le jeune lieutenant Yuri Pawlik. Enfin des nouvelles du haut commandement. A côté de lui, le commissaire Nikolaj Sverdlov affiche une impatience indue. Golovko retient sous souffle et lit.

 

« De : Flotte du Nord - Ordre du Drapeau Rouge
: Commandant, groupe sous-marin 24

 

Situation :
La majorité des forces disponibles au sein de la Flotte du Nord est toujours engagée contre le groupe aéronaval (GAN) américain entré en mer de Norvège hier. Les pertes de notre aviation navale, de notre flotte de surface et de nos sous-marins sont effroyables, mais il semble que le GAN américain ait aussi subi de lourds dégâts.

La majeure partie de notre flotte sous-marine sort actuellement de nos bases de la péninsule de Kola. Les forces anti-sous-marines (ASM) de l’OTAN ont été mobilisées plus vite que nous ne l’escomptions. Il nous est impossible de simplement forcer le blocus américain en espérant que nos sous-marins survivent. Pour réaliser notre poussée dans l’Atlantique, il faut briser la force ASM de l’OTAN.

 

Forces ennemies :
Le groupe OTAN contient deux porte-hélicoptères configurés pour la lutte ASM et au moins un croiseur Aegis. Le reste de l’escorte est principalement composée de vaisseaux ASM dernier cri, équipés de nombreux hélicoptères et de sonars tractés. Grâce à notre effort du premier jour, l’ennemi ne dispose pas du SOSUS dans cette zone.

Forces alliées :
En tant que commandant du groupe sous-marin 24, vous avez sous vos ordres les sous-marins suivants :
                - K-148 Krasnodar (Pr. 949A)

Révélation

PLARK-949A Antey (OTAN : Oscar-II) 

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Navire de commandement et principale force de frappe du groupe. C'est un immense sous-marin, parmi les plus volumineux du monde. Il joue le rôle de capital ship au sein de la flotte soviétique grâce à sa capacité à frapper loin et fort. Le perdre serait un désastre.

 

L'Antey transporte 24 missiles P-700 Granit (OTAN : SS-N-Shipwreck), sans doute l'arme la plus dangereuse, et de loin, pour la TF Horton. Avec une portée de 300 nautiques, une charge utile de 750kg, une vitesse d'approche de 1600 noeuds (3000 km/h) et un système de guidage mixte satellite-inertie particulièrement robuste face aux contre-mesures, il a de quoi donner des sueurs froides à tout navire ennemi, sauf peut-être les AEGIS spécifiquement conçus pour les contrer.

 

Il dispose aussi de roquettes anti-sousmarines RPK-6 Vodopad et RPK-7 Vodopeï. Le concept est simple : une torpille n'a qu'une portée limitée, mais si on la monte sur un missile, elle peut aller beaucoup plus loin. La RPK-6 porte à 22 nm, la RPK-7 à 54. Ainsi, à distance, l'Antey est une menace très sérieuse contre les sous-marins censés le traquer. A courte portée, le sous-marin dispose de l'USET-80, torpille filoguidée qui n'a rien à envier à ses équivalents américains, et la 65-76 KIT, conçue contre les navires lourds, susceptibles de couler un porte avions en un seul coup. Il peut aussi riposter à l'aide de la terrifiante VA-111 Shkval : une torpille à super cavitation et à charge nucléaire atteignant les 200 nœuds. Dans cette mission, la doctrine interdit leur emploi.

 

Histoire de compléter l'arsenal, l'Antey est un des rares sous-marins à disposer... D'une batterie de missiles anti-aérien. Il s'agit de bien faibles 9K34 Strela-3 (OTAN : SA-N-8 Gremlin) portant à 3nm à peine, mais cela peut toujours constituer une surprise contre un ennemi trop ambitieux.

 

Fiche technique complète :

Révélation

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                - K-278 Komsomolets (Pr. 685)

Révélation

PLA-685 Plavnik (OTAN : Mike)

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Sous-marin d'attaque soviétique de conception un peu dépassée : sans TASS (sonar tracté), il ne peut surveiller les deux côtés de la thermocline (voir plus bas). Son équipement inclus les roquettes RPK-6, les torpilles filoguidées USET-80 et la Shkval. Il peut atteindre 31 nœuds, mais reste in fine peu maniable.

 

Fiche technique complète :

Révélation

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                - K-360 (Pr. 671RTM)

Révélation

PLA-671RTM Shchuka (OTAN : Victor III)

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On change de crèmerie avec le Shchuka. Plus maniable et à peine moins rapide (30 noeuds) que le Plavnik, il dispose d'un TASS portant à 70nm et des dernières torpilles soviétiques, l'USET, la KIT et la RPK-7. Comme l'Antey, il dispose d'une batterie de missiles 9K34. Sa signature sonar est très réduite comparée aux deux sous-marins précédents, ce qui en fait un vrai sous-marin d'attaque.

 

Fiche technique complète :

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                - K-463 (Pr. 705)

Révélation

PLA-705K Lira (OTAN : Alfa)

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Ce navire est connu pour sa vitesse hallucinante : 42 noeuds ! Sa coque est en titane, donc démagnétisée. Il est un peu le pendant sous-marin des MiG-25 et 31, un vaisseau d'interception capable d'arriver rapidement sur une zone pour frapper un grand coup avant de semer ses poursuivants. Sa taille est réduite grâce à l'utilisation d'un réacteur rapide à caloporteur plomb, extrêmement compact, ce qui lui donne une excellente maniabilité. L'armement embarqué déçoit un peu plus : des 53-65WH non guidées, et des SET-65M à portée réduite contre les sous-marins, des RPK-6 et la Shkval, non aidées par l'absence de TASS.

 

Révélation

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Vous avez également l’accès, en priorité absolue, aux informations fournies par notre constellation de satellites EORSAT et SIGINT, ainsi que nos satellites d’imageries en temps réel. Nous n’avons pas de RORSAT à radar actif en orbite pour le moment.

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Mission :
L’OTAN semble avoir concentré toute sa flotte ASM en une seule et unique formation surpuissante, soutenue massivement par des appareils basés au sol, des hélicoptères et des sous-marins. Ce groupe vogue actuellement entre l’Islande et l’Ecosse.

Votre mission est d’infliger des dommages irréparables à cette force, idéalement en coulant les deux porte-hélicoptères et un maximum de navires d’escorte. Vos cibles prioritaires sont les deux porte-hélicoptères. L’usage de l’arme nucléaire n’est pas, je répète, PAS autorisé. Vous avez trois jours pour remplir cet objectif.

 

Exécution :
Vous avez carte blanche. La doctrine demande normalement un effort naval, aérien et sous-marin conjoint pour une telle attaque, mais nous avons jeté le manuel au feu dès le premier jour. Le haut commandement estime que vous utiliserez au mieux les forces à votre disposition.

Bonne chance.

 

Commandement et signaux :
Commandement : K-148 Krasnodar
Signaux : EMCON B, émissions moyennes. »

 

La situation est bien pire qu’espérée. Il s’attendait à une mission d’infiltration, à une traversée du GIUK*, à l’attaque d’un convoi ou d’un groupe de navires isolé, mais pas à une telle mission. Golovko respire bruyamment ce qui ne manque pas d’attirer l’attention des officiers sur le pont. Il se ressaisit immédiatement.

« Capitaine Iashvili et commissaire Sverdlov, dans ma cabine, immédiatement. Le reste de l’équipage est ordonné aux postes de combat.

- Aux postes de combat !

L’ordre se répercute immédiatement dans tous les compartiments du sous-marin et ouvre la voie à une étrange symphonie de pas de course sur le métal.

- Profondeur 112 pieds, vitesse nulle. Lieutenant Pawlik, attendez des informations supplémentaires sur la fréquence prioritaire, restez en VLF*. Quand je sors je veux toutes les informations que vous aurez reçues entre temps.

- Bien capitaine ! »

 

Quelques minutes plus tard, les appelés se retrouvent dans la cabine du capitaine. Golovko expose la situation et les ordres. Le premier à prendre la parole est le capitaine de second rang et officier en second Guennadi Iashvili.

« Demande autorisation de parler franchement.

- Accordée.

- Le haut commandement demande à un groupe de sous-marin de s’attaquer à une flotte entièrement conçue pour chasser les sous-marins. Autant demander à une mouche de chasser une araignée.

- Cette mission n’a rien d’une promenade de santé, capitaine Iashvili, mais elle n’a rien d’une mission suicide non plus.

Iashvili ne semble pas convaincu.

- Nous disposons de toute l’information fournie par nos satellites. Nous partons avec un avantage immense : nous savons exactement où voguent nos cibles et leur nature, alors qu’ils ne savent ni combien nous sommes, ni où nous sommes, ni même si nous recevront un appui aérien depuis Kola. 

- C’est vrai capitaine, mais nous n’avons jamais été entraînés pour faire face à une telle situation. Nous allons devoir improviser…

Golovko l'interrompt.

- Vous ne savez sans doute pas quoi faire effectivement. C’est normal, et c’est pour cela que je suis commandant de ce groupe sous-marin.

 

Il faut couper court à tout semblant de défaitisme. Iashvili est jeune, inexpérimenté quoique talentueux, mais le commissaire Sverdlov est un homme un peu trop zélé, qui cadre mieux dans le paysage de la bataille pour l’usine de tracteurs Dzerjinski que dans ce sous-marin. Face à lui, il se fera manger tout cru.

- Vous avez un plan, capitaine ? Demande Sverdlov.

- Dès que Pawlik me fera parvenir les premiers résultats satellites, j’aurai les informations nécessaires pour en dresser un. Iashvili, que vous ayez des doutes est compréhensible, mais je ne veux pas les voir sur le pont. L’équipage ne doit pas sentir votre inquiétude.

Le regard d’Iashvili se raffermit à cette injonction.

- Bien capitaine !

- Fin de la discussion. Retournons sur le pont.

Iashvili quitte la pièce le premier. Sverdlov interpelle alors Golovko.

- Capitaine. J’espère que vous saurez tenir Iashvili. Le combat n’a pas encore commencé que je vois déjà poindre du défaitisme en lui. Dans ces moments un tel sentiment est à proscrire.

- Il est jeune, commissaire, mais je le sais bourré de talent. Il sera rassuré quand nous obtiendrons les premiers résultats face à cette flotte ennemie.

- Il vaut mieux pour lui. Et pour vous.

Sans rien ajouter, il quitte à son tour la cabine.

 

----

* GIUK : Greenland - Iceland - United Kingdom, soit la zone comprise entre le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni, zone stratégique pour l'OTAN car elle conditionne l'accès à l'océan atlantique pour l'Union soviétique.
* VLF : Very Low Frequency, Très Basse Fréquence (3-30Hz) utilisée pour les communications avec les sous-marins.

 

Notes sur la guerre sous-marine :

Révélation

Comprendre la guerre sous-marine nécessite de s'intéresser à plusieurs phénomènes physiques, et notamment la thermocline. La température de l'eau dépend de la profondeur et de la température ambiante. Près de la surface, la température est élevée, alors qu'elle est d'environ 4° passé 80-200m (la profondeur exacte dépend de nombreux facteurs). Loin de baisser de manière linéaire, la température subit en fait une chute très brutale passé une profondeur donnée, plusieurs dizaines de mètres. La température influe grandement sur la capacité des sonars à capter quelque chose, selon leur fréquence.

 

La thermocline est donc une bande, qui correspond à la zone où la température chute brutalement. Être d'un côté ou de l'autre de la thermocline réduit considérablement votre capacité à capter ce qui se passe de l'autre côté. Être DANS la thermocline vous isole, dans une certaine mesure, des deux côtés de la thermocline, mais dans une certaine mesure seulement. Il vaut mieux avoir toute la thermocline entre l'ennemi et vous qu'une partie seulement. De plus, dans la thermocline, vous êtes globalement aveugles, y compris face aux autres sous marins dans la thermocline. Le TASS est la réponse partielle à ce problème. Le sonar, tracté au bout d'un câble, peut être placé sous la thermocline tandis que le sous-marin reste au dessus. Le sonar de coque du sous-marin écoute donc au-dessus de la thermocline, tandis que son TASS écoute en dessous. Sans TASS, vous êtes condamnés à ne saisir qu'une partie de la situation.

 

Face au risque de bouées sonores, des TASS ennemis puis, si j'arrive à m'approcher de la TF, des sonars de coque (qui, logiquement, ne peuvent écouter qu'au dessus de la thermocline), une approche consiste à voguer dans la thermocline pour s'isoler à la fois des bouées larguées au-dessus que de celles larguées en dessous. 

 

Par extension, si un sonar en surface, ou au-dessus de la thermocline, éprouve des difficultés à repérer quelque chose en dessous, il en va de même pour les communications. Passé quelques mètres de profondeur, un sous-marin ne capte quasiment plus rien, à moins d'avoir recours aux fréquences VLF ou ELF. Le problème est alors double. De telles fréquences rendent l'envoi de longs messages terriblement lents (400-700 mots par minutes pour le VLF à quelques lettres pour l'ELF) en plus de ne fonctionner qu'à sens unique. En effet, pour émettre à de telles fréquences, il faut des antennes immenses, impensables pour les sous-marins. Pour des communications ELF, cette antenne antenne aurait un diamètre de plusieurs milliers de kilomètres. La station ZEVS utilise un ingénieux système de dipôles terrestres et génère une puissance qui nécessiterait une antenne dont le diamètre ferait le quart de la Terre pour être transmise si elle l'était par des moyens classiques. Command ne gère pas cela mais, par RP, je garde autant que faire se peut un sous-marin à bonne profondeur pour une communication VLF au moins.

 

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Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou, 17h00

« Vous devrez vous installer ici avec votre équipe, capitaine.

Le capitaine Markov, du Sixième Bureau du GRU, prend place autour de la table désignée et laisse à son équipe le temps de s’installer. Il se tourne vers son hôte, Aleksander Bortchak.

- Cela ira. Nous avons besoin de toutes les informations en temps réel pour l’ensemble des satellites indiqués ici et d’une ligne directe avec le ZEVS*.

Disant cela, il tend une courte liste.

- J’ai besoin des prédictions de passage de ces satellites sur cette position, approximative, pour les trois prochains jours.

Bortchak la parcours rapidement.

- Je peux vous avoir ces informations d’ici cinq minutes, la ligne est déjà établie, nous avons reçu les ordres en avance.

Markov sourit.

- Excellent. Au travail, messieurs ! »

 

Sans dire un mot, son équipe ouvre quantité de dossiers et allume le gros ordinateur qui est mis à leur disposition. Quelques minutes plus tard, les premiers rapports SIGINT lui parviennent. La task-force ennemie est massive.

« J’ai une première identification, capitaine. Il y a un AEGIS au cœur de la flotte, l’USS Vincennes, class Ticonderoga.

- Vous en êtes certain ?

- Oui, le satellite a clairement repéré les émissions d’un AN/SPS-49(V) 7 AEGIS*. Impossible de se tromper avec un appareil comme celui-là… »

 

A 17h15, un premier rapport, assez basique, est transmis en urgence à Mourmansk.

---

*ZEVS : Station soviétique de communication en ondes ELF (3-30Hz), capables de se diffuser en profondeur, contrairement aux fréquences plus élevées, et donc d’envoyer des messages aux sous-marins même en profondeur. La lenteur de communication fait qu’ils se limitent à quelques mots ou un ordre de remonter près de la surface pour recevoir plus d’instructions.

* Les soviétiques ne nommaient sans doute pas l’appareil ainsi, avec sa dénomination américaine. Vous me pardonnerez cet écart !

 

17h25 – sur le pont du K-148 Krasnodar

Golovko retourne sur le pont.

« Pawlik ?

- Nous avons reçu les premiers rapports de nos satellites. Le haut commandement n’a pas menti, nous recevons les données. Ces Tselina zr EORSAT sont de petites merveilles, capitaine, et quand on vous a parlé de temps réel, on ne vous a pas menti. Golitsyno-2 nous envoie toutes les informations aussi vite qu’ils le peuvent, et ne sont ralentis que par les limites de nos systèmes de communications à cette profondeur.

- Et que nous envoient-ils ?

- Vous n’allez pas être déçus. L’ennemi doit s’attendre à une ou plusieurs attaques aériennes car il navigue tous feux allumés. Du coup, plusieurs navires sont déjà identifiés et on a une idée très approximative de leur formation.

- Identifiés ?

- Oui capitaine. On dirait qu’une équipe du GRU est mobilisée rien que pour nous. Elle a repéré deux sous-marins et dix-sept navires de surface à partir de leurs émissions, et a même pu en identifier quelques uns. Le premier porte-hélicoptères est le Garibaldi, le second l’Illustrious, et les deux sont couverts par un Aegis identifié comme l’USS Vincennes. Une fois leur position définie, je pourrai vous donner plus de détails sur leur escorte. Golitsyno-2 devrait nous fournir tout cela dans les minutes qui viennent.

- Bien. Dites-le moi quand vous en savez plus.

- Reçu, capitaine. »

 

Golovko balaie la salle du regard. Il sait que l’équipage attend quelques mots sur la mission à venir.

« Messieurs. Le haut commandement nous a confié une mission capitale. Entre Kola et l’Atlantique, notre objectif ultime, il n’y a qu’une escadre, dédiée à la chasse sous-marine.

Premiers remous sur le pont.

- Si nous l’éliminons, notre flotte sous-marine pourra semer la terreur dans les convois de l’ennemi et empêcher tout renfort en Europe. Si nous l’éliminons, nos camarades qui se battent en Allemagne obtiendront la victoire à moindre coût, et nous sauverons la vie de nombre d’entre eux.

Les regards semblent s’éclairer quelque peu.

- Camarades ! La victoire ne saurait être acquise sans éliminer cette « task force ». Nos forces ont déjà fait extrêmement mal à leur dispositif de détection sous-marine. Cette task force est leur dernière chance de nous empêcher de triompher. Il nous faut faire payer à l’ennemi son arrogance, et remporter la guerre qu’il nous a imposée.

- Hourra !

- C’est pour cela que la mission qui nous est confiée est difficile. Une mission aussi décisive ne saurait être simple. On ne saurait gagner une guerre facilement. Camarades ! Je veux vous voir à vos postes avec toute la ferveur dont vous êtes capables, car de votre engagement dépend la victoire de la Mère Patrie ! Les quatre sous-marins de notre groupe couleront cette flotte. Pour les Américains, nous serons les quatre cavaliers, annonciateurs de l’Apocalypse !

- Hourra ! Hourra ! Hourra !

 

Les craintes du capitaine Iashvili semblent s’estomper, pour le moment. Ses hourras se joignent à ceux de ses camarades, mais un bref regard vers Sverdlov confirme à Golovko que le procès pour défaitisme n’est pas très loin pour le jeune Géorgien. Patience Sverdlov, patience ! Pour le moment, son numéro de patriotisme a convaincu. L’injonction de son officier en second est toutefois juste, cette mission est suicidaire. Les données satellites ont intérêt à être précises, sans quoi les missiles seront inutiles. Reprenant son poste, le jeune Géorgien lui glisse discrètement :

- Référence sympathique, capitaine. Vous avez l’intention de renommer votre sous-marin ?

- Et pourquoi pas. Smiert’*, vu ce que l’on va infliger à l’ennemi, ne serait pas volé. »

Il n’allait tout de même pas dire qu’il était amateur de ce groupe de Thrash metal américain dont il a obtenu illégalement les disques au marché noir il y a deux ans !

---

* Smiert' = Mort.

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17h36

« Capitaine, j’ai les informations que vous demandiez. Golitsyno-2 nous indique que le GRU a identifié la quasi-totalité de l’escorte. Ils nous envoient les informations pertinentes sur les navires identifiés et potentiels. Le groupe est entre l’Islande et les Féroé. Vu le volume de données attendu, il serait judicieux de passer en HF. Capitaine.

- Bien. Remonter à 66 pieds.

- 66 pieds ! »

Au fur et à mesure que Pawlik lit les informations, le capitaine Iashvili les reproduit sur une carte.

 

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Golovko prend connaissance du résultat final. Les positions sont très approximatives mais cela suffira pour définir un plan d’action. Le GRU a mis les moyens. Dans les minutes qui suivent, Pawlik fait suivre les fiches techniques de tous les navires identifiés. Une mine d’or.

 

« Voici comment ça se présente, capitaine. Deux sous-marins, de classe Sturgeon, encadrent la TF à 90-100 nm de distance. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils naviguent radars allumés.

 

Sous-marin nucléaire d'attaque SSN 637 Sturgeon

Révélation

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- Je crois, dit Golovko, qu’ils cherchent à repérer tout tir de missile depuis les profondeurs, et jouent le rôle de postes avancés avec leurs TASS et leurs radars.

- C’est une bien mauvaise utilisation d’un sous-marin.

- Je suis d’accord. Laissons-les gâcher leur potentiel, ça nous arrange. Cependant, il y a un problème dans la formation ennemie. Deux sous-marins couvrent la TF à l’est et à l’ouest, mais le nord et le sud semblent vulnérables. C’est inconcevable, il doit forcément y avoir au moins un sous-marin en embuscade de chaque côté. Et ceux-là voguent tous feux éteints on dirait. J’en avertirai les K-360 et K-278. Poursuivez.

- Il y a ensuite six navires aux quatre coins de la force ennemie, qui semble former un premier anneau défensif à 25-30 nm. A l’ouest, deux destroyers de classe Spruance, mais dont on ne sait la configuration exacte.

- Destroyers anti-sous-marins, ils ont des ASROC* et des TASS efficaces. On ne s’en approche pas.

 

Destroyers DD-963 Spruance [Baseline]

Révélation

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Destroyers DD-963 Spruance [VLS]

Révélation

 

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- A l’est, les navires sont groupés par paires, un F-40 Sirius avec une frégate qui est soit un F-85 Cornwall, soit un F-88 Broardsword, soit un F-92 Boxer.

 

Frégate anti-sous-marine F-40 Sirius [Type 12I Leander Batch 2TA]

Révélation

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Frégate F-88 Broadsword [Type 22 Batch 1]

Révélation

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Frégate F-92 Boxer [Type 22 Batch 2]

Révélation

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Frégate F-85 Cornwall [Type 22 Batch 3]

Révélation

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- Des frégates anti-sous-marines.

- Et de bonne, capitaine. Leurs TASS portent très loin, il est inconcevable de les approcher sous la thermocline.

 

Cela fait beaucoup de "cibles prioritaires" pour ses missiles. A courte distance, les TASS entendent aussi dans et au-dessus de la thermocline, tout comme un sonar de coque peut entendre sous la thermocline une cible toute proche. Cela complique une attaque à la torpille tant que l’ennemi dispose d’hélicoptères en grand nombre pour riposter. Et les ASROC des Spruance… Il vaut mieux ne pas s’y frotter.

- Je suis d’accord. Poursuivez.

- La disposition du reste de la flotte apparaît un peu plus confuse. Il semblerait qu’au cœur du dispositif se trouve le Vincennes, ce qui serait logique, et que les deux porte-avions soient rangés à ses côtés pour bénéficier de la couverture de l’AEGIS. Il faut ajouter à cela un F-85 Cornwall et un second navire, un F-88, ou un F-85 ou un F-92. On ne sait pas s’ils sont aux côtés du Vincennes, d’un des porte-avions, ou s’ils occupent une autre position au cœur de la flotte.

- Attendez, le premier F-85 dont vous me parlez, là, a été identifié avec certitude ?

- Oui capitaine.

- Alors dans les autres cas, il s’agit seulement de F-88 ou F-92.

- Vous ne croyez pas à une ruse de guerre américaine ?

- En plus de celle qui consiste à utiliser le radar des sous-marins, vous voulez dire ?

Un grand sourire illumine le visage d’Iashvili.

- Vous marquez un point.

 

Croiseur AEGIS CG-49 Vincennes [Ticonderoga Baseline 1, Mk26]

Révélation

La Némésis des missiles de l'Antey. Le Vincennes est la principale raison pour laquelle cette mission est si difficile. L'AEGIS qu'il embarque permet de repérer et de tailler en pièces un nombre impressionnant de missiles ennemis en approche, même les formidables Granit dont je dispose. Loin de se limiter à ce rôle, il possède d'un puissant sonar de coque et d'ASROC, ce qui fait que même une approche à la torpille est difficile, avant même de prendre en compte les TASS des frégates qui l'accompagnent.

 

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Révélation

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Porte-avions léger R-06 Illustrious [Invincible class]

Révélation

Première cible.
Ce navire est le petit frère de l'Invincible, envoyé avec succès dans les Malouines. Dans ce scénario, il est configuré en tenant compte de l'expérience de l'Invincible contre l'Argentine : 12 hélicoptères et 9 avions. Etant un porte-avions, ses défenses sont limitées hormis contre les missiles, l'escorte est là pour le protéger.

 

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Révélation

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Porte-avions léger C-551 Giuseppe Garibaldi

Révélation

Deuxième cible
Premier navire italien repéré dans la TF Horton, le Garibaldi est un drôle de zèbre. Comme un porte-avions soviétique, il dispose d'un armement qui est rarement vu sur ce genre de vaisseaux : des missiles anti-navires, en l'occurence des Otomat mk. 2. Contrairement aux PA soviétiques, ces missiles sont globalement mauvais et surtout surpassés par les capacités de son escorte. Hormis cela, il dispose, comme l'Illustrious, d'une défense anti-missile légère. Les configurations possibles sont 16 Harriers ou 18 hélicoptères, ou une combinaison des deux. Il me semble qu'il ne contient que des hélicoptères dans ce scénario.

 

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Révélation

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- Ce groupe semble entouré de six autres navires. Deux d’entre eux, au nord, sont très certainement des D-95 Manchester, deux autres, à l’est et à l’ouest, seraient des D-570 Maestrale, et les deux derniers, au sud, sont des D-550 Audace. Si j’en crois les données fournies, ce sont des navires plutôt médiocres dans la lutte anti-sous-marine, mais capable de fournir une protection contre les missiles en approche, en soutien du Vincennes, et surtout de déployer leurs hélicoptères.

 

Destroyer D-95 Manchester [Type 42 Batch 3]

Révélation

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Destroyer D-570 Maestrale

Révélation

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Destroyer D-550 Audace

Révélation

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Voyant Iashvili rester silencieux, Golovko en conclut que l’exposé est terminé. En comptant un à deux hélicoptères par navire en plus des deux porte-avions, on est au delà de 40 hélicoptères dont la seule mission est de chercher et détruire son groupe sous-marin. Comment rester optimiste dans ces conditions ?

- Bien. Cela nous ouvre des pistes. Pawlik ! Envoyez les ordres suivants au groupe.

K-463, nom de code Pokorenie*, approchez la TF par le sud. Forte probabilité qu’un sous-marin soit présent dans la zone. Trouvez-le et coulez-le.

K-278, nom de code Mor*, approchez la TF par le sud-est. Engagez tout sous-marin détecté si nécessaire.

K-360, nom de code Golod*, approchez par le nord. Engagez tout sous-marin détecté si nécessaire.

A tous les sous-marins, sur tout le théâtre, vous êtes susceptibles d’être repérés par les moyens aériens ennemis. A 100nm de la TF, vous opérerez dans la zone de détection des TASS. A 40-50nm, vous serez à portée des sonars de coque du Vincennes. Vous avez carte blanche contre toute cible d’opportunité. Agissez en conséquence. Nous vous ferons parvenir toute information indispensable à votre mission.

- Ordres transmis capitaine. »

Bien. Maintenant il faut déterminer exactement comment attaquer cette taskforce.

« Cap 2-4-5, 13 nœuds, profondeur 112 pieds.

- Cap 2-4-5 ! 13 nœuds ! 112 pieds ! 

L’ordre se répercute sans accroc.

- Capitaine Iashvili, commissaire Sverdlov, dans ma cabine.

- Bien capitaine ! »

---

*ASROC : version américaine de la roquette anti-sous-marine. L’ASROC en question, le RUR-5A-Mod 4, projette une torpille Mk. 46 mod 5 (torpille US standard) à 10 nm. Le retard américain est clairement visible quand on la compare aux RPK-6 et surtout 7 dont dispose mes sous-marins.

* Pokorenie = Conquête, Mor = Peste/Pestilence, Golod = Famine

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17h40 – dans la cabine du capitaine Golovko

 

Sans surprise, c’est Sverdlov qui ouvre la discussion.

« Quel est votre plan d’action, capitaine ?

- Je n’ai pas encore décidé, camarade Sverdlov. La mission est délicate, il nous faut analyser la composition de la flotte en détails avant d’arrêter un plan. Pour le moment, j’estime qu’une approche par l’est-sud-est laisse un ensemble large de cibles à notre portée. Ce qui est certain, c’est qu’il nous faut avant tout couler les frégates anti-sous-marines autour de la TF, et idéalement les sous-marins qui nous séparent de la TF elle-même, c’est l’ordre que j’ai donné au groupe. J’ai des idées assez précises, mais je veux vos avis. »

Sverdlov renifle fortement. Iashvili, qui termine de lire les fiches techniques de l’escorte, prend la parole.

- A en croire les clichés, l’ennemi a formé plusieurs anneaux défensifs autour des deux porte-hélicoptères. Chaque anneau dispose de capacités de détection sous-marine avancées. Nous n’atteindrons jamais le cœur de la force ennemi si on n’élimine pas d’abord les anneaux ext... 

Sverdlov ne lui laisse pas le temps de terminer.

- Les cibles prioritaires ne sont pas l’escorte capitaine Iashvili, mais les porte-hélicoptères.

Golovko coupe court.

- Il faut réduire les capacités ennemies si l’on veut frapper au cœur de leur flotte. Un porte-aéronef sans escorte ne vaut plus rien. Reprenez.

Iashvili continue.

- Cependant, il faudrait agir vite alors que nous ne disposons que de trois jours. Et plus on se rapproche du cœur de la flotte, plus l’ennemi disposera de moyens de nous détecter et de nous détruire. Je ne sais pas si nous avons la puissance de feu nécessaire pour cela.

 

Le regard de Sverdlov se noircit. Il fixe Iashvili. Encore un mot de trop qui pourrait être mal interprété par le commissaire.

- Capitaine Iashvili, votre manque d’enthousiasme est nuisible au bon déroulement de cette mission.

- Je ne fais que soulever des questions techniques et donner mon avis comme le capitaine Golovko nous a invité à le faire.

- Et je trouve votre avis bien trop négatif. J’en arrive presque à croire que vous ne voulez même pas tenter d’accomplir cette mission.

- Camarades, cela suffit, interrompt Golovko. Nous mènerons cette mission à bien dans les temps exigés, capitain Iashvili, ceci est indiscutable. Ce n’est pas pour autant qu’il nous faut ignorer les contraintes qui se présentent à nous.

- Quelles contraintes ? Vous devez couler ces deux porte-hélicoptères, répliqua Sverdlov.

- J’ai lu et relu notre ordre de mission et je suis au courant.

- Alors pourquoi n’ordonnez-vous pas d’ouvrir le feu contre lesdits porte-hélicoptères? Le GRU a identifié et localisé le premier et estime, avec une forte certitude, la position du second.

L’impatience de cet homme. Il lui manque clairement des notions de tactique.

- La TF ne se limite pas à ses porte-hélicoptères.

- Vous disposez de 24 missiles pour les couler, cela devrait suffire !

- Et ensuite quoi ? Les sous-marins partis de Kola pourront toujours être repérés par la douzaine de navires restants et coulés à loisir par l’aviation américaine.

- Avez-vous besoin de 24 missiles pour couler DEUX porte-hélicoptères ?

Golovko soupire bruyamment. Ce commissaire trop zélé va lui causer des problèmes.

- Sverdlov, vous êtes un commissaire politique et non un stratège ou même un homme de guerre. Vous n’avez pas la moindre idée des capacités de défense anti-missile de la TF. Au cœur de celle-ci, il y a le Vincennes, un croiseur soi-disant conçu pour intercepter les missiles en approche. Il se pourrait bien que les 24 missiles suffisent juste à couler deux ou trois navires s’ils sont couverts par l’Aegis, et il se pourrait même que les deux porte-hélicoptères soient en fait intouchables.

- Cette histoire d’Aegis c’est de la propagande ennemie. Vous ne pouvez pas vous laisser berner comme cela. On n’arrête pas une balle avec une autre balle ! Ils devraient tirer des dizaines de missiles pour intercepter les nôtres.

- Il suffit que ce croiseur ait la moitié des capacités estimées pour faire échouer une attaque directe contre les deux porte-aéronefs. Il y a toute une myriade d’autres navires autour susceptibles de l’appuyer et ruiner ce plan. Propagande ou pas.

- Serait-ce du défaitisme que j’ent…

Golovko tape du poing sur la table.

- Où vous croyez-vous Sverdlov ? A Stalingrad en 1942 ? Vous voyez du défaitisme alors que vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’est la vie sous-marine. La guerre, vous l’avez apprise dans les livres. C’est très bien, mais cela ne fait pas de vous un tacticien. Vous n’avez pas la moindre idée de des forces face auxquelles nous sommes envoyés. Vous êtes à bord de ce navire depuis moins de six mois et…

- Si ce n’est pas du défaitisme, c’est de l’insubordination. Vous avez l’ordre de couler ces deux porte-hélicoptères, vous en avez les moyens et vous ne le faites pas.

- Je dispose surtout des moyens de mettre à l’épreuve les capacités anti-missiles du CG 49. Le GRU serait sans doute ravi d’en apprendre plus ses capacités d’interceptions, mais ce que vous exigez, Sverdlov, c’est que l’on fonce droit dans le piège tendu par l’OTAN. La TF est une véritable invitation à tirer nos Granit, que le Vincennes se fera un plaisir d’intercepter. C’est ce qu’ils veulent. Une fois l’arsenal vidé, nous n’aurons plus aucun moyen de les couler sans approcher la flotte, donc son escorte. C’est ce qu’ils veulent ! Ne vous en déplaise, je suis l’officier commandant de ce navire, je ne veux plus vous entendre suggérer ou exiger un tir immédiat contre le Garibaldi et l’Illustrious.

Sverdlov fusille du regard Iashvili, puis Golovko.

- Vous avez intérêt à savoir ce que vous faîtes. Si dans trois jours ces porte-hélicoptères sont toujours debout, je ferai en sorte que vous soyez affectés dans un bureau mal chauffé dans un lointain oblast en Sibérie. Et vous Iashvili, vous êtes au bord de la trahison, alors ressaisissez-vous.

C’en était trop.

- Sverdlov, quittez immédiatement ma cabine.

 

Le commissaire s’exécute sans un mot, la rage dans le regard. L’équipage n’a pas besoin de ça, pas en ces instants critiques. Il va falloir régler le problème, et vite. Iashvili a complètement ignoré l’échange entre les deux hommes et griffonne quelque chose sur un bout de papier.

- Capitaine Iashvili ?

- Oh, pardon capitaine. Je me suis permis d’utiliser votre stylo.

- Ca je le vois. Êtes-vous sur une piste ?

- Et bien, peut-être. Pendant que Sverdlov se remémorait les glorieuses heures de la grande guerre patriotique, j’ai réfléchi un peu. Mais je vais avoir besoin d’une feuille supplémentaire.

- Prenez, et expliquez-moi le tout.

- Bien. Comme vous l’avez si bien dit, une attaque de front contre le cœur de la flotte me paraît contre-productif. Mais je me demande si une attaque séquentielle contre chaque anneau défensif ne serait pas elle aussi sous-optimisée. Je dois affiner un peu mes calculs, mais voici approximativement les capacités de la flotte ennemie, divisée par secteurs, en fonction de leur position estimée autour du Vincennes. Au sein d’un secteur, j’ai noté les capacités des différents navires.

- En étant défaitiste quant aux navires inconnus, je suppose ?

Iashvili comprend le bon mot et sourit en coin.

- Effectivement capitaine. Les sous-marins sont clairement une menace immédiate, c’est aussi la plus proche et il faudrait donc l’éliminer en premier. D’un autre côté, il faudrait les approcher de près pour une attaque à la torpille, ou tirer nos roquettes et risquer d’être immédiatement repérés. C’est risqué. Je crois en revanche que l’on peut cibler certains vaisseaux de l’escorte, les plus efficaces contre les sous-marins, avec nos missiles, pour ensuite achever les navires les plus vulnérables à la torpille.

 

Iashvili tend un petit tableau improvisé à son capitaine.
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- Si j’en crois les données fournies par le GRU, il y a par exemple deux Spruance dans l’escorte, qui peuvent repérer et engager nos sous-marins de loin et qui possèdent un puissant sonar de coque. Ceux-là doivent être éliminés au Granit. A l’opposé, nous avons au moins deux Manchester qui ne disposent pas de sonars tractés et sont donc dans l’impossibilité de contrer une menace venant d’en dessous de la thermocline.

 

Golovko est agréablement surpris. Derrière le pessimisme d’Iashvili se cache visiblement un esprit vif.

- Vous tenez quelque chose. Terminez vos calculs et revenez vers moi quand vous aurez fini, je crois qu’ils seront indispensables pour déterminer notre action.

Golovko se prépare à quitter sa cabine, mais Iashvili l’interrompt.

- A vrai dire, je peux déjà vous suggérer six cibles. Regardez.

Iashvil tourne son schéma du côté de Golovko.

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- Regardez l’anneau défensif extérieur. A en croire les informations du GRU, nous avons à l’est deux groupes de deux navires, à chaque fois un F-40 Sirius et, au choix, un F-85 Cornwall, un F-92 Boxer ou un F-88 Broadsword. Soyons pessimistes et admettons qu’il s’agit à chaque fois d’un F-85 qui dispose des meilleurs sonars.

- C’est peu probable, un F-85 a été formellement identifié.

- Pessimisme, capitaine, pessimisme. Et de toute façon, mon argument est aussi valide avec un F-92. Les deux navires ont des sonars tractés portant à 100 nm et le Cornwall a un radar de coque portant à 40 nm. Ils sont cependant assez loin du cœur de la flotte et semblent remplir un rôle analogue à celui des deux destroyers Spruance à l’ouest de la flotte : ceux d’observateurs avancés.

 

Golovko prend quelques secondes pour réfléchir à la situation et vérifier les données fournies par le GRU.

- Poursuivez.

- Les Spruance sont à l’opposé de la flotte par rapport à nous, donc les cibler ne conduira à rien de très concluant. Les quatre frégates sont en revanche entre le cœur de la flotte et nous. Je crois que le Vincennes plus à l’ouest ne pourra rien pour eux. Nous pourrions faire sauter la moitié de l’anneau défensif extérieur en éliminant des navires spécialisés dans la détection anti-sous-marine.

 

Iashvili est arrivé, seul, à la même conclusion que lui. Il a vraiment du potentiel.

- Combien de navires estimez-vous devoir détruire obligatoirement avec nos missiles ?

- Huit. Les six navires que je vous ai indiqué ainsi que le F-85 Cornwall et un dernier navire qui pourrait là encore être un F-85, un F-88 ou un F-92, identifiés au cœur de la flotte et protégés par le Vincennes. Les autres navires de surface ne disposent pas de bonnes capacités de détection sous la thermocline. Une fois ces navires équipés d’un TASS éliminés, nous aurons les coudées franches.

- Je reste sceptique quand à une attaque contre les deux frégates autour du Vincennes mais je valide complètement votre suggestion de première frappe. Retournez à votre poste. Et faîtes attention avec Sverdlov. Il ne vous a pas à la bonne.

- Bien capitaine »

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Sur le pont du K-148 Krasnodar « Smiert’ »

Pawlik accueille encore une fois le capitaine à son retour sur le pont.

« Capitaine, Kosmos 1834 a repéré deux autres sous-marin, au nord et au sud de la flotte ennemie, à environ 90 nm.

- J’aurais été surpris s’ils avaient laissé une telle faille dans leur dispositif. Envoyez ces informations au reste du groupe. Restez en VLF, nous sommes de toutes façon encore loin d’eux et nous avons tout le temps de transmettre l’information.

- Bien capitaine. Il y a également un hélicoptère de surveillance électronique déployé au nord-est de la flotte, et deux Sea Harrier en vol. »

Cet hélicoptère est à éviter comme la peste. Il sera susceptible de repérer tout missile tiré depuis la mer.

 

18h18

Les dernières informations reçues par satellites sont suffisamment précises pour ordonner un tir.

« Préparer six P-700. Quatre contre la cible identifiée en tant que FFG#5 et deux contre le F-40 Sirius #15.

- Missiles armés et cibles enregistrées capitaine. Nous sommes prêts à tirer.

Les sous-marins ennemis sont loin, l’hélicoptère de surveillance hors de portée. Aucun contact de bouées sonores qui pourraient trahir un avion volant au-dessus n’a été repéré.

- Feu.

Les tubes lance-missiles du Krasnodar crachent les six Granit en quelques secondes.

- P-700 en vol, capitaine.

 

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- SATCOM établie pour les dix missiles.

Grâce au système de guidage perfectionné du P-700 Granit, Golovko peut suivre en temps quasi-réel la trajectoire des missiles. Les missiles se rapprochent progressivement de la position estimée des cibles.

- SATCOM perdue. Les missiles passent en guidage autonome.

Mauvais calcul. Les Granit, en autonome, sont obligés voler un peu plus haut pour acquérir leur cible, ce qui les rend plus vulnérables.

 

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- Les missiles ont acquis leurs cibles capitaine. Fort brouillage électronique. Premier missile détruit. Deuxième missile détruit. Troisième missile détruit.

Il imagine sans peine les missiles tirés en défense par les navires ennemis, mais ils n’apparaissent nulle part sur les écrans.

- ECM contre le quatrième missile échoue. Leurres contre le quatrième missile sans effet. Impact ! Cinquième missile détruit. Sixième missile… Impact ! Les deux cibles ont été détruites, capitaine.

C’était juste.

- Excellent. Nous attendrons une ultime confirmation des satellites. C’est un bon début. »

Si le Vincennes est plus performant encore, il faudra revoir l’attaque au missile contre les frégates qui l’entourent. Il est 18h27.

 

Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou, 18h24

Markov reçoit le dernier rapport. Ce Golovko est malin. Son tir de missiles a manqué de peu d’être intégralement guidé par satellite. La flotte a réagi en déployant ses contre-mesures électroniques, ça pourrait bien permettre d’identifier certains navires.

« Klinksi, j’ai un Spruance qui a activé des contre-mesures électroniques, le second n’a rien fait. Tu as quelque chose là-dessus ?

Quelque secondes plus tard, il a sa réponse.

- Baseline n’a pas de contre-mesures installées, VLS oui, on peut conjecturer qu’on a les deux variantes dans la flotte.

- Excellent. D’autres différences entre les deux navires ?

- Eh bien… Oui, en effet. Et ça intéressera nos sous-marins. La version VLS ne dispose pas d’ASROC.

- Pardon ?

- Vous m’avez bien entendu, capitaine. La version équipée de VLS ne peut lancer de roquettes sous-marines. Il n’est équipé que de torpilles classiques.

 

Markov éclate de rire.

- Sacrés américains. Ils mettent au point un lanceur plus efficace mais dégradent les capacités de leurs navires faute de missiles susceptibles d’être lancés depuis leur nouvelle plateforme. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Transmettez immédiatement ces informations au Krasnodar, il n’y a pas de raison que je sois le seul à rire aujourd’hui. »

 

- - - 

 

 

Navires coulés : 

1x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)
1x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
2-4x hélicoptères embarqués.

 

Total : 6900-7800t, 472-523 membres d'équipage)

Modifié par Rhysaxiel

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18h32 – sur le pont du Smiert’

« Capitaine, Golistyno-2 a identifié l’un des deux destroyers américains.

- Ce sont des Spruance, nous le savons déjà.

- Eh bien, à en croire le GRU, le Spruance le plus au nord est un modèle VLS, à lanceur de missiles vertical, et celui du sud très certainement un modèle d'origine. Ils ajoutent que le VLS ne dispose pas de la capacité de tirer des ASROC.

- Seulement des torpilles ?

- C'est ce qu'ils semblent nous indiquer.

 

Excellent, se dit Golovko. Cela fait une cible prioritaire en moins et évite donc de devoir tourner tout autour de la flotte ennemie. Iashvili reprend immédiatement son stylo et se remet à griffonner ses tableaux et son schéma.

- J’ai également un message du K-278. Le capitaine Timoschenko rapport de nombreuses bouées actives, certaines à très courte distance. Il pense ne pas être repéré mais se lance dans des manœuvres d’évasion.

- Merci Pawlik. »

 

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Le calvaire commence. Contre les bouées, il n’y a pas grande chose à faire, si ce n’est jouer avec la thermocline et la vitesse, espérer que l’ennemi lance au moins deux bouées actives pour déterminer la ligne formée par les bouées passives les accompagnant, et qu’aucune ne tombe pile sur le sous-marin. Après ça, il faut traverser ces lignes. Si Timoschenko a bien retenu la leçon, il traversera là où figuraient les bouées actives une fois celles-ci hors service, généralement après une à trois heures.

 

Le capitaine Iashvili sort la tête de ses fiches et reprend la parole.

« Cela simplifie la situation, capitaine.

Disant cela, il tend à Golovko son schéma, à peine modifié. Les calculs sont limpides et ses conclusions similaires : il préconise toujours de cibler le groupe de frégates sud-est, mais a retiré de sa liste le Spruance VLS, qui peut être approché et coulé à la torpille sans qu’il ne puisse riposter.

- Messieurs, nous allons laisser le Spruance VLS au K-360. Quant à nous, nous allons dans un premier temps détruire ce groupe (il pointe le groupe sud-est) puis manœuvrer par le sud pour obtenir une solution de tir contre le Spruance VLS

- Et après, capitaine ? S’enquit Sverdlov.

- Nous réévaluerons la situation. J’ai deux idées pour le moment. D’une part un pari, sous la forme d’un dernier barrage de missiles contre la TF, avec comme cibles principales le Vincennes, puis le Cornwall et le Boxer. Si le Vincennes coule, l’ennemi ne disposera plus de sonar portant à plus de 16 nm. Si nous nous débarrassons des trois, il n’aura plus que de faibles VDS portant à 5 nm comme moyens de détection sous la thermocline. A partir de là, déterminer un angle d’attaque devrait être aisé, mais je pense qu’avec douze missiles, c’est peine perdue.

- Et votre deuxième idée ?

- Après la manoeuvre visant à éliminer le groupe sud-est et le Spruance Baseline, éliminer les deux D550 au sud de la TF.

Iashvili tourne soudainement la tête vers Golovko, visiblement surpris.

- Ces cibles ne représentent aucun danger, capitaine.

- Je sais, mais les éliminer nous ouvriraient la voie aux deux porte-avions par le sud.

- Vous ne pensez pas qu’un autre sous-marin pourrait le couler à la torpille et vous donner l’opportunité de frapper une cible plus prioritaire ?

- Pour être tout-à-fait honnête, votre suggestion est la meilleure. Mais elle présuppose que nous aurons deux sous-marins en position pour attaquer le groupe à la torpille et nous offrir une solution de tir contre de nouvelles cibles. Vu notre disposition, ce serait le K-360 au nord et le K-268 ou le K-463 au sud. Autant le K-360, selon les derniers rapports, me parait dans une bonne situation, autant les deux autres me semblent loin ou en difficulté face à de nombreuses bouées. Il va falloir fracturer le sud de l'anneau défensif nous-même.

- Vous n’envisagez toujours pas de frapper les porte-hélicoptères ? Sverdlov. Evidemment.

- Si, mais uniquement quand la TF aura perdu les moyens de nous repérer efficacement par elle-même. Sans l’appui de ses sonars, les hélicoptères de l’Illustrious et du Garibaldi sont presque aveugles. Il reste évidemment les Orion et Nimrod partant d’Ecosse et d’Islande, mais nous ne pouvons rien contre eux, si ce n’est tenter de naviguer le plus discrètement possible.

- J’en prends note, capitaine. »

Impossible de lire le sentiment de Sverdlov sur son visage. Approbation ? Résignation ? Est-ce un masque pour camoufler un sentiment plus négatif ?

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19h47 - Sur le pont du K-360 « Golod’ »

Si on en croit les informations transmises par le ZEVS, le reste du groupe rapporte la présence d’hélicoptères usant de leurs sonars tractés à environ 40nm autour de la flotte ennemie. Le capitaine Algirdas Kastals regarde sur sa carte la position estimée du sous-marin ennemi le plus proche, identifié comme un classe Los Angeles, et sa position calculée pour dans deux heures.

 

« Nouveau cap, 2-3-4, maintenez les 5 nœuds et la profondeur à 200 pieds.

- Cap 2-3-4 capitaine ! »

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Passer au sud de sa position, poursuivre vers la flotte ennemie tout en gardant une solution de tir contre le Los Angeles au cas où les informations satellites le trianguleraient avec précision. Puis passer l’anneau défensif des hélicoptères. Rien de plus simple !

 

23 août 1987, 01h36 – sur le pont du Smiert’

Golovko regarde dépité les dernières données reçues. Le passage de trois satellites combinés offre une image très précise de la zone, mais les roquettes anti-sous-marines ne sont pas des Granit, elles ont besoin d’une cible assez précise*, et la tête chercheuse de l’USET qui y est attachée ne permet pas de prendre le risque d’un tir au jugé sauf à sacrifier les deux roquettes. Le Sturgeon est largement à portée, mais il faudra attendre pour le cibler. Le prochain passage de satellites sera peut-être le bon.

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01h47 - Sur le pont du Golod’

« Capitaine ! Selon les dernières données satellites, nous sommes trop au sud pour engager le Los Angeles.

Kastals tape du poing sur la table.

- Eh #####. Les satellites, ça ne sert à rien s’ils ne sont précis que toutes les six heures. On oublie le sous-marin. Envoyez un message au ZEVS. Sous-marin hors de portée. Entamons l’infiltration de la flotte ennemie.

- Le message est en cours de transmission capitaine. Il sera envoyé d’ici 30 minutes.

- Bien. Maintenez le cap. »

Le commissaire Hodorovski se tourne vers lui, un demi-sourire sur le visage.

« Pas de sous-marin pour vous cette fois, capitaine.

- Si l’océan entier et les airs n’étaient pas en train de nous chercher inlassablement, il servirait de refuge aux poissons depuis bien longtemps.

- Message aux américains : vous avez énervé le capitaine Kastals. Planquez-vous.

Depuis le poste de communications, la voix du lieutenant Rosenberg demande, en retenant un rire :

- Vous souhaitez transmettre ce message, commissaire ?

- Ne vous dissipez pas, Rosenberg ! Et c’est moi qui donne les instructions ici, pas ce vieux débris d’Hodorovski !

- Bien capitaine ! »

 

Ils gardent le moral. Ce n’est pas de trop avec cette mission suicide. Il faut absolument maintenir l’illusion que tout est sous contrôle. Les hélicoptères ennemis décrivent un cercle autour de la flotte. Il faut passer au travers de ce cercle sans être repéré ni par les sonars tractés ni par les MAD*, ni par le sous-marin ennemi juste au nord. Ça promet.

 

---

* Les RPK-6 et 7 ont besoin d’une zone d’incertitude maximale de 1.2nm  pour pouvoir être tirés, sauf à vouloir faire un tir au jugé. Avec le passage des derniers satellites, l’incertitude est de 1.4nm.

* MAD : détecteur d’anomalie magnétique (Magnetic Anomaly Detector). C’est le système le plus bête qui soit pour repérer un sous-marin. Une fois le champ magnétique local connu, par les recherches ou l’exploration scientifique, il est aisé de détecter des variations. Or, l’une des plus grosses sources d’anomalies sont les grandes masses de métaux magnétiques, c’est-à-dire les sous-marins. La contre-mesure à ce moyen de détection est de démagnétiser la coque, en envoyant un courant générant un champ magnétique contraire. C’est généralement utile contre les petits MAD héliportés, mais ceux embarqués par les P-3 Orion restent efficaces à moindre portée. Le principal défaut des MAD est leur portée qui va rarement au-delà du mile nautique : il faut vraiment tomber sur le sous-marin ennemi pour le trouver. En trois jours, et avec une demi-douzaine d’avions en vol, il est probable que ça se produise.

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03h11 – Sur le pont du Smiert’

Le passage de Kosmos 1769 n’aide pas à obtenir une meilleure image de la position des sous-marins. Pour ce qui est de la TF Horton en revanche, la situation est toute autre. Le Smiert’ est maintenant dans le prolongement de l’axe que forment les frégates au sud-est avec le cœur de la flotte. La solution de tir est idéale.

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Les dernières informations reçues par satellites sont suffisamment précises pour ordonner un tir.

« Je veux six P-700. Quatre contre FFG#7 et deux contre le F-40 Sirius #9.

- Prêts à tirer, capitaine.

Pour la deuxième fois, Golovko serre les dents en espérant qu’un avion ne soit pas juste au-dessus et susceptible de détecter le tir.

- Faîtes feu.

Les tubes lance-missiles du Krasnodar crachent en les six Granit en quelques secondes.

- P-700 en vol, capitaine.

Le léger remous produit par les missiles quittant leurs tubes se répercute à plusieurs kilomètres, effrayant sans doute plusieurs bancs de poissons à proximité mais, Golovko l’espère, sans alerter les TASS ennemis.

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- SATCOM établie pour les six missiles.

- Espérons que la communication tienne, cette fois.

- Capitaine, on distingue la cavitation des navires-cibles par-dessus les sons de la mer.

Golovko regarde rapidement la carte et l’estimation de la position des Granit. On dirait qu’ils ont navigué plusieurs dizaines de nautiques à portée des radars ennemis sans être repérés. Intéressant.

- Cibles verrouillées. Premier missile détruit. Deuxième missile détruit. Mal fonction sur le troisième missile, j’ai perdu le signal. Quatrième missile détruit. ECM sur le cinquième missile. Une seule bande est brouillée, le missile poursuit sa route. Leurres sans effet… Et impact contre la frégate ! Le sixième missile frappe sa cible.

L’ingénieur qui a eu l’idée d’étendre le radar des missiles sur deux bandes de fréquence* mérite une médaille. Vraiment. Les contre-mesures, déjà peu efficaces de base face à la suite de capteurs du Granit, n’arrivent généralement qu’à le leurrer à moitié. Il suffit au radar de changer de bande et le tour est joué !

- Cibles détruites capitaines.

- Excellent. Qu’ils pensent qu’une flotte de surface leur tire dessus au loin, qu’ils paniquent. On poursuit notre route. Puisqu’on sait maintenant que la TF Horton se dirige vers le nord-est, on met le cap vers l’ouest, pour se placer au sud de sa position. Cap 2-7-9.

- 2-7-9 capitaine ! »

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Prochaine cible, le Spruance Baseline. Dans le Smiert’ tout va bien, mais les rapports des autres sous-marins sont moins optimistes. Pokorenie et Mor sont embourbés dans un dense réseau de bouées et manœuvrent à basse vitesse, et le Golod s’approche dangereusement près de l’anneau défensif formé par les hélicoptères de la flotte. C’est peut-être le plan. Avec ce fou de Kastals, on n’est jamais sûrs de rien. Il est 3h15.

 

---

* bandes de fréquence : un radar, un sonar, une radio etc. fonctionne sur une bande de fréquence, exprimée en Hertz, et qui donne la longueur des ondes utilisées. Brouiller un radar utilisant une certaine fréquence nécessite de brouiller cette même fréquence. Une des meilleures contre-mesures à cela est d’avoir un radar qui travaille sur deux bandes de fréquences ou plus. C’est le cas du Granit, qui utilise les bandes I et J et qu’il faut donc leurrer sur ces deux bandes pour espérer le brouiller complètement.

 

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage) (+1)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273) (+1)

4-8x hélicoptères embarqués. (+2-4)

Total : 13 800-15 600t, 944-1 046 membres d'équipage

 

Modifié par Rhysaxiel
Il manquait un bout du récit !

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Le 27/05/2018 à 19:33, Kretschmer a dit :

Très sympa! Ça me rapelle les parties sur un vénérable simulateur d’ USS Los Angeles dont j’a oublié le nom (fin des années 90)

Ce doit sans doute être Dangerous Waters :)

J'ai lu un petit AAR dessus, sur Real and Simulated War. Il me semble que c'est de la simu hardcore, façon Silent Hunter 2 et 3.

 

 

03h54 - Sur le pont du Golod’

Les pings incessant des radars hélitractés jouent avec les nerfs de l’équipage. Au goût de certains, les hélicoptères sont trop près, beaucoup trop près.

« Capitaine, vous êtes certains que ça ira ?

- Croyez-moi commissaires, ce n’est pas avec leurs radars tractés qu’ils nous repèreront. Profondeur périscopique, immédiatement.

- Bien capitaine.

- Levez le périscope. Rappelez-moi l’azimut du contact.

- 1-7-1 capitaine. »

Kastals prend le contrôle du périscope et cherche vers le sud. Le ciel clair aide à distinguer, malgré la nuit, un hélicoptère dont les pales soulèvent la mer. 4,7 petits miles nautiques les séparent.

«  Transférez notre position au ZEVS ainsi que les coordonnées de l’hélicoptère. Ils pourront déterminer le rayon d’action exact de ces hélicoptères autour de leur flotte. Utilisez la plus haute fréquence possible, ils ont besoin d’informations fraîches.

- Bien capitaine !

- On va faire demi-tour tenter de les prendre de flanc. Cap 0-0-0. Redescendez à 200 pieds.

- Cap 0-0-0 ! 200 pieds. »

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Cinq minutes plus tard, un autre hélicoptère – le même ?- déploie son sonar, quelques nautiques plus à l’ouest à peine.

 

Trois quart d'heure plus tard, un message du ZEVS indique l'information suivante : « Anneau défensif d'hélicoptère avec sonars tractés 38-40 nm autour de la flotte. ». Du travail bien fait.

 

6h32 – Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

Les nouvelles envoyées par le K-463 semblent empirer de minutes en minutes.

« Ils signalent de nouveau un hélicoptère à moins de deux nautiques de leur position. Vous pensez qu’ils tentent de trianguler leur position ?

- On le dirait. Les précédents rapports ne mentionnent pas d’hélicoptère opérant aussi loin de la flotte, ils ont dû être repérés par une bouée passive il y a quelques heures. »

Heureusement pour l’équipage, le K-463 est démagnétisé. Avec un peu de réussite, ils échapperont aux MAD ennemis.

 

7h17 – Sur le pont du K-463 « Pokorenie »

« Nouvelle bouée passive, capitaine, direction 0-8-5, et sonar hélitracté direction 0-7-2. »

Cela fait deux heures que tous les contacts de ce genre sont entre deux et quatre nautiques à l’est de leur position. Jamais plus près, jamais à l’ouest. A l’évidence, ils tentent de le trouver, mais cherchent trop à l’est. Ils tournent autour d'un contact, clairement, mais il est ancien.

« Ils ne savent pas où nous sommes et nous cherchent trop à l’est. Nous allons reprendre notre route vers le nord. Cap 0-1-5, maintenez la vitesse et la profondeur. Maintenez également le silence.

- Cap 0-1-5. »

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8h41 – Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

Le rapport suite au passage de Kosmos 1588 révèle que la flotte fait demi-tour.

«  Transmettez immédiatement cette information à l’ensemble du groupe. C’est capital. Bilinski, passez-moi les positions connues de nos sous-marins.

- Les voici, monsieur. »

K-360 va avoir une mauvaise surprise. Les derniers messages laissaient entendre qu’ils tentaient de s’infiltrer à l’intérieur de l’anneau défensif formé par les hélicoptères. Avec une flotte qui vire maintenant au sud-ouest, il va rester plus longtemps dans la zone de danger. K-463 paraît en mesure de rejoindre la flotte ennemie par le sud, mais K-268 est totalement décalé par rapport au reste du groupe. Les deux semblent avoir survécu aux bouées, mais leur plan de navigation est complètement perturbé.

 

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8h47 – Sur le pont du Smiert’

« Capitaine, Golitsyno-2 nous dit que la flotte ennemie fait demi-tour.

- Pas d’autres informations ?

- Leur vitesse est restée la même, estimée à 7 nœuds. On dispose aussi d’une couverture satellite continue pendant la prochaine demi-heure.

 

Il sera difficile de les rattraper ou même les suivre tout en évitant les bouées qui semblent être plus nombreuses à l’ouest. A chaque nouvelle journée sa situation tactique on dirait.

- Il faut réagir immédiatement. Je veux 4 P-700 Granit, à lancer contre le DD #14 supposé être le Spruance Baseline.

- Missiles prêts, capitaine.

- Feu. Et rechargez immédiatement les tubes après le tir.

Les quatre missiles quittent leurs tubes puis sortent de l’eau, atteignent très vite leur vitesse maximale et filent au loin.

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Trois missiles sont détruits, le quatrième frappe le Spruance de plein fouet et l’envoie par le fond.

 

- Ciblez le DD 500 #10 avec quatre missiles, et le DD 550 #18 avec les quatre derniers.

- Capitaine, vous êtes sûr ?

Sverdlov. Il a pris son quart en même temps que lui et par conséquent, est de nouveau sur le pont.

- Pas maintenant commissaire Sverdlov. Nous ne pourrons pas suivre la TF, je passe donc au plan B.

- Bien, capitaine.

Il quitte immédiatement le pont.

- Missiles parés capitaine.

- Feu !

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Encore une fois, la cavitation des navires ennemis manœuvrant pour esquiver révèle avec précision leur position.

- Vous ne trouvez pas que leur réaction est très tardive, capitaine ?

- Que voulez-vous dire, capitaine Iashvili ?

Il prend un feutre et marque deux points sur la carte.

- Les missiles étaient à peu près ici. Or, je reprends la fiche du Vincennes, mais leur super-radar censé guider l’AEGIS porte à 250 nautiques. Ils auraient du les repérer au moment du tir. Or, il y en a tout au plus quarante nautiques entre la flotte et nos missiles. Je me demande dans quelle mesure ce ne sont pas les Audace qui ont repéré les Granit et non le Vincennes. Nos missiles volent trop près des vagues pour être efficacement repérés.

- Belle prise ! Il faut prévenir le haut commandement de la flotte immédiatement. Ce genre d’information les intéressera. Pawlik, fai-

- C’est déjà en cours de transmission capitaine.

Ils sont réactifs. C’est bien. Le moral est haut.

- Deux missiles détruits, le troisième frappe sa cible, le quatrième poursuit sa route vers le cœur de la flotte... Et est détruit. Le deuxième groupe de missiles détruit également sa cible capitaine.

- Bien. Le reste est entre les mains des autres sous-marins.

 

Maintenant, il faut aller désamorcer la situation avec Sverdlov.

- Iashvili, prenez le relai.

- Bien capitaine. Officier en second aux commandes !

- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)

7-14x hélicoptères embarqués (+ 3-6)

1x DD 963 Spruance, supposé Baseline (8035t, 334 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)

Total : 29 735-31 535t, 2 038 – 2 140  membres d'équipage

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Toujours aussi sympa

Les américains se maintiennent à 7 nd ? alors qu'ils changent de route. bizarre, ou alors ils escortent une de tes cibles seulement blessée peut être (sentimentalisme coupable à mon avis)

Ils se comportent un peu comme les moutons à l'abatoir non? je suis surpris que les destroyers restent gentiment en rideau défensif plutôt qu'alterner des run à 30 noeud et des écoutes sous prairie masker.

 

Le rôle du satellite est décisif.

Modifié par Kretschmer

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Je les trouve aussi très peu réactifs, surtout les sous-marins en fait.

Pour le moment, je suis à peu près certain que les américains n'ont pas le moindre datum contre mes navires, donc l'IA ne sait pas où me chercher. Je pense que ce sera l'enfer dès qu'ils auront une piste, vu les hélicos dont ils disposent.

 

Le noyau du groupe, autour des deux porte-avions, est impossible à diviser sans rendre l'un des deux vulnérables. Le Vincennes ne peut pas tout couvrir, l'Olwen qui apparaît occasionnellement est là pour fournir des munitions aux Vincennes, et la frégate britannique attachée à chaque PA est nécessaire, sans quoi je pourrais couler tout ce beau monde de dessous la thermocline sans même me fatiguer. Cela fait déjà 6 navires d'immobilisés. Les Maestrale et ce que je suppose être des Manchester sont inaptes à la chasse sous-marine faute de TASS. En restant groupés, ils ont fait en sorte que ce soit les Audace qui prennent. Si ça avait été le Garibaldi, c'eut été un désastre.

 

Les seules menaces pour le moment sont les Spruance, réduit à un seul navire, qui ne sait pas encore où chercher, et surtout l'aviation. Ça ne se voit pas, mais les US ont déjà largué plusieurs centaines de bouées depuis une douzaine de patrouilleurs maritimes. On verra les chiffres des équipements utilisés à la fin de la partie, mais ça promet de donner le tournis :DCe sera beaucoup plus délicat une fois près du cœur de la flotte. A portée de torpille, les TASS britanniques entendront les tirs. A moi de faire en sorte que ce soit trop tard pour eux à ce moment-là !

 

Les satellites sont totalement essentiels pour approcher la flotte ennemie, c'est d'ailleurs le twist du scénario : un groupe sous-marin contre une force censée la réduire en miette sans sourcilier... Oui mais un groupe de sous-marins qui sait à peu près tout le temps où est sa cible et qui peut donc manœuvrer librement. Le facteur chance (tomber sur une bouée ou un MAD) reste quand même important - je l'ai recommencé six fois et ai conduit de nombreux tests avant d'arriver aussi loin !

Modifié par Rhysaxiel

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9h41 – sur le pont du Golod’

Le capitaine Kastals rassemble autour de lui les officiers de son navire.

« Camarade, nous entrons dans la phase critique de notre mission. Selon nos dernières informations, nous avons passé l’anneau défensif formé par les hélicoptères. Vu que nous sommes encore là à pouvoir discuter, on peut estimer sans trop se tromper que l’ennemi ne nous a pas repéré. Cela va bientôt changer.

Avant de poursuivre, il pointe une carte sur laquelle figure une représentation approximative de la TF Horton.

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- Nous avons communiqué au ZEVS notre première cible, le destroyer classe Spruance, éloigné du reste de la flotte. Ils nous informent régulièrement de sa position. Dans les prochaines heures, nous serons derrière lui, puis remonterons au-dessus de la thermocline pour nous immuniser au maximum contre son TASS. Puis nous l’enverrons par le fond. Des questions ?

 

Il parcourt le pont du regard. Seul Hodorovski prend la parole.

- Vous nous négocierez une prime quand on aura fini ?

De légers rires.

- Silence, vieux machin, nous sommes dans la zone de détection ennemie. J’en déduis que vous êtes tous d’accord avec l’ordre de marche. A vos postes. »

Sans un bruit, les officiers regagnent leurs postes, plus déterminés que jamais.

 

10h20 – sur le pont du Smiert’

Golovko, alors qu’il cherche le commissaire Sverdlov, est appelé par le quartier-maître Alexei Sakharov, visiblement troublé.

« Capitaine ! Je dois vous parler.

- Ce n’est pas votre quart, Sakharov. Que vous arrive-t-il ?

Le quartier-maître regarde autour de lui, inquiet.

- Je crois que discuter dans votre cabine serait préférable.

- C’est urgent ?

- Je le crois capitaine, je me permets d’insister.

- Bien. Suivez-moi.

 

Quelques minutes plus tard, ils atteignent la cabine du capitaine.

- Quel est le problème, Sakharov ?

- L’équipage se pose des questions. J’ai assisté à plusieurs discussions et entendu d’autres de manière plus fortuite, et il semblerait que vos décisions ne fassent pas l’unanimité.

- Depuis quand l’équipage discute de décisions tactiques et stratégiques ?

- Je suis aussi surpris que vous capitaine. L’idée circule que vous avez volontairement refusé de frapper directement les deux porte-avions ennemis, et gaspillé vos deux derniers missiles sur des frégates inoffensives.

 

Sverdlov.

- Et puis quoi encore, que je suis un espion américain infiltré qui roule pour l’ennemi ?

- Permission d’être franc capitaine ?

- Allez-y.

- Votre frère...

 

Il ne manquait plus que ça, les histoires de familles.

- Demi-frère.

- Qui est passé à l’ouest…

- Et j’en ai suffisamment souffert ces huit dernières années. Je crois avoir largement fait mes preuves depuis, et encore plus ces deux derniers jours.

- Je ne remettais pas en question votre patriotisme capitaine, j’indiquais juste ce que j’ai entendu.

En l’énervant au passage.

- Bien. Quand vous serez de nouveau de quart, tenez l’équipage. Je ne veux pas la moindre contestation ni la moindre plainte quant aux décisions que j’ai prises dans cette mission. JE suis le capitaine de ce navire, JE mène la barque et JE prends les décisions comme bon me semble. Que chaque membre d'équipage joue son rôle sans en sortir. Rompez.

- A vos ordres. »

 

Sverdlov est un sacré fouteur de #####. Golovko sort furieux de sa cabine et reprend sa recherche, qui a de plus en plus des airs de chasse à l’homme. Il trouve finalement le commissaire en train de discuter avec plusieurs membres d’équipages actuellement au repos. Les sujets semblent léger vu les sourires sur les visages.

« Commissaire, suivez-moi immédiatement.

- Tout de suite capitaine.

 

Quelques minutes plus tard, ils atteignent la cabine du capitaine.

- C’était quoi ce numéro sur le pont ?

- Je m’en excuse capitaine. Je pensais que vous alliez attendre entre l’attaque contre le Spruance et celle contre les Audace. J’avais l’intention de vous faire part d’un problème que je pense avoir découvert.

- Et cela vous donnait le droit de m'interpeller de la sorte sur le pont et de remettre ouvertement en question mes décisions ?

- Non capitaine, mais vous avez bien involontairement accentué le problème.

- Quel problème ?

- L’équipage se pose des questions. Vous vous souvenez des suggestions de frappes que je vous ai faites ici même ?

- Votre fixette sur les deux porte-avions ? Je m’en rappelle très bien, oui.

- Eh bien certains semblent avoir eu les mêmes idées et ne comprennent pas vos choix.

Ah tiens, heureux hasard ! Se dit Golovko. Le sujet est amené tout seule, il n'y aura même pas besoin de mouiller Sakharov.

- Et je suppose que vous n’êtes pas étranger à cela ?

- Comment ça, capitaine ?

- Allons, ne faites pas l’idiot. Vous leur avez donné un petit coup de pouce en leur refaisant le même cinéma que dans ma cabine avec Iashvili hier après-midi ?

 

Sverdlov montre soudain un visage horrifié et selon toute vraisemblance surpris.

- Mais certainement pas ! Êtes-vous devenu fou ?

- Vous nous avez fait un numéro de patriotisme digne de 1942, vous vous êtes arrêté à ça d’accuser Iashvili, puis moi, de trahison parce que nous refusions de frapper les porte-avions. J’entends que l’équipage me reproche justement de ne pas avoir frappé directement ces porte-avions, et je devrais pensez que vous n’y êtes pour rien ?

- Mais… Mais non ! Ecoutez capitaine. Sur Iashvili, je me suis trompé, et je dois lui présenter des excuses. J’ai été emporté par mon zèle. J’étais extrêmement dubitatif quant à votre plan de bataille, mais je me suis tu dès que vous me l’avez ordonné, et je vois très bien à l’heure qu’il est que c’est sans doute une bonne solution. Je n’ai jamais marqué mon opposition ailleurs que dans votre cabine.

- Et il y a deux heures c’était quoi ?

- C’était ce que je viens de vous dire. Je voulais seulement m’entretenir avec vous, dans votre cabine, pour vous parler de ce problème et éviter de prendre une décision qui renforcerait la conviction de ceux qui doutent de vous.

Léger et douteux, comme argumentaire.

- Vous comprendrez que je suis extrêmement dubitatif.

- Et moi je me pose une question. Pourquoi, alors que vous avez un quartier-maître, est-ce que c’est moi qui vous informe de d’un problème lié à l’équipage ? Vous étiez au courant de ces tensions ?

- Cela ne vous regarde pas, commissaire.

- Vous avez raison. Mais si effectivement vous venez de le découvrir, posez-vous des questions sur votre quartier-maître. Cela fait près de deux jours que vous avez manifesté votre intention de détruire l’escorte plutôt que les porte-avions eux-mêmes. Je ne vois pas en quoi des problèmes qui auraient pour origine cette décision ne surviendraient que maintenant. Ça ne tient pas.

- Sverdlov, je me réserve le droit de tirer mes propres conclusions. En attendant, j’exige que vous ne manifestiez plus votre opinion sur la situation à aucun moment, à moins que je ne vous la demande expressément.

- Soit ce que j’ai fait jusqu’à présent. Bien capitaine. »

 

Un quartier-maître qui accuse un commissaire qui accuse ce même quartier-maître. Quel panier de crabe. Mais la réflexion de Sverdlov est pertinente. Pourquoi ce problème ne survient que maintenant, après deux jours de mission ?

Première option, l’équipage est tiraillé par sa décision de frapper l’escorte en priorité, auquel cas les signes d’agitation ont dû se manifester il y a au moins un jour, après un quart tout au plus, pour laisser le temps aux hommes d'en discuter et aux esprits de s'échauffer. On parle quand même de trahison ! Dans ce cas, Sakharov lui a caché la situation, ce qui est gravissime. Deuxième option, Sverdlov travaille l’équipage au corps en faisant passer Golovko pour un incompétent ou un traître, et tente maintenant de se couvrir en impliquant Sakharov.

Dans les deux cas, il n’y a rien de bon à attendre que le temps passe. Il faut chercher des réponses.

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16h00 – A bord du K-278 Komsomolets « Mor »

Toujours imprécis. Les dernières données ne permettent toujours pas de cibler le sous-marin qui se promène à quelques nautiques plus à l’ouest. Le capitaine Timoshenko a toujours en tête le message envoyé par le ZEVS il y a deux heures. « Données satellites imprécises. Envisager sonar actif ». La doctrine soviétique octroie une place très large à l’usage du sonar en mode actif parmi les sous-marins d’attaque, pour permettre à ceux équipés de roquettes de frapper de loin sans risquer de riposte ennemie. Bien utilisée, elle donne d’excellents résultats, à condition d’user du sonar avec parcimonie*. Le problème, c’est qu’avec une cinquantaine d’hélicoptères et une dizaine d’avions susceptibles de leur foncer dessus, révéler leur position c’est déjà poser un pistolet chargé contre sa tempe et placer le doigt sur la gâchette. D’un autre côté, ce sous-marin américain pourrait bien les avoir repérés, ou le faire dans les prochaines heures. En manœuvrant bien, il sera sur les arrières du K-278 et du K-463, qui finiront au fond de la mer avant de se rendre compte de quoi que ce soit.

« Armement, on a bien deux RPK-6 de prêtes ?

- Oui capitaine, tubes un et deux. Les roquettes sont chargées et prêtes à être tirées.

- Bien. Activez le sonar de coque. Nous allons couler ce sous-marin puis manœuvrer pour nous enfuir.

Quelques secondes plus tard.

- Contact ! Il est très précis capitaine, direction 2-6-2, 14,5 nm. La cible a un cap de 2-2-5, vitesse 7 nœuds.

- C’est ce que je voulais entendre. Retournez en mode passif et tirez deux roquettes contre ce sous-marin.

- Feu, capitaine !

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Les deux missiles quittent les tubes lance-torpilles et remontent vers la surface en filant droit vers le Los Angeles. A moins d’un nautique de la cible, les missiles libèrent la torpille UMGT-1 embarquée. Si tout va bien, ce n’est qu’à ce moment-là que le sous-marin ennemi repère le tir, alors que la torpille est sur lui, presque littéralement.

- Les deux torpilles sont en mer et ont acquis leur cible… Première torpille leurrée… Elle réacquière sa cible. Une dét… Deux détonations capitaine. Contact perdu, cible détruite.

- Parfait. Envoyez immédiatement l’information au ZEVS et filez cap 0-0-0. On va avoir de la visite.

 

- - -

* Le sonar actif, par définition, émet un signal qui peut être repéré. Le plus gros problème, cependant, c'est qu'un sonar actif peut être entendu de bien plus loin que sa portée effective. Autrement dit, utiliser un sonar peut ne donner aucune information mais révéler sa position à tous les navires alentours. Un dangereux pari.

 

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)

7-14x hélicoptères embarqués

1x DD 963 Spruance, supposé Baseline (8035t, 334 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)

Total : 35 815-37 615, 2 167 – 2 269  membres d'équipage

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16h45 – Sur le pont du Mor

« Contact, deux nautiques, sonar moyenne fréquence, direction 1-9-4.

- ça y est, ils sont sur nous. Je ne veux plus un bruit dans ce sous-marin. »

Les minutes suivantes révèlent que les hélicoptères semblent chercher un peu trop au sud. Ils sont sans doute partis de la position fournie par le sous-marin coulé, donc la position de la torpille au moment où elle a été repérée. Ils larguent une bouée de temps en temps mais, si ses calculs sont bons, le sous-marin est toujours invisible. La partie de cache-cache va encore durer quelques heures.

 

17h15 – à bord du Smiert’

Golovko est en train de relire ses notes quand le capitaine Iashvili se penche face à lui.

« Capitaine, puis-je vous parler quelques minutes en privé ?

- Qu’y-a-t-il ?

Iashvili chuchote, à la limite de l’audible.

- Sverdlovsk.

Golovko pose immédiatement son stylo.

- Suivez-moi.

Dans la cabine, Iashvili reprend la parole.

- J’ai eu droit à une bonne surprise. Il y a 10 minutes de cela, le commissaire Sverdlovsk est venu me présenter ses excuses. Plus précisément, il m’a dit avoir fait preuve d’un excès de zèle, envahi par l’excitation de la situation. Il estime, après deux jours de mission, m’avoir très mal jugé et avoir fait preuve de précipitation et d’un manque de respect inacceptable en tenant ses propos.

- Et bien, c’est une bonne nouvelle, je présume.

- Je n’ai pas fini, capitaine. Il a insisté pour que je ne cache pas ses manquements dans tout rapport de mission que je serais amené à rédiger. « Question honnêteté », m’a-t-il dit.

Voilà qui n’est pas banal. Et plutôt inattendu venant de Sverdlovsk.

-  Vous l’avez trouvé sincère ?

- Oui, capitaine. C’est surtout cette dernière remarque qui m’a convaincu. Je m’attendais à ce qu’il tente de négocier quelque chose, fasse valoir son incompétence ou en appelle à un quelconque sentiment qui me pousserait à mettre en sourdine ce qu’il a dit. Et voilà qu’il me demande d’écrire ce qui pourrait bien constituer une sanction pour lui.

- Vous aviez l’intention d’omettre ces incidents ?

- Certainement pas, et je ne changerai pas d’avis. S’il espère obtenir cet effet par une espèce de psychologie inversée, il ne l’aura pas.

 

Excellent. Un homme intègre.

- Puisque vous êtes ici, j’ai un problème dont je dois vous faire part.

Golovko explique brièvement les rencontres successives avec Sverdlovsk et Sakharov et les accusations mutuelles qu’ils formulent.

- C’est inquiétant, capitaine.

- Très. Ce que vous venez de me raconter me laisse penser que ce que m’a dit Sverdlovsk, en excluant ses accusations contre le quartier-maître, est vrai, mais il est peut-être venu vous présenter ses excuses pour justement provoquer cette réaction chez moi.

- Comment comptez-vous régler la question ?

- Je ne vois qu’une possibilité. En tant que capitaine, il est dans mon droit de contrôler personnellement l’intégralité du sous-marin. J’ai donc l’intention d’aller fouiller leurs effets personnels à la recherche de tout élément suspect. Cependant, je voudrais le faire de la manière la plus discrète possible, à l’insu et en l’absence des intéressés. Pour cela, vous allez devoir les retenir, l’un après l’autre.

- Comptez sur moi.

 

18h04 – sur le pont du Golod’

Deux bouées actives viennent d’être repérées et forment une ligne qui coupe la trajectoire du sous-marin.

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Son second, Ilya Karachev, est le premier à parler :

« On dirait qu’ils réagissent et tentent de sécuriser les mers en avant de leur flotte.

- Manque de chance, c’est par derrière que nous allons frapper. De toute façon, dans une heure, il y aura un grand vide à la place de ces bouées, on pourra y passer sans risque. A quelle distance est le Spruance ?

- Entre 11 et 12 nautiques capitaine.

- Il nous faudra encore quatre heures pour être à portée. On ne change rien à notre plan.

- Bien capitaine. »

 

Même heure – à bord du Smiert’

D’un signe de la tête, Golovko signale à Iashvili de prendre son quart. Trente minutes plus tard, Golvoko s’absente pour aller mener sa petite fouille dans le mess des officiers.

« Mettez en attente tout message et tout signal, informez moi à mon retour.

- Bien capitaine. »

 

Il descend du pont, traverse les postes d’armement et de navigation avant de se diriger vers l’arrière du sous-marin. Un coup d’œil rapide près des cuisines lui permet de voir Iashvili et Sakharov discuter joyeusement autour d’un plat, apparemment préparé par le chef Gorki. Parfait. Sans ralentir, il passe les cuisines. Quelques mètres avant le mess, il croise un matelot qui s’écarte diligemment sans pour autant ralentir son allure ni oublier de saluer, selon les réflexes naturellement acquis par tout sous-marinier avec l’expérience.

« Capitaine.

- Vasilievski. »

 

Personne dans le mess, c’est l’idéal. Après cinq minutes, Golovko doit se rendre à l’évidence, il n’y a rien d'étrange dans les affaires de Sakharov. D’un autre côté, qu’espère-t-il trouver, un manuel de la CIA ? Il referme le loquet du casier… Puis réalise qu’il n’a pas eu à le déverrouiller pour l’ouvrir. Étrange. Autant le laisser déverrouillé. Il quitte le mess, repasse devant les cuisines puis entend soudainement Iashvili derrière lui.

« Ah, capitaine ! Goûtez-moi ça ! Gorki nous a préparé des karjalanpiirakat*, une recette de son épouse ! »

Nonobstant les délicieuses tartes, cette première fouille est un échec.

- - -

* tartes caréliennes. Je recommande chaudement ces petites tartes en forme de pirogue à pâte de seigle, typique de la Carélie, qu’elle soit finlandaise ou russe. Recommandation perso pour la garniture au riz avec du munavoi dessus (de l’œuf dur en tout petit morceau mélangé à du beurre légèrement fondu). C’est aussi très bon avec des pommes de terre ou du saumon, et ma variation perso au chocolat est à tomber par terre :D

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18h47 – sur le pont du Pokorenie

Selon les dernières infos envoyées par le ZEVS, le K-463 est sur le point de franchir l’anneau défensif des hélicoptères.

« A tout l’équipage. Rangez vos outils et scellez vos effets personnels. Je ne dois plus entendre un autre bruit que celui de votre respiration. Nous allons passer sous le rideau d’hélicoptères. »

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Avec une trajectoire perpendiculaire à celle de la flotte ennemie et une vitesse similaire, le temps passé dans la « zone de menace » formée par les hélicoptères devrait être réduit.

 

21h40 - Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

« Capitaine Markov ! J’ai un message du K-360, indiqué urgent.

Sand dire mot, Markov prend le message et le lit. Le K-360 indique entendre le Spruance au sonar, et être en mesure de l’engager dans moins d’une heure et demie.

- Excellent. Cela complète les rapports de nos sous-marins. Messieurs, faisons un bilan rapide. Après ce que je viens de lire, il est inutile d’envoyer les coordonnées du Spruance au K-360. Bilinski, préparez un état des lieux de la flotte ennemie : position approximative des navires autour du Vincennes. C’est ce qu’on leur enverra après confirmation de la destruction du Spruance.

- Noté, capitaine.

- Que nous disent nos autres sous-marins ?

- Le K-463 dit être à moins de 35 nautiques du cœur de la flotte. Cela les place en théorie hors de portée des hélicoptères patrouillant autour de la flotte. Ils tentent une interception par le sud. Le K-278 en revanche, a dû rester immobile une heure pour éviter une bouée larguée à trois nautiques à peine de leur position.

 

Un coup d’œil rapide sur la carte révèle que ce sous-marin ne sera jamais en mesure d’approcher de la flotte, à moins d’un changement de cap.

- Inutile pour eux d’aller à la poursuite de la flotte, ils ne la rattraperont pas. Ils feraient mieux de rester le plus discret possible. Ils sont toujours traqués par les hélicoptères ?

- Ils pensent être toujours invisibles, mais toujours chassés.

- Bien. Messieurs, vous avez vos ordres. »

 

21h53 – Sur le pont du Golod’

Dernières vérifications.

« Distance au Spruance ?

- 8 nm Capitaine.

- Karachev, vitesse maximale du Spruance ?

- 35 nœuds.

Une 65-76 Kit file à 50 nœuds sur 27 nm maximum. Pour combler les 8 nm la séparant d’une cible se déplaçant à 35 nm il lui faudra… 26,6 nm. Sachant que le Spruance devra accélérer et ne repèrera pas la torpille sitôt le tir effectué, on peut le considérer à portée.

- Nous disposons de deux tubes équipés de Kit ?

- Oui capitaine, les 3 et 4.

- Bien. Ciblez un point 15 nm en avant du Spruance. Je veux une torpille à 0.5nm de chaque côté de ce point.

- Coordonnées entrées capitaine.

- Feu !

- Nouveau cap 1-1-8.

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Les torpilles filent droit vers leur cible. Après avoir parcouru un peu moins d’un quart de leur route, le Spruance est surpris en pleine cavitation. Sa réaction est tardive, suffisamment pour donner confiance à Kastals. Si les Américains ont un datum sur sa position, il est très approximatif.

 

- Les torpilles entrent en mode recherche… La première torpille acquière une cible. La seconde poursuit en ligne droite.

Alors que les torpilles poursuivent leur route, des sonars trahissent la présence d’hélicoptères, une dizaine de nautiques trop au nord.

- Impact ! Le contact disparaît. Cible détruite capitaine.

- Excellent. En route vers le cœur de la flotte. Cap 1-9-3. »

 

Evidemment, au-dessus de la mer, le monde s’agite. Outre les sonars tractés, les avions de patrouille maritime survolent désormais la région.

« Capitaine ! Contact, bouée active, direction 2-4-5

- On va jouer la sécurité. Cap 1-7-7, tracez moi toutes les lignes possible formées par les bouées détectées il y a moins d’une heure, je ne veux pas prendre le moindre risque maintenant qu’on approche de la flotte.

- 1-7-7 capitaine !

En prenant ce léger détour, le contact avec l’ennemi sera retardé d’un peu plus d’une demi-heure. Il faut maintenir la pression.

- Informez le ZEVS. Prochaine cible, DDG #6. Contact dans environs 3h.

- C’est en cours d’envoi capitaine. »

- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (8035t, 334 membres d’équipage) (+1)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)

8-16x hélicoptères embarqués

 

Total : 43 850-45 650, 2 511 – 2 603  membres d'équipage

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23h04 – A bord du Pokorenie

 

Le capitaine Pavlovitch, jusqu’alors penché sur une carte de la région faisant état des contacts récents, se redresse subitement.

« Sonar, de nouveaux contacts ?

- Pas à proximité capitaine. Nous n’avons plus trace de la moindre bouée passive larguée depuis déjà plus d’une heure. Toutes celles que nous surveillions sont éteintes.

 

Il y a forcément des passives dans le coin, mais rien ne permet d’estimer leurs positions. Il n’y a pas d’autre solution que celle de choisir un cap et de croiser les doigts.

- Excellent. Nous allons nous rapprocher de la flotte ennemie et tenter de nous placer sur ses arrières. Cap 0-2-7, même vitesse.

- Cap 0-2-7 ! »

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Le contact devrait se faire d’ici quatre à cinq heures, si les données fournies par le ZEVS sont à peu près correctes.

 

24 août 1987 - 00h46 – Sur le pont du Golod’

Les hélicoptères ont cherché le Golod bien trop au nord. En virant plein sud, il n’a fait qu’appuyer sur cette erreur. Le Golod’ s’est échappé sans jamais être inquiété, malgré la recrudescence de bouées.

 

« Contact 1-9-8 ! Nous captons l’hélice d’un des navires ennemis.

- Notre cible ?

 

Après quelques secondes, il reçoit une réponse positive.

- Le profil correspond à celui d’un destroyer classe Manchester. C’est notre navire. Cap 2-2-8, vitesse sept nœuds.

- Maintenez l’approche prévue. Selon moi c’est le destroyer le plus à l’ouest, donc notre cible, mais si la flotte ennemie a accéléré, on pourrait bien être décalés. »

 

Vingt minutes plus tard, Kastals a la réponse à son interrogation.

« Deuxième contact en surface, direction 1-6-9, même profil que le premier. Classe Manchester, même cap, même vitesse.

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- Excellent ! Camarades, nous avons nos prochaines victimes. »

 

Avec leurs sonars portant à 5 nautiques et l’absence totale de TASS, les couler sera aisé. Il faut seulement veiller à ce que les frégates britanniques escortant les porte-avions ne captent rien, ou captent trop tard pour envoyer encore une fois les hélicoptères sur une mauvaise piste.

 

01h36 – sur le pont du Mor

L’alarme retentit d’un coup à bord du sous-marin.

« Torpille à la mer capitaine ! A 59 degrés, 1 nautique !

- Plongée immédiate profondeur maximale, vitesse 31 nœuds, préparez les leurres, manœuvres d’esquive !

- 31 nœuds, profondeur maximale !

- Vous ne m’aviez pas dit que la bouée était à plus de deux nautiques ?

- Je confirme capitaine, nous l’entendons toujours, distance deux nautiques.

- Alors c’est un MAD.

- Torpille à 0,5 nm. 0,3nm. 0.2 nm.

 

Le bip trahissant la présence de la torpille se fait plus fréquent.

- Virez de 30 degrés à bâbord, maintenant !

- Cap 2-4-9.

- Lancez un leurre !

- Leurre lancé capitaine.

Mais le leurre ne prend pas.

- Préparez-vous à l’imp…

 

Interrompant sa phrase, le bruit, reconnaissable entre mille, du métal qui se déchire et qui se déforme sous la pression. Timoshenko est projeté sur le côté, frappe durement la paroi de l’épaule, et s’écroule au sol. Sonné, mais vivant. L’adrénaline aidant, il trouve la force de crier ses ordres.

- Quels sont les dégâts ?

- J’ai perdu tous les senseurs, capitaine, à l’exception du sonar et de l’équipement d’écoute.

- Un tube est hors service, et notre éjecteur de leurres est détruit.

- Le réacteur est endommagé capitaine. On n’atteindra pas Mourmansk en l’état.

- Bien. On n’a pas le choix. Faites surface en urgence et préparez l’évacuation.

 

Moins d’une minute plus tard, l’un des rares équipements encore fonctionnel annonce une mauvaise nouvelle.

- Torpille à la mer, capitaine. Un nautique.

 

C’est fini. Ils ne referont jamais surface.

- Poursuivez la remontée. Tout le personnel qui n’est pas à la pompe et à la lutte contre les voies d’eau doit préparer l’évacuation. Quittez vos postes.

 

Le bip de la torpille se fait de plus en plus fort, puis presque continu.

- Ce fut un honneur, camarades.

Lundi 24 août 1987, à 1h38’25, le sous-marin K-278 Komsomolets, classe PLA-685 Plavnik/Mike, commandé par le capitaine Ievgeny Timoshenko, est coulé avec ses 69 membres d’équipage, torpillé par 365 mètres de profondeur*.

- - -

* Après sauvegarde et vérification côté américain, le K-278 a été repéré par le MAD d’un P-3C Orion le survolant. Il a ensuite été torpillé par l’avion.

 

Pertes soviétiques :

- 1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

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01h48 – sur le pont du Golod’

« Capitaine, nous avons un nouveau contact acoustique. C’est un Maestrale, identifié comme étant le F-576 Espero. »

La formation ennemie prend progressivement forme, non plus grâce aux indications satellites, mais par le seul bruit de leurs hélices. Moins d’un quart d’heure plus tard, c’est l’A 122 Olwen, le vaisseau logistique bruyant à souhait qui accompagne la TF, qui apparaît à l’écoute.

 

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02h45 - Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

Cela fait plusieurs heures que le K-278 n’a plus envoyé le moindre signal. Il doit être en manœuvre d’évasion… Ou coulé. Le capitaine Markov regarde la carte affichant les positions respectives de la flotte et des quatre sous-marins. K-360 et K-463 sont dans le baffle de l’ensemble de la flotte. 360 devrait pouvoir frapper les Manchester dans les prochaines heures, et le 463 a un œil sur l’Espero. Le K-148 s’est repositionné plus au nord-ouest pour avoir à portée de missiles le sous-marin américain le plus au nord.

 

« Bilinski. Nos deux sous-marins vont être en autonomie complète dans les heures qui viennent, nous allons leur envoyer un dernier message informatif. Il doit faire figurer la position de nos deux sous-marins pour éviter les tirs amis, même s’ils se sont probablement trouvés à l’heure qui l’est. Informez le Krasnodar que le Komsomolets est peut-être perdu. Informez-les également que l’attaque contre le noyau de la TF Horton débute dans deux heures.

- Bien capitaine.

Markov remarque l’hésitation sur le visage de son subalterne.

- Quelque chose vous tracasse ?

- Vous pensez qu’ils vont y arriver ?

- Je l’espère. De notre côté, je crois que nous faisons tout ce que nous pouvons. C’est un peu tôt pour les compliments, mais nous avons tous fait un excellent travail. Gardez confiance. »

 

04h08 – sur le pont du Golod’

« Transmission du K-463, capitaine.

- Je prends. Ici Kastals.

 

Malgré les perturbations dues à la salinité de l’eau, le message reste compréhensible.

- Ici Pavlovitch. On a notre solution de tir sur l’Espero. Tubes armés. Après cela nous sommes aveugles, notre intercepteur acoustique a besoin d’être rénové.

- Le reste de la TF devrait accélérer pour esquiver, cela devrait les révéler sur vos écrans. Armements, quelle est la situation ?

- Prêts à tirer capitaine.

- Et chez vous, K-463 ?

- Prêts à tirer.

- A mon signal. Feu ! »

Trois torpillent quittent presque simultanément deux sous-marins distants de sept nautiques à peine. Les USET-80 tirées par le K-360 sont guidées et offrent l’avantage considérable de pouvoir corriger leur route si l’ennemi se lance suffisamment tôt dans des manœuvres d’esquive. Pour ce qui est de la 53-65A, le guidage est autonome, et le cône de détection plus étroit.

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Après trois minutes environ, les USET acquièrent tous les deux leur cible, rendant le contrôle filaire superflu.

 

04h15 – sur le pont du Pokorenie

« Cible acquise… La cible tire un leurre et détourne la torpille. Ré-acquisition… Impact !

- Etat de la cible ?

- La cible coule, je répète. Cible coulée ! »

 

04h18 – sur le Pont du Golod’

« Nous avons deux nouvelles identifications capitaine. L’Illustrious et le F-93 Beaver qui l’accompagne, classe Boxer.

- Informez immédiatement le K-463. Ils l’ont sans doute repéré mais, dans le cas contraire, ils seront contents d’avoir sa position.

- Bien capitaine.

- Où en sont nos torpilles ?

- Toujours en approche.

 

Puis, quelques secondes plus tard.

- Première torpille leurrée et tente une ré-acquisition, la deuxième frappe la cible. Deuxième impact ! Cible détruite capitaine.

- Maintenons la pression. Cap 2-2-5, nouvelle cible, le second Manchester. Le sonar des Manchester est simpliste, ils n’ont pas repéré notre torpille immédiatement. Ils n’ont pas notre position de manière précise. »

Impossible d’informer le ZEVS sans remonter, et pour le moment c’est trop dangereux. Les retours acoustiques montrent une TF Horton en désordre. Il faut être patient, c’est peut-être un piège.

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- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
1x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)
1x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)

9-18x hélicoptères embarqués

 

Total : 50 050-51 850, 3 044 – 3 136  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

 

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04h50 – sur le pont du Golod’

Si on en croit les retours acoustiques, une peur panique s’est emparée de la TF Horton dans les minutes suivant le torpillage. Les mouvements sont erratiques, le groupe reste longtemps éclaté et désorganisé, avant de reprendre progressivement sa formation. Dans les airs, les hélicoptères quadrillent du mieux qu’ils peuvent la large surface qui leur a été assignée. Ils opèrent dans un rayon de près de 8 nm autour du Golod’, ce qui confirme un datum très approximatif, sans doute dû à la qualité désastreuse des sonars des Manchester et Maestrale coulés. Les hélicoptères, s’ils font encore fausse route, empêchent cependant toute retraite, forçant Kastals à filer droit vers la TF, non que ça le dérange.

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Les contacts, perdus avec la distance et leur décélération après à l’attaque, sont progressivement réacquis. Un Manchester et le Garibaldi, puis l’Olwen. Il est temps de passer à l’étape suivante.

 

« Nouveau cap 2-0-7, 10 nœuds. On va suivre l’Olwen. Le Vincennes est peut-être discret et son bruit couvert par celui de l’Olwen mais on sait qu’il est à côté. Les Yankee devront faire un choix : perdre leur couverture anti-aérienne ou perdre leur stock de munitions.

- 2-0-7 ! 10 nœuds capitaine ! 

- Mettez-moi en contact avec le K-463.

- Tout de suite.

Quelques secondes plus tard, le grésillement caractéristique d’un signal radio emplit la salle.

- Pavlovitch, j’écoute.

- Ici Kastals. Excellent travail avec le Maestrale. Vous avez le Garibaldi ?

- Non capitaine, depuis qu’ils ont ralenti on les a perdus.

Voilà qui complique la tâche.

- On va tenter de vous relayer leur position. C’est votre prochaine cible. Selon nos informations, il est escorté par une frégate britannique qu’on pense être de classe Cornwall.

- C’est noté.

- Je vous laisse avec notre opérateur radio, signalez-lui quand vous captez votre cible. »

 

Kastals retourne à son poste, prend un stylo et un bout de papier. D’après ses informations, l’Olwen ne peut excéder 20 nautiques. L’USET-80 porte à 12 nautique en filant à 50 nœuds. Cela signifie que pour toucher l’Olwen, en admettant que le navire soit à vitesse maximale et dans la position optimale pour esquiver, il ne peut être à moins de… 9,6nm*.

« Prévenez-moi quand l’Olwen est estimé à 9,5 nautiques.

- Reçu capitaine. »

 

05h20

L’équipement inefficace du K-463 rend l’attaque contre le Garibaldi hasardeuse. Malgré les efforts des opérateurs radio pour se coordonner, et faute de pouvoir trouver leur cible avec précision, Kastals convient finalement avec Pavlovitch que le K-360 allait mener l’attaque contre le Garibaldi et l’Olwen en simultané. Il suffirait d’être à 10,8 nœuds pour le toucher avec une KIT 65-75*. Le K-463 resterait en réserve, prêt à frapper si besoin en profitant de la confusion.

 

« Olwen à portée.

- Bien. Même cap, 8 nœuds, montez à 100 pieds. Je veux quatre USET à 16nm en avant de la position actuelle de l’Olwen

 

En tirant contre l’Olwen d’aussi loin, les torpilles n’ont pas le droit à l’erreur : elles ne disposeront pas de l’énergie nécessaire pour une deuxième attaque. Quatre torpilles, il faut au moins cela.

- Feu !

- Torpilles tirées capitaine.

De longues minutes passeront avant que les torpilles n’acquièrent quoi que ce soit.

- Distance au Garibaldi ?

- 9 nautiques.

- Bien, on va les effrayer un peu. Préparez une KIT contre le Garibaldi.

 

Hodorovski se tourne vers Kastals.

- Une seule ?

- Une seule. Si une frégate britannique accompagne effectivement le Garibaldi, elle devra accélérer pour esquiver la torpille. Pour l'instant on ne la voit pas mais si elle esquive, ses sonars en seront d’autant moins efficaces, et le K-463 aura peut-être une solution de tir grâce au vacarme que feront leurs turbines.

- Vingt-cinq ans de service et vous me surprenez toujours.

- C’est parce que vous êtes tout décrépi Hodorovski !

- Capitaines, les torpilles sont armées.

- Feu ! Préparez immédiatement une deuxième KIT, un degré vers l’est du Garibaldi.

- Bien capitaine.

 

Sans même attendre la remarque de Hodorovski, Kastals s’empresse de répondre.

- Si le Cornwall est à côté du Garibaldi, cette torpille s’en chargera au lieu de foncer droit vers le Garibaldi.

- Et ce n’est pas du tout pour chiper une victoire au K-463, évidemment.

 

Kastals éclate de rire.

- Hahaha, qu’allez-vous imaginer ? Je leur rends serv…

- Acquisition !

Silence immédiat. Puis, quelque secondes plus tard, le message tant espéré.

- Cible touchée ! Trois torpilles ont touché l’Olwen. La quatrième n’a plus d’énergie et s’est autodétruite.

On va voir combien de temps tiennent les Yankees sans stock.

- Où en sont les KIT ?

- Cible acquise… Le Garibaldi tire un leurre qui détourne la torpille. Cible réacquise. Mais il y a un problème capitaine.

- Lequel ?

- La torpille file sud-est au lieu de plein sud.

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- Elle a bien acquis une cible ?

- Affirmatif, capitaine.

- Présence de biologiques dans les parages ?

- Nous n’en avons repéré aucun, capitaine.

- Eh bien. Soit c’est une baleine furtive, soit un dysfonctionnement, soit le Cornwall s’est retrouvé dans le cône de détection de la torpille. Voilà qui est intéressant.

- Impact ! Cible détruite capitaine, mais je suis incapable de vous dire ce que c’est*.

- La deuxième torpille a acquis le Garibaldi… Impact ! La cible coule. Je répète, le Garibaldi est coulé.

 

Hodorovski se tourne vers Kastals, mi-médusé, mi-amusé.

- Je ne veux même pas savoir si vous aviez prévu un coup pareil, capitaine.

- Bravo à tout l’équipage, mais nous n’avons pas fini. Il y a un Vincennes et un deuxième porte-avions à couler. Tentez d’informer le K-148 de la situation, qu’il relaie le tout au ZEVS.

- Bien capitaine. »

Il est 5h52. La TF Horton a perdu plus de la moitié de sa puissance de feu. Surtout, les hélicoptères qui sont encore en vol doivent en urgence trouver un nouveau terrain d’atterrissage. L’Illustrious va être surchargé, ce qui pourrait bien affecter les opérations !

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- - -

* Oui, j’ai moi-même effectué ces calculs à l’aide d’une feuille Excel, pour déterminer la distance que parcourra une torpille à la vitesse X pour atteindre une cible pouvant sprinter à Y à une distance Z. Vu le résultat, ça valait le coup ! Une raison simple à cela est que les torpilles ont une portée effective, c’est le cercle que vous voyez et qui désigne une zone où tout ce qui s’y trouve a de bonnes chances d’être touché, et une portée cinétique, c’est-à-dire la distance réelle que la torpille peut parcourir avec son carburant. Au moment de mes tirs, les deux navires sont hors de portée pratique des torpilles que je leur ai assignées, mais en prévoyant leur réaction et en anticipant leur trajectoire, surtout pour l’Olwen, j’ai pu optimiser le tir et loger trois torpilles sur quatre. Idem pour le Garibaldi.

 

* C’était bien le F-87 Chatham (classe F-85 Cornwall) qui escortait le Garibaldi, le scénario n’a -à mon grand regret- aucun animal ou navire civil. En leurrant la première torpille, le porte-avion l’a envoyée droit vers la frégate. J'ai manqué de peu de me rouler par terre face à un tel gag. Le K-360 a donc coulé un navire sans même savoir où il était. On a un nominé pour le Darwin Award de l’année 1987.

Malgré un tel bilan, la mission me dit pour l'instant que ma performance est "Average".

 

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
1x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)
1x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

30-50x hélicoptères embarqués

Total : 65 450-67 250, 4 119-4 211  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

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06h45 – sur le pont du Golod’

La TF est restée immobilisée une heure pour évacuer l’Olwen qui a mis tout ce temps à couler. Tant mieux, reprendre contact n’en a été que plus aisé.

« Ça bouge, capitaine ! La TF file plein ouest, on dirait qu’ils tentent une retraite. On entend l’Illustrious dans nos équipements d’écoute.

- Distance ?

- 7,8 nœuds capitaine.

Se rappelant des calculs pour le Garibaldi, Kastals déduit qu’il est à portée de KIT. Le Vincennes s’est dérobé et n’a pas protégé l’Olwen. En sera-t-il de même avec l’Illustrious ?

- Je veux une KIT contre l’Illustrious, une autre deux degrés à l’ouest.

- Torpilles armées capitaine.

- Feu !

 

Ainsi partent les deux dernières KIT 75-65. Les USET n’ont pas la même puissance donc, si les KIT manquent leur cible, il sera difficile de couler les deux gros calibres que sont l’Illustrious et le Vincennes. Le K-463 et ses 53-65 aurait moins de difficulté, à condition de pouvoir traquer ses cibles…

- Capitaine, on a le Vincennes dans nos oreilles. Il vogue vers nous. Pings sonars.

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Très mauvaise nouvelle. S’il est trop près, son sonar détectera immédiatement le sous-marin.

- Demi-tour immédiat ! On doit absolument s’éloigner du Vincennes.

Quelques secondes plus tard, l’alarme retentit.

- Torpille à la mer !

L’ASROC du Vincennes.

 

C’est le début de l’enfer. Les hélicoptères vont sans doute arriver d’un moment à l’autre. Les blips signalant la torpille se font plus fréquents… Puis s’éloignent.

- La torpille poursuit son chemin.

- Elle manœuvre ?

- Non capitaine, on dirait qu’elle ne s’est pas armée.

Nouvelle alarme.

- Deuxième torpille à la mer capitaine.

- En parlant de torpilles, où en sont les nôtres ?

- Elles ont acquises leurs cibles, l’Illustrious. Impact imminent… Impact. Les deux torpilles ont touché le porte-avions. Cible détruite.

Il aurait crié de joie s’ils n’étaient pas eux-mêmes poursuivis.

- Contactez le K-463 et le ZEVS. Signalez la destruction de l’Illustrious. Dites au K-463 de poursuivre la mission et d’engager le Vincennes. Ce pleutre a fui deux fois.

- Transmission en cours.

- A mon signal, préparez un leurre… Maintenant ! Bâbord 30 degrés !

Le sous-marin vire brusquement. Juste après la manœuvre, la torpille se fait plus distante et s’éloigne toujours plus.

- La torpille ne manœuvre pas ?

- Si capitaine, mais elle serpente au lieu de manœuvrer en cercle.

Kastals se permet un soupir de soulagement. Deux torpilles évitées, cela commence à fai…

- Torpille à la mer capitaine ! Elle est sur nous !

Saleté d’ASROC. Le Vincennes en a à la pelle et les tirera jusqu'au dernier.

- Pas le temps de manœuvrer, préparez-vous à l’impact !

 

Le choc le renverse de son post. Il est moins violent qu’escompté.

- Rapport !

- On a perdu cinq tubes et le contrôle filaire.

- Equipement acoustique et radio HF hors service capitaine. On a encore le sonar.

- Pas de fuite capitaine, la coque a tenu.

- On a toujours les Igla et une radio ? Demande Kastals.

- Affirmatif.

- Bien. Arrête complet. Débutez immédiatement l’évacuation du navire !

 

Une dernière surprise attend l’ennemi. Rares sont les sous-marins équipés de missiles anti-aériens. Le K-360 en est un. Le 9M36 n’est guère impressionnant, mais sait-on jamais…

- Je ne veux que le minimum nécessaire : un opérateur radio pour informer le K-148 et le ZEVS de l’évacuation, un opérateur pour les Igla et un opérateur sonar. On ne termine pas la partie avant d’avoir fait baver les hélicos qui nous suivent. Tout le reste quitte le navire. Préparez-vous à ouvrir le feu sur tout hélicoptère repéré. Tirez par salves de quatre.

L’alarme retentit tandis que Kastals prend le périscope pour repérer les hélicoptères et guider la DCA. Il a à peine le temps de distinguer le tir de torpille par un hélicoptère que son opérateur sonar l’informe.

- Torpille à la mer !

- Ignorez-là. Hélicoptère, direction 3-0-4, raz des flots.

- Cible acquise. Feu !

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Alors qu’il indique les coordonnées au tireur, Kastals réalise que l’hélicoptère lui tourne le dos. Piégé par la nuit, il n’a pas tiré dans la bonne direction ! La torpille part dans la direction totalement opposée. C’est l’ultime répit, la confirmation qu’il a eu raison d’ordonner l’évacuation. Un autre hélicoptère apparaît dans son périscope.

- Hélicoptère, 0-5-5.

- Il est trop près capitaine. Je ne pourrai pas le cibler.

L’Igla a une portée minimale très peu commode pour être utilisée à bord d’un hélicoptère. On dirait que le combat est fini.

- Aux derniers hommes en poste, évacuez !

- Oui capitaine.

 

Kastals sent une tape sur l’épaule. Hodorovski.

- Pourquoi n’êtes-vous pas dans un canot à l’extérieur ?

- Je crois que vous avez oublié de quitter le navire, Kastals.

- Un capitaine ne quitte pas le navire Hodorovski, vous devriez le savoir. C’est mon navire. Je coule avec lui.

- Et vous laisseriez l’ennemi vous battre ? Montez, montez tout de suite. Vous commanderez un autre sous-marin et ferez de nouveau mordre la poussière au camp d’en face.

- Hodorovski…

- Ne faîtes pas l’imbécile. L’équipage ne comprendrait pas que vous abandonniez après avoir semé un tel carnage.

- C’est m…

- Algirdas, arrête tes conneries immédiatement. On a besoin d’hommes comme toi. Je te jure que si tu décides de crever ici, je fais un rapport au vitriol à la hiérarchie, et tu seras envoyé casser des cailloux en Sibérie !

 

Kastals éclate de rire face à l’absurdité de la menace, prononcée alors que Hodorovski retient sans grand succès un sourire en coin. Il est arrivé à ses fins. Au même moment, un choc violent frappe de nouveau le K-360. Une torpille. A ce stade-là, être encore vivant tient sans doute du miracle, il ne faut pas insister.

- Espèce de vieux fou. Si on ne me réaffecte pas d’ici une semaine, tu me dois une tournée. »

 

Les deux hommes se précipitent en surface et sautent dans le dernier canot qui les attendait. L’hélicoptère qui vient de tirer les survole toujours, menaçant, mais visiblement à cours de munitions. Quelques minutes plus tard, la flamme d’un missile apparaît à l’horizon. Une bonne oreille aurait entendu le bruit d’une torpille plongeant. N'importe qui aurait ressenti le choc de cette torpille contre le K-360. C'est la bonne. Lentement, la lourde carcasse s’enfonce dans l’eau. On en oublierait presque que la TF Horton n'a plus de porte-hélicoptères.

- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
1x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)
1x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

1x R06 Illustrious (20 710t, 1051 membres d’équipage)

50-70x hélicoptères embarqués
1-5x Sea Harrier
1x hélicoptère abattu par le K-360

Total : 86 160-87 960, 5 170-5 262  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

1x PLA-671TRM Schchuka, 5000t, 37 membres d’équipages (82 évacués, actuellement en pleine mer par 14°C)

Total : 10 750t, 88  membres d'équipage (82 évacués, en mer par 14°C)

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08h12 – Sur le pont du Smiert’

C’est l’heure de la deuxième escapade pour Golovko. Iashvili, de nouveau de quart, doit occuper le commissaire Sverdlov pendant quelques minutes, le temps pour Golovko d’aller jeter un œil à ses affaires. Deux simples signes de tête permettent aux deux hommes de se coordonner.

« Iashvili, je vous laisse le commandement.

- Bien capitaine. »

 

Quelques minutes plus tard, Iashvili accapare Sverdlov pour un motif quelconque, et donne ainsi le temps nécessaire au capitaine. Comme huit heures plus tôt, Golovko descend du pont et file vers l’arrière du sous-marin, comme s’il devait se rendre à sa propre cabine. Il croise Sakharov, le chef Gorki, Pawlik, et encore d’autres matelots habitués à déambuler dans un sous-marin. Au loin, fait rarissime, une porte claque. Un des marins, Vassilievski, le salue tout en poursuivant sa route, visiblement pressé. Encore un qui a loupé son quart.

 

Golvoko pousse la poignée de la cabine de Sverdlov qui, à sa grande surprise, a laissé la porte déverrouillée. Il entre et referme doucement la porte derrière lui – les portes qui claquent sont la plaie des sous-mariniers, car il y a toujours environ un tiers de l’équipage dans un cycle de sommeil qui se passerait bien d’être réveillé par des bruits soudains.

Sans entrain, Golovko commence à fouiller les papiers et les tiroirs. Des notes internes du KGB, des dossiers personnels, des double-fonds, rien que du très classique… Cédant à la curiosité, Golovko s’empresse de chercher un dossier à son nom et le trouve. Le parcourant rapidement, il ne lit que du très ennuyeux : des détails sur sa vie, sa famille, une note encadrée sur son demi-frère passé à l’ouest. En refermant le dossier, une feuille sans en-tête, manuscrite, tombe du dossier. Des fréquences radio associées à des codes. « Orel », « Petukh », « Lew ». Il fait deux copies, une avec les codes, l’autre sans. Pawlik devrait pouvoir éclaircir cela. Golovko remet les choses en un semblant d’ordre et, en quittant la cabine, il remarque que la poignée de porte est cassée et un de ses composants par terre.

 

En repassant devant les cuisines, il croise le chef Gorki et demande s’il a vu Pawlik. Quelques secondes plus tard, Golovko est face à son opérateur radio préféré, alors qu’il allait se mettre à table.

« Pawlik, je peux vous parler quelques minutes ?

- Bien sûr capitaine.

Les deux hommes se mettent à l’écart.

- Ces fréquences vous disent quelque chose ?

Il ne faut que quelques secondes à l’opérateur pour répondre.

- Elles ne font pas partie des fréquences usuelles.

- Vous avez déjà émis sur l’une d’elles ?

- Je suis à peu près certain que non.

Le mystère s’épaissit.

- Pawlik, quand vous serez de nouveau de quart, vous enverrez un message au ZEVS, comme d’habitude, en incluant le contenu suivant…

Golvoko écrit rapidement un court message sur la feuille, avant de la passer à Pawlik.

- Quand vous recevrez une réponse à ce message, avertissez-moi immédiatement et n’en lisez pas le contenu à voix haute.

- A vos ordres. »

 

09h55 – QG de la Flotte du Nord, Severomorsk

L’Amiral Ivan Matveyevich Kapitanets, commandant de la Flotte du Nord, est partagé entre la délectation et l’effroi. Quatre sous-marins, dont seuls deux ont pu réellement engager l’ennemi, sont parvenus à couler deux porte-hélicoptères et la moitié de leur escorte. Un sous-marin, le K-278, est perdu corps et biens, un autre a pu être évacué et, avec un peu de réussite, l’équipage pourra être sauvé. Alors que la flotte elle-même subit l’ire des deux porte-avions américains dans l'Arctique, quatre pauvres sous-marins parviennent à semer le carnage entre l’Islande et l’Ecosse.

 

Ce qui l’effraie, c’est l’obstination du K-463. Dans son esprit, la mission est un succès, mais le capitaine Pavlovitch insiste pour poursuivre et couler le reste de la flotte.

« Appelez-moi immédiatement le QG de la 5e division d’aviation maritime.

Evidemment, quand on réclame « immédiatement » quelqu’un, il faut attendre quelques minutes.

- Ici le lieutenant-général Kravchuk.

- Bonjour lieutenant-général.

- Amiral Kapitanets ! Que me vaut plaisir ?

- J’ai une requête.

 

Pendant les dix minutes qui suivent, les deux hommes discutent de la situation stratégique dans l’arctique.

- Ne pensez-vous pas qu’une telle attaque est prématurée ?

- Je crois surtout que, considérant la situation, une telle attaque ne peut qu’à demi-réussir et cependant produire l’effet stratégique escompté. Un groupe aéronaval ennemi endommagé pourrait être achevé par un groupe réduit de sous-marins, libérant ainsi vos forces pour une attaque en masse contre l’Islande, l’Ecosse ou l’Atlantique.

 

Kravchuk reste silencieux.

- Si on suspend les opérations de la division aujourd’hui et qu'on met le paquet sur la maintenance, je devrais pouvoir lancer une attaque en masse comme vous l’exigez demain matin. Vous avez conscience que les pertes seront lourdes et que l’unité sera certainement hors circuit pendant plusieurs jours ?

- J’en ai conscience. C’est en sachant tout cela que je vous ai appelé. Je vais contacter le général Tretyak de la PVO* pour voir ce qu’ils peuvent libérer en guise d’escorte ou de leurres. Je crois que nous pouvons faire la différence dans les prochaines 24 heures. »

- - -

* PVO : ProtivoVozdushnoy Oborony, armée de défense anti-aérienne. Branche de l’armée chargée de la défense aérienne du territoire, jouée dans La Chasse au Moqueur.

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