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Rhysaxiel

[CMANO] Sous une mer de flammes

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11h10 – sur le pont du Pokorenie

Après trois heures trente de poursuite, les senseurs du K-463 captent enfin quelque chose.

« Contact identifié comme étant le CG-49 Vincennes, capitaine.

- Distance ?

- 3.1 nautiques.

C’est largement dans l’enveloppe de tir de la torpille.

- Excellent. Préparez deux 53-65A.

Il faut absolument le couler. C’est le dernier vaisseau équipé d’ASROC. Les autres navires ne pourront pas l’engager à longue portée à moins de rencontrer une bouée.

- Deux torpilles chargées, capitaine.

- Feu !

Les torpilles acquièrent immédiatement leur cible. Une minute plus tard, les manœuvres d’esquives des navires alentours révèlent leur position.

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- Cible détruite. Le Vincennes est au fond de l’eau.

Pavlovitch laisse éclater sa joie.

- OUI !

La deuxième torpille passe en mode recherche. Vu la distance qui la sépare des autres navires, elle s’épuisera avant de toucher quoi que ce soit. Le Vincennes est malgré tout coulé et, dans l’absolu, la mission est accomplie.

- Préparez la prochaine attaque contre les trois derniers navires. On a un boulot à terminer.

- La TF vire au nord, direction l’Islande. Ils fuient.

- Eh bien on va les rattraper. Cap 0-1-1.

On dirait qu’ils ignorent désormais toute formation. Le Manchester vire en tête, mal couvert par le Maestrale derrière lui, suivi enfin par un Boxer dont le TASS reste dangereux. Les quelques hélicoptères repérés semblent désormais se contenter de protéger les navires en les suivant de près. Pavlovitch décide de filer parallèle à ce groupe, en se rapprochant progressivement du Manchester.

 

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- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
1x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)
1x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

1x R06 Illustrious (20 710t, 1051 membres d’équipage)

1x CG-49 Vincennes (8500t, 351 membres d’équipage)

50-70x hélicoptères embarqués
1-5x Sea Harrier
1x hélicoptère abattu par le K-360

Total : 94 660-96 460, 5 521-5 613  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

1x PLA-671TRM Schchuka, 5000t, 37 membres d’équipages (82 évacués, actuellement en pleine mer par 14°C)

Total : 10 750t, 88 membres d'équipage (82 évacués, en mer par 14°C)

 

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13h50 – sur le pont du Pokorenie

« Capitaine, on capte le Manchester.

- Distance ?

- Environ 4 nautiques.

- C’est plus que suffisant. On a deux 53-65 de prêtes ?

- Affirmatif capitaine !

- Des hélicoptères à proximité ?

- Négatif.

- Alors allons-y. Feu sur le Manchester !

- Torpilles tirées… Cible acquise…

Encore quelques secondes et le destro…

- Contact sonar capitaine, hélitracté, environ 1nm !

- Surveillez ce contact et dites-moi s’il se trouve être plus proche.

A 1nm, le sous-marin devrait rester invisible, mais si l’hélico est plus près, les ennuis commenceront.

- Malfonction sur la première torpille. La deuxième touche sa cible !

 

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Quelques secondes plus tard, l’officier sonar confirme la présence d’une voie d’eau dans le Manchester, qui commence à couler.

- On continue, cap 3-4-0. On va barrer la route au Maestrale.

- L’hélicoptère ?

- On a perdu son signal. Il est resté à 1 nm. »

 

14h31 - Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

Markov relit, perplexe, le dernier message envoyé par le Krasnodar. Le capitaine Golovko demande de vérifier la nature de plusieurs fréquences radio et, si elles ne sont pas utilisées au sein des armées et flottes de l’Union, d’en rechercher l’origine. C’est un message codé ? Destiné à qui ? Le sixième bureau doit avoir la réponse.

« Monsieur Bortchak, vous disposez d’un téléphone sécurisé dans ce complexe ?

- Evidemment capitaine.

- J’aurais besoin de l’utiliser.

- Suivez-moi. »

Bortchak savait très bien qu’il était inutile de poser la question suivante, à savoir « qui » ou éventuellement « pourquoi ». Quelques minutes plus tard, la communication est établie avec Grizodubovoy-3, le siège du GRU.
 

15h17 – sur le pont du Pokorenie

Les données satellites reçues sporadiquement confirment que les deux navires restants poursuivent leur route vers le nord. Le Manchester n’a pas dû repérer la torpille, ce que confirme l’absence de cavitation détectée après le tir. Il a fini par couler.

« Contact rétabli avec le Maestrale, capitaine. Distance environ 4,6 nm, direction 1-9-3.

- Bien. Pour le moment on poursuit notre route.

Patience. Il vaut mieux prendre ses distances avec le Maestrale et se placer sur sa route avant de faire demi-tour et tirer.
- Les hélicoptères ?

- Aucun en vue, ni autour de nous ni au loin. »
Excellent. On dirait que le Manchester n'a pas repéré la torpille qui l'a touché.
 

15h55

« Torpilles armées ?

- Affirmatif.

- Cibles toujours visible ?

- Je confirme capitaine.

- Tir de deux torpille, contre la cible identifiée comme le F 573 Sirocco, classe Maestrale.

- A vos ordres !

Le Maestrale réagit nettement mieux que le Manchester qui, il est vrai, a subi un tir dans son baffle. Cependant, le temps de faire demi-tour permet à la torpille de s’approcher.

- Cible acquise, capitaine.

Moins de cinq minutes plus tard.

- Impact ! La cible est détruite et coule. La deuxième torpille bascule en mode autonome.

Elle n’ira nulle part, vu la position du Boxer qui a, lui aussi, réagi au tir de torpille.

- Surveillez le Boxer, je veux le maximum d’information sur sa direction. »

 

C’est l’heure de l’ultime pari. Le TASS du Boxer empêche toute approche par l’arrière ou, plus exactement, neutralise l’avantage dont dispose un sous-marin dans le baffle ennemi. En tirant depuis l’arrière, la frégate serait bien positionnée pour fuir. Le Boxer est équipé de telle sorte qu’au moment où le Pokorenie entendra l’entendra, le sous-marin sera lui aussi sur les écrans de la frégate. A ceci près qu’une torpille arrivera droit sur elle, de face, et l'obligera à manœuvrer. C’est la seule chance de couler le Boxer. Si elle rate, il y a un hélicoptère à bord, peut-être deux, prêts à contre-attaquer.

- Le Boxer fait demi-tour.

- Il file vers l’Islande ?

- Négatif, son cap a changé, il se dirige vers notre position.

Il mord à l’hameçon.

- Arrêt complet des machines ! Préparez notre dernière torpille. Je ne veux plus le moindre bruit à bord. »

 

Son sous-marin n’est pas un diesel-électrique, donc même quand tout est éteint, le bruit du réacteur et des pompes est audible d’assez loin, là où un diesel consommant sa batterie n’émet quasiment aucun bruit. Et il n’y a pas de fonds marins pour le masquer. Il n’y a qu’une chose à faire, attendre. Cette tactique est généralement utilisé en électrique dans les eaux peu profondes. C'est le pari de Pavlovitch: les Britanniques à bord de la frégate ne s'attendent certainement pas à cela.

- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
2x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage) (+1)
2x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)  (+1)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

1x R06 Illustrious (20 710t, 1051 membres d’équipage)

50-70x hélicoptères embarqués
1-5x Sea Harrier
1x hélicoptère abattu par le K-360
Total : 81 360-83 160, 4 897-4 989  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

1x PLA-671TRM Schchuka, 5000t, 37 membres d’équipages (82 évacués, actuellement en pleine mer par 14°C)

Total : 10 750t, 88  membres d'équipage (82 évacués, en mer par 14°C)

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16h39

Les quelques informations envoyées par le ZEVS ont permis de confirmer que le Boxer, redevenu silencieux, file bien vers le Pokorenie. Les deux navires sont comme deux desperados se faisant face dans la rue principale d’une ville du Far West qui serait recouverte d’un épais brouillard sur le point de se dissiper. Le Pokorenie ne bouge plus d’un millimètre depuis près de trois quarts d’heure. Le Boxer avance à vitesse réduite vers lui, tous feux allumés pour repérer sa cible. Dans quelque secondes, ils seront à portée de vue, et surtout de tir, l’un de l’autre.

 « Contact, 4,4 nm, 7 nœuds, direction 3-4-6, droit sur nous. C’est le Boxer.

- Feu immédiat !

Selon toute vraisemblance, c’est le sous-marin qui repère l’ennemi en premier. Mais il n’a qu’une torpille, alors que le Boxer a tout son arsenal. L’ennemi ne doit pas avoir le temps de riposter.

- L’ennemi commence à manœuvrer capitaine. Il fait demi-tour et accélère !

- S’il nous a repérés, il perdra notre signal dans le bruit de ses turbines.

- Cible acquise capitaine !

 

Derrière son dos, Pavlovitch croise les doigts si forts que les articulations virent au blanc et qu’il manque de se briser les phalanges. Il sait les 56-43WH assez peu fiables face aux navires modernes comme le Boxer. S’il échoue à éliminer sa cible, il pourrait disposer de juste assez de temps pour fuir. Juste assez.

- Impact !

- Vous confirmez ?

- Affirmatif capitaine ! Impact ! Le Boxer file au fond de l’eau !

Il se retient d’exploser de joie. Qui sait combien d’avions survolent la région et pourraient entendre les cris ?

- Informez immédiatement le ZEVS et le K-148. Je dicte. « Dernier navire de surface ennemi coulé. Restent trois sous-marins. Mission accomplie. Plus de torpilles. Rentrons à Mourmansk. ».

- Envoi en cours.

- Filez plein est. »

 

17h04- Centre spatial Titov, rue Golistyno-2, Moscou

« Capitaine Markov, je crois que vous allez apprécier ce dernier rapport.

Bilinski, disant cela, lui tend une feuille. Un rapport de passage. Hormis l’en-tête et l’heure d’émission, tout est vide. Pas une seule émission n’a été repérée sur la zone d’inspection. Il allait demander s’il n’y avait pas une erreur, avant de se rappeler et de lire sur le coin supérieur gauche du rapport qu’il n’y a pas un, mais deux satellites sur zone. Non seulement la feuille le dit, mais l’écran de contrôle principal, qui inonde la pièce de lumière aussi. Le dysfonctionnement est à exclure. Markov se tourne vers son équipe, un grand sourire aux lèvres.

- Messieurs, notre mission est terminée. Nous rentrons à Moscou. »

Face aux regards surpris de ses collègues, il montre la feuille. Ils ont alors tous compris, et rassemblent leurs affaires.

 

17h25 - QG de la Flotte du Nord, Bannière Rouge, Severomorsk

L’Amiral Kapitanets a sous les yeux une transmission prioritaire du ZEVS qui indique la destruction de la composante de surface de la TF Horton. Dans son intégralité. Croyant à un canular, il appelle immédiatement et directement le ZEVS.

 

« Vous avez sans doute commis une erreur, revérifiez l’information.

- Négatif Amiral, je vous confirme que tout est correct. Nous avons l’heure de destruction de chaque navire, rapporté par nos sous-marins, nous vous la transmettons. Voyez avec Titov ce qu’en disent les satellites, mais je peux vous assurer que nos hommes ont rapporté la destruction de l’ensemble des navires, sans exception. »
 

Il appelle le centre spatial Titov immédiatement après avoir raccroché, qui lui donne la même information : les satellites ne captent plus rien, et ils sont fonctionnels.

 

- - -

Navires coulés :

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

2x F-85 ou F-88 ou F-92 (5300t, 250 membres d'équipage ou 4400t/222 ou 4800t/273)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

1x F-92 (4800t, 273 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 supposé Baseline, 1 VLS (16070t, 668 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)
2x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)
2x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

1x R06 Illustrious (20 710t, 1051 membres d’équipage)

50-70x hélicoptères embarqués
1-5x Sea Harrier
1x hélicoptère abattu par le K-360

Total : 86 160-87 960, 5 170-5 262  membres d'équipage

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

1x PLA-671TRM Schchuka, 5000t, 37 membres d’équipages (82 évacués, actuellement en pleine mer par 14°C)

Total : 10 750t, 88  membres d'équipage (82 évacués, en mer par 14°C)

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Félicitations. :D Au fait, le Vincennes a disparu de ton listing de pertes.

 

Je m'interroge toutefois sur l'efficacité des équipes de contrôle des dégâts dans ce jeu. Dix-sept navires de surfaces ont été coulés par tes sous-marins, presque tous après l'impact d'une seule torpille et si ma mémoire est bonne, sans traîner. Il n'y a plus de cloisons étanches sur ces bateaux ou quoi ?

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Oh bien vu pour le Vincennes - je fais un rapport final plus loin avec les pertes exactes, il y est si j'en crois mes notes !

Les torpilles utilisées sont très puissantes (500kg d'explosif pour une 65-73 par exemple). A l'exception des quatre USET utilisées contre l'Olwen qui a mis trois plombes à finir au fond, ce sont de grosses torpilles (53-65 et 65-73) conçues pour couler un PA en un ou deux coups. Je n'ai reporté qu'un coup à chaque fois, mais les deux PA en ont eu deux, de mémoire. Le Manchester qui n'en a pris qu'une a mis plusieurs dizaines de minutes à couler, par exemple. Souvent j'ai eu du bol, une a touché au but, l'autre a été leurrée, d'où le fait de les tirer par deux.

Je trouve quand même le tout très fragile, surtout ces frégates ASW britanniques qui coulent en un coup. J'ai l'impression que leurs défenses consistent surtout en une défense préventive - dézinguer le sous-marin avant qu'il ne puisse attaquer, puis en des leurres - jusqu'à 35% de chance de leurrer une torpille pour les PA à tech égale par exemple.

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19h53 – à bord du Smiert’

« Capitaine, c’est pour vous.

Enfin, une réponse. Pawlik tend la feuille sans la lire. Golovko la dévore au contraire des yeux, frénétique. Américaines. Les fréquences sont américaines et utilisées dans l’Atlantique Nord. Golvoko réprime un tremblement. Il y a une taupe au sein de l’équipage. Ce n’est plus une question d’ego ou de guerre entre deux officiers mal lunés, mais d’intelligence avec l’ennemi.

- Iashvili, prenez le commandement. Poursuivez notre route vers l’ouest et cherchez les survivants du Golod’.

- A vos ordres.

 

Sverdlov est de quart, il est sans doute dans son bureau. Golovko y file à toute vitesse, passant par sa cabine pour ceinturer son arme. Il y a du monde et du grabuge à proximité de la cabine du commissaire. Il disperse immédiatement les curieux. Il trouve la porte entre-ouverte et le commissaire en train de tenir en joue le quartier-maître Sakharov, avec son arme de poing.

- Commissaire, ne faites pas de geste brusque.

- Ah, capitaine ! Cet homme est une taupe !

- Je vous demande pardon ?

- C’est une taupe ! Je l’ai surpris en train de fouiller dans mes affaires.

Sakharov répond.

- Vous êtes malade ma parole ! Vous n’avez pas eu le capitaine donc vous vous en prenez à l’équipage maintenant ?

- Camarades, baissez le ton ! Et commissaire, rangez votre arme, nous devons tous avoir une discussion.

Sverdlov s’exécute à contre-cœur. Golovko se place dos à la porte, pour empêcher toute sortie de la cabine.  C’est Sakharov qui parle en premier.

- Il a complètement perdu l’esprit avec cette histoire de taupe. Il met le bazar au sein de l’équipage et ensuite accuse une taupe ? C’est facile de cacher son incompétence comme ça, Sverdlov !

- Dixit celui qui est censé gérer l’équipage et qui le laisse partir en vrille. Traître !

- Du calme ! Crie Golovko. Fermez-là, tous les deux. Sakharov, pour commencer, Sverdlov a raison sur un point, nous avons une taupe à bord.

La surprise se lit sur le visage du quartier-maître.

- Un membre d’équipage est en possession d’une liste de plusieurs fréquences radio, formellement identifiées comme étant des fréquences d’installations américaines dans l’Atlantique nord. Le poste occupé par cet homme ne justifie en rien qu’il soit en possession de ces fréquences.

Sverdlov allait exulter, mais Golovko l’interrompt d’un geste, puis se tourne vers lui, le regard inquisiteur.

- Ces fréquences ont été retrouvées ici même, dans votre bureau, cachées dans un de vos dossiers.

Sakharov regagne un peu d’audace.

- Tu pouvais parler espèce de…

- Capitaine, je ne suis pas un traitre !

- Ce n’est pas ce que j’ai dit, commissaire. Les faits sont que j’ai retrouvé ces fréquences dans votre bureau. Je ne vous accuse pas d’être le possesseur du bout de papier les listant.

 

L’incrédulité succède à la surprise. C’est le moment de vérité. Si Sakharov est un traître, il se sentira menacé et pourrait faire une erreur. Golovko verrouille discrètement la porte derrière lui, alors que le commissaire et le quartier-maître se fusillent du regard.

- Ce papier a été trouvé… Ici. Dans ce tiroir, sous le double-fond, dans ce dossier.

Ce faisant, il sort le dossier incriminé et l’ouvre, pour tomber sur la feuille.

- Vous aurez remarqué que ce dossier est le mien. Et pour cause, la personne qui l’a mis là savait que, si j’étais amené à fouiller, j’aurais la curiosité de regarder mon dossier.

Sverdlov se lève, indigné.

- Vous avez fouillé dans mes affaires ?! Vous n’avez pas…

- Affirmatif. Maintenant asseyez-vous. La taupe a donc sciemment placé ces informations ici. Elle savait que je serais assez suspicieux pour fouiller ou faire fouiller cette cabine. Quand je suis venu fouiller, quelqu’un a claqué une porte dans ce compartiment. Cette porte, c’était la vôtre, commissaire.

- La poignée était cassée.

- Exactement. Cassée à cause d’une fermeture trop brutale. Il s’en est fallu de peu pour que la taupe échoue dans son plan, ce n’est donc pas une personne si bien informée de mes intentions que cela et, surtout, cette personne était dans ce compartiment quelques minutes avant mon arrivée. Cela exclue beaucoup de monde, à commencer par vous, Sverdlov. Iashvili vous a appelé et vous l’avez rejoint.

Sverdlov fait mine de dégainer de nouveau son arme vers Sakharov, mais d’un geste, Golovko l’en défend. Sakharov semble avoir perdu pieds, il est hagard.

- Alors c’est bien vous, espèce de vermine !

- Sverdlov, restez calme. Quartier-maître Sakharov, vous me devez des explications. Vous m’avez rapporté des tensions au sein de l’équipage. La manière dont vous l’avez rapportée m’a fait penser que vous accusiez à demi-mot Sverdlov de la situation. Cependant, vous ne pouviez pas connaître l’étendue des discussions que j’ai eue avec le commissaire dans ma cabine. Vous saviez seulement qu’il semblait contester mon dernier ordre de tir donc, dans les faits, vous n’accusiez pas Sverdlov. Vous confirmez ?

Le quartier-maître est toujours sonné.

- Euh, oui capitaine, je ne pensais pas particulièrement au commissaire.

- Pouvez-vous m’en dire plus ? Donnez-moi les détails.

- Bien capitaine.

Sakharov respire un grand coup et se ressaisit.

- De la tension dans l’équipage, il y en a toujours, vous le savez. Mais j’ai eu coup sur coup plusieurs remarques, de plusieurs membres d’équipages, qui ont provoqué notre entrevue. C’est la nature de ces remarques qui m’ont surpris. Certains matelots affichaient un manque criant de confiance tantôt envers vous, tantôt envers le commissaire Sverdlov. Je n’ai pas eu vent de vos discussions, mais je crois que d’autres ont pu vous entendre.

Sverdlov bout d’impatience.

- Des noms ! Donnez-nous des noms !

- Mais il y en a plein je vous dis ! Vatoutine, Paets, Rudawski…

- De toute façon, ces noms sont inutiles, reprit Golovko. Partons du principe que notre taupe est assez maline pour ne pas s’exposer en dénonçant. Ou… Au contraire… Quartier-maître. Si je vous dis Vassilievski ?

- Ce nom est revenu quelque fois oui. Pourquoi ?

- Et bien… Je l’ai croisé en allant fouiller le bureau du commissaire. Pressé. Ce n’est peut-être rien, mais c’est suspect. Que vous a-t-il dit ?

- Vassilievski ? Je crois qu’il était surtout suspicieux envers vous, Sverdlov, mais ce n’était pas le premier à me le dire.

- Qui était le premier ?

- Paets. Que j’ai un peu trop rabroué d’ailleurs.

- Et bien allez le chercher, qu’il nous dise d’où il tenant ses informations. Sverdlov, allez avec le quartier-maître. Je vous attends dans ma cabine.

 

Quelques minutes plus tard, le trio se retrouve, avec en plus le matelot Paets avec eux. Il a à peine le temps de donner sa version des faits qu’Iashvili débarque, haletant et hurlant.

- On a un problème capitaine. Un matelot s’est enfermé dans la salle des missiles.

- #####. Sakharov, recensement complet, je veux savoir si d’autres marins sont enfermés avec lui, qu’il le sache ou non.

Branle-bas de combat. Quelques minutes plus tard, Golovko est à l’entrée du compartiment et Sakharov l’a informé qu’un opérateur est enfermé avec lui. Il tape à la porte.

- Vassilievski, c’est le capitaine. On a déjoué votre plan Vassilievski, c’est fini.

De derrière la porte, la voix du marin résonne.

- Non capitaine, ce n’est pas fini. Pas encore. Je ne vais pas partir sans un feu d’artifice !

- Matelot, écoutez-moi. Ça ne sert à rien de mourir aujourd’hui. Rendez-vous !

- Vous allez m’exécuter, et si ce n’est pas vous, le KGB le fera !

- Les échanges d’agents, vous connaissez ? Evidemment que vous connaissez. On a aussi des agents en difficulté à l’ouest. Vous contre l’un d’eux. Vous restez vivant, vous passez à l’ouest et la CIA vous donne la belle vie.

- Foutez-vous de moi, comme si le KGB allait accepter.

Réfléchis Sergueï, réfléchis.

- Il a quel âge ?

- Dix-neuf ans capitaine.

Il est jeune. Beaucoup trop jeune pour que ce soit un projet mûrement réfléchi.

- Vous avez une famille ?

- Qu’est-ce que ça peut vous faire ?

- Vous avez quelqu’un qui vous attend à Mourmansk, j’en suis sûr.

Silence.

- Vous savez ce qui lui arrivera si vous faites sauter ce sous-marin. Là, le KGB n’aura aucune pitié. Ils vont la traquer et l’éliminer. Idem pour vos parents. Vos frères, vos sœurs si vous en avez. Vos amis, même.

- Ils feront la même chose si je me rends.

- C’est là que vous vous trompez. Vous n’aurez pas la mort de tout l’équipage sur vos mains. Vous n’aurez pas à votre actif la destruction d’un sous-marin. Vous êtes un simple matelot, pas un grand ponte. Vous ne connaissez rien de top secret ou de sensible qui ferait que le KGB refuserait de vous laisser partir.

Nouveau silence.

- Réfléchissez Vassilievski. Vous avez bien plus d’options que vous ne le pensez, et faire sauter ce sous-marin est sans doute la pire de toutes. Tant que je ne fais pas de rapport, vous n’avez rien fait.

- Et l’équipage ?

- L’équipage n’en dira pas un mot si je leur ordonne de le faire.

Nouveau silence. Puis, d’une voix faiblarde, Vassilievski reprend.

- Capitaine ? Vous pensez que je peux m’en sortir ? Je veux dire, si j’arrête là, vous pensez que je peux m’en sortir ?

- Je le pense. Je ne sais pas comment ça marche au KGB, mais vous pourrez sans doute les aider à identifier votre recruteur, ou être leur informateur, ou je ne sais trop quoi. Mais pour ça, il faut que vous vous rendiez.

Silence.

- Je vais ouvrir la porte et vous passez mon arme, crosse en avant.

- Allez-y.

La porte s’ouvre lentement. Soudain, les bruits d’un pas de course et le cri d’un homme jusqu’alors silencieux.

- Crève, sale chien !

Il s’en suit un bruit sourd accompagné du craquement d’un os, puis d’autres coups. Vassilievski s’effondre, poussant la porte dans sa chute. Son crâne fendu et enfoncé en plusieurs points ne laisse aucun doute sur son état. Derrière lui, dans une fureur à peine contenue, l’opérateur missiles Bondarenko, dont Vassilievski ignorait la présence dans le compartiment. Lorsqu’il prend conscience de son geste, il est pris de vomissements. Golovko sent son cœur se serrer. Il était trop jeune, sans doute trop fougueux... Il tourne la tête vers son meurtrier qui se recompose quelque peu.

- Matelot, expliquez-vous. Il allait se rendre.

- C’est ce qu’il vous a dit oui. Qu’il allait faire passer son arme crosse en premier. Moi je l’ai vu retirer le cran de sûreté et se préparer à tirer sur quiconque se tenait derrière la porte. C’était une ruse capitaine, je l’ai empêchée. »

Quelques minutes plus tard, Bondarenko fait son rapport au capitaine, qui ne sait trop quoi penser de tout cela. Peu importe, pour le moment, la recherche de l’équipage du Golod’ est sa priorité.

 

20h47 – à bord du Smiert’

Une journée à suivre les indications du ZEVS n’a rien donné. Pas de trace du moindre canot pneumatique, et avec la nuit qui tombe, la recherche devient de plus en plus difficile. Et il y a toujours trois sous-marins ennemis dans la région !

« On va faire un dernier balayage. Il fera trop noir dans une heure. Je prends le périscope !

 

Inutile de regarder vers l’ouest, c’est tout noir. Au nord et au sud, cela devient compliqué de repérer quelque chose mais, il en est à peu près certain, il n’y a ici que de l’eau. Des vagues. Il balaie avec plus d’attention l’arc ouest.  Il voit d’abord ce qu’il pense être des reflets dû aux creux des vagues, avant de réaliser que les creux en question ne bougent pas comme devraient le faire celui des vagues. Il augmente le zoom d’un niveau, se focalise sur ces ceux. Leur forme n’est pas celle d’un creux. Ce sont des canots !

- On les a ! Cap 2-5-9, plusieurs canots en visuel ! A tout l’équipage, préparez-vous à accueillir les hommes du Golod’. Nous aurons sans doute des malades et des blessés, faites de la place. Déplacez une partie de l’équipage dans la salle des torpilles.

 

Quelques minutes plus tard, après s’être assuré qu’il n’y avait aucune bouée ni aucun appareil ennemi à proximité – dans la mesure où un sous-marin peut le repérer, le Smiert’ fait surface, à quelques centaines de mètres des premiers canots. L’un deux envoie un signal visuel à l’aide d’une lampe. « Golod’ ».

- Je veux deux médecins et une vingtaine d’hommes au dehors. Je vous accompagne. Iashvili, vous prenez le commandement du pont.

- Bien capitaine !

De l’air ! De l’air frais ! La nuit est presque installée lorsque les premiers canots s’échouent contre le Smiert’.

- On prend d’abord les blessés et les malades. Les autres, montez sur le sous-marins mais restez dehors. Des couvertures, vite !

Alors que les premiers naufragés entrent dans le sous-marins, avec l’aide de l’équipage du Smiert’, Golovko s’enquiert de la situation.

- Qui est aux commandes ?

Une voix forte mais fatiguée lui répond dans son dos.

- C’est moi, Golovko !

Il se retourne et voit Kastals, boitant, soutenu par le commissaire Hodorovski.

- J’ai une bonne nouvelle pour vous, capitaine.

- Laissez-moi deviner. On les a eus ?

- Affirmatif, la flotte de surface est détruite. Pavlovski a coulé tout ce que vous lui avez laissé.

Kastals renifle, un sourire aux lèvres.

- Frimeur. »

Et tous éclatent de rire.

Rapport final et Epilogue

 

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Navires coulés (mis à jour avec le rapport final) :

1x R06 Illustrious (20 710t, 1051 membres d’équipage)
1x CG551 Giuseppe Garibaldi (10 100t, 825 membres d’équipage)

1x CG-49 Vincennes (8500t, 351 membres d’équipage)

2x DD 963 Spruance, 1 Baseline, 1 VLS (8035t, 334 membres d’équipage)
1x SSN-688 Los Angeles (6080t, 129 membres d’équipage)

2x D 550 Audace (3950t, 380 membres d’équipage)
1x F-85 (5300t, 250 membres d’équipage)

2x F-92 (4800t, 273 membres d’équipage)

1x F-88 (4400t, 222 membres d'équipage)

2x D 95 Manchester (3500t, 301 membres d’équipage)

2x F 570 Maestrale (2700t, 232 membres d’équipage)

2x F-40 Sirius (2500t, 250 membres d'équipage)

50x hélicoptères embarqués (dont un abattu par le K-360)
8x Sea Harrier

Total : 106 060t, 6 368 membres d'équipage + une centaine de pilotes et de navigateurs

 

Pertes soviétiques :

1x PLA-685 Plavnik, 5 750t, 69 membres d’équipage.

1x PLA-671TRM Schchuka, 5000t, 37 membres d’équipages (82 évacués)

Total : 10 750t, 88  membres d'équipage (82 évacués)

 

Pertes et dépenses d’équipement de l’OTAN et de l’URSS

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Epilogue

Le K-148 Krasodar parvient à rentrer à Mourmansk en sureffectif. A son arrivée, un mélange d’urgence, pour traiter les dix-sept marins victimes d’hypothermie et amener les vingt-deux blessés dans un hôpital, et de joie. Le Pokorenie le suit d’environ quatre heures, lui aussi accueilli en fanfare. Les exploits des Quatre Cavaliers sont maintenant connus dans toutes les bases du nord, et sans doute au sein de toutes les flottes de l’URSS. Golovko fait peindre une tête de cheval squelettique, agrémenté du mot Smiert’, sur la façade extérieure du pont. Le Pokorenie se voit agrémenté de deux épées croisées avant de repartir 10 heures plus tard à peine, après avoir fait le plein de torpilles. Le capitaine Kastals obtient le commandement du premier vaisseau libre qui se présente, et obtient également le droit de le marquer d’une étoile blanche, marquant la destruction d’un hélicoptère par le K-360 peu avant sa perte.

 

L’amiral Kapitanets a fait le déplacement jusqu’à Mourmansk pour accueillir et féliciter en personne les capitaines survivants. Ils peuvent tous songer à une promotion – retardée par l’urgence de la situation, mais néanmoins garantie. Derrière lui, masqué dans la délégation, le lieutenant Aleksei Vorodine du KGB, avec comme mission de débriefer Golovko et son équipage sur les « événements » survenus à son bord.

 

- - -

Cela fait quatre heures que Golovko est enfermé avec le lieutenant Vorodine pour un interrogatoire qui parait n’en plus finir. Qui pouvait se rappeler en détail de deux jours et demi d’une mission aussi intensive que celle-là ? Pourtant Vorodine voulait tout savoir. Il cherchait tous les détails, levait tous les lièvres. Golovko en était sûr, à la fin de la journée il serait capable de déduire le nombre de pas qu’il a fait dans son sous-marin ces trois derniers jour.

 

Puis soudain, le silence. Vorodine ferme les yeux, plongés dans ses réflexions.

« Je crois, capitaine, que vous avez rendu un service extraordinaire à l’Union.

- Nous avions une mission, nous l’avons remplie, mais ce n’est pas uniquement de mon fait.

- Ah, je ne pensais pas à cette mission. On m’ait dit qu’elle avait tout d’une mission suicide, je vous félicite chaleureusement de votre victoire, mais ce n’est pas ce que j’avais en tête. Votre gestion de la crise avec Vassilievski était parfaite.

- Vous trouvez ? On aurait pu sauver ce gamin, mais il s’est obstiné. Il était trop jeune pour s’être lancé dans cette aventure tout seul et par idéologie, et il est mort bêtement à bord de mon sous-marin.

- Tout cela est vrai capitaine, mais vous n’allez pas au bout de votre réflexion.

- Comment cela ?

- Vous dites vous-même qu’il n’a pas pu se lancer seul. C’est une intuition de votre part, mais j’ai creusé le dossier du jeune Vassilievski, et vous avez raison. On l’a enrôlé. Il y a donc un plus gros poisson et nous voulons savoir qui c’est.

- Oui, ça je m’en suis douté. Et je pensais qu’avec Vassilievski vivant, vous auriez au moins une piste.

- Mais nous en avons une ! En fait, nous connaissons sans doute le coupable.

Golovko est perplexe.

- Je ne comprends pas.

- Bon. Suivez mon raisonnement. Avant cela, vous vous doutez bien que nous avons généralement des suspicions quant aux infiltrations ennemies, mais ce ne sont que ça : des suspicions. Nous n’allons pas faire tomber les têtes de tout un équipage quand on soupçonne un homme d’être au service de l’ennemi.

Le sourire en coin du lieutenant laisse penser qu’il ne trouve pas l’idée complètement farfelue.

- Vassilievski a été recruté. Mais il est inexpérimenté, son recrutement est récent. Il n’a pas une grande expérience de la mer, ne connait rien de nos secrets militaires, n’a jamais vécu à l’étranger, ne parle que le russe et n’a jamais accompli la moindre mission pour l’ennemi. En bref, il est inexpérimenté en toute chose et ne pouvait pas agir seul dans le sous-marin qu’il devait détruire. Il était chapeauté.

- Ca se tient, mais vous avez une liste de 106 suspects.

- Vous aviez une liste de deux. J’ajouterais Bondarenko. Oui, je sais ce que vous vous dites. Vous lui faites confiance puisqu’il est membre de votre équipage et que vous ne pouvez pas prendre la mer sans faire confiance à vos hommes. Je peux me permettre d’être plus tatillon. Bondarenko a exécuté Vassilievski alors que, selon votre rapport, il allait se rendre. Il prétend au contraire qu’il allait vous assassiner.

- Il n’y a aucun moyen de savoir s’il avait raison ou non, Vassilievski a laissé tomber son arme de telle sorte qu’on ne peut pas savoir comment il la tenait. Le cran de sûreté était retiré. Vous allez me dire, Bondarenko aurait pu…

- C’est sans importance. Vassilievski est dans la salle des missiles. Il a derrière lui de quoi faire sauter tout le sous-marin. Pourquoi se contenter de vous tuer vous seul avec son arme à feu ? Dans les deux cas, il n’en sort pas vivant, mais dans le premier, il inflige des dégâts terribles au sous-marin. Seulement voilà, en discutant avec lui, vous êtes parvenus à le raisonner, à le faire douter. Il allait se rendre, certainement tout balancer. Et il venait d’ouvrir la porte. Bondarenko n’avait plus le champ libre pour faire sauter le sous-marin, ou bien il n’avait pas le cran de le faire sauter lui-même. Sa seule option était de limiter les dégâts, en tuant celui qui allait le dénoncer.

 

Golovko reste quelque secondes pensif.

- C’est très bien ficelé, je dois l’admettre, mais je crois que vous avez tort.

- Oh ? Je vous écoute.

- Il n’est pas à exclure que Bondarenko ait cédé à la pression et qu’il ait assassiné Vassilievski par réflexe de survie. Dans votre hypothèse, si Bondarenko chapeaute Vassilievski, alors il est plus expérimenté. Il n’aurait pas laissé passer l’occasion de faire sauter le K-148, or du temps, il en a eu à l’envi au cours de ma discussion avec Vassilievski. Et puis il faut se rappeler de cette histoire de fréquences. Elles n’ont pas été mises là pour rien je pense. Le suspect savait que je me méfierai de Sverdlov et que j’irai fouiller ses affaires pour en…

- A ce propos, vous resterez quelques heures de plus ici, vous avez sans doute eu accès à des documents que vous n’auriez jamais dû avoir entre vos mains. En temps normal, vous auriez été sanctionné, mais vu la situation, nous passerons outre.

Golovko fit mine de ne pas entendre.

- …pour en savoir plus. Il faut que ce soit une personne qui me connaisse plutôt bien, ou qui place parfaitement ses pions pour me faire aller exactement où il souhaite, c’est pour ça que je suspectais Sverdov et Sakharov.

- Et vous penchiez pour qui ?

- Honnêtement ? Je ne sais pas.

Vorodine sourit.

- Serait-il incongru pour un agent des services du renseignement d’avoir des informations sur des fréquences radio ennemies ?

 

Le déclic.

 

- Vous voulez dire…

- …Que nous savions très bien que Sverdlov disposait de ces fréquences. Il devait les surveiller et s’assurer que personne parmi l’équipage ne cherchait à les utiliser. Il était en chasse.

- Donc le fait que je les aie trouvées faisait partie du plan de l’espion. Il devait faire que je me rende dans le bureau de Sverdlov pour le fouiller, que je tombe sur ces fréquences et que je pense à une trahison.

- Exactement. Or il n’y a qu’une personne qui vous a fait suspecter Sverdlov.

- Le quartier-maître Sakharov. Cependant, quelque chose m’échappe. Pourquoi enrôler quelqu’un pour faire sauter un sous-marin sur lequel Sakharov lui-même se trouvait ? Il serait mort.

- Sauf si on considère que le but était de ne pas faire sauter le sous-marin. Admettons. Vassilievski est arrêté, interrogé. Il nous livre de maigres pistes de recherche. Ou bien il est mort. Dans les deux cas, nous pensons avoir éliminé la menace à bord du K-148, ce qui rend la position de Sakharov extrêmement confortable. Il a alors les mains libres pendant que nous nous concentrons ailleurs.

Vorodine lit sans difficulté l’incrédulité de Golovko, car il enchaîne immédiatement.

- N’allez pas imaginer que c’est Sakharov qui l’a recruté. C’est évidemment un autre agent à terre qui s’en est chargé. On aurait eu un nom, un code quelconque, sans doute obsolète. Nous serions restés le bec dans l’eau. Mais voilà que vous avez envoyé ce message au centre Titov, mentionnant ces fréquences. Il fallait oser. On aurait pu croire que vous essayiez de faire passer un message codé à l’ennemi. Le GRU a eu l’intelligence de vérifier l’information avec nos services. Nous avons identifié le document que vous avez vu, déduit que vous suspectiez un espion à bord. A partir de là, excluant Sverdlov, nous étions à peu près certain que vous aviez identifié la taupe sans même le savoir. Et vous voilà.

 

Golovko ne savait quoi penser. Le KGB a l’habitude de vous retourner le cerveau. Des intrigues dans des intrigues dans des intrigues… Tout ça est bien loin de son commandement de sous-marins.

- Et votre histoire avec Bondarenko.

- Complètement bidonnée. Je souhaitais évaluer votre capacité de réflexion.

- Vous avez de drôles d’occupations.

- Ce sont des ordres, capitaine.

Vorodine se lève, invitant Golovko à en faire de même.

- Je vous félicite de nouveau. Je vous envoie par ailleurs les salutations de votre frère. Ou plutôt, demi-frère.

- Pardon ?

Il lui tend une enveloppe, un sourire en coin.

- Vous comprendrez. »

Puis il quitte la pièce. Une fois seul, Golovko ouvre l’enveloppe. Deux feuilles, une marquée du sceau du KGB et confidentielle, l’autre, également marquée et arborant l’écriture de son frère.

 

 - - -

Du côté de l’OTAN c’est la stupéfaction. La TF Horton avait pour but de détruire tout sous-marin qui aurait l’audace de tenter de passer la ligne GIUK. Elle disposait pour cela de navires adaptés à la tâche, d’une flotte d’hélicoptères massive, d’un écran efficace contre toute attaque au missile et de l’appui de patrouilles maritimes. Il a suffi de quatre sous-marins, dont un seul était équipé de missiles anti-navires, pour l’envoyer par le fond. Les Etats-Unis ont d’abord cru que les sous-marins utilisés étaient plus nombreux et des modèles du tout dernier cri, équipé de technologies et d’armements inconnus, avant de deviner, puis comprendre, qu’ils étaient guidés par satellites par un ingénieux systèmes de codes radio minimalistes mis en place par le commandant de la force sous-marine.

 

Stratégiquement, la situation est un désastre, car le GIUK est maintenant grand ouvert. Il n’y a plus que les navires néerlandais et canadiens de la STANAVFORLANT qui sont encore sur zone. La perte d’un porte-avions et de quatre frégates est terrible pour le Royaume-Uni, mais plus encore pour l’Italie, qui sombre en quelques heures dans une crise politique. En France, l’indécision règne. Le Clemenceau est en méditerranée, tout juste rentré du Golfe d’Oman, tandis que le Foch a pour l’instant ordre de voguer vers l’Arctique… Mais pour y faire quoi ?

 

Les navires engagés dans la bataille de la Mer de Norvège sont cependant encore en état de combattre. Les porte-avions et les croiseurs américains sont intacts. En donnant l’accès satellite à ses sous-marins, l’URSS a réduit temporairement les capacités de sa flotte du Nord, ce qui a permis d’infliger des pertes élevées. L’issue de la bataille dans ce secteur est encore indécise, mais les Etats-Unis doivent désormais compter, c’est certain, avec un océan atlantique infesté de sous-marins dès les prochains jours. L’opération Reforger en sera d’autant plus difficile.

Au cinquième jour de la troisième guerre mondiale, la situation est préoccupante pour l’OTAN.

 

A suivre (et à précéder, aussi)…

 

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