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Eginhard 38

À la pointe des sAARisses, ou la gloire des AARgéades

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La campagne de Chalcidique

 

 

Lorsque revinrent les beaux jours, Philippe n’était toujours pas fixé sur la stratégie qu’il allait employer pour vaincre les Chalcidiens.

 

La force respectable qui tenait Therma n’avait pas été renforcée durant l’hiver. La ville n’était pas fortifiée, et les Macédoniens rassérénés étaient désormais 17.500 contre 8.000 combattants ennemis. Philippe pouvait donc risquer une attaque directe, mais il n’y était guère enclin et n’était pas le seul. Même Antipater, sans doute échaudé par sa mésaventure de Borboros, lui conseilla la prudence.

 

Philippe était particulièrement ennuyé par son manque d’information sur la puissance réelle de l’ennemi. Il était peu probable que la puissante Ligue Chalcidique ne puisse aligner davantage de troupes que la combative, mais modeste avant-garde affrontée à Borboros, ou la petite armée stationnée à Therma. La principale force chalcidienne était forcément plus importante, mais les Macédoniens ignoraient où elle se trouvait. Attaquer Therma pour la voir surgir de nulle et menacer l’arrière ou les flancs de l’armée macédonienne était pour Philippe un risque inacceptable.

 

Le roi décida donc d’attirer l’ennemi dans un piège pour l’affronter sur un terrain choisi à l’avance. La perte de Crestonia laissait aux Chalcidiens deux axes majeurs pour ravitailler Therma : par le sud-est depuis les cités chalcidiennes de Krousis et Bottikè, et par l’est depuis la ville macédonienne occupée de Mygdonia. Or, chacune de ces deux routes passait de part et d’autre du mont Kissos, un relief majeur de la région que les Chalcidiens avaient fortifié mais négligeaient d’occuper en force. Philippe espérait qu’en s’en emparant, il pousserait son ennemi à tenter de rétablir les communications avec Therma et à l’attaquer sur les pentes, favorables à la défense, de la montagne.

 

 

*****

 

L’armée macédonienne gravit les pentes septentrionales du mont Kissos avec la plus grande prudence. C’était aux Hypaspistes de s’emparer du fort, avec le soutien d’une batterie de catapultes. Leur gauche serait couverte par la phalange d’Aigéai, tandis que celles d’Éordéa et d’Édessa étaient déployées sur la droite, avec les Compagnons, afin de parer à un coup de main de l’armée de Therma. Philippe avait pris soin de déployer son aile droite de sorte qu’elle puisse rapidement se porter au secours de la gauche, en cas d’attaque en force des Chalcidiens depuis Mygdonia.

 

La tension monta d’un cran lorsque les éclaireurs montés, partis en reconnaissance vers l’est, informèrent le commandement macédonien d’importants mouvements de troupes au voisinage de Mygdonia, justement, sans pour autant être en mesure de préciser davantage les effectifs impliqués. Pour Philippe, ce fut le début de longues heures d’angoisse. Son armée était avancée en territoire ennemi, avec un lac dans son dos, ce qui étrécissait son axe de retraite. Que l’armée de Therma l’attaque simultanément à celle de Mygdonia, et elle aurait la possibilité de couper cette retraite. Dans un tel cas de figure, l’armée macédonienne courait le risque d’être écrasée.

 

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Les Hypaspistes s'apprêtent à assaillir le fort, en chantant "I was made for eros you baby" du célèbre groupe locrien Kissos.

 

 

Heureusement pour elle, la garnison symbolique du fort qui coiffait le mont Kissos n’était pas de taille à résister aux Hypaspistes, même avec les nombreux éphèbes qui avaient rejoint les rangs de ces derniers durant l’hiver. La position fut vite conquise, sans qu’aucune intervention extérieure ne vienne mettre en péril l’armée macédonienne.

 

De nouvelles reconnaissances révélèrent que les pentes méridionales de la montagne  étaient relativement sûres. Plus au sud, Krousis et Bottikè étaient vides de troupes, et seule l’apparition semble-t-il inattendue des éclaireurs montés poussa les deux cités à mobiliser leurs forces à la hâte. La situation semblait favorable pour changer de versant, aussi Philippe ordonna-t-il à son armée de se redéployer plus près de Therma. Puisqu’il n’avait pas obtenu de bataille en attaquant le fort chalcidien, il allait tenter d’en avoir une en menaçant plus directement la cité portuaire.

 

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L'armée macédonienne, prête à marcher sur Therma.

 

 

 

*****

 

Alors que Philippe lançait les premiers mouvements de sa campagne en Chalcidique, les Eubéens étaient de retour dans le golfe Pagassitique. C’était là davantage une volonté de revanche de leur part après leur défaite de l’année précédente, qu’une action téléguidée par les Athéniens. Ces derniers, en dépit des discours enflammés de Démosthène (une série de trois oraisons intitulées « Olynthiennes »), étaient restés sans réaction à l’offensive macédonienne. L’avis majoritaire sur la Pnyx était que conquérir la Macédoine orientale était une chose, mais que soumettre Olynthe puis s’emparer de Potidée et d’Amphipolis en était une autre. Philippe avait eu les pires difficultés à vaincre une force secondaire à Borboros, alors que la principale armée chalcidienne n’avait pas encore donné de la voix. Pour beaucoup, la Ligue Chalcidique était toujours en mesure d’assurer la sécurité des positions athéniennes dans le nord de l’Égée.

 

Les cités eubéennes, pour leur part, avaient consenti un nouvel effort pour libérer Phères de sa sujétion à Philippe et ébranler la domination macédonienne sur la Ligue Thessalienne et le Conseil Amphictyonique. Elles n’avaient pas eu trop de mal à reconstituer une flotte et une armée. Celle qui voguait vers Pagases était forte de 5.000 hommes, peltastes et cavaliers inclus.

 

Depuis son quartier général de Delphes, Peithon s’attendait à cette nouvelle attaque. La chaîne de commandement macédonienne dans la région était assez confuse. Théoriquement, Peithon était à la tête de toutes les troupes thessaliennes mais dans la pratique, il se trouvait sous les ordres d’Attale. Peithon, qui avait remporté sans aide macédonienne deux batailles décisives (à Boïbé contre les gens de Phères, et à Makra Komé contre les Phocidiens) durant les campagnes précédentes, supportait sans enthousiasme cette situation. Toutefois, l’autorité opérationnelle d’Attale ne s’étendait pas au-delà des protectorats de l’Amphictyonie en Grèce centrale. Peithon était le seul commandant sur le territoire thessalien proprement dit, et avait pu ainsi prendre ses dispositions sans interférences de la part d’Attale.

 

Peithon avait ainsi retiré de Malide la brigade de cavalerie de Pharcadon, où elle était pour ainsi dire inutile, pour la stationner à Phères avec les hoplites de Krannon. Il avait également instauré un système de guetteurs et d’estafettes en Phthiotide, et celui-ci s’avéra efficace. Sitôt que les trières eubéennes pénétrèrent dans le golfe Pagassitique, les hoplites d’Olooson quittèrent Halos pour rejoindre Phères.

 

Lorsque les Eubéens débarquèrent près de Pagases, ils étaient attendus de pied ferme par 7.000 hommes. Malgré cela, ils chargèrent avec fougue le centre thessalien, tenu par les hoplites de Krannon, et faillirent les submerger. Il fallut l’intervention décidée des Perrhèbes d’Olooson contre la gauche eubéenne, et une violente charge de cavalerie sur la droite, pour briser l’attaque ennemie. Pris dans un étau, les Eubéens furent massacrés. La bataille fut si sanglante que les vainqueurs, trop épuisés, renoncèrent à poursuivre leurs adversaires en déroute et laissèrent leurs navires s’échapper. La seconde bataille de Pagases avait été encore plus coûteuse que la première, avec 1.500 tués et blessés parmi les Thessaliens, et davantage encore parmi les Eubéens.

 

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L'étau meutrier des Thessaliens sur sur la tête de pont eubéenne.

 

 

Le reste de l’année fut plus calme pour les Thessaliens, hormis le désormais traditionnel raid naval béotien. Celui-ci visa encore une fois la région d’Halos, où il n’occasionna que peu de dégâts avant d’être rejeté à la mer.

 

 

*****

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La bataille de Kissos

 

 

Dans les jours qui suivirent la prise du mont Kissos, Antigène multiplia les reconnaissances et parvint à obtenir des renseignements d’une remarquable précision sur les forces ennemies. Il put ainsi apprendre à Philippe que 6.000 hoplites de Krousis et Bottikè, renforcés par 1.000 peltastes venus d’Olynthe, se préparaient à renforcer par voie terrestre les 8.000 défenseurs de Therma. Mais surtout, les éclaireurs montés parvinrent à mieux cerner la force de la principale armée chalcidienne, basée à Mygdonia. Elle ne comptait pas moins de 11.000 hoplites – dont 3.000 mercenaires iphicratiques – et 5.000 peltastes, sans oublier 1.500 fantassins légers. Le seul défaut de cette force gigantesque était son manque total de cavalerie. La Chalcidique n’était une région très favorable à l’élevage des chevaux, et les seuls détachements significatifs avaient été taillés en pièces à Borboros.

 

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C'est toujours un peu flippant quand...

 

http://www.heberger-image.fr'>31571_armee_mygdonia2.jpg

... une armée ennemie nécessite deux pages pour s'afficher entièrement.

 

 

Combinées, ces trois armées totalisaient plus de 33.000 hommes, soit pratiquement le double des 17.000 soldats que Philippe alignait. Confronté à cette angoissante évidence, le roi de Macédoine aboutit à la seule conclusion possible : il lui fallait affronter ces armées séparément et les battre l’une après l’autre. Il ne pouvait définitivement pas se permettre qu’elles viennent l’écraser de concert. Il ordonna donc à l’armée de descendre du mont Kissos pour attaquer Therma sans plus attendre. Qu’au moins une des deux autres forces chalcidiennes le surprenne avant qu’il en ait fini avec la garnison de la ville, et c’en était fini de lui.

 

La chance, toutefois, sourit à Philippe. Non sous les traits de Tyché, comme lorsqu’il assiégeait Éliméa six ans plus tôt, mais par l’intermédiaire d’Eris, la Discorde.

 

Le principal défaut du commandement chalcidien résidait dans sa nature collégiale. Les stratèges de la Ligue étaient disséminés au commandement des différentes armées, et ces dernières étaient rarement dirigées par un seul homme. Cette structure, classique dans le monde grec, n’était pourtant pas sans défauts. Elle allait conduire la Ligue Chalcidique à la catastrophe.

 

À Mygdonia, Lasthène et Cléobule, les chefs de la principale armée chalcidienne, étaient divisés sur la conduite à tenir. Le premier souhaitait attaquer les Macédoniens en passant au nord du mont Kissos, ce qui permettrait de surprendre Philippe en débouchant sur ses arrières. Le second objecta qu’avec le fort de Kissos entre des mains macédoniennes, et l’obligation de passer entre la montagne et le lac Coronée, l’armée pourrait facilement être bloquée. De plus, dans cette position, il serait impossible de communiquer avec l’armée de Therma, et donc de coordonner les actions des deux forces. Cléobule suggéra plutôt une attaque par le sud, à laquelle Lasthène s’opposa en faisant remarquer qu’un tel mouvement exposerait le flanc droit de l’armée à une charge dévastatrice des Macédoniens depuis le mont Kissos.

S’ils étaient incapables de s’accorder sur une stratégie, les deux généraux avaient toutefois en commun de considérer les deux stratèges en charge à Therma, Ménélas et Euthycrate, comme de sérieux rivaux. De ce fait, ils n’étaient pas mécontents de les voir en aussi fâcheuse posture, et ne se pressèrent pas pour les secourir. Cet intérêt commun finit par dicter leur conduite. Lasthène et Cléobule convinrent finalement, dans un premier temps, de transférer leur base d’opérations de Mygdonia à Bottikè. De là, ils pourraient agir de concert avec l’armée qui se concentrait à Krousis – avant ou après la chute de Therma, peu importait.

 

Le problème est qu’ils négligèrent complètement de tenir Pélias, qui commandait à Krousis, informés de leur décision. Celui-ci s’en tint donc aux instructions qu’il avait reçues de la Ligue : superviser la formation d’une armée de secours et la mener jusqu’à Therma. Dès qu’il fut prêt, il se mit en marche vers le nord, alors que l’armée de Mygdonia n’avait même pas encore commencé à faire mouvement.

 

 

*****

 

La marche de Pélias prit Philippe au dépourvu. L’attaque contre Therma n’avait pas encore commencé. Il allait devoir se porter à la rencontre de l’armée de secours, en courant le risque d’une sortie simultanée de la garnison.

 

L’armée macédonienne se déploya en chevron, anticipant des attaques venant de deux directions différentes. Les Hypaspistes en formaient la charnière centrale, directement sur la route que devraient emprunter Pélias et ses hommes. Sur leur droite, les phalanges d’Édessa et d’Éordéa faisaient face à Therma. Ce flanc de l’armée étant en l’air, les Compagnons y formaient une réserve mobile. La gauche des Hypaspistes, en revanche, était ancrée sur des escarpements rocheux qui s’étendaient au pied du mont Kissos. De ce fait, la phalange d’Aigéai n’était pas directement déployée à cet endroit, mais plus loin, avec le fort dans son dos. Ainsi positionné, Parménion pouvait aussi bien flanquer un assaillant que couvrir la gauche de l’armée, voire même intervenir contre une tentative ennemie par le nord du mont Kissos, le fort au sommet de la montagne donnant aux défenseurs une visibilité remarquable sur la région environnante. Seuls les éclaireurs montés faisaient la liaison entre la phalange d’Aigéai et le reste de l’armée.

 

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La bataille de Kissos commence.

 

 

Pressé par les magistrats de la Ligue d’aller renforcer Therma aussi vite que possible, Pélias confondit vitesse et précipitation. Le reste de son armée était encore en formation de marche lorsqu’il ordonna à son avant-garde de charger les Hypaspistes sans plus attendre. L’assaut fut initialement bien soutenu par les peltastes d’Olynthe, mais ces derniers furent rapidement chargés par les éclaireurs montés et partiellement dispersés. C’est en regroupant ses hommes pour charger une seconde fois qu’Antigène remarqua la fumée qui s’élevait du fort du mont Kissos. Une armée approchait depuis l’est. Antigène poussa un juron particulièrement grossier, puis emmena ses éclaireurs dans cette direction. Il devait impérativement découvrir quelle était cette force, son importance, et surtout sa destination.

 

À l’autre bout du champ de bataille, Philippe vit aussi le signal du fort. Le roi sentit une sueur froide et poisseuse couler sous son armure étincelante. Son pire cauchemar semblait en passe de se réaliser. Si c’était l’armée de Mygdonia toute entière, il ne faisait guère de doute que la bataille était perdue. Pour peu que la garnison de Therma lance une sortie coordonnée, et il pourrait s’estimer heureux s’il parvenait à ramener les débris de son armée à Pella.

 

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Stress, angoisse, panique...

 

 

 

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On garde toujours un souvenir sanglant de la Chalcidice^^

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Depuis le rocher qui lui tenait lieu d’observatoire, Antigène n’en avait pas cru ses yeux lorsqu’il avait réalisé que la totalité de l’armée de Mygdonia était présente. Il avait plu l’avant-veille, et la température était restée relativement fraîche, de sorte que l’interminable colonne chalcidienne ne soulevait pratiquement pas de poussière. Il crut même halluciner lorsque la tête de la colonne, en débouchant de la vallée d’Anthémos, obliqua vers le sud. La bataille venait d’être engagée à quelques lieues seulement, et la plus puissante armée chalcidienne s’en désintéressait complètement, préférant marcher sur Bottikè ! Laissant un écran de cavalerie surveiller la progression adverse, Antigène remonta en selle et fonça à bride abattue pour en avertir personnellement le roi.

 

 

*****

 

Les Hypaspistes avaient repoussé la première attaque chalcidienne, mais Pélias réagit en lançant une seconde brigade d’hoplites dans la mêlée. Privé du soutien des éclaireurs montés, Antipater ne resta point passif. Il envoya un de ses bataillons de peltastes sur sa droite afin de repousser ceux de l’ennemi et priver les hoplites chalcidiens de leur soutien, avec succès. Les Hypaspistes n’en rejetèrent que plus facilement la deuxième vague.

 

Philippe ne prit même pas la peine de dissimuler son soulagement lorsqu’Antigène lui annonça la bonne nouvelle, et remercia à voix haute Zeus, le dieu des dieux.

De son côté, Pélias était surpris de l’absence de réaction de l’armée de Therma. Aussi étonnant que cela puisse paraître, personne n’avait songé à prévenir Ménélas et Euthycrate de l’arrivée imminente des troupes venues de Krousis, alors même que les communications avec Therma par voie maritime restaient ouvertes. Pélias envoya quelques estafettes tenter d’échapper aux Macédoniens pour s’approcher de la cité, mais aucune ne parvint à destination.

 

Le stratège chalcidien prit personnellement le commandement de sa troisième et dernière brigade d’hoplites. Il s’efforça de la faire manœuvrer pour la mener vers une brèche dans la ligne macédonienne qui lui aurait permis de déborder les Hypaspistes par la droite, mais les peltastes de Pella gênèrent suffisamment ses mouvements pour que les hommes d’Antipater aient le temps de se repositionner pour le contrer. L’approche des éclaireurs montés, revenus de leur mission de reconnaissance vers l’est, poussa Pélias à se replier pour éviter d’être coupé de ses arrières et anéanti.

 

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Pélias tente de manoeuvrer pour déborder les Hypaspistes, mais il se fait contrer. Pendant que ses hommes se font marave façon GTA V, l'armée de Mygdonia se taille pépouze à Krousis pour chiller izi life. Chanceux, moi ?

 

 

 

*****

 

La bataille de Kissos, cependant, n’était pas terminée. À Therma, les stratèges chalcidiens finirent par avoir vent de l’engagement en cours, par l’intermédiaire d’habitants des environs. Les renseignements dont ils disposaient étaient fragmentaires : ils ignoraient qui venait à leur secours, et avec quels effectifs. Ménélas supposa qu’il s’agissait de l’armée de Mygdonia, car elle seule était suffisamment importante pour risquer d’engager celle de Philippe sans prendre la peine de rechercher le concours de la garnison de Therma. Euthycrate était loin d’être certain de ce fait, rappelant que d’après les dernières dépêches, l’arrivée de Pélias et de ses renforts était imminente. Les deux hommes, toutefois, étaient d’accord sur la nécessité de prendre part à l’action.

 

L’armée de Therma se rangea donc précipitamment en ordre de bataille et marcha droit à l’ennemi. Lorsqu’elle fut prête à se battre, toutefois, les forces venues de Krousis avaient déjà commencé à se retirer. Les généraux chalcidiens restèrent en désaccord jusqu’à la dernière minute : Ménélas, qui imaginait que Lasthène et Cléobule étaient en train de pressurer l’aile gauche ennemie, souhaitait une attaque massive contre la droite macédonienne pour prendre l’armée de Philippe en étau et l’anéantir ; Euthycrate, quant à lui, privilégiait une action contre le centre adverse, la mieux à même d’ouvrir une porte de sortie vers Krousis ou Bottikè. Le point de vue du premier finit par prévaloir, et les hoplites chalcidiens se ruèrent vers la droite tandis que les peltastes couvraient le reste de la ligne de bataille.

 

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La sortie des Chalcidiens contre l'aile droite macédonienne. Bon, en vrai, je les ai un peu cherchés...

 

 

La phalange d’Éordéa reçut la charge furieuse des Chalcidiens pratiquement sans broncher. Elle y laissa près de 1.000 hommes, mais tint bon. Pendant que les tirailleurs des deux camps se livraient au jeu du chat et de la souris devant le front de la phalange d’Édessa, Philippe lança les Compagnons dans une série de coups de boutoir contre la gauche chalcidienne. Les peltastes macédoniens finirent par prendre l’ascendant sur leurs adversaires, permettant aux fantassins de Cléitus le Noir d’avancer, puis de se rabattre sur l’autre flanc des Chalcidiens.

 

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L'IA étant incapable d'utiliser proprement ses généraux de manière non scriptée (gros bug jamais résolu de ce jeu, dommage car ça aurait rajouté un peu de challenge), je suis bien obligé d'inventer...

 

 

Assaillie sur trois côtés, la masse des fantassins de Ménélas et Euthycrate n’avait aucune chance. Les deux généraux sonnèrent bientôt le sauve-qui-peut général, et l’armée chalcidienne en déroute se dirigea vers le port de Therma pour tenter d’y embarquer sur tout ce qui pouvait flotter, du solide navire de commerce au frêle esquif de pêcheur. Sur leurs talons, les Compagnons ne firent guère de quartier. La population macédonienne de Therma non plus : les civils s’armèrent bientôt de tout ce qu’ils trouvèrent et se joignirent à la curée. Les ruelles de la cité offrirent bientôt le spectacle d’une cohue sanguinaire de soldats chalcidiens en fuite, d’habitants ivres de vengeance et de Compagnons donnant de leur lance en galopant en tous sens.

 

Lorsque tout fut fini, peu de Chalcidiens avaient échappé à ce massacre. Des centaines de cadavres flottaient dans les eaux rouges de sang du port de Therma. Ménélas et Euthycrate eux-mêmes disparurent dans le carnage. Sans doute s’étaient-ils délestés de leur armure, comme beaucoup de leurs hommes, afin de courir plus vite, avant de périr anonymement sous le couteau d’un artisan macédonien ou les sabots d’une monture de Compagnon. À moins que leurs armures, précisément, ne les aient entraînés au fond de l’eau lorsqu’ils avaient tenté d’embarquer sur un navire trop précipitamment mis à la mer. Quoi qu’il advînt d’eux, leurs corps ne furent jamais identifiés.

 

 

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La bataille d’Anthémos

 

 

Philippe ne s’attarda pas dans la cité ensanglantée. Il se contenta d’y poster une petite garnison et de faire entamer les travaux de fortification de la ville. Puis, déterminé à tirer parti de sa victoire sans attendre, il emmena son armée vers le sud.

 

Plus que la panique, la défaite de Kissos avait semé la discorde parmi les cités de la Ligue Chalcidique. Lasthène et Cléobule furent sévèrement critiqués pour ne pas être allés soutenir Pélias, alors que leur armée transitait non loin de là. Les deux stratèges portaient certes leur part de responsabilité, mais leurs concitoyens ne leur firent pas de cadeaux non plus. L’absence totale de cavalerie, qui rendait leur armée pratiquement aveugle, ne fut pas relevée. De plus, les deux généraux avaient aussi des ennemis dans leur propre camp. Éson et Tydée, les stratèges en charge de la défense d’Olynthe, jouèrent sur les peurs de leurs concitoyens pour affaiblir leurs rivaux.

 

Lasthène et Cléobule gardèrent leur commandement, mais se virent retirer 4.000 hoplites, ramenés à Olynthe. L’armée confiée à Pélias, qui restait nominalement indépendante, atteignait péniblement ce nombre grâce à la mobilisation hâtive de peltastes à Krousis et Bottikè. Encore écrasante quelques jours plus tôt, la supériorité numérique des Chalcidiens s’en trouvait complètement annulée.

 

Pour ne rien arranger, les deux stratèges continuaient à hésiter sur conduite à tenir, situation encore aggravée par le refus de Pélias de coopérer librement avec leur armée. Le vaincu de Kissos n’avait pas forcément démérité au combat, mais à présent, il considérait de son devoir de défendre sa cité – Krousis – sans se soucier de la stratégie d’ensemble de la Ligue. Ne pouvant regrouper toutes leurs forces à Bottikè comme ils l’auraient souhaité, ses deux collègues décidèrent d’abord de le rejoindre à Krousis. Puis, réalisant que Philippe pourrait alors s’interposer entre eux et Olynthe et leur réserver le même sort qu’à Ménélas et Euthycrate, ils changèrent d’avis, et Cléobule ramena avec lui divers éléments de l’armée – dont 2.000 soldats « empruntés » à Pélias sans qu’il en soit informé – jusqu’à Krousis.

 

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Retenez bien où sont les villes, parce qu'après vous ne les verrez plus.

 

 

Quelques jours plus tard, Lasthène, peut-être aidé par l’absence de son collègue, arrêta un plan d’action. Il s’agissait d’inciter Philippe à attaquer en direction de Bottikè, où il irait préalablement rejoindre Cléobule. Disposant de l’essentiel de l’infanterie lourde (6.000 hoplites, soutenus par 2.500 fantassins légers et peltastes), Lasthène serait alors largement dépassé en nombre par les 16.000 soldats de Philippe, mais il avait bon espoir de tenir suffisamment longtemps, en s’appuyant sur le relief et les murs de la cité, pour que Pélias puisse accourir à la tête des troupes légères : 3.000 mercenaires et 6.000 peltastes, qui s’abattraient alors sur les arrières de l’armée macédonienne. Lasthène envoya un courrier informer Cléobule de sa décision, puis quitta Krousis le lendemain avec 3.000 hoplites.

 

 

*****

 

Nul ne sut jamais ce qui poussa Lasthène à modifier son plan à la dernière minute pour engager le combat aussi prématurément. Sans doute une rencontre fortuite entre éclaireurs le convainquit-elle de saisir une occasion de précipiter les choses, face à une armée macédonienne qu’il imaginait sans doute – pas nécessairement à tort – incomplètement préparée.

 

Il est vrai que Philippe ne s’attendait pas à devoir livrer bataille aussi rapidement. Assez bien renseigné sur l’emplacement des troupes ennemies dans la région, il ne savait pas encore précisément comment il allait traiter le problème qui s’offrait à lui. Attaquer une des deux forces ennemies, que ce soit à Krousis ou à Bottikè, l’exposerait automatiquement à être assailli sur ses arrières par l’autre. En l’attaquant dans les collines d’Anthémos, Lasthène fit ce choix pour lui. Après avoir envoyé des courriers prévenir Pélias et Cléobule, le stratège chalcidien fit déployer ses hommes.

 

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Vous croyez que l'IA, qui avait deux grosses armées de part et d'autre du champ de bataille, aurait bougé ses fesses ? Hé ben non.

 

 

L’expérience – et quelques déconvenues – avaient appris à Philippe à se tenir prêt à toute éventualité, aussi n’eut-il pas trop de peine à déployer son armée, suivant un ordre très similaire à celui de la bataille précédente : Hypaspistes au centre, phalanges d’Édessa et d’Éordéa à droite, phalange d’Aigéai à gauche – légèrement en retrait, dans l’éventualité d’une sortie massive des troupes de Bottikè, toute proche – et Compagnons en arrière.

 

L’infanterie lourde dont disposait Lasthène n’était pas la meilleure arme pour harceler les Macédoniens et les inciter à l’attaquer. Dans la mesure où Krousis était trop éloignée pour espérer que Pélias puisse intervenir dans l'heure, le Chalcidien espérait probablement provoquer Philippe pour qu’il le suive vers Bottikè, puis l’y retenir assez longtemps pour réaliser l’attaque en tenailles qu’il projetait. Il n’eut toutefois pas le temps de dérouler son plan : dès le début de l’affrontement, un Hypaspiste vif et adroit enfonça sa lance dans sa gorge, mettant un terme à son existence.

 

Privés de chef, les Chalcidiens continuèrent leur attaque au lieu de se replier vers Bottikè, leur force principale affrontant les Hypaspistes pendant qu’un détachement d’hoplites de Krousis effectuait une diversion contre l’aile droite macédonienne. Ils tinrent suffisamment longtemps pour que Cléobule se porte à leur secours mais, sans doute à cause d’instructions mal comprises ou mal formulées, le stratège n’avait emmené avec lui que 2.500 hommes, uniquement des fantassins légers ou des peltastes. Il crut pouvoir déborder les Hypaspistes par la gauche, mais Philippe contra la manœuvre par deux charges successives des Compagnons, qui tuèrent Cléobule et dispersèrent ses troupes.

 

http://www.heberger-image.fr'>78966_anthemos3.jpg

À la limite, cette capture d'écran n'a même pas besoin d'une légende.

 

 

 

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On garde toujours un souvenir sanglant de la Chalcidice^^

 

C'est bien vrai. Moi j'avais opté pour la prise de Mygdonia pour ensuite piquer sur Olynthus. La prise de Mygdonia fut un vrai massacre, il y avait 10-12 hoplites qui m'attendaient contre le même nombre de phalangistes de mon côté. Au final je les avait battus, et la Ligue m'offrit encore une belle résistance à la prise d'Olynthus mais après ça j'étais à sec niveau recrues heureusement que le reste de la Ligue fut très facile à conquérir, des cités sans recrues ou avec 1-2 peltastes ça tombe très rapidement ^^.

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je n'ai pas remarqué cette difficulté pour la prise dOlynthus et de la région, çà été dur mais la capture de la Thessalie a été plus complexe pour moi ^^

 

Par contre pour l'image où tu as la grosse armée à Mygdonia, cette dernière n'a pas de quoi fournir de la nourriture à l'ensemble des troupes en présence donc au premier contact ça fuit 

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Oui. Et l'IA est scriptée pour éviter ce genre de situation. C'est la raison pour laquelle elle ne m'a pas attaqué*, et a déplacé son armée vers une cité où il y avait de quoi se ravitailler. Lorsqu'elle n'a pas la possibilité de déplacer ses forces, elle n'hésite pas à dissoudre ses unités (c'est ce qui m'a permis de "détruire" l'armée des tyrans de Phères à Pharsale sans la combattre) jusqu'à ce qu'elle puisse à nouveau les nourrir.

 

*enfin, elle aurait quand même pu tenter quelque chose, parce que ses premières unités (les hoplites) étaient ravitaillées, elles (on le voit sur la capture d'écran, quand elle sort de la ville).

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Je me souviens d'une offensive vers Pherae que j'avais faite à la toute fin d'hiver. Les tyrans ont rassemblés toute leur armée à Pherae, des myriades d'hoplites de toutes les cités... ouuuuuuuuh je la sens maaaaal... Et paf, miracle. Trop d'hommes au même endroit, alors que le printemps commence tout juste et que la cité est au fond de ses réserves. Deux hoplites sortent, tout le reste est licencié. Une bonne dizaine au bas mot. C'est comme ca que j'ai pris l'intégralité de leur territoire en battant seulement 80 hoplites. xD

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Prise de Bottikè et Krousis

 

 

Philippe saisit aussitôt l’occasion que lui offrait cette victoire inattendue pour marcher sur les défenses affaiblies de Bottikè. Laissant Antipater surveiller Pélias avec le gros de l’armée, il emmena avec lui une petite force d’élite – Compagnons et phalange d’Aigéai – et le train de siège pour s’emparer de la cité. Ce qui restait des défenseurs, en voyant le nombre relativement restreint des Macédoniens, tenta une vigoureuse sortie.

 

Une partie des hoplites chalcidiens se sacrifia en chargeant directement les Compagnons, les empêchant ainsi de flanquer la force principale, aux prises avec l’infanterie macédonienne. Les peltastes de Bottikè tentèrent de les soutenir en flanquant eux-mêmes les hommes de Parménion, mais ce dernier réagit avec ses propres tirailleurs, qui conservèrent l’avantage. Au final, l’attaque fut repoussée, et les Macédoniens s’emparèrent de la cité aussitôt après.

 

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La longueur de front des Compagnons déborde largement celle de la petite phalange qu'ils chargent, ce qui leur octroie le bonus de flanquement. Notez les peltastes chalcidiens, en fuite après s'être infiltrés dans la large brèche entre l'infanterie et la cavalerie macédoniennes (et trouvé un peu trop de monde à l'arrivée...).

 

 

Philippe pouvait désormais porter toute son attention vers Krousis, puisque Bottikè protégeait désormais ses arrières. Laissant Parménion défendre la cité nouvellement conquise, le roi alla retrouver Antipater et ordonna qu’on entame le siège de Krousis.

 

 

*****

 

De nouveau, l’effroi frappa Olynthe et les autres cités de la Ligue Chalcidique. Non seulement l’armée de Pélias se retrouvait isolée à Krousis, mais la chute de Bottikè exposait également la capitale chalcidienne à une attaque directe. La plupart des membres de la Ligue militèrent pour qu’une armée de secours soit rassemblée pour reprendre Bottikè, tandis que les dirigeants d’Olynthe, eux, préféraient conserver des forces importantes pour la défense de leur propre cité. Le poids de cette dernière étant prépondérante au sein de la Ligue, leur opinion prévalut. Tydée et Éson envoyèrent une force symbolique sonder les défenses de Bottikè. Parménion la repoussa aisément, et les deux stratèges olynthiens justifièrent par cet échec leur refus d’entreprendre d’autres opérations offensives.

 

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Tu penses reprendre Bottikè avec ça ? Chalcidice seriously ?!

 

 

 

*****

 

À cause de la rapidité des défaites chalcidiennes depuis le début du printemps, Krousis n’avait pas été approvisionnée en prévision d’un siège prolongé, si bien que les greniers ne tardèrent pas à s’y vider à un rythme accéléré. De plus, les travaux d’approche des Macédoniens allaient bon train. De ce fait, le moral de la garnison s’en ressentait doublement, poussant Pélias à organiser une sortie massive.

 

Comme à Kissos, il fut toutefois incapable d’engager ses forces en masse. Comptant sur l’effet de surprise, il lança son principal atout – les hoplites légers mercenaires – dans une attaque directe, sans le soutien de ses pourtant très nombreux peltastes. Feignant de marcher sur le centre macédonien, tenu par la phalange d’Édessa, les mercenaires obliquèrent à droite pour se jeter sur les Hypaspistes avec leurs longues lances. Le scénario de Borboros, toutefois, ne se répéta pas : assaillis sur leurs flancs par des peltastes macédoniens libres de leurs mouvements, les mercenaires s’enfuirent, non sans avoir coûté près de 500 hommes à l’unité d’Antipater.

 

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Comme on peut le voir, le moral de l'ennemi est déjà bas (icône rouge au-dessus de l'unité) alors qu'il vient à peine de sortir de la cité. En l'occurrence, je ne sais pas à quoi c'est dû puisque l'unité est ravitaillée.

 

 

Cet échec hypothéquait sérieusement ses chances de réaliser une percée, mais Pélias insista malgré tout, déployant enfin ses peltastes tout le long de la ligne pour masquer l’axe de sa prochaine attaque. Philippe y réagit en déployant ses propres tirailleurs sur les flancs de son armée – ceux d’Éordéa à droite, et ceux de Pella sur la gauche. Les Chalcidiens ne tardèrent pas à presser fortement le centre macédonien, enfonçant au passage les peltastes d’Éordéa qui s’étaient un peu trop avancés.

 

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Le duel de peltastes s'engage sur les flancs.

 

 

Philippe n’attendit pas que les lanceurs ennemis causent des pertes significatives aux soldats de Cléitus le Noir. Il ordonna à Antigone et Antipater de converger sur la masse des peltastes chalcidiens dans un mouvement en tenailles. Les hommes de Pélias n’avaient aucune chance de tenir face aux fantassins macédoniens. Ils battirent en retraite. Son armée virtuellement détruite, et sans espoir de secours immédiat, Pélias épargna à sa cité les affres d’un assaut et offrit sa capitulation à Philippe. C’est Antipater qui la reçut, car le roi était parti précipitamment vers l’est avec les Compagnons.

 

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Pas question de laisser mon infanterie se faire pourrir de javelots sans rien faire...

 

 

À Olynthe, Tydée et Éson étaient restés passifs, mais les suppliques répétées des autres cités de la Ligue finirent par obliger les édiles olynthiens à agir, fût-ce symboliquement, pour secourir Krousis. Les deux stratèges emmenèrent avec eux 9.000 soldats vers l’ouest, mais ils n’avaient pas même couvert une journée de marche que leur parvint la nouvelle de la capitulation de la ville. L’expédition étant désormais sans objet, elle fut purement et simplement annulée, et l’armée rentra à Olynthe.

 

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"Bon allez, on y va cette fois ! Oh et puis... finalement, non."

 

 

Elle allait y rester, car il était désormais évident que la cité allait être le prochain objectif de Philippe. L’été n’avait que quelques jours : en une saison à peine, le roi de Macédoine avait détruit des forces deux fois plus nombreuses que les siennes. Sa capacité offensive était à peine entamée, et il comptait bien pousser son avantage pour porter un coup décisif à ses ennemis. Sans attendre, il marcha sur Olynthe.

 

 

*****

Edited by Eginhard 38

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La chute d’Olynthe

 

 

Si tout le monde avait désormais les yeux rivés sur Olynthe, Philippe n’en oubliait pas pour autant les autres objectifs de sa campagne. Le départ de l’armée de Lasthène et Cléobule avait laissé très peu de troupes chalcidiennes dans les environs de Mygdonia, et la population macédonienne était déjà agitée par la perspective d’une libération prochaine. Philippe comptait bien exploiter cette situation à peu de frais. Il y envoya les éclaireurs montés mener une guerre d’escarmouches et de harcèlement contre les petits détachements chalcidiens qui demeuraient encore à Mygdonia.

 

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Les éclaireurs montés près de Mygdonia. En termes de jeu, le but de l'opération était simplement d'empêcher les Chalcidiens de renforcer la garnison de la ville pour y mater la rébellion en cours (la cité change de camp lorsque la jauge que vous voyez au-dessus d'elle est pleine).

 

 

La sécurisation de ses flancs et de ses arrières continuait également à le préoccuper. Il était clair que le royaume occidental des Odryses était sur la défensive, mais la Macédoine orientale – et partant de là, les communications de l’armée – demeurait exposée à d’éventuels raids. Cependant, la réintégration au royaume de toute une province assez densément peuplée autorisait l’expansion de l’armée macédonienne. Philippe ordonna donc la formation d’une nouvelle phalange à Amphaxis et la confia à un officier originaire des confins de la Haute-Macédoine et de l'Orestide, Perdiccas.

 

Le monarque gardait également un œil sur les Athéniens. Les défaites chalcidiennes avaient été trop soudaines et inattendues pour que les concitoyens de Démosthène, pris de court, ne réagissent. Toutefois, la garnison de Potidée, au sud-ouest d’Olynthe, présentait le risque de venir menacer le flanc droit des Macédoniens durant leurs opérations autour de la cité chalcidienne. Philippe chargea donc Antipater de bloquer la cité et d’entamer les travaux d’approche avec les Hypaspistes.

 

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Les défenses de Potidée. Y a du boulot.

 

 

*****

 

Ayant pris ses dispositions pour assurer ses flancs, Philippe entama le siège d’Olynthe. Les premières escarmouches le renseignèrent sur l’ampleur de la tâche qui l’attendait. La cité était ceinturée par les plus puissantes fortifications que l’armée macédonienne avait rencontrées jusque-là. La mésaventure de la phalange d’Éordéa, sévèrement accrochée par les défenseurs en s’approchant de la partie nord des murailles, le persuada qu’il ne pourrait pas investir la cité par cette direction. Il chercha donc à faire progresser ses travaux de manière à ce qu’ils coupent la route entre Olynthe et l’acropole fortifié de Mécyberna, le petit débouché portuaire de la cité. Puis, ayant reçu d’Antigène un rapport indiquant un renforcement des effectifs chalcidiens autour de Mygdonia, il laissa Parménion en charge de l’armée et emmena les Compagnons vers le nord pour prêter main forte aux éclaireurs montés.

 

Les gens d’Olynthe avaient bien préparé leurs défenses. Tydée et Éson disposaient de 9.000 hoplites, renforcés par 1.000 peltastes, et 3.000 miliciens recrutés parmi les classes populaires de la cité. Les murs étaient solides, couvraient un vaste périmètre, et la cité continuait à recevoir du ravitaillement à la fois par voie terrestre et maritime.

 

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L'armée macédonienne assiège Olynthe. Y a aussi du boulot.

 

 

En envoyant les Hypaspistes contre Potidée, puis en menant la totalité de sa cavalerie vers Mygdonia, Philippe avait affaibli son armée, dont l’effectif n’excédait maintenant guère 10.000 soldats. Ce point n’avait pas échappé aux deux stratèges olynthiens, mais une fois de plus, ils n’étaient pas d’accord sur la manière de l’exploiter. Tydée voulait lancer ses meilleures troupes à la poursuite de Philippe, et le prendre au piège près de Mygdonia : en capturant ou en tuant le roi de Macédoine, il espérait renverser complètement le cours de la guerre à peu de frais.

 

Sa proposition fut reçue avec dédain par Éson, qui la jugeait déloyale et à l’opposé de l’éthique agonistique qu’il partageait avec la majeure partie du monde grec. Pour lui, l’armée macédonienne devait être vaincue dans un combat en règle, pas en visant son roi par un stratagème qui ne ressemblait que trop à un assassinat. Il suggéra plutôt de lancer toutes les forces disponibles dans une attaque générale contre l’assiégeant.

 

Le débat entre les deux hommes fut si vif que les autorités politiques durent y prendre part. Sur proposition des magistrats de la cité, on adopta un compromis : Tydée emmènerait vers le nord 2.000 hoplites et 250 peltastes pour mener son idée à exécution, tandis qu’Éson lancerait avec le reste de l’armée une attaque destinée principalement à refouler les Macédoniens du voisinage de Mécyberna. Les sacrifices s’avérèrent favorables et le lendemain à l’aube, les troupes chalcidiennes commencèrent à sortir de la cité.

 

 

*****

 

Philippe était en train de revenir vers le sud après avoir écrasé un détachement de peltastes, lorsque ses éclaireurs le prévinrent de l’arrivée des hoplites ennemis. Il était imprudent de se lancer dans un affrontement frontal sans aucun soutien d’infanterie et avec une connaissance fragmentaire de la force et des intentions de l’ennemi, aussi Philippe jugea-t-il préférable de rester à distance. Les Compagnons se contentèrent de marquer les Chalcidiens, sans les laisser se rapprocher suffisamment pour engager le combat.

 

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Philippe II de Macédoine présente : la tactique du pleutre.

 

 

Devant Olynthe, la bataille débuta par une feinte contre le centre macédonien, tenu par la phalange d’Édessa. La droite de l’armée, où Parménion commandait en personne, fut simplement asticotée par un bataillon de peltastes. L’ami de Philippe, cependant, ne s’en laissa pas compter : au lieu d’envoyer sa propre infanterie légère pour répliquer, il laissa de côté son habituelle prudence pour avancer fougueusement à la tête de la phalange d’Aigéai. Par ce mouvement imprévu, il entendait bien perturber le plan de l’ennemi, quel qu’il soit. De fait, voyant passer les fantassins macédoniens dans son dos, la brigade qui assaillait Cléitus le Noir et ses hommes ne tarda pas à flancher.

 

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La bataille pour Olynthe s'engage.

 

 

Après la surprise initiale et un moment de flottement, Éson parvint à remettre de l’ordre dans ses lignes et à reprendre l’initiative. Désormais dangereusement avancé, Parménion se retrouva confronté à une contre-attaque venant de deux directions différentes. Il fit appeler en renforts Cléitus, qui ne tarda pas à venir à son secours. Un affrontement brutal et indécis se livra plusieurs heures durant, pratiquement sous les murs d’Olynthe.

 

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C'est un peu le bazar, je sais.

 

 

Pendant ce temps, Philippe reculait lentement face à Tydée, l’attirant toujours plus loin de la cité. Il finit par rejoindre Antigène, dont les cavaliers jouaient eux-mêmes depuis la veille au chat et à la souris avec un bataillon de peltastes. Plus mobiles, les unités montées macédoniennes purent manœuvrer tout en restant hors de portée des hoplites, et dispersèrent les peltastes qui les soutenaient.

 

Tydée, cependant, ne renonça pas à son plan. Pour attirer Philippe dans son piège, il fit mine de se replier, tout en envoyant une estafette à bride abattue jusqu’à Olynthe pour y chercher des troupes fraîches. Il put ainsi obtenir plus d’un millier de hoplites supplémentaires sans en informer Éson, pris au cœur de la bataille. Tydée escomptait que Philippe le poursuive, uniquement pour tomber sur ces troupes fraîches.

 

Leur départ d’Olynthe, cependant, fut remarqué par Antigone, qui n’avait pas encore été impliqué dans la bataille. Le général macédonien prit alors l’initiative risquée de tenter de les intercepter. Ce faisant, il risquait de faire défaut à Parménion, mais il savait également que ces Chalcidiens partaient dans la direction où se trouvait Philippe et que ce dernier était donc peut-être en danger.

 

Ralentis par leurs encombrantes sarisses, les pézétaires de la phalange d’Éordéa ne purent empêcher les renforts chalcidiens de leur échapper, mais coupèrent la route des hoplites de Tydée en train de revenir épuisés d’une journée de manœuvres infructueuses. Plus frais, les Macédoniens prirent rapidement l’avantage. Non loin de là, Philippe remarqua l’arrivée inopinée de la phalange d’Éordéa, et décida de charger frontalement les renforts chalcidiens. Graduellement repoussées, les deux formations olynthiennes finirent par se retrouver dos à dos et Tydée, pour éviter le massacre inutile de ses soldats, déposa les armes.

 

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Le piège se referme sur Tydée. La tactique du pleutre, ça paye.

 

 

Alors que le soleil se couchait, les Compagnons offraient un peu de repos à leurs chevaux fourbus tandis que l’infanterie macédonienne regroupait des prisonniers qui étaient désormais des esclaves. Philippe, toutefois, restait dans l’ignorance de l’affrontement qui se déroulait peut-être encore sous les murs d’Olynthe, et dont Antigone l’avait informé. Le roi était monté sur une petite colline d’où l’on pouvait deviner l’emplacement de la cité, mais il faisait déjà trop sombre pour distinguer quoi que ce soit d’intelligible. Il vit toutefois approcher un cavalier, qui fonça au grand galop jusqu’à Antigone, resté en contrebas avec ses hommes, et lui hurla quelque chose. Le temps de se faire répéter la nouvelle plus calmement, le chef de la phalange d’Éordéa monta en courant vers le roi et, sans attendre d’être assez près de lui, se mit à crier pour couvrir la rumeur qui, déjà, bruissait dans les rangs macédoniens.

 

- Philippe ! Parménion est entré dans Olynthe !

 

 

*****

 

Il faisait nuit noire, mais l’éclat rouge des incendies illuminait le ciel.

 

Conférant avec Parménion et Cléitus le Noir près de la porte sud de la ville, Philippe venait de s’entendre livrer le récit des événements.

 

Tout s’était joué au moment où Antigone avait fait avancer ses troupes. L’aile gauche chalcidienne, insuffisamment nombreuse à cause du prélèvement non autorisé effectué par Tydée, avait fini par être enfoncée par la phalange d’Aigéai. Éson avait bien lancé en masse les 3.000 miliciens olynthiens, mais ils n’étaient pas de taille à repousser les fantassins macédoniens aguerris. L’armée chalcidienne s’effondra et tenta de se réfugier dans les murs de la ville, mais l’occasion de la prendre d’assaut était trop belle pour que Parménion ne l’exploite pas.

 

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Les ruines fumantes d'Olynthe.

 

 

Les Macédoniens purent pénétrer dans Olynthe sans difficultés, massacrant sans difficulté les défenseurs pris au dépourvu et désorganisés. Les pézétaires étaient impossibles à arrêter et bientôt, ils commencèrent à piller, violer et incendier. L’obscurité grandissante avait d’abord empêché Philippe de remarquer la fumée des incendies, mais il était à présent évident qu’Olynthe brûlait à grande échelle. Parménion avait bien tenté de réfréner ses soldats, mais c’était peine perdue. En Thessalie ou en Grèce centrale, Philippe avait été très strict et n’avait toléré aucun débordement, car il en allait de la crédibilité des Macédoniens auprès des autres Grecs. Déjà perçu comme un barbare, Philippe ne pouvait se permettre de se prétendre le libérateur de Delphes et le champion d’Apollon tout en étant à la tête d’une armée de soudards.

 

Ses soldats, cependant, en avaient assez. Ils avaient versé leur sang dans d’innombrables batailles, triomphé d’ennemis puissants et nombreux, passé des mois voire des années loin de leurs familles. Ils n’allaient pas se contenter éternellement des épaves laissées derrière elles par les armées vaincues, ou du maigre butin qu’avaient offert la Péonie ou les cités fortifiées de la frontière illyrienne. Ils avaient bien combattu et, à ce titre, ils estimaient avoir bien mérité de devenir riches – et, accessoirement pour certains d’entre eux, de pouvoir se livrer librement à leurs bas instincts.

 

Philippe le savait. Olynthe était une cité ennemie, une ville orgueilleuse qui s’était opposé à lui et avait usurpé une partie du territoire de la Macédoine. Il n’avait pas besoin de se concilier les bonnes grâces de sa population, parce qu’il entendait bien lui porter un coup dont elle ne se relèverait jamais. De ce fait, il ordonna explicitement qu’Olynthe soit livrée au pillage, et que ses murs soient abattus et leurs fondations nivelées.

 

Il ne le fit pas, cependant, avant d’avoir envoyé quelques Compagnons dans les rues de la ville, afin de s’assurer de la sécurité d’une personnalité importante – primordiale même – à ses yeux.

 

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Les ruines moins fumantes d'Olynthe, beaucoup plus longtemps après.

 

 

 

*****

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Chapeau pour la narration! Je salue le boulot énorme que tu viens de faire sur ces deux posts^^ Pas facile d'adapter un jeu vidéo en histoire contée, expliquer les bêtises de l'IA par l'altermoiement des hommes, faire vivre ces armées... Chapeau^^

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Merci. Il faut pas mal d'imagination, ça me donne parfois l'impression de raconter n'importe quoi et de trop m'appuyer sur ma "licence artistique", mais d'un autre côté ça donne un côté plus humain et moins répétitif au récit.

 

Pour vous donner un ordre de grandeur, l'AAR atteint une longueur de près de 150 pages sous traitement de texte (hors illustrations). Et je n'ai même pas un an d'avance (in-game) par rapport à ce que je publie actuellement.

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Le siège de Potidée

 

 

Callistrate était sans doute le seul citoyen d’Olynthe dont Philippe souhaitait s’attirer les bonnes grâces. Une fois qu’il fut localisé, le roi de Macédoine fit protéger sa maison et sa famille par un détachement de Compagnons, qui combattirent même les flammes lorsque l’incendie généralisé de la ville s’approcha un peu trop près de la demeure de l’érudit. La raison de l’intérêt de Philippe était toute simple : Callistrate était un ingénieur réputé dans le domaine de la construction navale.

 

Dans un conflit comme la guerre sacrée, il était nécessaire de penser sur le long terme, et Philippe excellait tout particulièrement dans ce domaine. Pour affronter Athènes et ne plus subir les raids navals incessants de ses alliés, il lui fallait une flotte, nécessité qu’il n’avait pas perdu de vue depuis la reconquête de Pydna et la prise de Méthone. Il offrit donc à Callistrate des fortunes pour s’attacher ses services. L’ingénieur était outré par le traitement réservé à sa cité, et se fit d’abord prier. Mais Philippe resta patient et, déjà heureux d’échapper à la servitude qui avait frappé nombre de ses concitoyens, Callistrate finit par accepter l’offre du roi. Il alla s’installer à Méthone, où 25 trières ne tardèrent pas à être mises en chantier.

 

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Ouais ! À moi les batailles navales indéchiffrables et leur dynamique de combat minimaliste !

 

 

*****

 

Potidée était puissamment fortifiée, dotée d’une garnison nombreuse, et pouvait être ravitaillée librement par mer. De plus, sa situation stratégique, au point le plus étroit de la péninsule de Pallène (le plus occidental des trois « doigts » de la Chalcidique), la rendait difficile à investir. Antipater ayant avec lui à peine plus de 3.000 hommes, il prit son temps. Les deux premières lunes, il se contenta d’établir un siège encore relativement distant.

 

L’arrivée du train de siège macédonien accéléra les choses. Les deux stratèges athéniens qui défendaient la cité, Mantias et Pandion, avaient à leur disposition 4.000 hoplites payés par Athènes. Toutefois, ils n’étaient pas préparés à devoir affronter un siège. Durant les lunes précédentes, ils avaient engagé de nombreux cavaliers mercenaires, car ils projetaient de lancer un raid surprise contre la Piérie avant la fin de l’année. Les trières étaient même déjà prêtes. Ces unités montées, toutefois, n’étaient pas du tout adaptées à une guerre de siège, et les chevaux consommaient leur fourrage en quantités excessives. Les deux hommes manquant de peltastes, ils essayèrent d’en recruter parmi les habitants de la cité, mais ne parvinrent pas à en réunir plus de 300. Ils demandèrent alors l’aide de la cité chalcidienne de Scione – un comble dans la mesure où Athènes n’avait pas levé le petit doigt pour aider la Ligue Chalcidique.

 

Potidée les protégeant de l’avancée macédonienne tant qu’elle restait entre des mains athéniennes, les gens de Scione accédèrent à leur demande et leur envoyèrent un bataillon de peltastes. Ce dernier fut aussitôt engagé dans une action de harcèlement contre les assiégeants, mais essuya rapidement des pertes importantes. Mantias et Pandion employèrent aussi les cavaliers mercenaires, qui ne purent pas grand-chose contre les Macédoniens bien à l’abri. Toutes ces actions ne firent que diminuer la force des défenseurs sans entamer sensiblement celle des Hypaspistes.

 

L’échec des Athéniens à entraver sa progression permit à Antipater de concentrer ses machines de siège face à un point vulnérable et relativement fragile des murs de la cité. Ses troupes commençaient à s’en approcher dangereusement, et les stratèges athéniens résolurent de l’attaquer en force, sinon pour lever le siège, au moins pour gagner le temps nécessaire à une éventuelle flotte de secours d’arriver jusqu’à Potidée. L’attaque fut menée avec vigueur, les Athéniens avaient l’avantage du nombre, mais les Hypaspistes mieux retranchés et plus expérimentés les repoussèrent – non sans mal, mais en leur causant de lourdes pertes.

 

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La sortie en force des Athéniens devant Potidée. En vrai, l'isthme de Pallène fait environ 750 mètres en son point le plus étroit.

 

 

Mantias et Pandion, désormais incapables de lancer à nouveau des actions d’envergure, se tournèrent à nouveau vers les attaques de harcèlement de leurs peltastes pour ralentir les travaux des Macédoniens. Ils s’acquittèrent de leur mission avec énergie et bravoure, mais furent impuissants. Faisant montre d’un art consommé de la poliorcétique, Antipater finit par approcher suffisamment du rempart pour faire creuser une galerie de mine. Lorsqu’elle fut prête, les Macédoniens mirent le feu aux fagots qui y étaient entassés pour en brûler les étais, et la muraille s’effondra sur plus d'un quart de stade. Les défenseurs tentèrent de résister, mais c’était peine perdue, et Potidée tomba après un siège de trois mois.

 

De toute manière, Athènes n’avait envoyé aucune flotte de secours.

 

 

*****

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Bataille de Mygdonia

 

 

Après plusieurs lunes de marches et de batailles incessantes, l’armée macédonienne avait besoin d’un peu de repos, et Philippe ne se pressa pas pour la suite des opérations. Antigène poursuivait sa campagne d’escarmouches autour de Mygdonia, avec le soutien grandissant de la population locale – même si la ville proprement dite demeurait sous contrôle chalcidien. N’attendant pas d’opposition significative, Philippe envoya Parménion occuper Mécyberna – ce qui fut fait sans coup férir – et pousser une reconnaissance jusqu’à Piloros.

 

La Ligue Chalcidique, cependant, n’était pas encore vaincue. Certes, Olynthe était détruite, mais elle n’était qu’une de ses cités, fût-elle la plus puissante. Parménion trouva à Piloros une armée de 6.500 soldats, bientôt rejointe par une colonne de 5.000 autres en provenance de Sithonie, la péninsule centrale de Chalcidique. En tout, 8.000 hoplites et 3.500 peltastes se trouvaient désormais concentrés à Piloros. Alarmé, Parménion fit prévenir Philippe de ce développement inattendu.

 

Les Chalcidiens ne furent pas longs à saisir l’initiative que la relative inaction des Macédoniens leur avait laissée. Leur armée quitta bientôt Piloros en direction du nord. Philippe ignorait dans quelle direction. Ce pourrait être vers Aréthuse, cité fortifiée susceptible de constituer une excellente base, mais où les Macédoniens pourraient assez facilement l’isoler du reste de la Chalcidique. L’autre cible possible était Mygdonia, beaucoup plus dangereuse aux yeux de Philippe, car de là l’ennemi pourrait menacer ses communications avec la Macédoine.

 

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La Ligue Chalcidique n'abandonne jamais...

 

 

Dans les deux cas, il devenait nécessaire de suivre le mouvement. Philippe emmena avec lui et les Compagnons et les phalanges d’Édessa et d’Éordéa pour s’interposer entre l’ennemi et Mygdonia. Compte tenu de l’incertitude de la situation, il donna à Parménion des instructions ambiguës. La phalange d’Aigéai devait s’assurer d’éventuels renforts ennemis, si possible leur barrer la route, et dans le même temps, rejoindre le reste de l’armée.

 

 

*****

 

Philippe arriva dans les environs de Mygdonia juste à temps. Les efforts d’Antigène avaient porté leurs fruits : les habitants de la ville s’étaient soulevés, chassant l’occupant chalcidien. Leur activité prolongée avait cependant coûté cher aux éclaireurs montés, qui avaient perdu un bon tiers de leurs effectifs depuis le début de la campagne. Malgré tout, le contrôle de Mygdonia étant assuré, ils se mirent à la disposition de Philippe.

 

Ce dernier, à sa grande surprise, avait appris que l’armée chalcidienne s’était scindée en deux : 4.000 hoplites avaient poursuivi leur route vers Aréthuse, mais le reste avait obliqué vers le nord-ouest, en direction de Mygdonia, et marchait droit sur les Macédoniens. Philippe dut déployer son armée à la hâte. Galopant vers la phalange d’Éordéa, qui venait de recevoir renforts et remplacements, il en intima lui-même le positionnement à son chef.

 

- Antigone ! Déploie tes hommes ici.

- Mon aile droite sera sans protection, fit remarquer le général.

- Pas pour longtemps, rétorqua le roi. Parménion arrive.

 

C’était essentiellement un vœu pieux, car Philippe n’avait en réalité aucune nouvelle de Parménion. Dans son esprit, il ne doutait pas, cependant, qu’il suivait de près l’armée, conformément aux instructions qu’il lui avait données.

 

Le roi de Macédoine était beaucoup plus préoccupé par la disparation soudaine des 4.000 hoplites de l’avant-garde chalcidienne. Cette manœuvre, à la veille d’un affrontement majeur, lui paraissait suspecte. Il supposait que l’ennemi était en train d’effectuer une approche indirecte en contournant son aile gauche. En conséquence, il déploya toute la cavalerie disponible dans cette direction, laissant à la phalange d’Édessa le soin de tenir le centre.

 

Les Chalcidiens, pour leur part, optèrent pour un déploiement audacieux, que n’aurait pas désavoué un Épaminondas : une phalange en ordre oblique, beaucoup plus profonde à gauche qu’à droite, et soutenue sur ses flancs par deux puissants groupes de peltastes. Présentant un front relativement étroit, cette formation chargea directement l’aile droite macédonienne, pesant de tout son poids sur la phalange d’Éordéa.

 

http://www.heberger-image.fr'>93147_mygdonia1.jpg

Si mon déploiement est aussi pourri, c'est que je l'ai vraiment fait à la dernière minute.

 

 

Cette action renforça Philippe dans son idée que l’ennemi projetait de tourner sa gauche, l’attaque en cours n’étant probablement qu’une feinte pour l’obliger à engager ses réserves de l’autre côté du champ de bataille. Il conserva donc la phalange d’Édessa et les Compagnons l’arme au pied, de manière à pouvoir contrer la manœuvre d’enveloppement de l’ennemi lorsqu’elle serait menée à bien.

 

 

*****

 

La phalange d’Éordéa commença rapidement à encaisser des pertes, car les peltastes ennemis étaient nombreux et agressifs – trop pour ceux d’Antigone, qui peinaient à les contrer et tendaient à réserver leurs javelots aux hoplites en approche. Le général macédonien se tenait dans sa phalange à la place la plus prestigieuse, mais aussi la plus exposée : au premier rang à droite. Il ne tarda pas à entendre un lourd sifflement venu de la droite, puis le cri de douleur d’un soldat derrière lui. Des lanceurs commençaient à s’infiltrer sur la droite. Parménion, lui, n’était en vue nulle part. Comprenant trop bien le danger, Antigone interpella un de ses officiers.

 

- Va trouver le roi, et dis-lui que nous avons besoin de soutien immédiat pour couvrir notre flanc droit ! Autrement nous serons tournés !

 

L’homme s’exécuta promptement alors que les projectiles continuaient à pleuvoir. La masse compacte des sarisses dressées en détournait ou amortissait certains, mais certainement pas tous. Dans ce cas, l’armure légère des pézétaires était généralement insuffisante pour encaisser le choc.

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De sa position sur la gauche, Philippe pouvait observer la masse des peltastes ennemis se relayer pour accabler la phalange d’Éordéa. Il était tentant de s’abattre sur cette formation vulnérable, mais le roi s’attendait à voir arriver d’un instant à l’autre le reste de l’armée ennemie et demeurait accroché à cette certitude. Il répondit à la requête d’Antigone en lui dépêchant les éclaireurs montés, estimant que cela suffirait à régler le problème des peltastes qui s’infiltraient sur sa droite. Cléitus le Noir, cependant, n’en était pas convaincu.

 

- Il restera les peltastes de l’autre flanc, commenta le général à l’épaisse barbe de jais. Comme tu peux le voir, ils sont nombreux. Si je rabats ma phalange contre eux, je peux les enfoncer et flanquer toute leur armée. Ce sera un jeu d’enfants pour mes hommes.

- Si tu fais cela, Cléitus, l’avant-garde ennemie s’abattra dans ton dos et la bataille sera perdue.

 

Sur leur droite, le corps-à-corps avait commencé. L’œil exercé de Cléitus lui donna du grain à moudre. Sans se démonter, il insista.

 

- Regarde leurs sarisses, Philippe ! La phalange d’Éordéa est désorganisée et ça se voit d’ici. Je ne suis pas sûr qu’elle tienne !

 

Philippe regarda plus attentivement. Malgré la poussière soulevée par le combat, il en vit suffisamment. Cléitus avait raison, mais le roi ne pouvait se résoudre à le faire attaquer aussi prématurément. Il pesta dans sa barbe. Si seulement Parménion était là ! Après quelques instants de dilemme, son audace naturelle prit le dessus.

 

- C’est moi qui vais les charger, dit-il à Cléitus. Les Compagnons seront plus mobiles pour réagir à la manœuvre ennemie. Si les Chalcidiens arrivent dans mon dos, cours à eux sans te soucier du reste.

- À tes ordres !

 

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La cavalerie macédonienne tente de soutenir les deux ailes de l'armée.

 

 

*****

 

Les Compagnons accablèrent l’aile droite chalcidienne dans une charge de grand style, mais contre toute attente, ils ne réussirent pas à la briser complètement. Les cavaliers de Philippe se retrouvèrent bientôt englués dans une mêlée confuse. Que les renforts ennemis surgissent à cet instant, et ils seraient probablement anéantis avant même que Cléitus le Noir puisse se porter à leur secours. À force de redoubler ses coups, Philippe brisa les deux extrémités de son xyston, la lance à deux fers de la cavalerie lourde macédonienne. Le kopis – sabre court à un seul tranchant – à la main, couvert d’un sang qui n’était pas le sien, il pourfendait rageusement tout ce qui se présentait à lui comme si le sort de la bataille en dépendait.

 

Antigène avait traversé à toute allure le champ de bataille pour venir épauler la phalange d’Éordéa, mais ses éclaireurs montés se trouvaient maintenant dans la même situation que les Compagnons. Même si son intervention les avait obligés à laisser en paix les soldats d’Antigone, les peltastes infiltrés résistaient vaillamment. Ils causèrent des pertes sérieuses aux cavaliers macédoniens, qui ne les repoussèrent qu’à grand-peine.

 

Au cœur de la mêlée, le signe que Cléitus le Noir avait observé de loin prenait toute sa signification. Ses rangs éclaircis par l’action des peltastes chalcidiens, constamment désorganisée par les projectiles, la phalange d’Éordéa peinait à présenter à l’ennemi le mur de sarisses habituel. Les hoplites chalcidiens parvenaient plus facilement à s’approcher de leurs adversaires. C’était encore plus vrai à droite de la formation macédonienne, là où la phalange adverse était la plus profonde. La masse des Chalcidiens commençait déjà à déborder les rangs des pézétaires, et les lourdes pertes de ces derniers accentuaient le processus : contraints d’obéir à l’ordre inlassablement répété de serrer les rangs, les Macédoniens se déplaçaient vers leur gauche pour maintenir la liaison avec la phalange d’Édessa, de sorte que toujours plus de soldats ennemis passaient sur leur droite.

 

Toujours à son poste, Antigone hurlait des encouragements à ses soldats et combattaient avec eux. Même flanquée, une phalange macédonienne pouvait encore se défendre, les derniers rangs ayant la possibilité de tourner leurs sarisses vers la droite pour tenir l’ennemi à distance. Le procédé, toutefois, avait ses limites, car il désorganisait l’unité encore davantage.

 

- Il faut qu’Antigène nous aide encore ! cria Antigone à un officier qu’il ne voyait pas. Il doit charger dans leur dos !

- Il a déjà essayé ! répondit l’aide de camp du général. Il a perdu trop d’hommes, et l’ennemi a fait front !

- Par Hadès et tous les damnés du Tartare ! Alors fais charger les peltastes !

- Les peltastes ? Ils n’ont aucune chance !

- S’ils ne le font pas c’est nous qui n’avons aucune chance ! Exécution !

 

Le bataillon de peltastes macédoniens le plus à droite chargea, perdit pratiquement la moitié de ses hommes, mais ne put rien faire pour enrayer l’avancée des hoplites chalcidiens.

 

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L'instant crucial. À gauche, Compagnons et fantassins mettent en fuite la droite ennemie. Mais à droite, les éclaireurs montés sont incapables de soutenir Antigone, qui doit lancer ses peltastes au corps à corps.

 

 

*****

 

Tout n’allait pas de travers pour la phalange d’Éordéa. À gauche de la formation, les Macédoniens furent soulagés par l’attaque de Philippe contre le flanc droit ennemi. Mieux organisés, ils tinrent les assaillants en échec, et en repoussèrent même une partie. C’était toutefois la partie la plus faible du dispositif chalcidien. À droite, où ils poussaient plus fort, Antigone était au bord de la rupture. Son aide de camp était de nouveau derrière lui.

 

- Les peltastes n’y arrivent pas ! L’ennemi continue d’avancer !

- Peste ! cria Antigone. Où est Parménion ?! Où est Philippe ?!

 

Les Chalcidiens poussèrent derechef, encore plus fort. Derrière Antigone, le rideau de sarisses qui couvrait la droite de la phalange commença à se déchirer. Le général se retourna vers son officier.

 

- Pars d’ici et va trouver le roi ! Et si tu survis, prends les dieux à témoin qu’il aura la mort des hommes d’Éordéa sur la conscience !

 

Antigone se retourna pour faire face à l’ennemi sans même attendre de réponse. C’était juste à temps pour recevoir le coup de lance d’un hoplite chalcidien en bout de course. Le fer frappa à la hauteur de la visière du casque et lui creva l’œil droit.

 

 

*****

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Pourquoi ne pas avoir bougé malgré tout la phalange d'Edessa? Il aurait suffi d'un mouvement un peu plus large des compagnons, et il y avait de la place pour tout le monde non? Je me trompe probablement mais...

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Je m'attendais réellement à ce que les deux autres brigades d'hoplites à Aréthuse (qu'on ne voit pas sur les caps mais se trouve juste en dessous du coin inférieur droit sur les images) m'attaquent, et je ne tenais pas à être pris à revers. Globalement, j'ai mal géré cette bataille (notamment en laissant la phalange d'Aigéai l'arme au pied), qui s'est déroulée très vite en fait (je ne dois pas avoir plus de cinq ou six captures d'écran).

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Montés, lourdement équipés, les Compagnons avaient fini par disperser l’aile droite chalcidienne. Négligeant d’en poursuivre les restes, Philippe lança aussitôt ses hommes contre l’aile gauche, qu’il comptait détruire avant de s’abattre sur les arrières de l’ennemi – ou, du moins, avant que les renforts chalcidiens n’arrivent. Laissant ses cavaliers à cette tâche, il retourna au galop auprès de Cléitus le Noir. Le roi était toujours préoccupé par cette avant-garde chalcidienne qui se promenait dans la nature.

 

Le chef de la phalange d’Édessa avait respecté ses ordres à la lettre : il n’avait pas bougé d’un iota. Sur la droite de l’armée macédonienne, la poussière du combat indiquait que les hommes d’Antigone reculaient lentement mais sûrement. Ils étaient probablement au bord de la rupture.

 

- Des nouvelles de Parménion ? demanda le roi.

- Aucune. S’il est ici, il est bien caché, observa sèchement Cléitus le Noir, qui avait assisté impuissant au calvaire de la phalange d’Éordéa.

- Et l’ennemi ?

- L’ennemi est là-bas, à droite ! lâcha finalement le général en laissant éclater sa colère. C’est là-bas qu’il écrase nos hommes. À gauche il n’y a rien. Rien ni personne !

 

Philippe était peu habitué à ce qu’on lui parle sur ce ton, mais il n’eut pas le temps de le rappeler à Cléitus. Un homme troubla en trébuchant les rangs impeccables de la phalange d’Édessa avant de s’effondrer sur ses genoux. Dans cette silhouette ensanglantée et hirsute, au regard larmoyant et vide, Philippe reconnut l’aide de camp d’Antigone.

 

- Roi, Antigone et les hommes d’Éordéa meurent pour toi ! hurla-t-il dans un cri tenant à la fois de la supplique et du désespoir.

- S’ils nous percent le flanc, reprit Cléitus, ils seront plus proches de Mygdonia et nous n’aurons plus de retraite !

 

Le roi voulut jurer, mais il ne sortit de sa bouche qu’un hurlement empli de rage. Il ne pouvait plus remettre sa décision à plus tard. Retenant leur souffle, les Moires devaient sans doute attendre ses paroles pour continuer à tisser le fil de son destin.

 

- Au Styx cette avant-garde ! Cléitus, à droite !

 

Le général hurla sèchement des ordres dont ses soldats connaissaient l’exécution par cœur. La lourde phalange macédonienne se mit en branle, et commença à pivoter lentement vers la droite.

 

 

*****

 

Inexorablement, en rythme, la phalange d’Édessa avançait. Elle trouva d’abord les restes piteux de la phalange d’Éordéa, hérisson ébouriffé mais encore piquant qui faisait bloc autour de son chef blessé, que deux pézétaires s’efforçaient de soutenir tant bien que mal. Les hommes d’Antigone tentaient de décrocher sous la protection de ce qu’il leur restait de peltastes. L’arrivée de Cléitus le Noir les soulagea de la pression ennemie. Sans attendre d’autres instructions, ils se replièrent spontanément jusqu’à Mygdonia.

 

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Bataille de Mygdonia : dernier acte. NB : Antigone n'a pas réellement été blessé dans ma partie. Comme je ne peux savoir à l'avance si l'un de mes généraux va être blessé ou non, j'ai profité de ce que la phalange d'Éordéa ait été malmenée durant cette bataille pour lui donner cette caractéristique anatomique, à l'origine de son surnom.

 

 

Les troupes fraîches et parfaitement ordonnées d’Édessa n’eurent aucun mal à renverser le cours de la bataille. Les Chalcidiens résistèrent vaillamment, mais ils étaient diminués et épuisés. Une charge des Compagnons, qui en avaient fini avec l’aile gauche ennemie, sonna le glas de leur volonté. Les survivants s’enfuirent vers le sud, mais n’allèrent pas loin. Ceux qui ne furent pas fauchés par les cavaliers macédoniens tombèrent nez-à-nez avec la phalange d’Aigéai, qui approchait du champ de bataille. Vite enveloppés, ils se rendirent. La Macédoine avait remporté dans le sang une nouvelle victoire.

 

 

*****

 

Le lendemain matin, lorsque les survivants de la phalange d’Éordéa se comptèrent, ils n’étaient plus que 1.700 à être en état de porter les armes, contre 4.000 avant la bataille.

 

Antigone était grièvement blessé, mais il se rétablit. Il n’accepta jamais de porter un bandeau par-dessus son œil mutilé. Par fierté d’exhiber ainsi la preuve de son courage, sans doute, mais certains mauvais esprits se plaisaient à raconter qu’il aimait aussi montrer à Philippe ce reproche permanent. Cette habitude le rendit aussi célèbre dans l’armée que sa bravoure. Celui que depuis le printemps on commençait à appeler « le rocher de Kissos » hérita ainsi d’un nouveau surnom : Monophtalmos, le Borgne. À son grand désespoir, le second sobriquet supplanta complètement le premier.

 

45779_antigonus_i_monophthalmus.jpg

Bon, c'est vrai que ça lui fait quand même une sale gueule. Évidemment, vous n'aurez pas remarqué que je me suis trompé de côté, m'étant erronément souvenu que Ian Beattie était borgne de l'oeil droit dans le film "Alexandre". Vous serez donc gentils de ne rien dire, de manière à laisser dans la quiétude le lecteur inattentif à l'esprit critique en veille.

 

 

 

*****

 

L’avant-garde que Philippe avait tant crainte ne se manifesta jamais, et pour cause : elle avait continué sa route jusqu’à Aréthuse sans se soucier des Macédoniens. Lorsque son chef apprit que le reste de l’armée était engagée dans une bataille majeure et voulut y prendre part, les magistrats de la cité s’y opposèrent avec véhémence, car ils craignaient d’être attaqués par d’autres troupes macédoniennes venues du nord. Leur peur était infondée, mais ils menacèrent de négocier une paix séparée avec Philippe si les hoplites de la Ligue ne restaient pas pour les aider à défendre leur ville. L’officier céda, et le débordement de son aile gauche que craignait tant Philippe n’eut jamais lieu.

 

 

*****

 

Lorsque le soleil se coucha, le lendemain de la bataille de Mygdonia, Philippe se retira seul dans le principal temple de la ville, pour y faire une offrande à Athéna Nikè, la déesse victorieuse.

 

Il eut tout le loisir d’y réfléchir aux événements de la veille. Il était furieux contre Parménion, dont le retard avait failli lui coûter très cher et qu’il ne s’expliquait pas. Il l’était également contre Antigène, qui à son goût n’avait pas soutenu la phalange d’Éordéa avec toute l’énergie nécessaire. Mais surtout, il était furieux contre lui-même. Lui, l’élève d’Épaminondas, avait failli être enfoncé par une tactique similaire à celle qui avait permis à son mentor d’écraser les Spartiates à Leuctres. Qui plus est, il s’était montré anormalement pusillanime, bien loin de l’audace qui lui avait permis de vaincre ses ennemis auparavant. Les mots insolents de Cléitus le Noir l’avaient blessé dans son orgueil, mais ils étaient sensés.

 

Lorsqu’il quitta le temple, Philippe avait déjà décidé qu’il ne blâmerait personne. Le roi de Macédoine savait apprendre de ses erreurs.

 

 

*****

Edited by Eginhard 38

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La guerre continue

 

 

Située au bord des eaux poissonneuses du lac Bolbé, la ville d’Aréthuse portait le nom de la nymphe aquatique à laquelle un sanctuaire tout proche, garant de la fertilité de la région, était consacré non loin de là. Aréthuse était la cité la plus septentrionale de la Ligue Chalcidique et à ce titre, elle pouvait en être facilement isolée. Lorsque Philippe se présenta devant la ville avec 9.500 hommes, ses défenseurs se retrouvèrent aussitôt dans une situation critique. Les habitants s’armèrent à la hâte pour fournir un peu plus d’un millier de peltastes, portant les effectifs à 5.000 combattants environ.

 

Une sortie par le nord n’était pas envisageable, à l’ouest s’étendait le lac Bolbé, et l’armée macédonienne tenait la route du sud. Seule la route de Stageire, à l’est, était encore libre, mais il était pratiquement certain que les Macédoniens s’abattraient sur le flanc droit de l’armée si elle tentait de partir dans cette direction. Elle devait pourtant s’échapper, faute de quoi elle serait perdue. Les gens d’Aréthuse en convinrent, et l’intérêt supérieur de la Ligue prévalut. Il fut décidé d’attaquer vers le sud, en tentant d’envelopper l’aile droite macédonienne, tenue par la phalange d’Aigéai.

 

Ce plan fut exécuté avec brio. Pendant qu’une brigade d’hoplites fixait les hommes de Parménion par une attaque frontale, l’autre manœuvra avec célérité et s’abattit sur son flanc droit. Philippe, cependant, réagit plus vite encore : sachant sa droite vulnérable, il avait anticipé l’action de l’ennemi et ses Compagnons étaient prêts. Ils fondirent à leur tour sur le flanc des hoplites chalcidiens, dont la formation ne tarda pas à se désagréger. Les vétérans endurcis de la phalange d’Aigéai infligèrent le même sort à leurs assaillants. Les peltastes d’Aréthuse couvrirent la retraite avec abnégation, obligeant Philippe à faire avancer contre eux l’infanterie légère d’Édessa et à les charger avec les Compagnons.

 

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Une des plus belles manoeuvres de l'IA depuis le début de ma partie. C'en est presque dommage que je sois parvenue à la contrer.

 

 

La sortie était un échec sur toute la ligne. Plutôt que d’exposer leur cité à un assaut macédonien, les magistrats d’Aréthuse offrirent leur reddition. Philippe l’accepta, mais imposa – comme aux autres cités chalcidiennes qu’il avait conquises jusque-là – une garnison macédonienne et la destruction des murs de la ville.

 

 

*****

 

En dépit de ce nouveau revers, la Ligue Chalcidique poursuivait la lutte. Ceci, du reste, arrangeait bien Philippe. Le roi de Macédoine gardait à l’esprit le but final de sa campagne dans l’est : Amphipolis. Il savait que la cité athénienne serait une proie difficile à abattre, et qu’il aurait besoin de mettre toutes les chances de son côté pour s’en emparer. Pour cela, il lui faudrait impérativement prendre deux choses que les Chalcidiens détenaient : le port de Stageire, où il pourrait baser sa petite flotte, et le canal de Xerxès.

 

Trente-quatre olympiades plus tôt, lorsque les Perses avaient tenté pour la première fois de conquérir toute la Grèce, ils n’avaient pas réussi parce que leur flotte avait été détruite par une tempête qui l’avait drossée contre les falaises du mont Athos. L’endroit, situé tout au bout de la péninsule d’Acté (le troisième « doigt », le plus oriental, de la Chalcidique), était renommé pour la fréquence et la soudaineté de ses tempêtes, encore plus dangereuses que la moyenne, déjà redoutable, de celles de l’Égée. Lors de la seconde tentative perse, dix ans plus tard, le roi Xerxès ne courut pas le risque d’exposer à nouveau sa flotte à la destruction. En lieu et place, il fit creuser un canal traversant la péninsule d’Acté en son point le plus étroit, non loin de la cité d’Acanthe. Après le départ des Perses, les habitants de cette dernière avaient vite compris l’intérêt du canal pour la navigation et les revenus de leur cité, et l’avaient soigneusement entretenu depuis. S’il voulait établir des lignes de communications maritimes entre Pydna et Stageire, et – ultérieurement – alimenter sa progression vers le mont Pangée, Philippe allait devoir contrôler ce canal.

 

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La situation en Chalcidique à la fin de l'été.

 

 

Toutefois, les Chalcidiens n’entendaient pas lui faciliter la tâche. Des mouvements de troupes étaient déjà signalés en direction de Stageire, indiquant que la Ligue avait encore des ressources. Philippe rappela à lui les Hypaspistes, mais il craignait que ne laisser que des garnisons dans les cités déjà conquises les exposerait à un soulèvement, ou à un raid naval athénien. Il décida donc de créer une phalange supplémentaire, cette fois à Parorbélia, pour prendre la relève. Le frère cadet de Perdiccas, Alcétas, en prit le commandement. Pour le renseigner sur la situation des autres cités chalcidiennes, le roi prit aussi la décision d’organiser un petit escadron de reconnaissance de cinq trières basé à Potidée.

 

 

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Première année de la cent-septième Olympiade

 

 

Philippe espérait pouvoir s’emparer de Stageire facilement après sa victoire à Aréthuse, mais cela s’avéra très vite impossible. Éson, qui avait échappé miraculeusement à sa défaite devant Olynthe et à la chute de la cité, rassembla dans l’urgence des renforts qu’il mena lui-même jusqu’à Stageire. En quelques jours, il put y disposer d’environ 3.000 hoplites et 2.000 peltastes. Compte tenu de la nature accidentée du terrain autour de la cité, c’était largement suffisant pour tenir tête à un assiégeant. Le général chalcidien était bien décidé à faire échec à ses ennemis – ainsi qu’à effacer les stigmates de sa défaite et de la perte de sa cité natale.

 

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Les Chalcidiens s'en vont renforcer Stageire. Pourtant... it's a trap !

 

 

Le roi de Macédoine ne se hâta pas pour tenter d’empêcher Éson de rallier Stageire – si toutefois c’eût été possible. À la place, il laissa son adversaire s’enfermer dans cette position avancée, pour l’isoler ensuite du reste du territoire encore tenu par la Ligue et y détruire son armée. Parménion marcherait directement sur Stageire par le nord, avec la seule phalange d’Aigéai. Le gros de l’armée, pour sa part, irait s’installer entre Stageire et Acanthe afin d’isoler la première – un blocus complété par l’irruption des trières de reconnaissances venues de Potidée en contournant le mont Athos. La route qui atteignait Stageire par le sud empruntait une étroite passe montagneuse que la phalange d’Édessa pourrait facilement bloquer. La lourde tâche de protéger ses arrières contre toute tentative de délivrer les assiégés depuis Acanthe incomberait aux Hypaspistes.

 

L’agressivité des Chalcidiens – décidément bien entreprenants depuis la perte d’Olynthe – obligea Philippe à procéder à quelques aménagements de dernière minute. Un afflux de renforts prit la route du nord en provenance des cités chalcidiennes les plus éloignées : 3.000 hommes à Acanthe, et presque autant à Piloros. Le second contingent faisait peser sur les arrières macédoniens un risque d’enveloppement stratégique, car la phalange d’Éordéa, en cours de reconstitution entre Mygdonia et Aréthuse, était encore bien faible pour s’y opposer. Philippe laissa donc le commandement de l’armée à Antipater et emmena les Compagnons s’interposer, un peu plus à l’ouest.

 

Bien qu’isolées du reste de la Chalcidique depuis la prise de Potidée par les Macédoniens, les cités de la péninsule de Pallène n’en contribuèrent pas moins à l’effort commun. Elles lancèrent ainsi en quelques jours pas moins de trois raids successifs, menés par de petits détachements de peltastes. S’infiltrant de nuit pour échapper aux solides défenses de Potidée, les assaillants s’en prirent aux terres fertiles situées autour d’Olynthe. Les peltastes de Parorbélia, cependant, étaient déjà prêts à les accueillir, et n’eurent pas de difficulté à les repousser en faisant ainsi leurs premières armes.

 

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Faces of Death, épisode quarante-douze : rester trop longtemps sous les murs de Potidée.

 

 

 

*****

 

Le piège macédonien se referma rapidement sur Stageire. Il ne manquait plus que la flottille de Potidée pour rendre le blocus de la cité hermétique. Son retard était lié aux instructions de Philippe, qui tenait à ce qu’elle profite de son voyage pour recueillir le plus d’information possibles sur l’état des cités chalcidiennes et leur degré de préparation contre une éventuelle invasion.

 

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Il est pas beau, mon plan de campagne ?

 

 

Éson n’attendit pas d’être complètement isolé pour réagir. Aussitôt que Parménion eût entamé ses premiers travaux d’approche, le général Chalcidien tenta de le surprendre et de détruire son armée. Parménion n’avait que 4.000 hommes face à 5.000 Chalcidiens, le coup était donc jouable pour ces derniers. Mais une nouvelle fois, le commandement d’Éson montra ses limites. Lançant 2.000 hoplites dans une attaque frontale, il échoua à les faire soutenir convenablement par ses peltastes. Parménion lui-même fut atterré par la futilité de cette attaque, qui vint s’empaler sur les sarisses de ses soldats sans autre effet que de priver Stageire de ses meilleurs défenseurs.

 

Le siège commençait à peine, et Éson se voyait déjà réduit à s’appuyer sur des tactiques de harcèlement menées par ses peltastes, auxquelles Parménion répondit en faisant avancer les siens. Au cours d’un de ces accrochages, le stratège chalcidien crut tenir une occasion de porter un coup à son adversaire, et ordonna une sortie générale. Son effort porta principalement sur la droite macédonienne, et obligea effectivement Parménion à faire reculer ses peltastes derrière la protection de ses pézétaires dans ce secteur. Sur sa gauche, en revanche, les Macédoniens gardèrent l’avantage, ce qui leur permit d’arroser de projectiles le flanc des Chalcidiens pendant que la ligne principale repoussait leur assaut. Parménion perdit près de la moitié de ses peltastes, mais la petite armée d’Éson sortit de l’affrontement trop ébranlée pour continuer à opposer très longtemps une résistance sérieuse aux assiégeants.

 

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La deuxième sortie en force devant Stageire : les Chalcidiens repoussent le bataillon de peltastes de droite, mais celui de gauche résiste alors que les hoplites ennemis marchent sans soutien sur les piquiers.

 

 

Plus grave encore, Éson fut averti aussitôt après la bataille que les greniers de Stageire étaient pratiquement vides. Les liaisons maritimes n’étaient toujours pas interrompues, mais le problème était que la Ligue Chalcidique, dont l’approvisionnement dépendait en grandes partie des fertiles terres à blé de la région d’Olynthe, commençait à manquer de grain. Certaines cités connaissaient déjà la disette, un fait que les marins macédoniens avaient déjà remarqué, de même que l’absence d’opposition navale – les Chalcidiens avaient complètement abandonné leurs trières devant la menace terrestre qui pesait sur eux. Si de l’aide devait parvenir à Stageire, elle devait le faire rapidement. Éson fit parvenir par bateau une demande pressante de secours aux forces restées à Acanthe.

 

 

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J'ai remarqué que dès lors qu'on fait bombarder les murailles d'une ville, l'ennemi oublie alors toute prudence et sort très vite à découvert, exactement là où on veut qu'il soit... La difficulté alors est d'avoir le temps de bien préparer son siège, ou bien de voir débouler des renforts par derrière...

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En effet... Fort heureusement, ça se rationalise facilement (il est normal de chercher à perturber les travaux de son adversaire lorsqu'il entame un siège, voire de tenter une sortie en force). En revanche ça donne un aspect parfois un peu répétitif au jeu, et il n'est pas facile d'obtenir une bonne bataille en rase campagne comme celles que j'ai livrées à Krannon ou Mygdonia par exemple.

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J'ai recommencé une partie récemment et effectivement, j'avais oublié les marées d'hoplites de Pherae et de Chalcidice... Les moments les plus tendus du jeu, mais aussi les plus gratifiants faut admettre^^ J'aime beaucoup mieux prendre une seule ville sur la corde raide avec des gros renforts qui arrivent par derrière que prendre les villes une par une avec la vitesse des catapultes comme seul handicap.

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Bataille du Temple d’Acanthe

 

 

Comme Aréthuse, la cité d’Acanthe portait le nom d’une nymphe. Celle-ci, en l’occurrence, avait été – selon la légende – changée en une plante épineuse pour avoir giflé et griffé le dieu Apollon alors qu’il tentait de la violer. Concupiscence et châtiment divins n’empêchaient pas les habitants de la région de vouer un culte à la nymphe, au sein d’un petit sanctuaire qui se dressait sur les pentes escarpées des montagnes situées au nord de la cité. Les prêtresses du lieu étaient réputées pour être expertes en plantes médicinales. Les soldats macédoniens, qui avaient dressé leur camp non loin de là, recouraient à leurs services pour soulager les maux habituels qui frappaient une armée en campagne, et Antipater s’était assuré de leur bienveillance par une offrande conséquente.

 

 

*****

 

Il faisait nuit. Inconfortablement installé dans son lit de camp, Antigène dormait, et rêvait. À sa jeune épouse, la fille d’un Compagnon originaire d’Édomène, sans doute trop blonde pour ne pas avoir un peu de sang péonien dans les veines, mais dont la beauté avait fait sensation à Pella lors de leurs noces, un peu plus d’un an auparavant. Il n’avait passé que trop peu de temps avec elle avant de partir en campagne, et celle-ci, particulièrement éprouvante pour lui, n’avait que trop duré. Il lui tardait de la revoir.

 

Antigène fut arraché à la compagnie onirique de sa femme par un hennissement. Il reconnut sans peine sa propre monture, un cheval moreau qu’il avait baptisé Démosthène en raison de son caractère nerveux et vindicatif. Tendant l’oreille, le général macédonien fut intrigué par des sons étouffés et des bruits inhabituels. Dehors, le ciel commençait à peine à s’éclaircir. Il était trop tôt pour le réveil. Quelque chose clochait. Sentant le danger, Antigène empoigna son kopis et se dissimula dans un recoin de sa tente, à gauche de l’entrée.

 

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Ceci est un kopis, et ça doit faire vachement mal.

 

 

Bien lui en prit, car deux soldats chalcidiens y pénétrèrent pour larder de coups de lance sa couche vide. Sans leur laisser le temps de réaliser leur méprise, il frappa le premier d’un coup violent qui entailla sa nuque jusqu’aux vertèbres. Touché à mort, l’agresseur tituba au milieu du sobre mobilier de la tente et s’effondra. Le temps que le second se retourne, Antigène put lui porter un coup de revers à la hauteur de la gorge. Brusquement étranglé par la fatale blessure, l’homme tomba sur son assassin en l’éclaboussant de son sang.

 

Antigène sortit aussitôt en hurlant l’alarme, mais le tumulte commençait déjà à gagner le camp des éclaireurs montés, établi légèrement en avant de celui des Hypaspistes. Les sentinelles avaient été prises au dépourvu et égorgées avec une expertise évidente dans l’art du meurtre silencieux. Les Chalcidiens étaient déjà partout, et certains commençaient à effrayer les chevaux pour les disperser. Beaucoup d’éclaireurs montés avaient été tués dans leur sommeil ; les autres, réveillés en sursaut, tentèrent de résister, mais leur situation était déjà désespérée. Bientôt vint le sauve-qui-peut général.

 

Enfourchant énergiquement Démosthène qui hennissait toujours, Antigène parvint à rejoindre un groupe de soldats qui luttaient pour garder le contrôle d’une partie des chevaux.

 

- Mettez-vous en selle, le camp est perdu ! leur cria-t-il. Il faut alerter Antipater de toute urgence !

- Plusieurs hommes sont déjà partis vers le camp des Hypaspistes ! répondit un des éclaireurs montés.

- Alors ne restez pas là. Suivez-moi ! Nous allons prévenir le roi !

 

Il était évident que le raid chalcidien n’était qu’un prélude à une action plus grande. Antigène était furieux de s’être laissé surprendre. Il savait que sa conduite prudente à Mygdonia avait été diversement appréciée au sein de l’armée – critiques qui ternissaient les louanges que sa campagne de guérilla dans la même région lui avait attirés. Il tenait au moins à alerter Philippe de la situation, de manière à lui permettre d’intervenir.

 

Galopant vers l’ouest, le petit groupe de cavaliers délaissa rapidement les tentes d’un camp ou régnait désormais le chaos, les assaillants n’en oubliant pas de piller tout ce qui pouvait l’être. Ce faisant, il passa devant quelques frondeurs que les Chalcidiens avaient laissés là en couverture. Antigène ne put distinguer leurs visages, mais certains étaient à peine sortis de l’enfance. Pris au dépourvu dans l’obscurité, les Chalcidiens décochèrent leurs billes au jugé au passage des cavaliers macédoniens.

 

Le hasard voulut que l’une d’elle frappât Antigène à l’œil gauche. Le chef des éclaireurs montés vacilla sur sa selle, mais ne se laissa pas terrasser par la douleur fulgurante. Il s’accrocha de toutes ses forces à la crinière, bientôt inondée de sang, de Démosthène.

 

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Bon, ça m'apprendra à ne pas faire attention à mes troupes. NB : en vrai, Antigène était borgne aussi (blessure reçue durant le siège de Périnthe).

 

 

*****

 

Lorsqu’Antigène s’arrêta à Mygdonia pendant son évacuation vers Pella, quelques jours plus tard, un Antigone lui-même convalescent vint lui rendre visite. En guise de salutations, le chef de la phalange d’Éordéa lui expliqua que, dans la mesure où ils avaient chacun perdu un œil différent, il leur faudrait dorénavant se tenir côte à côte pour ne pas être surpris sur leurs flancs.

 

Cette plaisanterie fit beaucoup rire Antigone le Borgne. Antigène, beaucoup moins. Ne tenant pas à présenter à sa femme le même visage défiguré que son collègue, il se fit procurer sans attendre le plus beau bandeau qu’on pût trouver dans Mygdonia.

 

 

*****

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